Accueil » Ressources » Dictionnaire sceptique » Revues prédatrices en accès libre

Revues prédatrices en accès libre

« OMICS est un concept biologique qui, en association avec d’autres disciplines, établit les fondements de la génomique, de la protéomique et de la métabolomique. »

Les revues prédatrices publiées en libre accès n’ont qu’un seul objectif, faire de l’argent, et non la diffusion des résultats d’une recherche de grande qualité et l’avancement des connaissances. Ces prédateurs font de l’argent en faisant payer aux auteurs des frais de publication (APC)1, qui dépassent de loin le coût de leurs prestations, douteuses et de qualité médiocre.* Jeffrey Beall de la bibliothèque Auraria de l’Université du Colorado a dressé une liste de ces revues prédatrices. À la date du 16 avril 2016, la liste de Beall en comprenait plus de 1000. Beall a également dressé une liste d’éditeurs prédateurs, appelée liste de Beall, qui contient aussi plus de 1000 noms.  

Le principal intérêt de Beall semble se porter sur le monde des universitaires, dont la position, la fonction et la promotion dépendent de leurs publications et de l’importance de leur participation aux comités de rédaction comme pairs réviseurs. Il écrit :

Dans l’édition scientifique en libre accès, il y a une liste d’éditeurs douteux. Nous recommandons aux universitaires de lire les analyses, les évaluations et les signalements donnés ici, et alors de décider eux-mêmes s’ils veulent soumettre des articles, ou faire offre de service en tant que réviseurs ou participer au comité de rédaction. Les critères qui définissent les éditeurs prédateurs sont ici.
 
Nous espérons que les commissions de titularisation et de promotion puissent aussi décider elles-mêmes s’il importe ou non d’évaluer les articles publiés dans ces revues, dans le contexte de leurs propres standards institutionnels et/ou de la culture locale.

Il ne suffit plus aux commissions universitaires de recrutement et de promotion de devoir se préoccuper de sujets tels le biais de publication et du fait que publier dans des journaux universitaires, même de premier ordre, se fonde grandement sur l'honnêteté. Aucune revue n’a les moyens de vérifier chaque article soumis pour s’assurer que les auteurs n’ont pas truqué ou plagié leurs données, ou échoué à suivre les procédures qu’ils affirment avoir suivies dans leurs recherches. Ces commissions doivent maintenant examiner de près, sur les curriculum vitae, les revues imposantes d’apparence légitime, mais qui peuvent être des façades pour des publications payées par l’auteur.

Cependant, l’intérêt porté ici sur les revues et les éditeurs prédateurs n’est pas d’ordre universitaire. C’est dans l’usage qu’en font les tenants d’une autre réalité : les pseudo-scientifiques, les défenseurs des médecines parallèles (notamment les guérisseurs énergétiques), les parapsychologues et les croyants au surnaturel. Il y a plusieurs décennies, un des principaux reproches faits par les sceptiques aux tenants d’une autre réalité était que ceux-ci se fiaient beaucoup trop aux anecdotes. Ils avaient besoin d’études scientifiques pour appuyer leurs affirmations, s’ils voulaient être pris au sérieux. Eh bien, ils – notamment les parapsychologues – répondirent en publiant de nombreuses études dans des revues avec évaluation par les pairs. Par exemple, en 1994,  Daryl J. Bem et Charles Honorton publièrent « Le psi existe-t-il ? Preuves reproductibles d’un processus anomal de transfert d’information ». Un sceptique, Ray Hyman passa des années à évaluer et à réfuter ces « preuves reproductibles ». Auparavant, en 1988, Randolph C. Byrd, docteur en médecine, avait publié « Effets thérapeutiques bénéfiques de la prière d’intercession sur des patients en unité de soins intensifs cardiologiques » dans le Southern Medical Journal. Le travail de Byrd fut suivi de plusieurs tentatives d'autres auteurs pour prouver que la prière avait quelque effet thérapeutique. Toutes ont été examinées minutieusement et réfutées en détail. En résumé, les partisans convaincus répondirent à leurs détracteurs sceptiques en publiant, dans des revues avec évaluation par les pairs, de nombreux articles. Beaucoup de sceptiques passèrent de longues heures à leur examen critique. La plupart des articles importants et leur analyse sont repris ailleurs dans le dictionnaire sceptique. Ce qui est préoccupant ici, ce n’est pas le flux de revues avec évaluation par les pairs qui publient des études considérées non satisfaisantes par les sceptiques,  mais le raz-de-marée de revues prédatrices actuellement remplies des publications des quelques personnages les moins recommandables que l’on peut voir, au cours de plus de vingt ans d’observation et d’analyse de la littérature des tenants d’une autre réalité.

On peut trouver ici un des exemples le plus pernicieux dans l’utilisation des revues prédatrices pour donner l’apparence d’une respectabilité scientifique. Cet individu procédurier a été évoqué ailleurs, et il n’est pas ici souhaitable de mentionner son nom. Il présente une liste impressionnante de centaines de publications dans des revues qui semblent scientifiques – c’est-à-dire impressionnante si vous ignorez l’existence des revues prédatrices et si vous ne prenez pas la peine de lire ses articles.

