NCCAM

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Selon une enquête nationale menée par le gouvernement américain en mai 2004, 36 % des Américains de 18 ans ou plus ont recours à une forme quelconque de médecine complémentaire ou parallèle. La médecine complémentaire ou parallèle se définit comme un groupe diversifié de produits, de pratiques ou de systèmes de soins de santé qui ne sont pas considérés comme faisant partie de la médecine conventionnelle [c'est-à-dire scientifique]. Lorsqu'on inclut dans cette définition la prière visant à obtenir une bonne santé, le nombre d'adultes américains ayant utilisé une forme de médecine complémentaire ou parallèle dans l'année précédant l'enquête s'élève à 62 %.
 

Le National Center for Complementary and Alternative Medicine (NCCAM), autrefois connu sous le nom de Office of Alternative Medicine (OAM), est une division des National Institutes of Health (NIH) des États-Unis. Les NIH ont joué un rôle important dans l'amélioration de la santé des citoyens américains pendant plus d'un siècle. Leur création remonte à 1887 et à la mise sur pied du Laboratoire d'hygiène de l'Hôpital de la Marine de Staten Island, État de New York, à des fins de recherche sur la choléra et d'autres maladies infectieuses. Comme bien d'autres programmes fondés sur des données probantes relevant du gouvernement, le fonctionnement des NIH a été politisé.*

En 1991, le sénateur de l'Iowa, Tom Harkin était un personnage important au sein du sous-comité des crédits duquel relevaient les NIH. (Il l'était encore en 2008.) En 1992, Harkin a glissé dans le rapport accompagnant le projet de loi sur les crédits des NIH une ligne par laquelle il créait le Office of Alternative Medicine (Bureau de la médecine parallèle) grâce à un million de dollars de subventions de démarrage. Que la médecine «parallèle» n'existe pas importait peu: créons-lui son propre bureau; il finira bien par en avoir une. En 1999, le président Clinton a approuvé un projet de loi sur les crédits qui donnait au bureau son nom actuel et injectait dans son budget 50 millions de dollars par année afin qu'il puisse établir un nouveau centre national des médecines complémentaires et parallèles à l'université Bastyr, un collège naturopathique à l'extérieur de Seattle.*

Harkin s'est entiché des thérapies parallèles lorsqu'il s'est convaincu que le pollen d'abeille avait guéri son rhume des foins. De concert avec des collègues du monde politique, il a voulu financer des recherches qui prouveraient l'efficacité du pollen et d'autres remèdes de pseudo médecine. Berkeley Bedell, représentant de l'Iowa, croyait que l'Anablast (créé par un charlatan du nom de Gaston Naessens - on parle également du «sérum de Naessens ») l'avait guéri de son cancer de la prostate, et que le colostrum de vache l'avait guéri de la maladie de Lyme. Le colostrum de vache ne guérit absolument rien, et l'Anablast n'est que pure fumisterie. Rien dans les publications scientifiques n'indique que le pollen d'abeille guérisse les allergies ni qu'il ait le moindre effet bénéfique. Pire, il peut causer des réactions allergiques potentiellement mortelles chez certaines personnes. Harkin et les promoteurs de pratiques non prouvées n'en voulaient pas moins que les NIH découvrent des preuves scientifiques de l'efficacité de ces traitements.

Le premier directeur de l'OAM, le Dr Joseph Jacobs, n'avait cependant rien d'un béni-oui-oui. L'OAM n'ayant pu découvrir la moindre donnée pour appuyer les traitements «parallèles», Harkin a attaqué Jacobs au cours d'une audience publique de juin 1993. Le sénateur a ensuite «choisi quatre défenseurs des médecines parallèles» et les a fait nommer au conseil consultatif de l'OAM (Satel et Taranto, 1996). Si la science en bonne et due forme ne pouvait obtenir des résultats, la pseudo science y réussirait peut-être.

