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Expériences de mort imminente (EMI)

(Near Death Experience)

Selon une étude, 8 % à 12 % d'un groupe de 344 patients réanimés après un arrêt cardiaque avaient eu une EMI, et environ 18 % d'entre eux se souvenaient d'une partie de ce qui leur était arrivé lorsqu'ils étaient cliniquement morts Lancet, 15 décembre 2001.*

 

Expériences variées rapportées par une partie de ceux et celles qui ont frôlé la mort, ou qui ont cru qu'ils allaient mourir. On ne retrouve pas d’expérience commune unique dans les descriptions que font ces personnes. Même les récits qui intéressent le plus les parapsychologues, comme les «expériences mystiques», la «lumière au bout du tunnel», la «vie qui défile au complet en une seconde» et les projections astrales, se retrouvent rarement ensemble au cours d'une seule EMI. Malgré tout, on utilise souvent le terme d’EMI pour désigner l’impression de projection astrale qui se produit au seuil de la mort.

L'idée selon laquelle les EMI soient la preuve de la vie après la mort a été popularisée par deux médecins, Elizabeth Kübler-Ross et Raymond Moody, qui a par ailleurs créé le terme. La première est bien connue pour son travail sur la mort et les mourants; le deuxième a compilé une liste des caractéristiques qu'il considère typiques des expériences de mort imminente. Selon Moody, durant l’EMI type, le sujet entend un bourdonnement ou un tintement, éprouve un sentiment de paix bienheureuse, de même que la sensation de flotter hors de son corps, de l'observer de haut et de passer par un long tunnel pour déboucher dans une lumière vive, rencontre des défunts (des saints, le Christ, des anges, ou des personnalités du même genre), voit toute sa vie défiler devant ses yeux, et trouve le tout si merveilleux qu'il ne veut plus du tout réintégrer son corps. Cette expérience composite est basée sur l’interprétation de témoignages et d'anecdotes venant de médecins, d'infirmières et de patients. Fait caractéristique du travail de Moody, on y constate l’omission flagrante de tout ce qui ne vient pas appuyer sa thèse. À l’en croire, personne n’a connu d’expérience horrible au seuil de la mort. Pourtant, «selon certaines estimations, quelque 15 % des EMI sont de nature cauchemardesque» (Blackmore 2004, p. 362).

On retrouve en effet de nombreux récits d’EMI qui prennent l’aspect de séances de torture aux mains d’ogres, de géants ou de démons. Quelques parapsychologues en concluent qu’il s’agit d’une preuve de l’existence du paradis et de l’enfer, arguant qu’un certain nombre d’âmes quittent leur corps pour une courte période et se rendent dans l’autre monde avant de revenir. Mais que doit-on conclure, dans ce cas, du fait que la plupart des gens qui frôlent la mort ne voient ni Dieu ni diable? Est-ce là la preuve qu’il n’y a pas de vie après la mort, ou que la plupart d’entre nous vont se retrouver dans des espèces de limbes? Avec un raisonnement identique, on peut bien supposer que les rêves dans lesquels on semble flotter à l’extérieur de soi, au-dessus de son lit, prouvent que l’âme quitte le corps durant le sommeil, comme le croient certains gnostiques du Nouvel-âge.

Le peu de recherches effectuées dans le domaine tendent à montrer que les signes caractéristiques des EMI déterminés par Moody pourraient correspondre à des états de conscience modifiée provoqués par des arrêts cardiaques ou l’anesthésie (Blackmore 1993). De plus, des personnes qui n’ont pas connu d’EMI ont également été plongées dans des états semblables, principalement à la suite de psychoses (dues à des déséquilibres neurochimiques importants) ou à la consommation de drogues comme le haschich, le LSD ou le DMT.

Une étude néerlandaise d’une durée de 13 ans menée par Pim van Lommel et publiée dans le Lancet établit que 12 % (ou 18 %, selon la façon dont on définit les EMI) des 344 patients qu’on avait réanimés après que leur cœur eut cessé de battre ou que leur respiration se fut interrompue avaient vécu des EMI. Si les causes des EMI étaient purement physiologiques, raisonnent les chercheurs, tous les patients qui ont été plongés dans les mêmes conditions auraient subi les mêmes effets. Les chercheurs écartent également les facteurs psychologiques, ainsi que les médicaments que les sujets avaient pris. Cependant, ils croient que

