Accueil » Ressources » Dictionnaire sceptique » Joseph Mercola

Joseph Mercola

Mercola.com constitue un mélange imbuvable de journal à sensation, d'infopub de fin de soirée et de médecine amatrice préscientifique... Malheureusement, c'est aussi l'un des sites de médecine parallèle les plus populaires du Web, ce qui lui permet de répandre des faussetés avec une efficacité redoutable. 
 
Injecter des organismes dans le corps afin de provoquer une immunité est contraire à la nature.
 
Joseph Mercola

Ostéopathe qui se consacre principalement à commercialiser un style de vie qu'il prétend «naturel». La majeure partie des conseils qu'il prodigue vont à l'encontre de la médecine scientifique. Ses idées en matière de diététique s'opposent à celles d'organismes scientifiques comme l'American Diabetes Association et l'American Heart Association. Mercola affirme que les diabétiques devraient éviter les céréales parce qu'elles causent une résistance à l'insuline, mais il recommande la consommation de gras saturés non transformés. En fait, il conseille à tout le monde de laisser tomber les céréales pour se tourner plutôt vers les aliments que nos ancêtres d'avant l'agriculture sont censés avoir consommés, additionnés, bien sûr, de quelques-uns des nombreux produits qu'il vend.

Mercola vante ses «solutions» de remplacement à l'alimentation saine et la médecine fondée sur les faits dans son site Web, son bulletin et ses livres.

On ne peut donner tort à Mercola quand il propose de manger sainement et de faire de l'exercice, mais la valeur de son régime est douteuse, et son opposition aux médicaments d'ordonnance et à la chirurgie semble clairement mal fondée à la lumière de leurs grands avantages. Ses croyances relatives aux dangers de la cuisson au micro-onde (qui altère la structure des aliments et détruit leur valeur nutritive) et des champs électro-magnétiques en général ne reposent sur aucun fondement.* Sa promotion de la Technique de libération émotionnelle est beaucoup plus affaire d'émotivité que de valeur scientifique réelle.*

Mouvement antivaccination

Mercola est l'un des leaders du mouvement antivaccination aux États-Unis. On trouve dans son site Web de nombreux liens vers des articles opposés à la vaccination, dont certains, de sa propre plume, révèlent ce qu'un médecin a qualifié de «connaissances exceptionnellement pauvres du système immunitaire».* Ses connaissances en épidémiologie et en pharmacologie ne semblent valoir guère mieux. Ses erreurs sont trop nombreuses pour qu'on en dresse la liste, mais voici quelques-unes des idées fausses ou trompeuses qu'il répand au sujet des vaccins.

Première erreur: On administre de trop nombreux vaccins, trop tôt au cours de l'enfance.

Deuxième erreur: Le mercure et autres «toxines» présents dans les vaccins causent de graves problèmes de santé.

Troisième erreur: Comme très peu d'enfants meurent de la grippe, on ne devrait pas administrer de vaccin antigrippal.

Voici ce qu'il propose comme régime d'administration des vaccins:

  1. Pas de vaccin avant que l'enfant n'atteigne sa deuxième année.
  2. Aucun vaccin contenant du thimérosal.
  3. Aucun vaccin contenant des virus actifs (sauf pour la variole, si jamais elle revient).
  4. Administration des vaccins suivants un à la fois, tous les six mois, à partir de la deuxième année:
     
    A) Vaccin coquelucheux (acellulaire, pas de germe entier)
    B) Vaccin contre la diphtérie
    C) Vaccin antitétanique
    D) Vaccin antipoliomyélitique (vaccin Salk, cultivé sur des cellules humaines)

Les experts du Center for Disease Control des É.-U. s'inscrivent en faux contre l'idée que les enfants reçoivent trop de vaccins, trop tôt. Selon eux:

Les données scientifiques actuelles montrent que la vaccination simultanée contre un grand nombre de maladies n'a aucun effet négatif sur le système immunitaire de l'enfant...
 
Il n'existe aucune preuve que les vaccins infantiles recommandés peuvent «surcharger» le système immunitaire. Au contraire, dès leur naissance, les bébés sont exposés quotidiennement à d'innombrables bactéries et virus. L'alimentation elle-même introduit de nouvelles bactéries dans le corps; quantité d'entre elles vivent dans la bouche et le nez, et l'enfant moyen se met toutes sortes d'objets dans la bouche des centaines de fois l'heure, exposant son système immunitaire à encore davantage d'antigènes. L'infection virale des voies respiratoires supérieures typique expose l'enfant à 4 à 10 antigènes, et toute angine streptococcique, à 25 à 50 antigènes.

