Non sequitur

Un raisonnement non sequitur (littéralement qui ne suit pas) est un sophisme. Un raisonnement est considéré comme non sequitur si la conclusion de celui-ci ne découle pas des prémisses ou si une raison de commettre un acte n'a aucune pertinence dans l'affaire. Par exemple, le raisonnement d'un chef de police qui défend le fait de consulter un voyant afin «d'aider les enquêteurs à résoudre une enquête» basé sur la prémisse que «on a tout essayé sans résultat» est un raisonnement non sequitur. Le fait que l'enquête n'ait pas été résolue en utilisant les méthodes traditionnelles n'entre aucunement en jeu dans les critères des décisions pour déterminer si la consultation d'un voyant devrait être utilisée. Cette erreur de raisonnement devient évidente si on substitue «choisir un nom au hasard dans l'annuaire afin de déterminer le principal suspect» à la place de «consulter un voyant». Le fait que le dossier n'ait pas été résolu en utilisant les méthodes traditionnelles ne justifie en rien l'appel à des méthodes non traditionnelles. La justification d'une méthode non traditionnelle devrait se faire par la démonstration que cette méthode permet d'obtenir des résultats satisfaisants.

Un autre exemple de raisonnement non sequitur est de justifier la consultation d'un homéopathe ou d'un autre thérapeute «alternatif» par le fait que la médecine conventionnelle n'a pu guérir leur mal. Encore une fois, pour justifier l'utilisation de l'homéopathie ou l'acupuncture, il faut des preuves démontrant l'efficacité de ces traitement et non la preuve que les autres méthodes ne sont pas efficaces.

Il est fréquent qu'un raisonnement non sequitur fourni par une personne tentant de justifier l'appel à un voyant ou à un thérapeute «alternatif» soit accompagné d'un autre sophisme : l'hypothèse discutable. Par exemple : «nous n'avions rien à perdre en consultant un voyant (ou un homéopathe)» sont des affirmations contestables. En effet, il est fort probable que ces démarches entraînent une perte de temps et d'argent qui auraient été mieux investis ailleurs.

Un des principes fondateurs de l'homéopathie est aussi basé sur un raisonnement non sequitur. Samuel Christian Friedrich Hahnemann (1755-1843), le fondateur de l'homéopathie, considérait que si une substance produit des symptômes similaires à ceux produits par une maladie, cela impliquait que cette substance, en quantité infinitésimale, allait combattre les symptômes de ladite maladie. La conclusion de Hahnemann ne découle pas de sa prémisse.

Tant les chefs de police que les gens malades justifient leur raisonnement sophistique en clamant que le croyant ou le thérapeute alternatif a réellement aidé. Il est toutefois à noter qu'un raisonnement non sequitur peut avoir une conclusion qui se révèle exacte ou mener à un résultat bénéfique. En effet, un sophisme implique que la conclusion n'est pas soutenue par les arguments présentés mais n'implique pas nécessairement que la conclusion est fausse. Néanmoins, la plupart des chefs de police connaissent peu ou pas les principes derrière le cold reading ou le hot reading et peuvent aisément croire que quelqu'un a obtenu des informations à l'aide d'un pouvoir de voyance. Et la majorité des gens malades en connaissent peu ou pas du tout sur l'effet placebo ou la guérison naturelle et, s'ils vivent pour raconter leur histoire, peuvent aisément croire que la thérapie alternative est la cause de leur guérison.

Un des exemples récents les plus frappants de raisonnement non sequitur est utilisé par les promoteurs de ce qu'ils appellent le «dessein intelligent». Leur raisonnement pourrait être considéré comme la fausseté divine. Leur raisonnement ressemble à ceci : nous ne connaissons pas tous les détails du processus ayant mené à la complexité de l'être humain ou du flagelle bactérien ou à l'œil d'un âne ou à une autre entité biologique quelconque, donc un créateur intelligent doit avoir créé de toutes pièces des entités biologiques. Ce raisonnement est faux car le fait de ne pas trouver une explication naturelle n'implique pas pour autant que celle-ci n'existe pas. L'histoire de la sciences déborde d'exemples de processus que nous comprenons aujourd'hui mais que nous ignorions avant.

Source: Skeptic's Dictionary Retour à l'index

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