les processus neurophysiologiques doivent jouer un rôle dans les EMI. On peut produire des expériences semblables par la stimulation électrique du lobe temporal (et par conséquent de l’hippocampe) au cours d’une opération chirurgicale pour traiter l’épilepsie, par des niveaux élevés de dioxyde de carbone (hypercapnie), et par une baisse du débit sanguin au cerveau causant une hypoxie cérébrale localisée, comme lorsque des pilotes d’avions de combat à l’entraînement subissent une accélération rapide, ou lorsqu’il y a hyperventilation suivie d’une manœuvre de Valsalva. On a également signalé des expériences produites par la kétamine, résultant d’un blocage des récepteurs NMDA, ainsi que par les endorphines, la sérotonine et l’enképhaline, de même que le LSD, la psilocarpine et la mescaline. Les expériences qui en résultent peuvent inclure l’inconscience, des projections astrales, la perception de lumières ou la remémoration subite de moments appartenant au passé. Contrairement aux souvenirs présents dans les EMI, qui portent sur l’ensemble de l’existence, ces souvenirs semblent plutôt fragmentés et aléatoires, toutefois. Après de telles expériences, en outre, on ne rapporte pas chez le sujet d’un changement dans sa vision de la vie ni dans sa crainte de la mort. On peut en conclure que les expériences ainsi provoquées ne sont pas identiques aux EMI…*

Il est à remarquer que les chercheurs néerlandais semblent croire que les sujets qui ont vécu de fausses EMI ne transforment pas de façon importante leur vision de la vie. Cependant, ils n’avancent aucune preuve à ce sujet. En outre, on ne peut présumer que seuls ceux qui font des récits d’EMI en ont effectivement vécu, pas plus qu’on ne peut savoir, bien entendu, si ceux qui disent en avoir vécu l’ont véritablement fait. Deux des participants à l’étude ont signalé leur EMI deux ans après avoir frôlé la mort. On peut croire qu’ils se sont constitué des faux souvenirs. Il est aussi possible que d’autres encore ont vécu une EMI mais ne s’en souviennent pas, soit parce que les capacités de leur mémoire à court terme sont différentes, soit parce que leur expérience s’est déroulée plus longtemps avant qu’ils ne reprennent conscience. Le seul facteur véritablement distinctif, selon van Lommel, entre ceux qui ont vécu une EMI et ceux qui ne l’ont pas fait, était l’âge: ceux qui en avait fait l’expérience avaient tendance à être plus jeunes. La chose est en partie attribuable au fait que les victimes plus âgées d’arrêts cardiaques sont plus susceptibles de mourir que les victimes plus jeunes, mais elle peut également être due en partie au fait que des cerveaux plus jeunes sont plus susceptibles de posséder une mémoire à court terme en meilleur état.

Les chercheurs néerlandais ont découvert d’autres différences importantes entre ceux qui ont vécu une EMI et les autres, mais elles sont intervenues après coup. «Ceux qui ont vécu une EMI sont devenus beaucoup plus empathiques, beaucoup plus près à accepter les autres. Ils goûtent davantage les petites choses de la vie et craignent moins la mort que les autres.»* Ils ont également soulevé la possibilité que la conscience existe à l’extérieur du cerveau.

Raymond Moody, quant à lui, est persuadé que les EMI constituent la preuve que la conscience existe hors du cerveau et qu’il y a une vie après la mort. Les sceptiques pensent plutôt qu’on peut expliquer les EMI par la neurochimie. Ces expériences résulteraient plutôt d’états cérébraux produits par l’agonie, la démence ou la drogue. Par exemple, le bruit neuronal et la modélisation rétino-corticale peuvent expliquer la sensation de passage dans un tunnel et d’émergence dans une lumière vive. Selon Susan Blackmore, le Dr. Tomasz S. Troscianko, chercheur dans le domaine de la vision à l’Université de Bristol, croit que

S’il n’y a tout d’abord que très peu d’interférences neuronales, mais qu’elles s’accroissent peu à peu, le sujet aura au centre de son champ de vision un point lumineux qui grandira et grandira, semblant ainsi se rapprocher… le tunnel pourra sembler en mouvement à mesure que montera le niveau d’interférence et que la lumière, au centre paraîtra grandir. Si les interférences envahissent tout le cortex, à tel point que l’ensemble des cellules se met à agir de façon désordonnée, tout semblera s’illuminer pour le sujet.

Blackmore attribue le sentiment de grande paix associé aux EMI à la production d’endorphines en réaction au stress extrême subi par le sujet. Le bourdonnement ou le tintement résulterait de l’anoxie cérébrale et de ses conséquences sur les connexions entre les cellules du cerveau (op. cit., p. 64).

