Prière

Le changement s'obtient par l'action, et non par la méditation ou la prière.
Le dalaï-lama*
 
«Quand vous êtes-vous rendu compte que vous étiez Dieu?
-- Tandis que je priais. Je me suis aperçu que je parlais tout seul.»
Le 14e Comte de Gurney (Peter O'Toole),
qui se prend pour Jésus-Christ dans le film Dieu est mon droit.

 

Dieu ne répond jamais à nos prières quand il n'y a aucune possibilité de coïncidence.

Tentative de communication avec des êtres surnaturels ou des énergies métaphysiques. L'utilisation la plus commune de la prière consiste à demander l'intercession d'un être surnaturel, d'une force invisible ou d'une énergie quelconque dans l’obtention de ce qu’on désire. Cette forme de prière constitue un excellent exemple de pensée magique: la personne qui prie cherche à obtenir quelque chose en exprimant sa volonté personnelle. Certains croient qu'on peut ainsi guérir des malades, lutter contre le crime, vaincre des ennemis et gagner des parties de foot. Certaines religions encouragent ou même exigent des parents qu'ils abandonnent tout traitement médical pour leurs enfants -- parfois au péril de leur vie -- en faveur de la prière.* Dans de tels cas, il ne s'agit pas de prière d'intercession, mais de soumission totale à la volonté d’un Dieu parfait et tout-puissant, d'une foi totale en la volonté de Dieu. C'était là exactement la pensée de la fondatrice de l'Église du Christ, Scientiste (1821-1910), auteure de ce que beaucoup considèrent comme la bible de la guérison évangélique: Science et santé avec la clé des Écritures (1875). «Si les malades se rétablissaient uniquement parce qu’ils ont prié ou qu’on a prié pour eux à voix haute, dit-elle, seuls les pétitionnaires guériraient.»*

L'intercession d'un être surnaturel dans notre monde provoquerait des événements qui ne s’y produiraient pas autrement. On peut considérer la chose d'un bon oeil: après tout, qui n'aimerait pas aller à l'encontre des lois de la nature selon son bon plaisir? Toutefois, il y a au moins deux raisons pour penser que demander à un être surnaturel d'intervenir dans le cours naturel des choses est absurde.

Les êtres surnaturels, s'ils existent, dérogeraient à leur propre nature si les faits et gestes des simples mortels pouvaient les toucher de la moindre façon. Il y a des siècles, Épicure l’a démontré fort élégamment en disant que l'homme avait créé les dieux à sa propre image (anthropomorphisme) et non l'inverse, et que les dieux ne seraient pas parfaits si nos petites histoires et nos jérémiades les influençaient. De toute évidence, Mary Baker Eddy était d'accord. «L'homme ne influence pas Dieu, explique-t-elle. Comment changer la perfection?»*

En second lieu, et c'est là un fait plus important encore, si les êtres surnaturels pouvaient intervenir à volonté au sein de la nature, ou si nous pouvions diriger des énergies invisibles par notre simple volonté, il nous deviendrait impossible d’appréhender l'ordre qui règne dans le monde, ordre dont nous faisons l'expérience immédiate et que la science tente d'expliquer. Nous sommes en mesure de saisir le monde qui nous entoure uniquement parce que nous y percevons ordre et cohérence. S’ils étaient remis en question, il en irait de même de notre faculté de les comprendre et de les éprouver par l'expérience.

On peut définir un miracle comme une violation des lois de la nature sous l'effet d'une action volontaire. En demandant à une mystérieuse énergie ou à un être surnaturel de perturber le cours naturel des choses, on demande un miracle. Croire au miracle, comme David Hume l'a si bien dit quelques siècles auparavant, c'est aller à l'encontre de l'expérience universelle du caractère légitime de nos perceptions et de l’ordre du monde. Toutes nos règles de raisonnement se fondent sur cette expérience. Pour croire aux miracles, il nous faudrait les abandonner, tout comme il nous faudrait abandonner tout espoir de connaître par l'expérience -- et à plus forte raison de comprendre -- le monde que nous percevons, s'il était possible qu'un événement puisse survenir conformément à l'unique volonté d'un être surnaturel ou à notre capacité de maîtriser de façon magique de mystérieuse énergies. On ne peut percevoir et comprendre le monde que si notre expérience des événements qui s'enchaînent demeure constante et cohérente. Ceux qui n'aiment pas l'approche de Hume peuvent toujours essayer celle de Kant: on ne peut faire des expériences que dans la mesure où l'on peut percevoir le caractère causal d'un événement.