Pour Quackwatch, l'opinion de Mercola correspond à l'idée fausse no 7.

En fait, les bébés ont la capacité, dès la naissance, de lutter contre une foule de germes différents. Le corps se trouve constamment entouré de microbes et doit leur faire face de multiples façons. Si l'immunisation est préférable à la maladie, c'est que le vaccin n'utilise qu'une partie du microbe, ou sinon, le virus au complet, mais neutralisé ou diminué («atténué»). De la sorte, le système immunitaire est moins grandement sollicité que dans le cas d'une infection véritable, mais il l'est tout de même assez pour en arriver à produire une bonne protection.
 
En 2002, le Comité d'examen de l'innocuité en matière d'immunisation de l'American Institute of Medicine s'est livré à un examen détaillé de toutes les données sur les effets des vaccinations multiples sur le système immunitaire des bébés. Rien n'a permis de conclure que ce système pouvait se trouver débordé. Les membres du comité ont fortement appuyé l'utilisation de la vaccination contre de nombreuses maladies...
 
Retarder la vaccination d'un enfant, c'est le laisser sans protection plus longtemps que nécessaire, ce qui pourrait être particulièrement dangereux pour la coqueluche et le Hib. Les très jeunes bébés atteints de la coqueluche sont susceptibles d'être plus gravement malades que les bébés plus âgés, et auront sans doute davantage besoin de soins hospitaliers. Les bébés de moins de un an sont plus susceptibles d'attraper le Hib que les enfants plus vieux. Des études ont montré que lorsque les vaccins sont administrés plus tôt dans la vie, les bébés vaccinés ont moins de réactions comme de la fièvre, une enflure aux sites d'injection, etc., tout en étant protégés contre la maladie.*

Des tonnes de preuves scientifiques montrent que le mercure contenu dans les vaccins n'est pas nuisible.

Mercola croit que les vaccins sont remplis de toxines, soit à cause des adjuvants qu'on y met, soit à cause de leur processus de fabrication, mais la chose, qui semble correspondre à ce que pensent de nombreuses personnes, n'a rien à voir avec ce que nous dit la recherche. Voici un exemple des propos que tient Mercola:

Les vaccins antigrippaux peuvent aussi contenir un certain nombre de toxines chimiques, y compris de l'éthylène glycol (du liquide antigel), du formaldéhyde, du phénol (ou acide carbolique) et même des antibiotiques comme de la néomycine et de la streptomycine.
 
Outre les virus et autres additifs, bien des vaccins renferment également des adjuvants immunitaires comme de l'aluminium et du squalène.

Voilà qui est propre à effrayer des parents aussi ignorants que Mercola en matière d'immunologie et de pharmacologie.

David Gorski, de Science-Based Medicine, note: «Un des plus grands mythes auxquels les opposants aux vaccins croient, et qu'ils aiment brandir contre la vaccination, c'est l'idée qu'ils sont remplis de ''toxines''».* Ils se lancent dans toutes sortes de spéculations à propos de l'effet néfaste, sur les enfants «sensibles», de ces «toxines», qui causeraient des lésions neurologiques. Ce faisant, ils passent sous silence un principe pharmacologique bien connu: c'est la dose qui fait le poison. (Certaines toxines en petites quantités, loin d'être dangereuses, pourraient même s'avérer bénéfiques. Jenny McCarthy, militante antivaccination aux É.-U., a recours au Botox, qui contient la neurotoxine la plus puissante qui soit, et dit l'«adorer».)* Pour l'ABC des «toxines dangereuses» que contiennent les vaccins, voir «Toxic Myths About Vaccines» (Mythes toxiques à propos des vaccins) de David Gorski.