Le Dr. Karl Jansen a reproduit des EMI à l’aide de kétamine, un anesthésique à action brève produisant des hallucinations et un sentiment de dissociation.

L’anesthésie résulte du fait que le patient devient si «dissocié» et si «éloigné de son propre corps» qu’il est alors possible de l’opérer sans problème. La chose est entièrement différente de l’«inconscience» produite par des anesthésiques conventionnels, bien que la kétamine soit également un excellent analgésique (sans que cet effet ne soit dû au sentiment de dissociation). La kétamine est proche de la phencyclidine, ou PCP. Les deux sont des arylcyclohexylamines, et non des opioïdes, et ne sont pas voisins du LSD. Contrairement au PCP, la kétamine est relativement sûre; elle agit moins longtemps, ne fait l’objet d’aucun interdit dans la plupart des pays, et demeure utilisée comme anesthésique pour les enfants dans les pays industrialisés, et pour tous les âges dans les pays du tiers-monde, car elle est peu chère et facile à utiliser. Les anesthésistes empêchent leurs patients d’avoir des EMI (ce qu’on appelle le «phénomène d’émergence») en administrant en même temps des sédatifs qui produisent une véritable inconscience plutôt qu’une dissociation.*

Selon le Dr. Jansen, la kétamine peut reproduire toutes les principales caractéristiques des EMI, y compris le déplacement dans un tunnel sombre et le passage à la lumière, le sentiment d’être mort, la communion avec Dieu, les hallucinations, les projections astrales, les bruits étranges, etc. Cela ne signifie pas qu’il n’y a pas de vie après la mort, mais montre certainement qu’une EMI ne constitue pas une preuve de l’existence de l’au-delà.

L’activité neuronale peut expliquer les lumières vives, les bourdonnements et les hallucinations, mais certains aspects des EMI demeurent curieux. Certaines personnes que l’on croit mortes, alors qu’elles ne sont qu’inconscientes, reviennent à la vie et racontent qu’elles ont flotté au-dessus de leur propre corps pendant que les médecins et les infirmières leur prodiguaient des soins. Elles se souviennent des conversations qu’on a tenues autour d’elles pendant qu’elles étaient «mortes». Évidemment, elles n’étaient pas mortes du tout, mais elles sont persuadées que leur âme ou leur esprit a quitté leur corps et l’a observé de haut. Ceux et celles qui ont connu de telles expériences – et ils sont nombreux – considèrent souvent que de tels moments ont constitué des points tournants de leur existence et qu’ils l’ont transformé. Ils sont convaincus du fait que de telles expériences prouvent qu’il y a une vie après la mort, lorsque la conscience quitte son enveloppe charnelle. Mais est-ce bien vrai? Il est possible que quelqu’un donne toutes les apparences d’être mort, que nos meilleurs appareils scientifiques corroborent cette apparence, mais que la personne en question continue de percevoir ce qui se passe autour d’elle. Toute une gamme de mécanismes neuronaux peuvent expliquer la perception visuelle et auditive chez les sujets inconscients mais néanmoins réceptifs. On peut toujours supposer que l’âme quitte le corps dans de telles circonstances, mais une telle hypothèse n’est pas absolument nécessaire pour expliquer des épisodes de ce genre. Quoi qu’il en soit

nous ne savons pas encore si les EMI se produisent avant, pendant ou juste après la crise, ou encore au moment même où le sujet tente d’expliquer ce qui lui est arrivé. Si un état de conscience était clairement possible malgré un électroencéphalogramme plat, la chose transformerait sans aucun doute notre vision de la relation entre le cerveau et l’esprit, mais jusqu’à présent, la chose n’a pas été clairement démontrée.

Enfin, Raymond Quigg Lawrence (Blinded by the Light) est d’avis que les EMI sont l’œuvre de Satan. Pourquoi pas? Ou encore, elles pourraient résulter de communications télépathiques entre le sujet et les médecins, le personnel infirmier et des témoins éventuels. Le sujet peut aussi s’être créé des souvenirs composites au réveil, à partir de récits faits par les personnes qui l’entouraient au moment où il frôlait la mort. Il pourrait aussi s’agir de souvenirs de données perçues par le subconscient pendant que le sujet était plongé dans l’inconscience. Quoi qu’il en soit, il semble prématuré, dans l’état actuel de nos connaissances, d’affirmer que les EMI constituent la preuve que l’âme existe indépendamment du corps.

 

 

Source: Skeptic's Dictionary Retour à l'index

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