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Perception des plantes

(Effet Backster)

Backster Plantes | Dossier Observatoire Zététique

Croyance selon laquelle les végétaux sont capables d'une certaine forme d'intelligence. Les plantes sont des êtres vivants constitués de cellules aux parois de cellulose. Contrairement aux animaux, elles sont dépourvues de système nerveux et d'organes sensoriels.

Il ne viendrait jamais à l'esprit d'un botaniste ou d'un spécialiste en physiologie animale de chercher à savoir si des plantes possèdent une conscience ni si elles sont capables de perception extrasensorielle, car ils en savent assez pour affirmer que la sensation ou la perception, au sens où on l'entend pour les êtres humains, est impossible chez elle. En d'autres termes, les végétaux n'ont pas de cerveau ni quoi que ce soit s'en approchant.

Malgré tout, un homme qui ignorait tout de la botanique et de la physiologie animale s'est non seulement donné la peine de rechercher des preuves de perceptions et de sensations chez les végétaux, mais est allé jusqu'à affirmer qu'il détenait des preuves scientifiques du fait qu'elles éprouvent une vaste gamme d'émotions et de pensées. Il a également prétendu que les plantes peuvent lire dans l'esprit humain. Cet homme s'appelle Cleve Backster, et il a publié sa recherche dans le International Journal of Parapsychology ("Evidence of a Primary Perception in Plant Life", vol. 10, no 4, hiver 1968, pages 329-348). Il en est arrivé à cette étonnante conclusion grâce à un polygraphe, qui lui aurait permis de voir que les plantes réagissent aux pensées et aux menaces.

Cleve Backster prétend détenir un D.Sc. en médecine complémentaire de Medicina Alternativa (1996). Grâce à son doctorat, il a pu obtenir un poste au California Institute for Human Science Graduate School and Research Center, une institution non accréditée fondée par Hiroshi Motoyama pour l'étude de "l'être humain en tant qu'entité tridimensionnelle". On présente M. Motoyama comme un scientifique et un prêtre shintô "qui a atteint des états de conscience lui permettant de voir au-delà des limites de l'espace et du temps".*

Les affirmations de Backster ont été réfutées par Horowitz, Lewis et Gasteiger (1975), ainsi que Kmetz (1977). Kmetz a résumé les objections à l'encontre de Backster dans un article pour le Skeptical Inquirer en 1978. Backster n'a pas utilisé de véritable méthode de contrôle. Lorsqu'on y a eu recours, on n'a pu déceler les réactions qu’il attribue aux plantes. On s'est plutôt rendu compte que les lectures positives du polygraphe pouvaient s’expliquer par un certain nombre de facteurs, y compris la présence d'électricité statique, des mouvements dans la pièce, des changements de taux d'humidité, etc.

Backster est néanmoins devenu une espèce d'autorité dont on se sert pour justifier toutes sortes d'idées occultes, parapsychologiques et pseudoscientifiques. On a invoqué son travail pour défendre la radiesthésie *, diverses formes de guérison énergétique *, la vision à distance * et la méthode Silva de contrôle de l'esprit (maintenant connue sous le nom de méthode Silva). En 1995, on a d’ailleurs invité Backster à prendre la parole à la Convention internationale Silva de Laredo, au Texas. Près de trente ans après sa «découverte», il continue de répéter la même histoire, histoire très révélatrice, qu'il vaut la peine de répéter. Elle montre bien la curiosité dont fait preuve le personnage, mais aussi son ignorance apparente des dangers que représentent le préjugé de confirmation et l'illusion. Backster n'a clairement jamais compris pourquoi les scientifiques incluent des méthodes de contrôle dans des études de causalité.

«Laboratoire» et trait de génie

Backster raconte que c’est le 2 février 1966, dans son «laboratoire» de la ville de New York, qu'il s'est livré à sa première expérience sur des végétaux. Son «laboratoire» n'avait rien de scientifique. En fait, ce n'était même pas un laboratoire. Il s'agissait d’un simple local où il donnait de la formation sur l'utilisation du polygraphe. Il y avait là une plante… mais laissons-le raconter:

Pour une raison quelconque, je me suis dit qu'il serait intéressant de voir combien de temps il fallait à de l'eau pour passer par les racines de la plante, remonter le long de sa tige, puis se rendre jusqu'au bout de ses feuilles.
 
