Paranormal

Qualificatif appliqué aux événements ou perceptions considérés inexplicables par les lois normales de la science. On l’utilise souvent en relation avec des personnes possédant des capacités métapsychiques comme la perception extra-sensorielle ou la psychokinèse.

L’ignorance ou la pensée magique porte souvent bien à des gens à considérer comme paranormales des choses facilement explicables. Par exemple, le parapsychologue Charles Tart explique ce qui l’a poussé à s’intéresser au paranormal: 

À une certaine époque, il y a longtemps, j’étais très sceptique à propos de tout ce qu’on disait paranormal. Parmi les choses qui ont fini par me convaincre, il y a eu cette expérience étrange, que j’ai faite personnellement. C’était durant la guerre. J’étais à Berkeley, en Californie, et tout le monde effectuait des heures supplémentaires, à l’époque (...) Ce soir-là, mon assistante et moi étions restés très tard au boulot, avant de rentrer à la maison, chacun chez soi. Le lendemain, elle était arrivée au travail complètement bouleversée (...) Elle raconta que durant la nuit, elle s’était éveillée en sursaut et s’était redressée tout d’un coup dans le lit, convaincue que quelque chose d’horrible venait d’avoir lieu. «J’ai eu un terrible pressentiment», raconta-t-elle, mais elle n’avait aucune idée de ce qui s’était passé. «J’ai tout de suite sauté du lit et j’ai couru à la fenêtre pour voir s’il n’y avait pas eu un accident ou quelque chose du genre. Je venais à peine de tourner le dos à la fenêtre pour regagner le lit que la vitre s’est mise à trembler violemment, sans que je puisse comprendre pourquoi. Je me suis recouchée, et en me réveillant le lendemain matin, j’ai allumé mon poste de radio.» Un navire transportant des munitions avait explosé à Port Chicago. La ville avait littéralement rayée de la carte, et plus de 300 personnes étaient mortes (...) La jeune fille affirma qu’elle avait senti le moment où toutes ces personnes avaient été victimes de cette épouvantable déflagration. Comment avait-elle pu se réveiller en sursaut et se rendre à la fenêtre juste avant que le choc de l’explosion atteigne Berkeley, quelque 70 kilomètres plus loin, et fasse trembler sa fenêtre?

Selon James Randi, qui rapporte cette histoire, il n’est nul besoin de faire appel au paranormal pour expliquer cet événement. Les ondes de choc voyagent à des vitesses différentes dans le sol et dans les airs. Sur une distance de quelque 70 kilomètres, la différence serait de l’ordre de huit secondes. Il est fort probable que la jeune fille s’est d’abord faite réveiller par la secousse provoquée par l’explosion, et qu’elle a vu sa fenêtre vibrer sous l’effet de l’onde de choc, huit secondes plus tard. Aussi bien la jeune fille que Tart ont cru que la fenêtre a vibré au moment même où l’explosion a eu lieu, ce qui rendrait l’expérience inexplicable par les lois de la physique. La chose n’a de sens, toutefois, que si l’on ne tient pas compte de ces lois.

 


 

Note: Le compte rendu de Randi fait croire qu’à l’époque concernée, Tart travaillait à Berkeley avec une laborantine. Or, Tart est né en 1937, et l’explosion de Port Chicago a eu lieu en 1944. Tart était peut-être un prodige, mais on peut douter qu’il ait eu son propre laboratoire à l’âge de sept ans. Ce qui compte, ici, c’est que Tart, comme beaucoup d’autres croyants, a préféré l’explication paranormale à l’explication toute prosaïque.

Le compte rendu de Randi a été fait sans note ni texte, mais il a été repris par le magazine Skeptic. L’auteur des présentes lignes a parlé à l’éditeur du magazine, qui a eu la gentillesse de lui envoyer une transcription des propos de Tart. Il en est ressorti que l’histoire rapportée par Randi ressemblait tout à fait au récit original, à ceci près que la laborantine qu’il met en vedette travaillait pour Tart à l’époque où il racontait l’histoire; à l’époque où a eu lieu la tragédie, elle travaillait plutôt dans une usine d’équipement électronique. Voici un extrait de la transcription:

Une nuit, après qu’elle soit allée se coucher, épuisée, comme d’habitude, elle se réveilla en sursaut et bondit hors du lit, envahie par un sentiment d’horreur absolue. Elle savait que quelque chose d’absolument horrible était en train d’arriver, quelque chose qu’elle aurait souhaiter empêcher, sans avoir la moindre idée de ce dont il s’agissait. Elle n’avait pas l’habitude de bondir hors du lit, dans un tel état, au milieu de la nuit, et son étonnement était très grand, devant la force de son sentiment. Elle était là, debout, et environ une minute plus tard, la vitre se mit à vibrer, et la maison trembla un peu. En fin de compte, ce n’était pas une de ces choses si fréquentes en Californie – un tremblement de terre. Mais elle apprit, le jour suivant, que dans une petite ville située à environ 70 kilomètres de là, Port Chicago, un navire transportant des munitions avait explosé, tuant plusieurs centaines de personnes simultanément. Il faut environ une minute pour qu’une onde de choc se rende de Port Chicago à Berkeley. Elle sentit, en rétrospective, qu’une partie de son esprit avait réagi, d’une certaine façon, au sentiment d’horreur qu’avaient éprouvé toutes ces personnes en mourant simultanément.

Tart conclut en disant que «les lois de la physique ne peuvent expliquer cette histoire», que bien des gens rapportent des faits similaires et que «la façon dont on les considère dépend beaucoup, je pense, des convictions antérieures de chacun».

Tart emploie cette histoire comme exemple du genre de choses qui justifient la parapsychologie. Beaucoup d’autres personnes se mettent à croire à la parapsychologie en croyant que s’ils ne peuvent voir la cause naturelle d’un événement quelconque, il y a du paranormal là-dessous. La parapsychologie, pourrait-on dire, est une science qui cherche des choses qu’elle ne peut expliquer, afin d’évoquer le paranormal.

 

 
 

 
La moitié des Québécois croient au paranormal!, par Denis Labelle.
(Extrait du Québec Sceptique no 22, p.5, juin 1992.)

 

La croyance au paranormal
Facteurs prédispositionnels et situationnels
Jean-Michel ABRASSART
Editions universitaires européennes (19-11-2010)

Source: Skeptic's Dictionary Retour à l'index

Haut de page
© 2016 Robert Todd Carroll (version anglaise)
© 2017 Les Sceptiques du Québec (version française)