| Expérience de Philadelphie |
![]() Supposée expérience (nom de code: Projet Rainbow) menée par la Marine militaire américaine le 28 octobre 1943. Selon la légende, le destroyer USS Eldridge a été rendu invisible, puis s'est fait dématérialiser et téléporter aller-retour entre Philadelphie, en Pennsylvanie, et Norfolk, en Virginie. L'expérience aurait eu des contrecoups si terribles (certains marins seraient devenus invisibles et auraient perdu la raison) que la Marine a renoncé à étudier cette nouvelle technologie prometteuse. L'expérience en question, qui représentait une application de la théorie du champ unifié aurait été effectuée par le Dr. Franklin Reno. Elle aurait démontré l'existence de distorsions spatio-temporelles. La Marine américaine nie avoir jamais tenté une telle expérience. Pour ceux qui voient des conspirations partout, c'est là la preuve que l'expérience a bel et bien eu lieu. Les esprits moins crédules se demandent plutôt qui a pu pondre une telle histoire ? En fait, il s'agit d'un mélange de réalité, de fiction, de spéculations effrénées et de pur délire. Ce qui est bien réel, c'est que la Marine américaine, comme toutes les marines militaires du monde, se livre à toutes sortes d'expériences, dont beaucoup sont frappées du sceau du secret. Bien d'entre elles tentent de trouver des applications militaires aux dernières découvertes ou théories de la physique, comme la théorie du champ unifié. Il semble exact que la Marine ait effectué des expériences en matière d'"invisibilité" en 1943, mais celles-ci n'avaient rien à voir avec la disparition de navires. Edward Dudgeon, qui affirme avoir fait partie de l'équipage du USS Engstrom à l'époque, prétend que la Marine voulait rendre ses bâtiments "invisibles aux torpilles magnétiques en les démagnétisant". Dudgeon a décrit en ses termes la méthode utilisée à l'ovniologue Jacques Vallée:
Le Engstrom et le Eldridge ont souvent mouillé ensemble et, selon Dudgeon, des membres des deux équipages faisaient parfois la fête ensemble à terre, sans que "jamais rien de spécial n'ait été mentionné". Dudgeon dit cependant que les marins ont assisté à de spectaculaires orages. (Les feux Saint-Elme sont fréquents dans la région). Marshall Barnes, qui se dit "enquêteur civil spécial", affirme que Dudgeon fait de la désinformation, et que Vallée est un menteur qui cherche à cacher les véritables activités du gouvernement. Peut-être, mais en mars 1999, les marins qui ont servi à bord du Eldridge ont tenu une réunion d'anciens combattants et ont déclaré à un journaliste du Philadelphia Inquirer qu'ils "trouvaient toute l'histoire plutôt cocasse parce que le Eldridge n'était jamais allé à Philadelphie".* Barnes prétend en outre qu'il peut démontrer comment la "visibilité optique" est possible par "l'utilisation d'un champ électromagnétique intense donnant une impression d'invisibilité par réfraction de la lumière".* Il l'aurait d'ailleurs prouvé au réseau de télévision par câble A&E, dans le cadre de son émission Unexplained, mais le réseau serait revenu sur l'entente qu'il avait passée avec lui. Étrange... N'importe quel télé-diffuseur aurait été plus qu'heureux de faire la démonstration d'un fait aussi sensationnel. Le livre de Morris JessupToujours dans la catégorie du connu, en 1955, Morris K. Jessup, vendeur de pièces d'automobiles et astronome amateur, a publié un livre intitulé The Case for the UFO. Dans son livre, Jessup parlait, entre autres choses, du caractère supérieur de l'anti-gravité et de l'électro-magnétisme pour propulser les véhicules spatiaux. L'année suivante, Carl Allen (alias Carlos Miguel Allende), homme brillant mais quelque peu perturbé, s'est mis à écrire des lettres à Jessup dans lesquelles il lui relatait l'expérience de Philadelphie. Allende disait qu'il avait assisté à la disparition du bâtiment pendant qu'il était à bord d'un navire marchand, le SS Andrew Furuseth. Il affirmait également avoir vu des matelots du Eldridge se dématérialiser au cours d'une