Les «harkinites», comme Jacobs a surnommé ces partisans des médecines parallèles, s'en sont très vite pris à lui, car il désirait établir de véritables centres de recherche scientifique, dont les recherches fondées sur les faits seraient de facto «hostiles» aux médecines parallèles et complémentaires. En fin de compte, malheureusement, les harkinites l'ont emporté. L'OAM a créé des centres de recherche au Centre des médecines parallèles et du traitement de la toxicomanie de l'Université du Minnesota, ainsi qu'à l'Université Bastyr. L'opposition des harkinites envers la science en bonne et due forme était si vive que Jacobs a donné sa démission en septembre 1994. «C'est pitoyable», a-t-il déclaré par la suite. «Ils étaient incroyablement naïfs en matière scientifique. Je me méfierais d'absolument tout ce que va produire l'OAM tant que les harkinites y garderont le nez fourré à tous les niveaux» (Satel et Taranto 1996). En 1993, à la suite d'un jugement convenu, le fabricant des capsules de pollen qui avaient «guéri» Harkin, Royden Brown, de la CC Pollen Co., a dû verser 200 000 $ US à la Federal Trade Commission des États-Unis «pour avoir fait des allégations fallacieuses au sujet des propriétés médicinales de son produit» (Satel et Taranto 1996).

En 1995, un des copains de Harkin, Wayne Jonas, M.D., a pris la tête de l'OAM, pour y demeurer jusqu'en 1999. En 1996, il a co-signé Healing with Homeopathy: The Complete Guide (Guérir par l'homéopathie: Un guide complet). Deux ans plus tard, il récidivait avec Healing with Homeopathy: The Doctor's Guide (Guérir par l'homéopathie: Le guide du médecin). Précisons tout de même que selon lui, l'homéopathie pourrait devoir son efficacité à l'effet placebo. Comme les préparations homéopathiques ne contiennent aucun ingrédient actif, c'est un jugement fort sagace de sa part. On pourrait également dire que les découvertes les plus importantes qui ressortiront des efforts de Harkin permettront de mieux comprendre l'effet placebo.

En 2007, Bill Clinton a parlé du sénateur Harkin comme d'un «grand ami de la recherche scientifique». À sa décharge, Harkin s'est également fait le défenseur des malentendants (son frère, Frank, était sourd) et une partie de la recherche qu'il a soutenue (sur les implants cochléaires, par exemple) s'appuie sur des faits.

Impossible de dire quel a été l'effet de l'existence du NCCAM sur l'opinion publique. David M. Eisenberg, M.D., du Beth Israel Deaconess Medical Center de Boston, et ses collègues ont sondé 2 055 adultes par téléphone en 1997 et ont comparé les résultats de leur enquête avec celle qu'ils avaient menée sur le même sujet en 1990 auprès de 1 539 adultes. Selon Eisenberg, l'utilisation d'au moins une des 16 formes de thérapie parallèle mentionnées dans l'étude est passée de 33,8 % en 1990 à 42,1 % en 1997. Les thérapies qui ont connu la plus grande augmentation sont l'usage de plantes médicinales, la massothérapie, les thérapies mégavitaminiques, les groupes d'entraide, les remèdes traditionnels, les thérapies énergétiques et l'homéopathie. La prière et l'acuponcture continuent d'être les deux formes de thérapies parallèles les plus populaires. Il y a maintenant 16 ans qu'on attend que les NIH annoncent qu'une découverte importante a émergée des travaux du NCCAM. Malheureusement, la majeure partie des recherches «parallèles» sont motivées par la foi, l'espoir et l'idéologie au lieu de se fonder sur la science. Comme le Dr Wallace Sampson l'a fait remarquer, le NCCAM est la seule entité des NIH [qui compte 27 centres et instituts] soutenant une approche idéologique relativement à la santé.*

On trouvera ici la liste du genre de choses qu'on étudie dans le cadre des médecines complémentaires et parallèles, et ici, la liste de tous les essais cliniques soutenus par le NCCAM (en anglais dans les deux cas).