Après avoir saturé la plante d'eau, je me suis dit: « Bon Dieu, j'ai tout cet équipement polygraphique, ici. Je vais relier le dispositif de détection psychogalvanique du polygraphe à une feuille.*

Le dispositif de réaction psychogalvanique (RPG) du polygraphe mesure la résistance de la peau à un faible courant électrique. Les tenants du polygraphe pensent que le RPG est relié à l'anxiété, et par conséquent au mensonge. En théorie, mentir produit chez le sujet une certaine anxiété, qui accroît de façon ténue mais mesurable sa sudation. Sous l’effet de cet accroissement de sueur, la résistance au courant électrique de la peau diminue. Sans aucun doute, la curiosité de Backster était sans limite. Combien de gens, en effet, se seraient souciés de savoir le temps qu'il faudrait à de l'eau pour passer des racines aux feuilles d'une plante faisant office d'élément de décor dans un bureau. Non seulement Backster s'en est soucié, mais il a songé à utiliser le polygraphe à sa disposition pour mesurer la chose. Son raisonnement était le suivant:

Je me suis dit qu'au moment où l'eau contaminée, après avoir remonté la tige, passerait aux feuilles, celles-ci deviendraient plus saturées et conduiraient mieux l'électricité, ce qui me donnerait le temps mis par l'eau pour effectuer son parcours... Je serais en mesure de le lire sur le tracé du polygraphe. 

Et pourquoi le polygraphe l'indiquerait-il? Parce que, explique Backster, il utilisait un «montage en pont de Wheatstone conçu pour mesurer les changements de résistance». Il pensait que le changement de résistance serait détecté par le polygraphe lorsque l'eau atteindrait la feuille. La résistance décroîtrait très lentement, et les tracés polygraphiques grimperaient lorsque l'eau atteindrait la feuille. Mais c'est l'opposé qui se produisit, à l’étonnement de notre scientifique amateur.

Apparemment, il joua quelque peu avec les électrodes et constata que le tracé du polygraphe correspondait à celui «d'un sujet qu'on testait, et qui réagissait à une question pouvant l'incriminer». À ce moment-là, Backster abandonna sa mesure du temps que prendrait l'eau pour aller des racines aux feuilles de sa plante. Selon son récit, il se dit que la plante tentait de lui montrer des réactions semblables à celles qu'éprouverait un être humain. Il pensa ensuite: «De quelle façon pourrai-je menacer le bien-être de cette plante de façon à reproduire la situation dans laquelle se trouverait un sujet contraint de répondre par un mensonge à une question compromettante, représentant une menace pour son propre bien-être?» Remarquable! Le tracé du polygraphe amena chez lui une identification immédiate de la plante avec un de ses sujets humains. Jusqu'alors, Backster n'avait jamais soupçonné que les plantes de son bureau étaient exactement comme des personnes, et qu'elles étaient capables des mêmes réactions. On ignore pourquoi il songea à menacer la plante. Il est peu probable qu'il eût déjà proféré des menaces à l'endroit de ses sujets humains. Également, on voit mal pourquoi la réaction à une menace donnerait la même genre de tracé polygraphique qu'un mensonge. Au moins, Backster ne semble pas avoir songé sérieusement à la possibilité que la plante pût tenter de le tromper.