Il nous serait impossible de vérifier des hypothèses causales si des êtres surnaturels pouvaient infléchir le cours des choses. Comme le travail des scientifiques consiste à effectuer ce genre de vérifications, chercher à vérifier la causalité de la prière est absurde en sciences. Que penser, dès lors, de ces chercheurs qui conçoivent des études contrôlées à double insu pour vérifier l'efficacité de la prière d’intercession? Par exemple, que doit-on penser d'études telles que celles d'Elisabeth Targ sur la guérison à distance? Les Instituts nationaux de la santé des États-Unis (et par conséquent, les contribuables) ont accordé à Targ des centaines de milliers de dollars afin qu'elle étudie une absurdité (Gardner 2001). Dommage qu’elle soit morte d'un cancer du cerveau en 2002, avant d’avoir pu terminer l'étude à laquelle elle travaillait, malgré les efforts de nombreuses personnes qui ont demandé aux esprits et aux énergies d'intervenir en sa faveur. [L'une de ces études a depuis été discréditée par Po Bronson, qui a détaillé les irrégularités dans l'exploration de ses données. Voir le Rapport Sicher-Targ sur la guérison à distance, ainsi que A Prayer Before Dying, Wired, déc. 2002.] Dans le groupe de ceux qui poursuivent semblable chimères, on retrouve  Dr. Randolph Byrd, Dr. William S. Harris et Dr. Herbert Benson, et Dr. Mitch Krucoff.

En fait, de tels travaux sur l'efficacité de la prière chez les malades semblent devoir se réfuter d'eux-mêmes. Si Dieu ou quelque autre être surnaturel répondait aux prières et guérissait certains patients à l'exclusion des autres, selon le fait qu'on a prié pour eux ou pas, on ne pourrait alors jamais savoir ce qu'il faudrait attribuer à des causes naturelles ou à une intervention divine. Aucune étude causale ne pourrait mettre de côté la possibilité que ces résultats ne sont pas dus directement à une intervention surnaturelle. Autrement dit, les études causales ne serviraient plus à rien, tout comme il deviendrait inutile d'effectuer des études sur l'efficacité de la prière chez les malades.

Autre chose: les malades qui ne guérissent pas et qui finissent par mourir pourraient très bien ne pas être victimes de causes naturelles. Il est toujours possible qu'un être surnaturel puissant mais malveillant court-circuite les processus naturels et précipite le décès de ses victimes. Une fois qu'on introduit la possibilité qu'un être surnaturel soit à l’origine des événements qui nous touchent, rien ne justifie qu'on se limite au Dieu judéo-chrétien, qu'on croit que Dieu seul agit lorsque des prières montent vers lui, et que seules des énergies positives peuvent être maîtrisées par la pensée.

En conclusion, il y a des raisons logiques, scientifiques et métaphysiques pour qu'on ne se penche pas sérieusement sur des notions comme l’invocation d’êtres surnaturels ou de forces métaphysiques pour modifier la réalité et la détourner de son cours naturel. Une telle idée constitue une contradiction logique, du point de vue scientifique; elle est grotesque et dévalorisante du point de vue métaphysique. Pour qu'elle se vérifie, il faut que Dieu soit à la fois parfait et imparfait. Elle tourne en dérision le concept d'étude scientifique de la causalité et rabaisse le dieu infini et omnipotent, si tant est qu'il existe, tout en laissant de côté la possibilité qu'existent des êtres ou des puissances surnaturels malveillants qui perturbent le cours des choses. Tout cela ne veut cependant pas dire que prier ou se parler à voix haute ne peut offrir un certain réconfort, et peut-être même réduire le stress, ce qui pourrait aider le moral de la personne qui prie et favoriser son bien-être. Les avantages du placebo sont connus, mais ils n'ont rien à voir avec l'emploi de la psychokinésie pour favoriser la santé et le bien-être d’autrui.

 

Source: Skeptic's Dictionary Retour à l'index

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