bagarre. Par la suite, Allen envoya un exemplaire annoté du livre de Jessup au Bureau de la recherche navale à Washington, D.C. On a alors convoqué Jessup à Washington, où il a remis les lettres d'Allende. Plus tard, Varo Corporation, une entreprise qui effectuait de la recherche pour l'Armée, a publié la version annotée du livre et les lettres d'Allen à Jessup. Jessup s'est suicidé en 1959. Allen, quant à lui, a continué d'envoyer des notes étranges à des membres de sa famille pendant quelques années, au fil de ses errances. Les spéculations sur l'origine du récit d'Allen ont pris les tournures les plus folles. Certains disent qu'il a été un véritable témoin oculaire. D'autres affirment qu'Allen était un extra-terrestre, et qu'il canalisait de l'information. D'autres encore sont sûrs que la Marine cache tout au public, et qu'elle est complice des extra-terrestres. Plus simplement, Allen était un fabulateur. Le canular d'Allen s'est transformé en légende, en bonne partie à cause de livres de fiction ou d'ouvrages de nature documentaire, mais aussi d'un certain nombre de bouquins qui relèvent de la fiction, tout en prétendant parler de faits. En 1965 est paru Invisible Horizons: True Mysteries of the Sea, de Vincent H. Gaddis. Outre les récits à propos d'îles, de navires et d'aéronefs disparaissant mystérieusement, Gaddis y relate la légende créée par Allen et publiée par Varo. En 1977, Charles Berlitz publie Without a Trace: New Information from the Triangle, qui comprenait un chapitre sur l'expérience de Philadelphie. On cite Berlitz fréquemment lorsqu'il est question de phénomènes étranges comme l'Atlantide, le triangle des Bermudes et l'Arche de Noé. Dans la catégorie fiction, Thin Air (1978), de George E. Burger et Neil R. Simpson se démarque. Le roman raconte une enquête de la Marine américaine sur le camouflage d'une expérience faite sur le Eldrige en 1943. En 1979, William M. Moore et Charles Berlitz ont publié The Philadelphia Experiment: Project Invisibility. Il s'agit d'un livre de fiction qui ne se reconnaît pas comme tel, et qui plagie une partie de Thin Air de surcroît. Dans le livre de nos deux compères, non seulement le navire disparaît, mais il est imité par plusieurs membres de l'équipage, qui se perdent corps et bien dans une autre dimension. (Que le lecteur se rassure. Ils ont atteint l'Atlantide en passant par le Triangle des Bermudes à bord de l'Arche de Noé. Ils y tiennent des séances quotidiennes.) En 1984, un film intitulé "The Philadelphia Experiment" a fait son arrivée dans les salles obscures. Basé sur un scénario de William Gray et Michael Janover, il était dirigé par Stewart Raffill. Il y a eu d'autres tentatives d'exploiter la naïveté des foules à propos de la prétendue expérience, mais deux d'entre elles se démarquent par l'imagination délirante qu'on y met en oeuvre: The Philadelphia Experiment, and Other UFO Conspiracies, par Brad Steiger, aidé de Alfred Bielek et Sherry-Hanson Steiger (1990), et The Philadelphia Experiment Part 1 - Crossroads of History, présenté par Alfred Bielek. Le premier est un livre dans lequel on retrouve le fatras habituel de racontars à propos de malversations de la CIA, de complots gouvernementaux, de rencontres secrètes avec des extra-terrestres, de voyages vers Mars, de manifestation d'hommes en noir, etc. Le second est une vidéo mettant en vedette un prétendu physicien qui affirme avoir été présent à bord du USS Eldridge en 1943, au sein de l'équipe qui a mené la fameuse expérience. Bielek prétend que cet homme a voyagé dans le temps de 1943 à 1983 au cours de l'expérience, et qu'il s'est fait harceler par le gouvernement américain parce qu'il a tout révélé. Au coeur même de toute ces histoires, il pourrait cependant se trouver quelque faits véridiques. Edward Dudgeon décrit ainsi l'épisode de la disparition de certains marins.
Ainsi commencent les plus fantastiques des légendes.
Source : skepdic.com |
Accueil » Ressources » Dictionnaire sceptique » Expérience de Philadelphie