Backster raconte qu'il tenta pendant treize minutes et 55 secondes d'obtenir une réaction de la plante en faisant des choses comme tremper une de ses feuilles dans du café chaud, mais sans succès. Un chercheur moins diligent aurait fini par abandonner, mais pas Backster. Il finit par conclure que la plante paraissait s'ennuyer. C'est alors qu'il eut son trait de génie: «Je sais ce que je vais faire: je vais brûler cette feuille, la feuille même à laquelle j'ai branché le polygraphe». On voit mal pourquoi il voulait faire brûler la feuille, car ainsi, a) il allait éliminer toute trace d'humidité de la feuille, rendant toute mesure d'une réaction galvanique impossible, et b) il ne manquerait pas d’endommager son équipement. Quoi qu'il en soit, le plan de Backster se butait à un grave problème de nature logistique: il n'avait pas d'allumettes. Il prétend, cependant, que pendant qu'il se tenait à environ un mètre de la plante, les aiguilles du polygraphe «ont commencé à s'agiter follement». Au lieu de conclure que c'était peut-être l'eau qui avait fini par se rendre à la feuille, ou qu'il y avait une autre bonne explication naturelle, Backster se convainquit que la plante lisait sa pensée et réagissait à son intention hostile. Arrêtons-nous un instant pour réfléchir à la chose. Backster ne donne aucun indice du fait qu'il ait réfléchi à d’autres façons d’expliquer le tracé du polygraphe. Certains lecteurs trouveront peut-être qu'il s'agit d'une bonne chose, que l'esprit doué saisit immédiatement la vérité. Mais si cet esprit doué se trompe du tout au tout? Ce qu'il y a d'extrêmement curieux, c'est que plus de trente ans après cette expérience, il n'y a toujours rien qui montre que Backster et ses nombreux partisans ont fini par voir l'importance d'intégrer des mécanismes de contrôle dans leurs expériences sur cette fameuse perception des plantes.

Mais peu importe: retournons à l'expérience originale. Backster reconnaît qu'il commit un crime au nom de la science. Se rendant dans une pièce voisine, il fouillat dans le bureau d'une secrétaire, et y subtilisa des allumettes. De retour dans son «laboratoire», il en frotta une, mais en bon scientifique méticuleux qu’il était, il comprit soudain que son appareil était si agité qu'il ne serait pas en mesure de lire quoi que ce fût, et quitta donc les lieux. À son retour, «les choses s’étaient calmées, ce qui m’a permis d'effectuer des observations de très très grande qualité». Ce qu'il veut dire part «des observations de très très grande qualité» n'est pas clair. On peut juger du véritable génie de Backster à cette dernière remarque sur son expérience:

Lorsque l'associé avec lequel je dirigeais l'école est arrivé, il a pu répéter l’expérience, tant et aussi longtemps qu'il avait vraiment l'intention de faire brûler une des feuilles de la plante. S'il ne faisait que semblant de vouloir la brûler, la plante ne réagissait pas.
Elle arrivait à dire la différence entre faire semblant et faire pour vrai, ce qui est très intéressant, en soi, du point de vue de la psychologie des plantes.*  

La psychologie des plantes? Une nouvelle discipline venait à naître. Si Backster avait possédé n’eût été que quelques notions de l'importance des méthodes de contrôle dans le cadre d'expériences scientifiques, afin d’établir hors de tout doute de véritables liens de causalité, il aurait sans doute procédé différemment. La première chose à faire consiste à définir clairement ce que l'on recherche, et quelles seront toutes les étapes de la marche à suivre. Backster et son associé n'ont pas établi de distinction claire entre l'intention véritable de brûler la plante et l'intention feinte de le faire. Ensuite, ils auraient dû se dire qu’il y avait peut-être de meilleures façons que par un polygraphe de mesurer des courants électriques chez les végétaux. Ils auraient pu consulter quelques experts, et concevoir une expérience employant l'équipement approprié. Une fois les objectifs du test et la marche à suivre clairement définis, ils auraient pu la répéter une vingtaine de fois, en demandant à leur secrétaire de manipuler la plante en présentant soit une intention réelle, soit une intention feinte, sans qu'eux mêmes ne sachent, d’une fois à l’autre, de quelle intention il s'agissait, pour ensuite colliger les résultats obtenus. Ensuite, ils auraient dû remettre à un tiers indépendant une liste des essais montrant, d’après eux, lesquels avaient été effectués avec une intention réelle, et lesquels l’avaient été avec une intention feinte. Cette tierce personne aurait comparé la liste avec une liste semblable, rédigée par la secrétaire. Le tiers en question se serait bien entendu assuré que la secrétaire effectue les tests en l’absence de ses patrons, afin qu’ils ne puissent être influencés par son comportement durant l’expérience. Dans le but d’écarter toute possibilité qu’un mouvement quelconque de la secrétaire, lorsqu’elle avait l’intention réelle de brûler une feuille, soit l’origine de la réaction du polygraphe, il lui demanderait de répéter exactement les mêmes mouvements, cette fois en présentant une intention feinte. Il aurait également fallu exiger plusieurs essais sur différentes plantes, en s’abstenant, bien sûr, d’arroser la plante juste avant l’expérience. Backster aurait dû savoir que des changements d’humidité peuvent avoir un effet sur la lecture du dispositif psychogalvanique du polygraphe. Malheureusement, on constate que Backster n’a jamais mené quoi que ce soit de semblable à une expérience contrôlée, et qu’il n’est pas plus près aujourd’hui qu’en 1966 de comprendre pourquoi son appareil a produit ce tracé étrange à propos de la plante. Les admirateurs de Backster ont raison de dire que son expérience a été répétée des milliers de fois de par le monde, mais la reproductibilité d’une expérience n’implique sa véracité probable que si l’expérience originale a été menée adéquatement. 

