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Le monstre du Loch Ness

« Nessie » serait une créature vivant dans le Loch Ness, un lac long et profond situé près d'Inverness, en Ecosse. Plusieurs observations du « monstre » ont été rapportées, remontant au moins à l'époque de St-Colomban, le moine Irlandais responsable de la christianisation d'une part importante de l'Écosse au VIème siècle. Apparemment, Columban a aussi converti Nessie, car on dit qu'avant qu'il ne s'aventure sur le lac pour apaiser la bête, celle-ci avait des tendances meurtrières.

La légende moderne de Nessie débute en 1934 lorsque le Colonel Robert Wilson photographie, supposément, un animal au long cou, semblable à un plésiosaure, qui émerge des eaux troubles.

Cette photo créa pas mal d'émoi; auparavant, le Loch Ness était sujet à légendes, et les habitants connaissaient la vielle histoire du serpent de mer. Mais les gens venaient au lac plus pour relaxer que pour partir en expédition à la recherche d'animaux mythiques. Après la photo, on fit appel aux experts scientifiques. Ils commencèrent par examiner la photo elle-même. Oui, ça pouvait être un plésiosaure, mais ça pouvait aussi être un tronc d'arbre. Ou une loutre. Plus tard, on utilisa un sous-marin muni de senseurs de haute-technologie pour explorer le lac. Aujourd'hui, on se retrouve avec une importante industrie touristique qui aurait généré trente-sept millions de dollars américains en 1993, offrant des excursions en sous-marin (environ cent dollars américains l'heure en 1994) et un centre touristique multimédia.

Il y a également eu d'autres photographies de Nessie. Les tabloïds paient cher pour de telles photos, et quelques chasseurs d'images à l'esprit entrepreneur ont campé pendant des années au bord du lac dans l'espoir d'attraper la bête sur film. Une bonne photo, et c'est la retraite dorée assurée! Le Smithsonian a même une page Web sur Nessie, où il encourage la recherche scientifique sur le sujet. Selon le Smithsonian,

Bien que la majorité des scientifiques croient que la présence d'un monstre est peu probable, ils gardent l'esprit ouvert comme doivent le faire les scientifiques et attendent des preuves concrètes comme la découverte de morceaux de squelette ou la capture d'un spécimen.

Nous suggérons… que les personnes intéressées par un tel phénomène… joignent la Société Internationale de Cryptozoologie, une organisation scientifique qui porte un regard critique sur les phénomènes impliquant des créatures inconnues de forme et de taille innattendues, et les soumet à une analyse technique.
Nessie

Continuez à chercher! Bien sûr, il s'agit ici du même Smithsonian qui, dans le numéro de janvier 1996 de son magazine mensuel, a publié un acticle très peu critique sur la sourcellerie. On peut toujours comprendre, de la part des tabloïds, qu'ils utilisent la défense facile de l'ouverture d'esprit pour exploiter notre goût pour les mystères et le merveilleux. D'un autre côté, on serait en droit de s'attendre, de la part du Smithsonian, qu'il utilise des méthodes plus nobles en présentant des études empiriques plutôt que des souhaits peu crédibles. Peut-être que le Smithsonian a constaté que pour rester compétitif et survivre, il doit s'adapter à la mentalité « tabloïd » du grand public et des élus. À quoi cela mènera-t-il? À des chandails Bigfoot comme prime d'abonnement?

En plus des photographies de Nessie, il y a eu de nombreuses observations rapportées dans les témoignages de personnes tout à fait fiables. Comment quelqu'un peut-il prendre connaissance de toutes ces « preuves » et continuer à considérer Nessie comme le fruit de l'imagination des témoins, comme un autre cas de paréidolie? Facile. Commençons par les photographies.

L'histoire n'est pas aussi fascinante ou obscure que celle de l'homme de Piltdown, mais comme celles des fées de Cottingley, la photo la plus célèbre de Nessie, le montrant sous la forme d'un plésiosaure, a été truquée. David Martin, un zoologiste, et Alastair Boyd, étaient membres d'un projet scientifique pour trouver Nessie. Selon le Sunday Telegraph de Londres [12 mars 1994], c'est grâce à eux si l'histoire de la photo, truquée à partir d'un sous-marin jouet, a été connue. Christian Spurling, qui est décédé à l'automne 1993, aurait avoué sur son lit de mort avoir participé à la supercherie. La photo n'avait pas été prise par le Colonel Wilson - son nom a été utilisé pour donner de la crédibilité à la photo - mais par le beau-frère de Spurling, Ian Wetherell. Le père de Ian, Marmaduke « Duke » Wetherell, avait été engagé par le Daily Mail de Londres pour trouver le monstre. Wetherell était un réalisateur de film qui se décrivait lui-même comme un « chasseur de gros gibier ». Quel plus gros gibier demander que Nessie? Sauf que le gros gibier n'était qu'un modèle réduit de serpent de mer fabriqué à partir de pâte de bois attachée à un sous-marin jouet de 14 pouces! En fait, la petite blague pris des proportions tellement inattendues que les farceurs décidèrent qu'il valait mieux se tenir tranquille et ne pas révéler leur histoire.

