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Princeton Engineering Anomalies Research (PEAR)

Logo du PEAR

Création de Robert G. Jahn, qui, en 1979, quand il occupait le poste de doyen de l'École de génie et de sciences appliquées de l'Université Princeton, a déclaré qu'il voulait «poursuivre des études scientifiques rigoureuses sur l'interaction de la conscience humaine avec des appareils, systèmes et processus physiques sensibles qu’on retrouve couramment dans le domaine du génie». Autrement dit, il voulait devenir parapsychologue et faire des tests sur la psychokinésie. De façon pas si incroyable que cela, il a trouvé plusieurs de ses collègues de Princeton qui étaient également las de la routine des sciences humaines, des sciences sociales, du génie et de la physique, et qui se sont joints à sa croisade visant à prouver que l'esprit peut agir sur la matière.

Le laboratoire PEAR a été fermé en février 2007 devant une communauté scientifique baîllante.

Dans les années 1960, le physicien et parapsychologue Helmut Schmidt s'est mis à utiliser des générateurs d'événements aléatoires pour mener des expériences sur la psychokinésie. Selon Dean Radin (1997), avec le temps, Schmidt a fini par rassembler un corpus de preuves scientifiques solides en faveur de l'existence de la psychokinésie, et les membres du PEAR ont repris son travail lors de 258 études expérimentales et 127 études de contrôle. C.E.M. Hansel, cependant, précise à propos de toutes ces études de suivi effectuées entre 1969 et 1987: «L'élément principal qui ressort de ces données, c'est que 71 des essais ont donné des résultats correspondant à ceux de Schmidt, et 261 ont donné des résultats contraires» (Hansel 1989, page 185).

En 1986, Jahn, Brenda Dunne et Roger Nelson ont publié les résultats de millions d'essais effectués sur une période de sept ans par 33 sujets qui ont tenté d’influencer les résultats de générateurs de nombres aléatoires. Ni plus ni moins, il s’agit d’appareils produisant des 0 et des 1. À long terme, selon les lois de la probabilité, une séquence véritablement aléatoire devrait produire 50 % de chacun des chiffres. Les sujets de l'expérience du PEAR utilisaient leur esprit pour produire davantage de 0 (ou de 1, selon ce qu'on leur demandait). En d'autres termes, ils imitaient le comportement de ces conducteurs immobilisés au coin d'une rue qui tentent de forcer le feu rouge à passer au vert par la pensée.

En 1987, Dean Radin et Nelson ont effectué une méta-analyse de toutes les expériences faites à l'aide de générateurs de nombres aléatoires entre 1959 et 1987, pour découvrir qu'il y avait une chance sur un billion pour que les résultats obtenus soient dus au hasard (Radin 1997, page 140). Impressionnant, mais comme le dit Radin, «eu égard à un taux de succès de 50 %, l’effet expérimental global, calculé par étude, était d’environ 51 %, là où 50 % des résultats seraient dus au hasard» [nous soulignons] (141). Quelques phrases plus loin, Radin donne une précision sur ce 51 %, en ajoutant que l’effet global se situait «juste sous les 51 %» . D’après lui, on a obtenu des résultats semblables en demandant à des sujets d’utiliser leur esprit pour modifier les résultats donnés par des dés. En outre, lorsque Nelson a mené sa propre analyse de l’ensemble des données du PEAR (1 262 expériences effectuées par 108 sujets), ses résultats ont été semblables à ceux des études portant sur les générateurs de nombres aléatoires, mais «avec des probabilités de 4000 contre un pour que les résultats soient dus au hasard» (Radin 1997, p. 143). Nelson a également affirmé qu’il n’y avait pas de sujet principal.

