| Perception des plantes | ||
(Effet Backster)Croyance selon laquelle les végétaux sont capables d'une certaine forme d'intelligence. Les plantes sont des êtres vivants constitués de cellules aux parois de cellulose. Contrairement aux animaux, elles sont dépourvues de système nerveux et d'organes sensoriels. Il ne viendrait jamais à l'esprit d'un botaniste ou d'un spécialiste en physiologie animale de chercher à savoir si des plantes possèdent une conscience ni si elles sont capables de perception extrasensorielle, car ils en savent assez pour affirmer que la sensation ou la perception, au sens où on l'entend pour les êtres humains, est impossible chez elle. En d'autres termes, les végétaux n'ont pas de cerveau ni quoi que ce soit s'en approchant. Malgré tout, un homme qui ignorait tout de la botanique et de la physiologie animale s'est non seulement donné la peine de rechercher des preuves de perceptions et de sensations chez les végétaux, mais est allé jusqu'à affirmer qu'il détenait des preuves scientifiques du fait qu'elles éprouvent une vaste gamme d'émotions et de pensées. Il a également prétendu que les plantes peuvent lire dans l'esprit humain. Cet homme s'appelle Cleve Backster, et il a publié sa recherche dans le International Journal of Parapsychology ("Evidence of a Primary Perception in Plant Life", vol. 10, no 4, hiver 1968, pages 329-348). Il en est arrivé à cette étonnante conclusion grâce à un polygraphe, qui lui aurait permis de voir que les plantes réagissent aux pensées et aux menaces. Cleve Backster prétend détenir un D.Sc. en médecine complémentaire de Medicina Alternativa (1996). Grâce à son doctorat, il a pu obtenir un poste au California Institute for Human Science Graduate School and Research Center, une institution non accréditée fondée par Hiroshi Motoyama pour l'étude de "l'être humain en tant qu'entité tridimensionnelle". On présente M. Motoyama comme un scientifique et un prêtre shintô "qui a atteint des états de conscience lui permettant de voir au-delà des limites de l'espace et du temps".* Les affirmations de Backster ont été réfutées par Horowitz, Lewis et Gasteiger (1975), ainsi que Kmetz (1977). Kmetz a résumé les objections à l'encontre de Backster dans un article pour le Skeptical Inquirer en 1978. Backster n'a pas utilisé de véritable méthode de contrôle. Lorsqu'on y a eu recours, on n'a pu déceler les réactions qu’il attribue aux plantes. On s'est plutôt rendu compte que les lectures positives du polygraphe pouvaient s’expliquer par un certain nombre de facteurs, y compris la présence d'électricité statique, des mouvements dans la pièce, des changements de taux d'humidité, etc. Backster est néanmoins devenu une espèce d'autorité dont on se sert pour justifier toutes sortes d'idées occultes, parapsychologiques et pseudoscientifiques. On a invoqué son travail pour défendre la radiesthésie *, diverses formes de guérison énergétique *, la vision à distance * et la méthode Silva de contrôle de l'esprit (maintenant connue sous le nom de méthode Silva). En 1995, on a d’ailleurs invité Backster à prendre la parole à la Convention internationale Silva de Laredo, au Texas. Près de trente ans après sa «découverte», il continue de répéter la même histoire, histoire très révélatrice, qu'il vaut la peine de répéter. Elle montre bien la curiosité dont fait preuve le personnage, mais aussi son ignorance apparente des dangers que représentent le préjugé de confirmation et l'illusion. Backster n'a clairement jamais compris pourquoi les scientifiques incluent des méthodes de contrôle dans des études de causalité. «Laboratoire» et trait de génieBackster raconte que c’est le 2 février 1966, dans son «laboratoire» de la ville de New York, qu'il s'est livré à sa première expérience sur des végétaux. Son «laboratoire» n'avait rien de scientifique. En fait, ce n'était même pas un laboratoire. Il s'agissait d’un simple local où il donnait de la formation sur l'utilisation du polygraphe. Il y avait là une plante… mais laissons-le raconter:
Le dispositif de réaction psychogalvanique (RPG) du polygraphe mesure la résistance de la peau à un faible courant électrique. Les tenants du polygraphe pensent que le RPG est relié à l'anxiété, et par conséquent au mensonge. En théorie, mentir produit chez le sujet une certaine anxiété, qui accroît de façon ténue mais mesurable sa sudation. Sous l’effet de cet accroissement de sueur, la résistance au courant électrique de la peau diminue. Sans aucun doute, la curiosité de Backster était sans limite. Combien de gens, en effet, se seraient souciés de savoir le temps qu'il faudrait à de l'eau pour passer des racines aux feuilles d'une plante faisant office d'élément de décor dans un bureau. Non seulement Backster s'en est soucié, mais il a songé à utiliser le polygraphe à sa disposition pour mesurer la chose. Son raisonnement était le suivant:
Et pourquoi le polygraphe l'indiquerait-il? Parce que, explique Backster, il utilisait un «montage en pont de Wheatstone conçu pour mesurer les changements de résistance». Il pensait que le changement de résistance serait détecté par le polygraphe lorsque l'eau atteindrait la feuille. La résistance décroîtrait très lentement, et les tracés polygraphiques grimperaient lorsque l'eau atteindrait la feuille. Mais c'est l'opposé qui se produisit, à l’étonnement de notre scientifique amateur. Apparemment, il joua quelque peu avec les électrodes et constata que le tracé du polygraphe correspondait à celui «d'un sujet qu'on testait, et qui réagissait à une question pouvant l'incriminer». À ce moment-là, Backster abandonna sa mesure du temps que prendrait l'eau pour aller des racines aux feuilles de sa plante. Selon son récit, il se dit que la plante tentait de lui montrer des réactions semblables à celles qu'éprouverait un être humain. Il pensa ensuite: «De quelle façon pourrai-je menacer le bien-être de cette plante de façon à reproduire la situation dans laquelle se trouverait un sujet contraint de répondre par un mensonge à une question compromettante, représentant une menace pour son propre bien-être?» Remarquable! Le tracé du polygraphe amena chez lui une identification immédiate de la plante avec un de ses sujets humains. Jusqu'alors, Backster n'avait jamais soupçonné que les plantes de son bureau étaient exactement comme des personnes, et qu'elles étaient capables des mêmes réactions. On ignore pourquoi il songea à menacer la plante. Il est peu probable qu'il eût déjà proféré des menaces à l'endroit de ses sujets humains. Également, on voit mal pourquoi la réaction à une menace donnerait la même genre de tracé polygraphique qu'un mensonge. Au moins, Backster ne semble pas avoir songé sérieusement à la possibilité que la plante pût tenter de le tromper. Backster raconte qu'il tenta pendant treize minutes et 55 secondes d'obtenir une réaction de la plante en faisant des choses comme tremper une de ses feuilles dans du café chaud, mais sans succès. Un chercheur moins diligent aurait fini par abandonner, mais pas Backster. Il finit par conclure que la plante paraissait s'ennuyer. C'est alors qu'il eut son trait de génie: «Je sais ce que je vais faire: je vais brûler cette feuille, la feuille même à laquelle j'ai branché le polygraphe». On voit mal pourquoi il voulait faire brûler la feuille, car ainsi, a) il allait éliminer toute trace d'humidité de la feuille, rendant toute mesure d'une réaction galvanique impossible, et b) il ne manquerait pas d’endommager son équipement. Quoi qu'il en soit, le plan de Backster se butait à un grave problème de nature logistique: il n'avait pas d'allumettes. Il prétend, cependant, que pendant qu'il se tenait à environ un mètre de la plante, les aiguilles du polygraphe «ont commencé à s'agiter follement». Au lieu de conclure que c'était peut-être l'eau qui avait fini par se rendre à la feuille, ou qu'il y avait une autre bonne explication naturelle, Backster se convainquit que la plante lisait sa pensée et réagissait à son intention hostile. Arrêtons-nous un instant pour réfléchir à la chose. Backster ne donne aucun indice du fait qu'il ait réfléchi à d’autres façons d’expliquer le tracé du polygraphe. Certains lecteurs trouveront peut-être qu'il s'agit d'une bonne chose, que l'esprit doué saisit immédiatement la vérité. Mais si cet esprit doué se trompe du tout au tout? Ce qu'il y a d'extrêmement curieux, c'est que plus de trente ans après cette expérience, il n'y a toujours rien qui montre que Backster et ses nombreux partisans ont fini par voir l'importance d'intégrer des mécanismes de contrôle dans leurs expériences sur cette fameuse perception des plantes. Mais peu importe: retournons à l'expérience originale. Backster reconnaît qu'il commit un crime au nom de la science. Se rendant dans une pièce voisine, il fouillat dans le bureau d'une secrétaire, et y subtilisa des allumettes. De retour dans son «laboratoire», il en frotta une, mais en bon scientifique méticuleux qu’il était, il comprit soudain que son appareil était si agité qu'il ne serait pas en mesure de lire quoi que ce fût, et quitta donc les lieux. À son retour, «les choses s’étaient calmées, ce qui m’a permis d'effectuer des observations de très très grande qualité». Ce qu'il veut dire part «des observations de très très grande qualité» n'est pas clair. On peut juger du véritable génie de Backster à cette dernière remarque sur son expérience:
La psychologie des plantes? Une nouvelle discipline venait à naître. Si Backster avait possédé n’eût été que quelques notions de l'importance des méthodes de contrôle dans le cadre d'expériences scientifiques, afin d’établir hors de tout doute de véritables liens de causalité, il aurait sans doute procédé différemment. La première chose à faire consiste à définir clairement ce que l'on recherche, et quelles seront toutes les étapes de la marche à suivre. Backster et son associé n'ont pas établi de distinction claire entre l'intention véritable de brûler la plante et l'intention feinte de le faire. Ensuite, ils auraient dû se dire qu’il y avait peut-être de meilleures façons que par un polygraphe de mesurer des courants électriques chez les végétaux. Ils auraient pu consulter quelques experts, et concevoir une expérience employant l'équipement approprié. Une fois les objectifs du test et la marche à suivre clairement définis, ils auraient pu la répéter une vingtaine de fois, en demandant à leur secrétaire de manipuler la plante en présentant soit une intention réelle, soit une intention feinte, sans qu'eux mêmes ne sachent, d’une fois à l’autre, de quelle intention il s'agissait, pour ensuite colliger les résultats obtenus. Ensuite, ils auraient dû remettre à un tiers indépendant une liste des essais montrant, d’après eux, lesquels avaient été effectués avec une intention réelle, et lesquels l’avaient été avec une intention feinte. Cette tierce personne aurait comparé la liste avec une liste semblable, rédigée par la secrétaire. Le tiers en question se serait bien entendu assuré que la secrétaire effectue les tests en l’absence de ses patrons, afin qu’ils ne puissent être influencés par son comportement durant l’expérience. Dans le but d’écarter toute possibilité qu’un mouvement quelconque de la secrétaire, lorsqu’elle avait l’intention réelle de brûler une feuille, soit l’origine de la réaction du polygraphe, il lui demanderait de répéter exactement les mêmes mouvements, cette fois en présentant une intention feinte. Il aurait également fallu exiger plusieurs essais sur différentes plantes, en s’abstenant, bien sûr, d’arroser la plante juste avant l’expérience. Backster aurait dû savoir que des changements d’humidité peuvent avoir un effet sur la lecture du dispositif psychogalvanique du polygraphe. Malheureusement, on constate que Backster n’a jamais mené quoi que ce soit de semblable à une expérience contrôlée, et qu’il n’est pas plus près aujourd’hui qu’en 1966 de comprendre pourquoi son appareil a produit ce tracé étrange à propos de la plante. Les admirateurs de Backster ont raison de dire que son expérience a été répétée des milliers de fois de par le monde, mais la reproductibilité d’une expérience n’implique sa véracité probable que si l’expérience originale a été menée adéquatement. Où Backster récolte ce qu’il a seméLes affirmations de Backster ont été claironnées et répétées par plusieurs «experts» présentant des qualifications et des connaissances égales aux siennes, entre autres, le journaliste Peter Tompkins et le jardinier Christopher O. Bird, qui ont écrit ensemble La vie secrète des plantes, publié en 1989. Ils y ont présenté le travail de Backster et d’autres «scientifiques» censé prouver que les végétaux sont capables de perceptions télépathiques, et qu’ils éprouvent des émotions comme la peur et l’amour. Bird a également écrit Modern Vegetable Gardening, et Tompkins a signé une kyrielle d’ouvrages dans lesquels il dévoile des «secrets»: Secrets of the Great Pyramid (1997); The Secret Life of Nature: Living in Harmony With the Hidden World of Nature Spirits from Fairies to Quarks (1997); et La vie secrète du sol (1998). Autre partisan de l’effet Backster, Robert B. Stone, Ph.D., membre de Mensa, est l’auteur de The Secret Life of Your Cells, publié en 1994. Il est également l’auteur de la méthode Silva (la méthode d’auto-guérison et de contrôle de l’esprit de José Silva), ainsi que de Silva Method: Unlocking the Genius Within. Stone et Silva ont en outre écrit à quatre mains You the Healer. Malgré cela, on cherchera en vain dans les publications scientifiques le moindre indice que les plantes sont télépathes et qu’elles ressentent des émotions. Malgré l’absence totale de données scientifiques sur la perception des plantes, nombreux sont ceux qui tiennent l’idée pour vraie et qui la croient vérifiée par de nombreuses études scientifiques! Dans les cercles parapsychologiques, le pouvoir des plantes à saisir la pensée humaine en «lisant» nos «champs bioénergétiques» est d’ailleurs connue sous le nom d’effet Backster.* On trouvera dans ce qui suit des compte-rendus typiques de la part de partisans de Backster. Tous reprennent l’affirmation que son expérience a été refaite de nombreuses fois par différentes personnes. On remarquera que chacun, comme tout bon conteur qui se respecte, enjolive son récit par quelques exagérations intéressantes. Aucun d’entre eux, cependant, ne fait mention des études critiques qui n’ont pas vérifié les résultats de Backster, tout en expliquant le pourquoi de cet échec.