Où Backster récolte ce qu’il a semé

Les affirmations de Backster ont été claironnées et répétées par plusieurs «experts» présentant des qualifications et des connaissances égales aux siennes, entre autres, le journaliste Peter Tompkins et le jardinier Christopher O. Bird, qui ont écrit ensemble La vie secrète des plantes, publié en 1989. Ils y ont présenté le travail de Backster et d’autres «scientifiques» censé prouver que les végétaux sont capables de perceptions télépathiques, et qu’ils éprouvent des émotions comme la peur et l’amour. Bird a également écrit Modern Vegetable Gardening, et Tompkins a signé une kyrielle d’ouvrages dans lesquels il dévoile des «secrets»: Secrets of the Great Pyramid (1997); The Secret Life of Nature: Living in Harmony With the Hidden World of Nature Spirits from Fairies to Quarks (1997); et La vie secrète du sol (1998).

Autre partisan de l’effet Backster, Robert B. Stone, Ph.D., membre de Mensa, est l’auteur de The Secret Life of Your Cells, publié en 1994. Il est également l’auteur de la méthode Silva (la méthode d’auto-guérison et de contrôle de l’esprit de José Silva), ainsi que de Silva Method: Unlocking the Genius Within. Stone et Silva ont en outre écrit à quatre mains You the Healer. Malgré cela, on cherchera en vain dans les publications scientifiques le moindre indice que les plantes sont télépathes et qu’elles ressentent des émotions.

Malgré l’absence totale de données scientifiques sur la perception des plantes, nombreux sont ceux qui tiennent l’idée pour vraie et qui la croient vérifiée par de nombreuses études scientifiques! Dans les cercles parapsychologiques, le pouvoir des plantes à saisir la pensée humaine en «lisant» nos «champs bioénergétiques» est d’ailleurs connue sous le nom d’effet Backster.*

On trouvera dans ce qui suit des compte-rendus typiques de la part de partisans de Backster. Tous reprennent l’affirmation que son expérience a été refaite de nombreuses fois par différentes personnes. On remarquera que chacun, comme tout bon conteur qui se respecte, enjolive son récit par quelques exagérations intéressantes. Aucun d’entre eux, cependant, ne fait mention des études critiques qui n’ont pas vérifié les résultats de Backster, tout en expliquant le pourquoi de cet échec.

À l’aide d’un polygraphe (détecteur de mensonges) Clive Backster a effectué des essais sur des plantes, en appliquant des électrodes à leurs feuilles. En enregistrant les impulsions électriques, il a découvert que les plantes étaient grandement sensibles à ses pensées, en particulier celles qui constituaient une menace à leur bien-être. Backster a également observé une réaction chez une plante à côté de laquelle de simples cellules étaient tuées. Il a remarqué que les plantes possèdent une espèce de mémoire, et qu’elles réagissent à la présence de personnes qui ont endommagé des plantes voisines: dans une parade d’identification de participants anonymes, la plante étudiée pouvait retrouver la personne qui avait fait du mal à ses congénères.
(John Van Mater, théosophe).*
 

