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Microacupuncture

 

Forme de médecine parallèle utilisant 48 points d'acuponcture situés aux mains et aux pieds. Ces points, «de découverte récente», ne sont pas utilisés par l'acuponcture traditionnelle et ne sont apparemment pas associés à d'autres systèmes d'acuponcture, selon leur découvreur, Freddy Dahlgren, D.Sc., D.Ac, M.AcF., M.D. (toutes ces lettres formant l'anagramme «foutaise»). Le titre M.D. a apparemment été acquis auprès de Lord Pandit Prof. Dr. Sir Anton Jayasuriya (1930-2005) du Sri Lanka. Jayasuriya a fondé Medicina Alternativa International au Sri Lanka, affiliée à The Open International University [institution sans doute ainsi appelée pour qu'on la confonde avec l'Open University of Sri Lanka]. Il pratiquait le commerce de diplômes en tous genres. Sur un exemplaire de sa liste de prix pour 1962, on voit qu'il était possible de s'acheter les titres de M.D. (M.A.), M.D. (T.M.), Dr. Ac., ou Ph.D. pour 3750 $ US. Cette soupe à l'alphabet correspond à Doctorat en médecine (Alternativa Medicina), Doctorat en médecine (Médecine traditionnelle), Doctorat en acuponcture et Doctorat en philosophie. L'inscription coûtait 1000 $ de plus. Le titre de M.Ac.F. (Membre de l'Acupuncture Foundation) valait 100 $, et celui de D.Ac (qui ne veut pas dire Doctorat en acuponcture, mais «International College Diploma», Dieu sait pourquoi), 145 $.

D'après ce qu'il raconte, Dahlgren a fait sa découverte au Danemark en 1984. Depuis, il est passé à la confection d'onguents qu'il imprègne de fréquences, censées «détoxifier et purifier la lymphe faciale et la microcirculation. En outre, les fréquences de vitamines, d'huiles et de minéraux importants ont été ajoutées». Il est avare d'explications à propos de ce concept. Mais son véritable titre de gloire, c'est d'avoir trouvé la cure de différentes maladies oculaires en plantant des aiguilles dans les mains et les pieds de ses patients. Dahlgren traite en effet «le glaucome, la DMLA (dégénérescence maculaire liée à l'âge), la baisse de la vue due au vieillissement et la porosité de la rétine».

D'après son site Web, il fait passer à chaque patient un test qui «montre s'il est réceptif [aux] traitements. Si le test ne donne pas des signes positifs immédiats, nous déconseillons la poursuite du traitement, étant donné que le résultat final sera probablement insatisfaisant. En fait, seuls les malades dont on est sûr qu'ils profiteront du traitement seront invités à l'entreprendre».* (C'est ce qu'on appelle choisir son monde - mieux vaut la sécurité que le regret.) Outre le traitement d'acuponcture, Dahlgren administre à ses patients des «gouttes» de sa création. Tous ces remèdes sont composés «d'un mélange de 70 % d'eau et de 30 % d'alcool, imprégné de fréquences».

Dahlgren emploie aussi SCIO, un «programme informatique qui traite le corps à l'aide de fréquences». C'est apparemment très bon pour les maux de dos, et «de nombreux patients se sentent régénérés et de meilleure humeur» grâce à lui.

Dahlgren partage sa découverte de la mircoacuponcture avec un autre Danois, le Dr. Per Godsk Otte, D.Sc., D.Ac., M.Ac.F., qui pratique maintenant à Hot Springs Village, en Arkansas. (Dire qu'il y a «partage» de la découverte, c'est peut-être aller un peu loin. Dans leur site Web respectif, ni Dahlgren ni Otte ne fait référence à son co-découvreur.) Otte est un autre de ces naturopathes qui ont obtenu leurs «doctorats» de Lord Pandit Prof. Dr. Sir Anton Jayasuriya. Otte aussi traite divers troubles oculaires par l'acuponcture, y compris la dégénérescence maculaire, le diabète, le glaucome et la rétinite pigmentaire. Dans son site Web, il affirme être «licencié de l'État de l'Arkansas à titre de Docteur en médecine orientale» (le Nevada et le Nouveau-Mexique sont les autorités aux É.-U. qui accordent un tel titre.*) Sa licence de praticien en acuponcture a cependant été révoquée en 2001. Auparavant, c'est sa licence pour pratiquer l'acuponcture au Texas qui a été révoquée.* Le 31 mars 2005, Otte a perdu son appel devant la Cour suprême de l'Arkansas pour qu'on lui redonne sa licence. Malgré l'adversité, il a fait progresser le domaine de la microacuponcture en découvrant un nouveau point où insérer des aiguilles, soit en plein milieu du front. Dans son site Web, il affirme qu'«il n'y a que quelques médecins au monde à effectuer cette opération, approuvée par Medicina Alternativa, qui est [dit-il] un département de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS)». Il se prétend aussi certifié par l'«Academia Sinica de la République populaire de Chine». (Il y a une Academia Sinica à Taïwan.)