De toute évidence, Backster a ses partisans, qui croient qu’il a accompli une œuvre scientifique d’une importance fondamentale. Pourquoi ne lui a-t-on pas attribué le prix Nobel? Pourquoi la quasi totalité de la communauté scientifique lui tourne-t-elle le dos? La réponse devrait être évidente… Quoi qu’il en soit, Backster poursuit son travail au Backster Research Center de San Diego, en Californie, où il dit pouvoir démontrer que ses plantes réagissent à ses pensées affectueuses et obéissent même à ses ordres silencieux. Bingo, v’la Ingo!L’un des plus ardents partisans et admirateurs de Backster s’appelle Ingo Swann (adepte de la vision à distance et auteur de «Remote Viewing – The Real Story»). On l’a cité précédemment; il affirmait, faussement d’ailleurs, que le travail de Backster a été confirmé dans les années 1980 par des neurobiologistes, lorsqu’on a découvert que les végétaux possédaient des réseaux neuronaux. Swann raconte qu’en 1971, Backster l’a invité à son laboratoire servant aussi d’école de polygraphistes. À son tour, Ingo a produit «des tracés affolants» au polygraphe quand il a pensé à brûler une feuille à l’aide d’une allumette. Il raconte qu’il a pu obtenir ce même résultat à plusieurs reprises, puis, plus rien. Swann se souvient de l’évènement et à ce que Backster et lui ont considéré comme ce qui devait être l’explication la plus logique de la chose. Bien entendu, ni l’un ni l’autre ne croit qu’ils puissent s’être trompés de la moindre façon. Ni l’un ni l’autre ne voit là une bonne occasion d’établir un système de contrôle.
Cette façon d’aborder l’expérience en amateurs et ce renforcement naïf de spéculations pures comme si elles se fondaient sur des fait établis par des preuves irréfutables sont typiques de Backster et de ses partisans. Un chercheur expérimenté ne se laisserait jamais aller à des raisonnements aussi rudimentaires, à des spéculations aussi débridées. Mais celui qui ignore tout de la science peut facilement tomber dans le piège.
L’effet Backster et les religions primitivesUn autre partisan de Backster, Jim Cranford, voit dans son œuvre la preuve que les religions animistes étaient fondées sur une capacité véritable de communiquer avec la végétation.
Au moins, Cranford reconnaît que Backster n’est pas un scientifique. Les vrais scientifiques, «ce qu’il y a de pire en matière d’arrogance», établissent toujours des systèmes de contrôle lorsqu’ils mènent des études de causalité. Backster et la théosophieLe théosophe John Van Mater fils croit que le travail de Backster prouve…
Ainsi, les prétendues recherches de Backster servent à justifier des idées métaphysiques qui, à leur tour, justifient la sourcellerie, la guérison énergétique, la télépathie, la vision à distance et Dieu sait quelles autres calembredaines. Des preuves scientifiques?La science «officielle» ne veut rien entendre de ce que raconte Backster à propos de plantes télépathiques et de leurs «perceptions primaires», mais Earthpulse.com, un site web consacré à l'environnement, au Nouvel Âge et aux ovnis où l'on vend des livres de «science de pointe», a apparemment déniché un botaniste, Richard M. Klein (1923-1997), de l'université du Vermont, pour rédiger un court texte promotionnel pour The Secret Life of Plants.
Que bien dites sont ces choses! Dommage que le Dr. Klein n'ait pas montré à M. Backster comment mener une étude contrôlée à double insu de façon convenable. Après tout, Backster aurait peut-être pu enfin trouver un bon usage pour son polygraphe. Note 1: Fait intéressant, John Kmetz voit les médias sous un autre oeil. Il écrit : «il est malheureux que la presse populaire ce soit emparée des expériences de Backster et en ait présenté les résultats au public de façon telle que bien des gens prêtent maintenant aux végétaux des capacités qu’ils n’ont pas. La presse, dans la plupart des cas, ne mentionne jamais que les articles sur l'effet Backster se basent sur des observations portant sur sept plantes seulement. Peut-être faudrait-il rappeler de nouveau à ses représentants que ces affirmations sont exagérées, surtout en relation avec une expérience que personne, y compris Backster lui-même, de par son propre refus, n'a pu refaire».
Note 2: Sir Jagadis Chundra Bose était un scientifique bengali qui vouait une admiration sans réserve au vitaliste français Henri Bergson.
Source : skepdic.com |
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