 
Cleve Backster s’est fait connaître – et s’est même rendu célèbre– en 1968, lorsqu’il a affirmé que les plantes sont capables de perceptions primaires, et qu’elles peuvent sentir les pensées humaines et y réagir. La chose revient à dire que les PLANTES sont des êtres doués de conscience, qu’elles sont télépathes, et qu’elles peuvent traiter de l’information non physique. Bien entendu, la nouvelle a agacé, ébranlé et horrifié les scientifiques de tous les horizons, et Backster a été cloué au pilori dans les médias, au grand plaisir des parapsychologues qui, à l’époque, ne le considéraient pas d’un bon œil.* C’est à la fin des années 1980 seulement que ce rejet catégorique s’est atténué en partie, lorsque des neurobiologistes ont découvert et confirmé que les plantes sont effectivement capables de «perceptions primaires» parce qu’elles possèdent des «réseaux neuronaux rudimentaires».* [Cette affirmation, d’Ingo Swann, n’est que de la bouillie pour les chats à forte teneur en matières grasses. Aucun neurobiologiste n’étudie les plantes, et l’on cherchera en vain, dans les publications de cette spécialisation, la moindre trace d’une vérification de l’effet Backster.]
 

 
…la rhabdomancie cartographique s’explique d’une façon aussi simple que la sourcellerie. Elle semble reliée à ce qu’on appelle parfois l’«effet Backster». M. Backster est un spécialiste du détecteur de mensonges qui a appliqué un dispositif de mesure de réactions psychogalvaniques à la feuille supérieure d’une plante. Habituellement, ce dispositif sert à mesurer la résistance électrique de la peau. Il a ensuite arrosé la plante, tout bonnement afin mesurer le temps nécessaire pour que l’eau rejoigne la feuille et en modifie la résistance. À la place, le détecteur de mensonges a immédiatement signalé ce qui correspondrait à un sentiment de bien-être chez l’humain. Cette réaction l’a étonné, si bien qu’il a décidé de traumatiser la plante en en faisant brûler une feuille. Dès que cette pensée lui eût traversée l’esprit, le détecteur indiqua une réaction de frayeur chez la plante. L’expérience de Backster a été reprise avec succès des milliers de fois par de nombreuses personnes mettant en œuvre un grand nombre de variations, et on en a parlé abondamment à la télévision, ainsi que dans de nombreux ouvrages
(Walt Woods, praticien en rhabdomancie cartographique et auteur d’une brochure de 20 pages intitulée Letter to Robin: A Mini Course in Pendulum Dowsing).
 
 

 
Le travail de Backster, à la fin des années 1960 et au début des années 1970, explique en bonne partie l’accueil très favorable ménagé au livre The Secret Life of Plants, de Peter Tompkins et Christopher Bird. Dans les années 1980, Robert Stone, dans The Secret Life of Your Cells, en a également fait mention. Ses recherches ont débuté en 1966, par la redécouverte quasi accidentelle du fait que les plantes possèdent une conscience, et qu’elles réagissent aux émotions spontanées et aux intentions fortement exprimées des êtres humains qui leur sont proches. (Un principe semblable avait déjà été démontré par l’Indien J. Chandra Bose* au début du vingtième siècle.) À l’aide d’un dispositif mesurant les réactions électrodermales relié à son polygraphe, ou détecteur de mensonges, Backster a tenté de déterminer s’il pourrait détecter la réhydratation d’une plante dont il venait d’arroser les racines. Ce ne fut pas le cas, mais à sa grande surprise, le dispositif décela plutôt la réaction de la plante à la menace qu’il formula par la pensée de brûler une de ses feuilles…
 
Ces trente dernières années, des centaines d’expériences semblables ont prouvé l’existence de cette forme de biocommunication, connue sous le nom d’«effet Backster». Ma participation personnelle à l’une de ces expériences m’a convaincu sans l’ombre d’un doute qu’une culture de yogourt isolée dans une cage blindée montrait des réactions extraordinaires aux sentiments que suscitait chez deux de mes collègues féminines et moi-même une discussion sur des enjeux hommes-femmes controversés. Fait intéressant, le yogourt n’affichait pas de réactions aux périodes de discussions purement intellectuelles sur ces mêmes enjeux. Il ne s’agitait que lorsque nos commentaires devenaient chargés d’émotions.
(Paul Von Ward, MPA et M.S., chercheur et auteur dans le domaine de «la conscience et de la science d’avant-garde».)*
 
