Ouija

Ouija

Jeu employé dans un contexte de divination et de spiritisme. Il consiste habituellement en un tableau sur lequel sont inscrites les lettres de l’alphabet, ainsi que des mots comme «oui», «non», «au revoir» et «peut-être». Une planchette (reposant sur trois pointes et pouvant glisser facilement) ou un pointeur quelconque est manipulé par les personnes assises autour du tableau. Une question est posée, et la planchette, qui se déplace sous l’action de l’ensemble des participants ou d’un seul d’entre eux, est censée s’arrêter d’elle-même sur les lettres ou les mots formant la réponse.

Certains croient que se sont des forces paranormales ou surnaturelles qui dictent les réponses du ouija. Les sceptiques sont plutôt d’avis que les utilisateurs eux-mêmes déterminent les réponses, de manière consciente ou inconsciente. Un test très simple en constitue la meilleure preuve: il suffit de bander les yeux des participants, et de demander à un observateur impartial de noter les résultats. Habituellement, on n’obtient ainsi que des suites de lettres inintelligibles.

Les mouvements de la planchette ne résultent pas de forces paranormales, mais de mouvements imperceptibles de la part de ceux qui dirigent le pointeur. Ces mouvements, également à l’œuvre dans la radiesthésie, sont connus sous le nom d’effet idéomoteur.

À sa création, en 1890, le ouija n’était qu’un jeu de société, vendu dans les magasins d’articles de fantaisie des États-unis.

E.C. Reiche, Elijah Bond et Charles Kennard (...) créèrent une présentation alphanumérique entièrement nouvelle. Ils répartirent les lettres de l’alphabet en deux arcs superposés au milieu du tableau. Sous les lettres, ils placèrent les chiffres de un à dix, et ajoutèrent «OUI» et «NON» dans les coins.
 
Kennard baptisa le nouveau jeu ouija, d’après le mot égyptien signifiant «bonne fortune». (En fait, «ouija» n’est pas du tout égyptien, mais comme c’est ce que le tableau a annoncé à Kennard au cours d’une séance, le nom est resté.)*

Lorsque Kennard fit faillite en 1892, un de ses anciens employés, William Fuld, reprit l’affaire.

L’un de ses premiers trucs publicitaires de Fuld à la tête de la nouvelle entreprise fut de réinventer l’histoire du ouija. Il prétendit avoir conçu le jeu lui-même, et expliqua que son nom venait du mot «oui» en français et en allemand.*

On trouve habituellement le ouija en magasins, dans le rayon des jeux de société ou des articles de variété, mais beaucoup de gens sont prêts à jurer qu’ils ont quelque chose d’occulte. Par exemple, Susy Smith, dans Confessions of a Psychic (1971), affirme avoir souffert de troubles mentaux après en avoir utilisé un. Dans Thirty Years Among the Dead (1924), le psychiatre américain Carl Wickland prétend que le ouija «a causé des accès de folie si furieuse qu’il a fallu en envoyer les victimes à l’asile». Est-ce là ce qui arrive lorsque des amateurs imprudents tentent de pénétrer les secrets de l’occulte? Peut-être, s’ils sont suggestibles, pas très sceptiques et légèrement dérangés au départ. Cependant, même des personnes très équilibrées, qui n’ont jamais souffert de troubles mentaux, se montrent impressionnées par le ouija. Elles ont de la difficulté à admettre que l’effet idéomoteur, reflet de pensées inconscientes, explique les «communications» du ouija. Une des raisons de ce refus, c’est le fait que ces «communications» sont parfois déplaisantes, voire répugnantes. Il est plus satisfaisant, du point de vue psychologique, d’attribuer des messages déplaisants à des esprits malins que de croire qu’une personne de votre entourage est un peu tordue. En outre, certaines «communications» expriment des craintes plutôt que des souhaits, comme la crainte de la mort, et de tels concepts peuvent avoir un retentissement visible et important chez certaines personnes.

Planche de Ouija

L’effet de messages impressionnants sur des personnes émotives peut être spectaculaire. Malheureusement, comme des expériences de communication facilitée l’ont montré, des gens tout à fait comme il faut peuvent souvent cacher de noires pensées, dont elles sont elles-mêmes inconscientes. Le fait qu’une personne prenne une «communication» assez au sérieux pour en perdre sa capacité de goûter la vie pourrait constituer une raison suffisante pour éviter le ouija, qui cesserait alors d’être un passe-temps innocent. Il s’agit cependant d’une raison insuffisante pour conclure que les messages viennent d’une autre source que de notre propre esprit.

 

 

Oui-ja : faites vos propres expériences!  par Henri Broch
(Extrait du Québec Sceptique, printemps 1993)

Source: Skeptic's Dictionary Retour à l'index

Haut de page
© 2016 Robert Todd Carroll (version anglaise)
© 2016 Les Sceptiques du Québec (version française)