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Fraude nigérienne

(Aussi connue sous le nom de fraude 419, d’après la section pertinente du code pénal nigérien.)

Fraude pour laquelle une personne se présentant comme un étranger (souvent du Nigéria) s’adresse à sa victime potentielle pour qu’elle l’aide à faire sortir des millions de dollars de son pays en les versant dans son compte bancaire. En contrepartie, on lui propose un certain pourcentage de l’argent, sous réserve qu’elle règle auparavant certains frais devant permettre la transaction. Certains fraudeurs se sont même donné la peine de créer le site web d’une fausse banque, où la victime pouvait vérifier si l’argent promis avait été versé dans son compte. On a vu quelques personnes perdre ainsi des millions de dollars. Un bon nombre des fraudeurs viennent du Nigéria, mais la fraude se pratique à l’échelle mondiale et peut venir de n’importe quel pays. Le courriel est la forme d’entrée en matière préférée; on y retrouve assez de fautes et de majuscules au mauvais endroit pour rendre crédibles les demandes pressantes qui y sont formulées.

Il existe plusieurs variantes de la fraude. Dans un cas, on vous annonce que vous avez gagné à une loterie dont vous n’avez pas acheté de billet. Pour empocher vos millions, il vous suffit de vous fendre de quelques milliers de dollars, histoire de graisser la patte à un fonctionnaire ou deux, payer des frais de courtage, et ainsi de suite.

Voici quelques exemples de messages de présentation, tous authentiques.

  1. DU BUREAU DE M. EGOMAH FELIX, LAGOS, NIGÉRIA, chargé de compte de feu Mark Jones, Immigrant, Homme d’affaires et entrepreneur en construction dans mon Pays.

    Le 21 avril 2001, ce client a été impliqué dans un accident automobile sur l’Autoroute Lagos-Shagamu. Tous les occupants à bord du véhicule ont malheureusement perdu la vie.

    Le défunt possédait un compte évalué à 15,5 millions de $ US, j’ai communiqué avec son avocat auparavant pour retrouver des membres de sa famille pendant deux ans sans succès. Je demande maintenant votre consentement pour qu’on vous considère comme le plus proche parent du défunt, vous pourriez ne pas avoir le même nom ni la même nationalité que le Défunt, par la présente je vous demande votre consentement.

    35 % vous sera remis pour votre aide/participation au bon déroulement de cette transaction, 10 % sera réservé pour les frais internes ou externes éventuels, et 55 % sera investi en mon nom sous votre direction.  
  2. Je suis le Professeur Frank Obi, avocat-conseil et partenaire chez Richard Akinjide and Co. Je représente M. James McCullough, un expatrié qui travaillait pour la Shell Development Company au Nigéria. Le 21 avril 1999, mon Client, son épouse et leurs enfants ont été impliqués dans un accident de la circulation sur l’autoroute Sagbama. Tous les occupants du véhicule y ont perdu la vie. [Obi fait ensuite miroiter une somme de 38,6 millions de dollars, mais ne dit pas combien toucherait celui ou celle qui l’aiderait à faire sortir l’argent de son pays.]  
  3. Je suis fonctionnaire au ministère fédéral du Logement et des Travaux Publics du Nigéria. Le Gouvernement fédéral du Nigéria a constitué un comité d’examen des contrats publics dont je suis le président, afin d’enquêter sur tous les contrats qui ont été attribués, exécutés et rémunérés par notre ministère pendant que notre pays était dirigé par une junte militaire. Au cours de nos travaux, nous avons identifié la somme de 21 500 000 $ US (vingt et un millions cinq cent mille dollars américains) en suspens dans les comptes du ministère à la Banque centrale du Nigéria. Cet argent devait être transféré dans un compte étranger par les dirigeants militaires et leurs complices pour leur usage personnel, si leur régime n’avait pas pris fin en mai 1999. Nous croyons que si nous signalons l’existence de cet argent aux autorités, elles chercheront à le garder pour leur propre usage et pourraient même chercher à salir notre réputation pour nous discréditer en même temps. Comme les lois nationales actuelles interdisent aux fonctionnaires du pays d’ouvrir, d’utiliser et de conserver des comptes étrangers, il nous est impossible de transférer ces fonds dans un compte à l’étranger sans l’aide d’un partenaire de l’extérieur du pays. En outre, les fonds ne peuvent être débloqués par la Banque centrale qu’à titre de paiement contractuel à une entreprise étrangère pour un contrat déjà exécuté par le ministère. Mes collègues de la commission m’ont donc confié la mission de rechercher un partenaire à l’étranger dans le compte duquel nous pourrions transférer les fonds, et qui nous aiderait à rendre le transfert légal. Voilà la raison pour laquelle nous vous envoyons la présente lettre. Nous nous sommes entendus pour partager l’argent ainsi: 25 % au détenteur du compte (vous-même), 70 % à nous (les fonctionnaires), 5 % pour des dépenses diverses. Nous avons l’intention de consacrer la majeure partie de notre part de 70 % à l’achat de biens immobiliers dans votre pays, ainsi qu’à de la machinerie agricole qui sera importée de chez nous. Veuillez noter que cette transaction est entièrement sûre, et que nous avons un plan pour rendre le transfert entièrement légal.  
  4. Je suis le Dr Philip Williams, citoyen kényan. Je travaille comme médecin au Nigéria, à l’Hôpital de soins spécialisés de l’état du Lagos.