 

En 1969, Marcel [Joseph Vogel] donna un cours en créativité à des ingénieurs d’IBM. C’est à cette même époque qu’il lut un article dans le magazine Argosy intitulé «Les plantes éprouvent-elles des émotions?», au sujet du travail de Cleve Backster, expert en polygraphe, au sujet de la réaction des végétaux à l’interaction humaine. En dépit du rejet initial du concept de la communication entre les plantes et les humains, il décida d’étudier de plus près ces affirmations étranges.
Il arriva à reproduire l’effet Backster, qui prend les plantes comme transducteurs des champs bio-énergétiques générés par la pensée humaine, montrant ainsi qu’elles réagissent à la pensée. Il relia des monsteras à un pont de Wheatstone pour comparer une résistance connue à une résistance inconnue. Il constata que lorsqu’il exhalait doucement, il n’y avait pour ainsi dire aucune réaction de la part de la plante. Par contre, lorsqu’il respirait rythmiquement par les narines tout en se concentrant sur une pensée, la plante réagissait de façon spectaculaire. Il découvrit également que ces champs, liés à la respiration et à la pensée, n’étaient pas associés de façon importante à un régime temporel. Également, la réceptivité des plantes à la pensée demeurait la même que la distance soit de quelques centimètres, quelques mètres ou plusieurs milliers de kilomètres! Selon le résultat de ces expériences, la loi de l'inverse des carrés ne s’applique pas à la pensée. C’est ainsi que Marcel, de chercheur purement rationnel qu’il était, devint petit à petit un scientifique spirituel ou mystique. 
 
On a ainsi découvert que les plantes réagissent davantage à la menace de se faire brûler ou mutiler qu’au geste même. Marcel a découvert que s’il déchirait la feuille d’une plante, une seconde plante réagissait, mais seulement s’il faisait attention à elle. Les plantes semblaient refléter son propre processus mental. Il en a conclu que les plantes agissaient comme des piles, qu’elles stockaient l’énergie de ses pensées et de ses intentions. Il a déclaré, à propos de ses expériences: «J’ai appris que de l’énergie est liée aux pensées. Il est possible d’imprimer des vibrations à la pensée, si bien que l’énergie qui y est reliée devient cohérente, et acquiert une puissance semblable à celle d’un rayon laser».
(Rumi Da, fournisseur de cristaux surfins)*
 
 

 
Dans les années 1970, un succès de librairie intitulé The Secret Life of Plants a présenté des travaux scientifiques de partout au monde à propos de l’intelligence des végétaux. Le chapitre de ce livre qui m’a le plus impressionné parlait de Cleve Backster, policier à la retraite qui enseignait l’utilisation du détecteur de mensonges. Un jour, pour s’amuser, il relia une de ses plantes à son polygraphe, afin d’en observer les réactions.
 
Un jour, Backster s’approcha de son Dracaena Massangeana après avoir frotté une allumette, comme s’il avait l’intention de la brûler. Instantanément, le tracé de la plante devint grandement agité, comme celui de toutes les plantes autour. Backster n’en croyait pas ses yeux. Poursuivant l’expérience, il se rendit compte que les plantes répondaient à ses pensées, même à des kilomètres de distance. Un jour, sur l’autoroute du New Jersey, il décida de leur faire savoir, par la pensée, qu’il arriverait bientôt à la maison. À son arrivée, il constata, en lisant leurs tracés, que les plantes étaient entrées dans une grande agitation au moment exact où il communiquait avec elles. La distance n’avait aucun effet sur leur faculté de sentir sa pensée!  
N’importe qui peut acquérir de telles habiletés, car elles se trouvent toutes à l’intérieur de nous. Il suffit d’en accepter la possibilité, et de faire preuve d’ouverture du cœur et de l’esprit.
(Judith Handlesman, jardinière spirituelle et végétarienne)*

De toute évidence, Backster a ses partisans, qui croient qu’il a accompli une œuvre scientifique d’une importance fondamentale. Pourquoi ne lui a-t-on pas attribué le prix Nobel? Pourquoi la quasi totalité de la communauté scientifique lui tourne-t-elle le dos? La réponse devrait être évidente… Quoi qu’il en soit, Backster poursuit son travail au Backster Research Center de San Diego, en Californie, où il dit pouvoir démontrer que ses plantes réagissent à ses pensées affectueuses et obéissent même à ses ordres silencieux.