Mercola donne à croire que le vaccin antigrippal est plus dangereux que la grippe elle-même parce qu'il contient du squalène. Le squalène est un adjuvant qui confère au vaccin autant d'efficacité avec moins d'antigène (ce qui permet de fabriquer davantage de doses en utilisant moins de matière première). D'une part, aucun vaccin antigrippal administré aux États-Unis n'en contient, et même si c'était le cas, quelle importance? Rien ne montre que le squalène, substance produite naturellement par le corps, soit nocif. «Le squalène est un produit naturel et vital de la synthèse du cholestérol, des hormones stéroïdes et de la vitamine D par le corps humain.»*

Le Dr Harriet Hall écrit:

En Europe, on utilise le vaccin antigrippal contenant du MF59, adjuvant à base de squalène, depuis 10 ans, et plus de 22 millions de doses en ont été administrées. On n'a constaté aucune réaction indésirable grave, uniquement des réactions bénignes locales. Le vaccin ne fait pas grimper l'incidence ni les taux d'anticorps anti-squalène. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) le considère sûr.*

Mercola reprend les faussetés répandues par d'autres militants antivaccination (par exemple, Russell Blaylock), à savoir qu'on soupçonne fortement le squalène présent dans les vaccins d'être responsable du syndrome de la guerre du Golfe. Les vaccins administrés aux soldats qui ont pris part au conflit n'en contenaient pourtant pas.

Enfin, l'idée qu'on n'a pas besoin de vacciner les enfants contre la grippe parce que très peu d'entre eux meurent de cette maladie est absurde de plusieurs façons. Encore une fois, David Gorski déconstruit l'erreur pour nous:

...en ne parlant que des enfants qui meurent, Mercola sous-entend que le seul avantage de la vaccination, c'est de prévenir le décès de la personne immunisée. Mais on n'est pas uniquement soit en bonne santé, soit décédé. Ceux qui survivent à une infection demeurent sous le coup de la souffrance et des complications qu'elle cause. Qui plus est, il y a un risque élevé qu'ils transmettent la maladie à d'autres personnes, qui deviendront à leur tour victimes des mêmes problèmes. Mercola ne semble pas saisir que ce sont les enfants qui souffrent du plus grand taux d'infection à la grippe saisonnière (10 % à 40 % de tous les enfants sont infectés chaque année; environ 1 % de tous les enfants infectés sont hospitalisés), et qu'ils constituent, par voie de conséquence, la première source de contagion du virus de l'influenza (c'est pourquoi on en parle comme d'une maladie infectieuse; je sais, c'est plutôt subtil...) En immunisant les enfants contre le virus de l'influenza, non seulement nous sauvons des vies dans leurs rangs, mais nous réduisons le danger que représente la maladie pour les personnes âgées, qui constituent la majorité des 36 000 décès dus à la grippe chaque année. Nous ne vaccinons pas pour «prévenir peut-être une centaine de morts», nous vaccinons pour lutter contre la maladie et éviter d'exposer l'ensemble de la population à de tels risques.
 
Empêcher des enfants de contracter le virus de la grippe, qu'il s'agisse de la grippe saisonnière ou du virus H1N1, est une mesure rationnelle et humanitaire, et pas du tout une «idée ridicule», comme le prétend Mercola.

Pour un tableau plus complet et plus exact des risques et des avantages de la vaccination, voir le site Web Science-Based Medicine.

Malgré ses croyances anti-scientifiques et malsaines à propos de la santé, des vaccins et de la nutrition, Mercola a ses partisans: ceux qui se méfient du gouvernement (la FDA ne protège pas les consommateurs; c'est un agent de l'ennemi), des grandes compagnies pharmaceutiques et de la médecine scientifique, de même que ceux qui préfèrent les témoignages aux études scientifiques, et les adeptes du Nouvel-Âge, qui raffolent de tout ce qui est «alternatif». Récemment, les lecteurs du Huffington Post* l'ont nommé l'une des «dix personnalités qui changent le cours des choses». Cet honneur ne nous en apprend pas beaucoup sur Mercola, mais il en dit long sur la valeur de l'information en matière de santé qu'on est susceptible de glaner dans le site Web en question, où il est écrit:

Que l'on soit d'accord ou pas avec son point de vue, il ne fait aucun doute que Mercola a contribué à la forte croissance de l'intérêt des internautes envers la médecine intégrative. Et son site offre gratuitement des milliers de pages de rapports sur des questions touchant la médecine ou la santé.

On oublie de préciser que ces rapports ont exactement la même valeur que ce qu'ils coûtent - rien.

 

Source: Skeptic's Dictionary Retour à l'index

Haut de page
© 2016 Robert Todd Carroll (version anglaise)
© 2017 Les Sceptiques du Québec (version française)