Otte a également fait avancer l'acuponcture elle-même grâce aux fruits de sa réflexion sur les méridiens, qui servent de voie au chi. D'après lui,

L'acuponcture ne tire pas son effet des nerfs, mais de voies nommées méridiens. Je pense que les méridiens sont des vestiges du système nerveux qui préside au développement du fœtus, dirigé par la mère par l'intermédiaire du cordon ombilical. Le système cesse de fonctionner à la naissance, et les voies deviennent ce qu'on appelle maintenant les méridiens, qui distribuent l'énergie de l'endroit où elle est produit à celui où elle est utilisée. Plus les tissus sont actifs, plus il y a d'énergie produite (c'est-à-dire les tissus des bras, des jambes, des mains et des pieds, là où il y a le plus de mobilité). L'acuponcture pourrait très bien réactiver la fonction originelle de ce système nerveux, qui est de produire de nouvelles cellules, ce qui expliquerait la reconstitution des cellules rétiniennes grâce à la microacuponcture.*

Le monde attend encore la preuve que la microacuponcture régénère les cellules de la rétine, mais personne ne s'attend à ce qu'on prouve que les méridiens représentent des vestiges de la vie intra utérine, puisque cette idée ne se fonde sur rien d'autre que l'imagination la plus délirante.

Un autre Danois, John Boel, prétend également faire des miracles grâce à la microacuponcture. Entre autres guérisons spectaculaires, son site Web fait état de neuf aveugles qui ont recouvré la vue grâce à l'acuponcture. Des histoires fort réjouissantes, mais bien trop belles pour être vraies. Elles vont au-delà de l'impression d'aller mieux ou de voir mieux, états subjectifs qui pourraient être dus à l'effet placebo. Il n'y a rien de cela dans le récit d'une personne qui recouvre la vue après un traitement d'acuponcture au bout de trente ans de cécité. Bien sûr, il doit y avoir un vaste complot de la part de la profession médicale et des gouvernements pour cacher cette pratique et ces guérisons miraculeuses.

Quoi qu'il puisse en être, a microacuponcture n'a été soumise à aucun essai clinique. Toutes les preuves avancées en sa faveur prennent la forme de témoignages venant de patients ou de soignants. Il n'y a, pour l'instant, aucune preuve indiscutable qu'on peut traiter efficacement le diabète ou des maladies des yeux en insérant des aiguilles dans les mains, les pieds ou le front. Malheureusement, cela ne devrait pas empêcher des malades désespérés d'aller chercher de l'aide auprès de gens comme Dahlgren, Otte et Boel.

La microacuponcture telle que la pratiquent nos trois Danois ne doit pas être confondue avec la micro-acuponcture créée par Ralph Alan Dale, Ed.D., Ph.D., C.A., Dipl. Ac. Dale, ancien chef d'orchestre et compositeur, raconte comment il a appris l'acuponcture en 1972 d'un «jeune Chinois de la Floride qui venait de recevoir son diplôme d'acuponcture d'un collège de Hong Kong». L'année suivante, il a étudié le travail du «Dr Paul Nogier de Lyon, en France, le premier à découvrir que l'oreille constitue un système énergétique complet, et qu'on peut l'utiliser pour guérir l'ensemble du corps». Selon Nogier, l'oreille est «un hologramme énergétique du corps». L'oreille serait le seul organe comportant des points d'acuponcture pour tout le corps. Dale, pour sa part, a découvert que «chaque partie du corps représente un microcosme énergétique du système traditionnel d'acuponcture chinoise». Autrement dit, on peut se planter des aiguilles n'importe où et obtenir les mêmes résultats que si on l'avait fait dans ses oreilles.

Dale dirige l'Acupuncture Education Center de North Miami Beach, en Floride. Il affirme avoir prouvé l'existence de

dix-huit hologrammes d'acuponcture différents dans le corps, y compris un dans les mains, les pieds, les bras, le cou, la langue et même les gencives. Dale croit que ces microsystèmes représentent des «répétitions holographiques de l'anatomie générale» et pense que d'autres systèmes du genre restent à découvrir. D'une façon qui rappelle Bohm quand il affirmait que chaque électron contient d'une certaine façon le cosmos, Dale lance l'hypothèse que chaque doigt, et même chaque cellule pourrait contenir son propre système d'acuponcture.*

Évidemment, rien n'indique que ce soit vrai. On peut penser que tous ces gens, bardés de diplômes comme ils le sont, ont suivi au moins un cours d'anatomie un moment donné de leurs études. Or Dale vient du monde de la musique, et Otte a été producteur de mousse de tourbe, électricien et soudeur avant de devenir une sommité en microacuponcture.

Dans les années 1980, la Fondation Nobel a prié Jayasuriya de renoncer à sa création d'un «prix Nobel parallèle pour la médecine traditionnelle et naturelle». En 1984, l'Organisation mondiale de la santé a demandé au gouvernement du Danemark d'empêcher Nayasuriya de prétendre que son Congrès mondial sur la thérapie par le laser, la magnétothérapie et l'électrothérapie était affilié à l'OMS. Apparemment, chaque fois que Jayasuriya met une conférence sur pied, il affirme frauduleusement qu'elle est en rapport avec cette organisation. C'est justement lui qui a vendu leurs diplômes à Dahlgren, Otte et Boel. Entre temps, toutes ces personnes, à l'exception d'Otte, pratiquent leur métier en toute légalité, avec la bénédiction de différents organismes d'attribution de permis. On peut sans doute dire qu'il s'agit d'un des effets secondaires indésirables de la médecine complémentaire.

 

Source: Skeptic's Dictionary Retour à l'index

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