 


 

*Parmi les autres exemples de politisation au nom de la protection des consommateurs, on retrouve la présentation, par le sénateur Royal Copeland (1868-1938), lui-même homéopathe, de la Loi sur les aliments, médicaments et cosmétiques, en 1938, qui excluait dans les faits toutes les préparations homéopathiques de la supervision de la FDA, de même que la nomination par Bill Clinton de James S. Gordon, M.D. à la tête de la Commission de la Maison Blanche sur les politiques en matière de médecines complémentaires et parallèles, qui a menée à la Loi de 1994 sur les suppléments alimentaires et l'éducation en matière de santé. Cette loi «permet» la vente libre des substances dites naturelles sans présentation de preuves d'efficacité ni de pureté, tant que le fabricant ne promet pas de guérir quoi que ce soit (Park 2008, p. 177).

Selon la FDA

En 1938, le sénateur Royal Copeland de New York, principal parrain de la Loi sur les aliments, médicaments et cosmétiques, a inscrit dans la Loi la reconnaissance des produits figurant dans la Homeopathic Pharmacopeia of the United States. Cet ouvrage inclut une compilation des normes en matière de sources, de composition et de préparation des médicaments homéopathiques.
 
La réglementation que la FDA impose aux préparations homéopathiques diffère à bien des égards de celle qu'elle applique aux médicaments. Le fabricants de produits homéopathiques n'ont pas à soumettre de demande à la FDA pour mettre en marché de nouvelles préparations. Leurs produits sont exemptés de toute exigence relative aux bonnes pratiques de fabrication sur la date de péremption ou sur les tests à mener sur les produits finis au sujet de l'identité et du titrage. Les préparations sous forme de comprimés doivent porter une marque identifiant le fabricant et indiquant qu'il s'agit d'un produit homéopathique. La marque des médicaments conventionnels, sauf en cas d'exemption précise, doit identifier l'ingrédient actif, le dosage ainsi que le fabricant.
 
«Ces différences s'expliquent par le fait que les produits homéopathiques ne contiennent que très peu d'ingrédients actifs, quand ils en contiennent», d'après Edward Miracco, agent de protection des consommateurs du Centre pour la recherche sur les médicaments et leur évaluation de la FDA. «Du point de vue de la toxicité, on n'a pas jugé nécessaire [d'ajouter l'ingrédient actif et son titrage]».
 
Il y a une autre différence à propos du contenu en alcool. Les médicaments conventionnels pour adultes ne contiennent pas plus que 10 % d'alcool, et la quantité est bien moindre pour les médicaments pour enfants. Mais certains produits homéopathiques en contiennent des taux beaucoup plus élevés parce que l'agence gouvernementale a temporairement exclus ces produits de l'application des règles limitant la quantité d'alcool.
 
«L'alcool fait partie intégrante de bien des produits homéopathiques», déclare Miracco. Pour cette raison, l'agence a décidé de suspendre sa décision au sujet de la présence d'alcool dans les produits homéopathiques, pendant qu'elle étudie la nécessité de grandes quantité d'alcool.
 
«De façon générale, la différence dans le traitement des deux types de produit est fondée avant tout sur le caractère unique des préparations homéopathiques, l'absence de préoccupation réelles quant à leur innocuité, parce qu'elles ne contiennent que peu ou pas d'ingrédients pharmacologiques actifs, ainsi que sur les ressources et les priorités de l'agence», explique Miracco.
 
Les produits homéopathiques ne sont cependant pas exemptés de tous les règlements de la FDA. Si l'on prétend, pour l'un d'eux, qu'il peut traiter une maladie grave comme le cancer, il ne peut être vendu que sous ordonnance. Seuls les produits vendus pour des problèmes de santé mineurs comme le rhume ou les maux de tête - des problèmes qui disparaissent d'eux-mêmes au bout d'un temps, peuvent se vendre librement.

Quel soulagement...

 

Source: Skeptic's Dictionary Retour à l'index

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