Bingo, v’la Ingo!

L’un des plus ardents partisans et admirateurs de Backster s’appelle Ingo Swann (adepte de la vision à distance et auteur de «Remote Viewing – The Real Story»). On l’a cité précédemment; il affirmait, faussement d’ailleurs, que le travail de Backster a été confirmé dans les années 1980 par des neurobiologistes, lorsqu’on a découvert que les végétaux possédaient des réseaux neuronaux. Swann raconte qu’en 1971, Backster l’a invité à son laboratoire servant aussi d’école de polygraphistes. À son tour, Ingo a produit «des tracés affolants» au polygraphe quand il a pensé à brûler une feuille à l’aide d’une allumette. Il raconte qu’il a pu obtenir ce même résultat à plusieurs reprises, puis, plus rien. Swann se souvient de l’évènement et à ce que Backster et lui ont considéré comme ce qui devait être l’explication la plus logique de la chose. Bien entendu, ni l’un ni l’autre ne croit qu’ils puissent s’être trompés de la moindre façon. Ni l’un ni l’autre ne voit là une bonne occasion d’établir un système de contrôle.

«Mais qu’est-ce que ça peut bien vouloir dire?» demandai-je. «Je n’en sais vraiment rien.» Puis une idée inquiétante me vint, si inquiétante, en fait, que j’en eus la chair de poule. «Êtes-vous en train de me dire, bégayai-je, que la plante a fini par comprendre que je n’avais pas vraiment l’intention de lui brûler une feuille, et qu’elle sait maintenant qu’elle n’a aucune raison de s’alarmer?»
Backster sourit. «C’est vous qui avez eu l’idée en premier, pas moi. Essayez un autre genre d’idée négative.» J’imaginai alors verser de l’acide dans le pot à fleur. Bingo! Mais la même courbe d’apprentissage se répéta bientôt. Je savais déjà, dans ma propre «réalité» que les végétaux sont des êtres sensibles et télépathes, comme tous les amis des plantes le savent lorsqu’ils s’adressent à elles, mais le fait que des végétaux puissent apprendre à distinguer les intentions réelles des intentions feintes fut une véritable révélation! À ma grande stupéfaction, je venais de découvrir le concept de la courbe d’apprentissage, qui devait éventuellement jouer un rôle capital dans le développement de la vision à distance.
 
Mais Backster voyait déjà plus loin. «Croyez-vous que vous pourriez influencer un métal ou une substance chimique quelconque?» «Je vois mal comment je pourrais influencer quoi que ce soit, mais je peux bien essayer.» Ainsi, pendant plusieurs semaines, je me rendis au laboratoire de Times Square pour me concentrer au-dessus de pièces de métal et de produits chimiques divers, et ce dans quoi je venais de me lancer sans le savoir m’emporta jusqu’en octobre 1971.*
Cette façon d’aborder l’expérience en amateurs et ce renforcement naïf de spéculations pures comme si elles se fondaient sur des fait établis par des preuves irréfutables sont typiques de Backster et de ses partisans. Un chercheur expérimenté ne se laisserait jamais aller à des raisonnements aussi rudimentaires, à des spéculations aussi débridées. Mais celui qui ignore tout de la science peut facilement tomber dans le piège.

L’effet Backster et les religions primitives

Un autre partisan de Backster, Jim Cranford, voit dans son œuvre la preuve que les religions animistes étaient fondées sur une capacité véritable de communiquer avec la végétation. 

