Personnologie

Les gens dont la peau est mince, douce, lâche ou semblable à de la porcelaine tendent à être plus impressionnables, à la fois du point de vue émotionnel et physique… Ceux qui possèdent des cheveux minces et fins présentent des raffinements d’émotions… Une lèvre inférieure pleine dénote une générosité spontanée envers les amis comme les étrangers, et une disposition à la loquacité… Un nez qui descend brusquement, mais qui retrousse à la fin appartiendra généralement… à une personne qui gère mal ses avoirs.
George Roman, expert en personnologie.
 

Variation nouvelle-âgeuse d’une ancienne pseudo-science, la physiognomonie, selon laquelle l’apparence extérieure, en particulier celle du visage, donne la clé du caractère et du tempérament dominant chez une personne. Dans sa théorie, la personnologie, comme la graphologie, semble se fonder sur la magie sympathique et l’intuition.

Selon Naomi Tickle, auteure de It’s All in the Face – The Key to Finding Your Life Purpose (1997), la personnologie a été créée dans les années 1930 par un juge de Los Angeles, Edward Jones. Tickle a également fondé le International Centre for Personology (à ne pas confondre avec le Personology Institute de San Diego ni avec le Institute for Advanced Studies in Personology and Psychopathology, à Coral Gables, en Floride). Selon Mme Tickle, «le juge se prit d’une fascination pour la relation entre les traits du visage et le comportement des gens qui comparaissaient devant lui». Ensuite, comme bien des gens naïfs, il se persuada que ses observations n’étaient pas biaisées, et qu’on pouvait les considérer comme des données scientifiques. Le juge Jones se mêla même d’enseigner sa nouvelle «science» au public.

Le juge Jones excellait peut-être en lectures de personnalité à froid, mais il n’a sûrement effectué aucune expérience de contrôle pour réduire au maximum la possibilité qu’il se soit illusionné ou qu’un préjugé de confirmation l’ait empêché d’évaluer adéquatement ses expériences. Il aurait dû se soucier de l’effet Forer, et tenir compte de tentatives similaires de divination, comme l’astrologie et la phrénologie.

Le juge Jones a commis la même erreur que Franz-Joseph Gall, l’inventeur de la phrénologie : il a cru déceler l’existence d’une interrelation, et ne s’est pas donné la peine de soumettre son observation à l’épreuve de la science. En effet, Gall avait cru voir un rapport entre les bosses sur le crâne et certains types de folie ou de tendances criminelles. Jones, pour sa part, crut voir des similitudes entre les traits des personnes ayant commis des crimes semblables. Ni l’un ni l’autre n’ont pensé qu’une fois convaincus du caractère véridique de leurs observations, ils ne pourraient faire autrement qu’en trouver confirmation.

Toujours d’après Mme Tickle, l’aspect «scientifique», c’est Robert L. Whiteside, rédacteur en chef d’un journal, qui s’en est occupé. Il a «utilisé 1068 sujets, et a établi une corrélation de plus de 90%». Whiteside est l’auteur de Face Language (New York, F. Fell Publishers, 1974). Il s’est fait le porte-étendard de Jones après l’avoir vu faire une lecture à froid de la personnalité de sa femme au cours d’une conférence. Whiteside avait été épaté de voir que Jones, qui n’avait jamais rencontré Mme Whiteside, puisse en savoir autant sur elle. On cherchera en vain, cependant, le nom de M. Whiteside dans les publications scientifiques. Les experts et chercheurs l’ont universellement ignoré, sans que la chose nuise le moins du monde à la croissance de la personnologie.

D’autres arguments «scientifiques» ont été ajoutés par un autre Whiteside. Selon Bill Whiteside, qui prétend avoir été formé par Robert Whiteside, il existe un lien entre la génétique et le comportement, ainsi qu’entre la génétique et l’apparence physique. Il en conclut donc, avec une fausse logique tout à fait charmante, qu’il doit y avoir un lien entre le comportement et l’apparence physique.

Au cours des années, [les scientifiques] ont montré de façon irréfutable que notre bagage génétique s’exprime dans notre structure et, par conséquent, dans nos comportements. 

Autant dire que puisque la couleur des yeux est déterminée par l’hérédité, la couleur des yeux est la clé qui nous permet de comprendre la personnalité.

Bill Whiteside ajoute :

La personnologie comporte 68 traits comportementaux. Le praticien expérimenté identifie chacun par le regard, des mesures ou le toucher. Il y a cinq sortes de traits : les traits physiques, l’expression automatique, l’action, le sentiment, l’émotion et la réflexion. L’emplacement de chacun dans une zone précise découle logiquement de l’endroit où il est présent et de sa relation avec une zone correspondante du cerveau.

Apparemment très scientifique, tout cela, mais rien de ce que nous savons du cerveau ne correspond à ces notions. 

En résumé, la personnologie impressionne par l’exactitude qu’on lui attribue. Mais cette supposée exactitude vient surtout d’un manque de compréhension de l’effet Forer, de la lecture de personnalité à froid et du préjugé de confirmation. La croyance en la validité de la personnologie se trouve renforcée par le fait que ses tenants ne tiennent compte que des données qui confirment ce qu’ils pensent. Non seulement laissent-ils de côté les données des neurosciences contredisant leur croyance, mais ils ne tentent pas même pas de réfuter systématiquement leur théorie.

 

Voir également: Graphologie et Magie sympathique.

Source: Skeptic's Dictionary Retour à l'index

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