On pourrait penser qu’un article intitulé « Assessment of Antibiogram of Biofield Energy Treated Serratia marcescens »2 et publié dans l’imposant European Journal of Preventive Medicine est valable. Détrompez-vous ! La maison d’édition est le Science Publishing Group, qui affirme être installée à New York, mais qui est en réalité installée au Pakistan.

OMICS International est une autre maison d'édition prédatrice dont le site Web lui donne l’apparence d’un acteur considérable dans la publication scientifique :  

Profitez de la recherche et de l’information scientifiques issues de plus de 700 revues de pointe avec évaluation par les pairs et en libre accès, fruits de la collaboration de plus de 50 000 membres de comités éditoriaux et de réviseurs réputés, et de plus de 1000 associations scientifiques dans les domaines médical, clinique, pharmaceutique, technologique, de l’ingénierie et  de la gestion.

Ouais. Une maison d’édition, et plus de 700 revues ! Voici un exemple de l’une des publications scientifiques d’OMICS, parue dans la revue bizarrement intitulée Chemistry Environmental Analytical Chemistry : Biofield treatment: A potential strategy for modification of physical and thermal properties of indole.3 Les publications concernant de présumés champs biologiques semblent répandues dans les revues prédatrices. OMICS est installé en Inde. Il y a quelques années, cette maison d’édition menaça de poursuivre Jeffrey Beall. L’avocat d’OMICS, Ashok Ram Kumar du cabinet indien IP Markets, affirmait qu’il allait engager une procédure judiciaire pour un milliard de dollars et qu’il chercherait à obtenir une sanction pénale fondée sur la section 66A de la loi sur l’information technologique, qui rend illégal l’usage d’un ordinateur pour publier « toute information extrêmement offensante ou de nature menaçante » [sic] ou la publication de fausses informations. La peine peut atteindre jusqu’à trois ans de prison.*

Il semble que Kumar soit l’avocat idéal pour défendre OMICS. Il a affirmé publiquement que le blogue de Beall est « ridicule, sans fondement, insolent » et « a des relents de réel non-professionnalisme et d’arrogance. » Il a également accusé Beall de discrimination raciale et d’essayer « d’étouffer la culture des publications en libre accès ».

« Toutes les allégation [sic] mentionnées dans votre blogue ne sont rien de plus qu’une invention saugrenue [sic] issue de votre imagination, et l’objectif de la tenue de ce blogue ressemble à une tentative délibérée de diffamation envers notre client… Notre client perçoit [sic] ce blogue comme le caquetage stupide d’une personne incohérente et soyez sûr que notre client a pris bonne note du langage, du ton et de la fonction [sic] que vous avez adoptés ainsi que des actes criminels exposés de la même manière sur l’Internet. »

La menace ne semble pas avoir fait sourciller Beall. À propos, si vous regrettez d’avoir publié chez OMICS, il vous en coûtera 419 dollars pour retirer votre article.  Comme remarque Beall : « Les éditeurs universitaires légitimes ne font pas payer les retraits ».

Il faut remarquer que ce n’est pas seulement le fait de facturer des frais aux auteurs qui rend les revues prédatrices. Il existe de respectables revues en libre accès qui peuvent faire payer pour couvrir leurs frais. Ce qui rend une revue prédatrice, c’est son objectif premier d’encaisser des frais bien supérieurs aux coûts de leurs prestations, et le très peu d’intérêt qu’elle prête à la qualité de la recherche scientifique susceptible de faire avancer les connaissances. Pour de telles revues, la révision par les pairs, faite sans rigueur, est un simulacre.4

 

Voir également: Usine à diplômes.

Notes du traducteur:

1 - En anglais,  article processing charges.

2 - Évaluation de l’antibiogramme de Serratia marcescens soumis à un champ d’énergie biologique.

3 - Traitement par champ biologique : proposition de méthode pour modifier les propriétés physiques et thermiques de l’indole.

4 – En 2013, un journaliste de Science écrit : Qui a peur de l'évaluation par les pairs ? L'auteur, John Bohannon, rapporte la publication d'un article sur les prétendues propriétés anticancéreuses d'un lichen, dans le Journal of Natural Pharmaceuticals, signé Ocorrafoo Cobange, biologiste à l'Institut de médecine d'Asmara.

Cet article, proposé dans 304 revues, a été accepté par 157 d'entre elles, rejeté par 98 autres, 49 n'ayant pas répondu...

Or, ni le signataire, ni l'organisme auquel il est censé appartenir, n'existent ! Il s’agit en fait d'un canular, le « papier » en question, truffé d'erreurs grossières, est l'invention de John Bohannon pour mettre en évidence les pratiques de certaines revues en libre accès.

Source: Skeptic's Dictionary Retour à l'index

Haut de page
© 2016 Robert Todd Carroll (version anglaise)
© 2017 Les Sceptiques du Québec (version française)