Bien que des expériences semblables [à celles de Backster] aient été répétées des milliers de fois, partout dans le monde, depuis plus de 15 ans, personne n’en a saisi la véritable portée. Le problème vient en partie de ce que Backster n’est pas un «scientifique», et les scientifiques n’aiment pas reconnaître qu’il puisse y avoir quelqu’un, quelque part, qui en sache plus long qu’eux. On ne fait pas pire en matière d’arrogance, mais la chose n’a rien d’inhabituel dans un labo. Même la plupart des profanes ont de la difficulté à digérer le fait que des «primitifs» soient parvenus à communiquer avec le règne végétal par des rituels et des sacrifices. Nous refusons tout simplement de croire qu’il pourrait y avoir une autre forme d’«intelligence» que la nôtre, alors qu’au contraire, nous vivons dans un monde qui, en matière d’intelligence, nous dépasse de loin. Il devient évident que notre vision collective des religions primitives a besoin d’un sérieux coup de balai.*

Au moins, Cranford reconnaît que Backster n’est pas un scientifique. Les vrais scientifiques, «ce qu’il y a de pire en matière d’arrogance», établissent toujours des systèmes de contrôle lorsqu’ils mènent des études de causalité.

Backster et la théosophie

Le théosophe John Van Mater fils croit que le travail de Backster prouve…

qu’il existe une force vitale, une énergie cosmique entourant chaque être vivant, que possèdent en commun tous les règnes, y compris le genre humain… La Nature est une grande confrérie du vivant, une symbiose à multiples niveaux, dont la plupart échappent à nos sens et à notre intellect. Le règne végétal forme une couche essentielle de la force vitale, ou prana, de la planète, qui constitue, par son métabolisme, un organe doué d’une intelligence et d’un souffle qui produit et régule notre atmosphère, tout en transférant son énergie à la biosphère. Les plantes forment également un maillon dans la chaîne des êtres, le long de laquelle chaque règne ou niveau a besoin de l’autre afin de vivre et d’évoluer. (Voir «Our Intelligent Companions, the Plants», John Van Mater fils, magazine Sunrise, avril-mai 1987, publié par Theosophical University Press.)

Ainsi, les prétendues recherches de Backster servent à justifier des idées métaphysiques qui, à leur tour, justifient la sourcellerie, la guérison énergétique, la télépathie, la vision à distance et Dieu sait quelles autres calembredaines.

Des preuves scientifiques?

La science «officielle» ne veut rien entendre de ce que raconte Backster à propos de plantes télépathiques et de leurs «perceptions primaires», mais Earthpulse.com, un site web consacré à l'environnement, au Nouvel Âge et aux ovnis où l'on vend des livres de «science de pointe», a apparemment déniché un botaniste, Richard M. Klein (1923-1997), de l'université du Vermont, pour rédiger un court texte promotionnel pour The Secret Life of Plants.

Si je ne puis «entrer à l'intérieur d'une plante» ni «sentir les émanations» d'une plante, si je ne connais personne capable de le faire, cela n'empêche pas qu'il est possible que certaines personnes puissent le faire, et le font, effectivement…

Que bien dites sont ces choses! Dommage que le Dr. Klein n'ait pas montré à M. Backster comment mener une étude contrôlée à double insu de façon convenable. Après tout, Backster aurait peut-être pu enfin trouver un bon usage pour son polygraphe.

 

 
Note 1: Fait intéressant, John Kmetz voit les médias sous un autre oeil. Il écrit : «il est malheureux que la presse populaire ce soit emparée des expériences de Backster et en ait présenté les résultats au public de façon telle que bien des gens prêtent maintenant aux végétaux des capacités qu’ils n’ont pas. La presse, dans la plupart des cas, ne mentionne jamais que les articles sur l'effet Backster se basent sur des observations portant sur sept plantes seulement. Peut-être faudrait-il rappeler de nouveau à ses représentants que ces affirmations sont exagérées, surtout en relation avec une expérience que personne, y compris Backster lui-même, de par son propre refus, n'a pu refaire».
 
Note 2: Sir Jagadis Chundra Bose était un scientifique bengali qui vouait une admiration sans réserve au vitaliste français Henri Bergson.

 


 

Autres lectures:

La perception primaire des plantes, par Géraldine Fabre
Dossiers de lObservatoire Zététique

Source: Skeptic's Dictionary Retour à l'index

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