    Il s’est présenté à l’Hôpital un homme que des bons Samaritains nous ont emmené de toute urgence. Je dirigeais l’équipe de médecins qui devaient l’opérer, mais malheureusement, nous l’avons perdu.

    En fouillant sa mallette afin de pouvoir délivrer un certificat de décès et communiquer avec les autorités appropriées, car l’homme était d’origine étrangère, j’ai découvert qu’il s’agissait d’un citoyen allemand en voyage d’affaires au Nigéria. J’ai aussi découvert des documents montrant qu’il venait de déposer 18 millions de dollars US auprès d’une entreprise de courrier diplomatique, ainsi qu’une preuve de la transaction (une photo de l’argent).

    [Williams offre seulement 20 % à sa victime, mais il mettra 10 % de côté pour un orphelinat.]  
  5. Je m’appelle Femi Kuye, directeur, Lettres et opérations de change, section des opérations de change à l’étranger d’une importante Banque africaine. Je vous écris pour vous demander votre collaboration pour cette transaction de grande valeur. Nous avons découvert une somme orpheline de 12 500 000, 00 $ [Venez en aide au brave M. Kuye, et c’est 30 % pour vous.]  
  6. Vous serez sans doute étonné de recevoir cette lettre de ma part, car vous ne me connaissez pas. Je suis le fils du défunt président de la République démocratique du Zaïre, Mobutu Sese Seko (maintenant la République du Congo, sous le leadership de M. Laurent Kabila). Je suppose que vous êtes au courant du litige financier entre ma famille (LES MOBUTU) et le gouvernement civil actuel.

    [À vrai dire, non, mais pour 20 % de 30 000 000 $, je suis bien prêt à faire semblant. Le fils du défunt dictateur affirme se trouver «actuellement dans un camp de réfugiés, ici, aux Pays-Bas, dans un camp de réfugiés des nations unies aux Pays-Bas», et il dit qu’on peut le joindre au +31-613364615. N’hésitez pas à appeler; il y est probablement encore.]  
  7. Exp. : Micheal Sankoh Junior.

    Aide urgente demandée avec confiance absolue en Dieu et tout le respect que je vous dois. Je vous écris cette lettre qui sera d’une grand aide pour moi et vous prie de garder cette information par devers vous et confidentielle. Je suis Micheal Sankoh Junior, fils de Foday Sankoh, chef rebelle d’une faction guerrière du Sierra Leone. Je suis tout à fait opposé aux crises politiques incessantes dans mon pays qui ont causé des destructions irréparables de vies humaines et de biens que l’on voit actuellement partout aux nouvelles. Après le dernier assaut des troupes je me suis échappé aux Pays-Bas grâce à l’aide des soldats des Nations Unies qui étaient là en mission de paix. À mon arrivée à Amsterdam, je suis allé directement au camp de réfugiés pour obtenir l’asile politique, j’ai été accepté. Avant la guerre mon père a déposé la somme totale de 15,5 millions de dollars US dans une entreprise de protection de fonds bien connue d’Amsterdam. [Junior n’offre que 15 %.]  
  8. Je suis Mme Sese-Seko veuve dans l’ancien président Mobutu Sese-Seko du Zaïre [La veuve joyeuse veut réclamer ses 18 000 000 $, mais sa seule promesse consiste à dire que son fils «vous lancera en affaires».]  
  9. Je m’appelle Frank Winpoe, du Libéria, un pays d’Afrique de l’Ouest. Mon oncle est John Y. Winpoe, ancien sous-ministre de la Sécurité nationale du Libéria. Mon oncle a été faussement accusé de comploter contre le président du Libéria d’alors, (Charles Taylor). Sans procès, Charles Taylor l’a fait tuer [On offre un «pourcentage négociable» de 28 millions de dollars.]  
  10. Je m’appelle Avan Unoko, fils d’Udo Unoko, agriculteur assassiné en raison des revendications territoriales de mon pays [l’Afrique du Sud]. [Les agriculteurs d’Afrique du Sud doivent rouler sur l’or, car le père de ce type s’est mis de côté 14 millions de dollars. Aidez son fils à les récupérer, et vous en obtiendrez 15 %.]

Bien de ces lettres contiennent des remerciements et des bénédictions.

Y a-t-il des gens qui tombent vraiment dans de tels pièges? Malheureusement, oui. J'ai lu un article du Sacramento Bee (du 12 mars 2005) au sujet d’un Nigérien nommé Roland Adams, qu’on a condamné à 97 mois de prison pour avoir pris part à ce genre de fraudes. D’après l’article, il a contribué à frauder une vingtaine de «victimes partout dans le monde, pour plus d'un million de dollars». Il avait créé BankofAfrica.com, un faux site web bancaire, pour lequel il donnait à ses victimes un mot de passe spécial afin qu’ils puissent voir combien d’argent avait été «réservé» pour un transfert dans leur compte dès qu’ils auraient acquitté les frais de la transaction. Toujours d’après l’article, quelques-unes des victimes ont perdu des milliers de dollars.

L’une des victimes, Margie Ziereis, du Wisconsin, a dit qu’elle espérait recueillir 50 millions de dollars pour permettre à Adams de déposer 150 millions de dollars dans son compte de banque. Elle lui a envoyé 8000 dollars pour les «frais de transaction». Bien sûr, elle n’a jamais reçu un sou.

Quiconque s’est fait avoir par des fraudeurs de ce type est instamment prié de communiquer avec la police.

Source: Skeptic's Dictionary Retour à l'index

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