Alastair Boyd, mentionné plus haut comme l'un des responsables de la découverte de la supercherie, affirme avoir lui-même vu Nessie en 1979. Son Nessie, cependant, ne ressemblait pas à un dinosaure. Plutôt à une baleine, selon lui. Il mesurait au moins 20 pieds de long et il dit l'avoir vu rouler sur lui-même dans l'eau. Bon, il est peu probable qu'il y ait des loutres de 20 pieds, mais il y a des bûches de 20 pieds. Il y a aussi des erreurs d'appréciation des dimensions d'objets vus à distance pendant quelques secondes dans des conditions difficiles. Peu importe, Boyd est convaincu qu'il y a des créatures dans le loch. Mais ça, nous le savons déjà. Bien sûr qu'il y a des créatures dans le loch. Mais s'agit-il de monstres de 20 pieds de long que personne n'a encore réussi à trouver ou à voir clairement?

S'il y a un monstre dans le Loch Ness, il est peu probable que ce soit le même que celui vu par St-Colomban, puisque l'histoire circule maintenant depuis 1500 ans. Ou devrions nous croire qu'en plus d'être très gros, Nessie est aussi très vieux, une espèce de Mathusalem du royaume des animaux? En d'autres mots, il doit y avoir plus d'un monstre. Laissons aux zoologistes le soin de calculer combien de monstres sont nécessaires pour maintenir l'espèce au cours des siècles. Selon un rapport, un minimum de 10 créatures seraient nécessaires pour maintenir la population. Le même rapport affirme que le Loch Ness est incapable de nourrir un prédateur de plus de 300 kg [The Naturalist, hiver 1993/94, rapporté dans The Daily Telegraph]. Adrian Shine, directeur du Projet Loch Ness, dit que le monstre pourrait être un esturgeon Baltique, un poisson primitif muni d'un bec et d'épines et qui peut mesurer jusqu'à 9 pieds de long et peser environ 450 livres. Certains n'y verront qu'une autre histoire de pêcheur, mais l'évidence scientifique semble démontrer que Nessie serait, au mieux, un gros poisson dans un grand lac, ou une grosse vague dans un grand lac.

The Naturalist a présenté des études exhaustives de l'écologie du lac qui indiquent que le lac peut ne peut supporter plus de 30 tonnes de poisson. (La chaîne alimentaire du lac est contrôlée par des bactéries qui décomposent la végétation plutôt que des algues, comme pour la majorité des lacs.) En estimant qu'un groupe de prédateurs ne représenterait pas plus de 10 % du poids total des poissons leur servant de nourriture, les chercheurs sont arrivés à une valeur de 300 kg. Il est très étrange qu'après toutes ces années, malgré toute la haute technologie, les sous-marins, et les milliers de voyeurs, nous n'ayons pas encore un seul spécimen. Nons n'avons aucune carcasse; nous n'avons même pas un os à examiner. Avec au moins 10 de ces énormes monstres nageant dans le lac en même temps, on s'attendrait à avoir au moins une observation solide. On s'y attendrait, en fait, à moins de vouloir garder vivante la supercherie/mythe/légende. On ne peut nier qu'il existe d'excellentes raisons économiques pour garder la légende du monstre du Loch Ness vivante. C'est bon pour le tourisme. Et il y a toutes ces recherches « scientifiques » à financer avec les fonds publics et les dons privés; c'est le plein emploi pour les cryptozoologistes. Il y a aussi toutes ces pellicules photographiques vendues aux chasseurs de monstre. Mais c'est le mythe qui est à l'origine du tourisme, pas l'inverse. L'histoire continuerait à se raconter avec ou sans les centres multimédia et les boutiques de souvenirs.

À part la photo qui s'est révélée un faux grâce à M. Boyd et d'autres, plusieurs autres demandent à être évaluées. Toutes les photos de Nessie ne sont pas des faux. Quelques unes sont de véritables photos du lac. Ces photos sont toujours très sombres, et montrent des eaux troubles avec beaucoup d'ombres. Il est indéniable que sur certaines d'entre elles on peut apercevoir une forme qu'on pourrait prendre pour un serpent de mer. Cette forme pourrait également être confondue avec un tronc d'arbre, une ombre sur une vague, la vague elle-même, ou de l'écume.

Le Loch Ness est très long et peut parfois être très turbulent; quiconque s'y promène constate rapidement le grand nombre de formes qu'on peut y apercevoir.

 

Le monstre du Loch Ness : une fin en queue de poisson?, par Danny Lemieux.
(Extrait du Québec Sceptique, numéro 30, page 4, été 1994.)

 


 

Le monstre du Loch Ness existe-t-il ? Par l'Université de Nantes (France).

Le monstre du Loch Ness, par la chaîne YouTube Pour la Petite Histoire.

Source: Skeptic's Dictionary Retour à l'index

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