Toutefois, selon Ray Hyman, «le pourcentage de réussite n’était que de 50,02 %» dans les études du PEAR (Hyman 1989, p. 152). Et l’un des «opérateurs» (ainsi qu’on désignait les sujets de l’étude) était à l’origine de 23 % des résultats totaux de la base de données. Son pourcentage de réussite était de 50,05 %. Retirons cet opérateur du groupe des sujets, et le pourcentage de réussite global tombe à 50,01 %. D’après John McCrone, l’«opérateur no 10», probablement un membre du personnel du PEAR, «a participé à 15 % des 14 millions d’essais, mais a contribué à une bonne moitié des succès excédentaires» (McCrone 1994). Pourtant, Dean Radin a affirmé qu’après examen, la critique voulant qu’«un sujet était responsable des résultats globaux... s’est révélée sans fondement» (Radin 1997, p. 221). À ce sujet, il se fie sur un article de 1991 paru dans le Journal of Scientific Exploration sous la plume de Jahn et autres, «Count population profiles in engineering anomalies experiments» (5, pages 205 à 232). Mais Jahn expose les données obtenues dans le cadre de ses expériences dans Margins of Reality: The Role of Consciousness in the Physical World (Harcourt Brace, 1988, pages 352-353). McCrone a effectué les calculs et s’est rendu compte que «si les chiffres [de l’opérateur no 10] sont retirés de l’ensemble des données, les résultats de la catégorie "Intention faible " redeviennent purement aléatoires, et ceux de la catégorie "Intention élevée" sont ramenés près de la limite du 0,05, considérée comme faiblement significative en sciences». McCrone explique que «la taille de l’effet est d’environ 0,1 %, ce qui signifie qu’à toutes les mille fois, le générateur produisait environ un 0 ou 1 de plus que ne l’aurait fait le hasard» (McCrone 1994).

Ces chiffres devraient nous rappeler que signification statistique et importance ne vont pas nécessairement main dans la main.

Qui plus est, Stanley Jeffers, physicien à l’Université York, en Ontario, a répété les expériences de Jahn sans faire mieux que le hasard (Alcock 2003, pages 135 à152). (Voir «Physics and Claims for Anomalous Effects Related to Consciousness» dans Alcock et autres, 2003. Résumé.) En outre, Jahn et ses collaborateurs n’ont pu reproduire les résultats du PEAR lorsqu’ils ont refait l’expérience en Allemagne (Voir «Mind/Machine Interaction Consortium: PortREG Replication Experiments», Journal of Scientific Exploration, vol. 14, no 4, pages 499 à 555, 2000).

À partir des résultats de ces expériences, Radin prétend que «les chercheurs ont produit des preuves persuasives, uniformes et répétées sur l’association entre intention et comportement... des systèmes physiques» (Radin 1997, p. 144). C’est conclure un peu hâtivement... Il affirme aussi que «les résultats expérimentaux ne sont probablement pas dus au hasard, à des rapports incomplets, une conception fautive des expériences, un nombre trop faible de sujets ou un nombre trop restreint d’expérimentateurs» (Radin 1997, p. 144). Il a sans doute raison, sauf en ce qui concerne le hasard.

Jahn, six de ses collègues et le PEAR ont pris un brevet (US5830064 –«Appareil et méthode permettant de déceler les événements qui, de façon collective, surpassent les résultats dus au hasard et, par conséquent, de contrôler des extrants»). Les membres du PEAR sont tellement convaincus de l’importance de leur travail qu’ils ont créé Mindsong Inc., entreprise qui «développe toute une gamme de produits et d’outils de recherche novateurs fondés sur une technologie de micro-électronique en propriété exclusive réagissant aux états intérieurs de systèmes vivants». L’un de ces produits est un logiciel «qui permet d’influencer, à l’aide de la pensée, laquelle de deux images sera affichée sur un écran d’ordinateur». L’entreprise peut également vendre, contre plusieurs centaines de dollars, un appareil qui permet de tester soi-même son influence mentale sur des résultats aléatoires.

 

 

Source: Skeptic's Dictionary Retour à l'index

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