Accueil » Ressources » Dictionnaire sceptique » Homme de paille préventif

Homme de paille préventif

(Épouvantail préventif)

Un homme de paille préventif est une inversion du sophisme de l’homme de paille (ou épouvantail) que l’on avance comme contre-argument à un argument présenté. Wayne LaPierre, vice-président de la National Rifle Association (La NRA est une association qui défend le port d’armes aux États-Unis, N.D.T.) en fournit un exemple :

… La National Rifle Association a annoncé vendredi qu’elle veut armer des agents de sécurité dans toutes les écoles du pays. Elle a désigné les jeux vidéo violents, les médias et le laxisme de la justice - et non les armes - comme coupables de la récente vague de tueries de masse.
 
M. LaPierre a déclaré que l’organisation allait financer et promouvoir un programme nommé le National Model School Shield Program, afin de travailler avec les écoles à l'armement et à l'entraînement de vigiles, parmi lesquels, des policiers retraités et des volontaires.
 
« La seule chose qui arrête un méchant équipé d’une arme à feu est un gentil équipé d’une arme à feu. »

Il s’agissait de l’argument de LaPierre en faveur de l’introduction d’armes dans les écoles, présenté aux médias au cours d’une conférence de presse en réponse à la tuerie à l’école primaire de Newton, dans le Connecticut. Il n’a pas mentionné le fait que plus de 23000 écoles – environ le tiers de l’ensemble des écoles publiques – ont déjà des agents de sécurité armés sur leur site. Voici son homme de paille préventif :

« J’imagine déjà les gros titres – les gros titres choquants que vous imprimerez demain » a-t-il déclaré à plus de 150 journalistes réunis dans un hôtel du centre-ville, à quelques pâtés de maison de la Maison-Blanche. « Davantage d’armes à feu, direz-vous, c’est la réponse de la NRA pour tout » a-t-il ajouté. « Vous laisserez entendre que les armes à feu sont mauvaises et n’ont pas leur place dans la société, encore moins dans nos écoles. Mais depuis quand le terme d’arme à feu est-il forcément déplacé ? »

En fait, les médias n’ont pas affirmé que les armes sont la réponse à tout de la part de la NRA. En raison de notre histoire, il serait absurde d’affirmer que les armes n’ont pas leur place dans notre société et personne, à part quelques pacifistes, probablement, ne le ferait. Mais les médias ont réagi vivement à la proposition de la NRA de placer des gardes armés dans chaque école. Les comptes rendus que j’ai lus en arrivaient tous au même point : ceux qui font cette proposition ne se sont pas demandé ce qui pourrait mal tourner dans ce projet. Le plan souffre d’un biais d’optimisme.

Le New York Times, par exemple, a répondu à la proposition de LaPierre en suggérant qu’un garde armé sur place ne ferait que rajouter un mort :

M. LaPierre a déclaré que la fusillade de Newton « aurait pu » être évitée si le tueur avait dû faire face à un agent de sécurité armé. Il est beaucoup plus probable qu’il y aurait eu un agent de sécurité armé mort – de la même façon que l’hécatombe aurait été plus importante si des civils avaient commencé à tirer avec des armes dans la salle de cinéma à Aurora.

L’allusion au cinéma d’Aurora fait référence à une autre tuerie de masse par arme à feu.

D’autres médias ont mentionné divers scénarios dans lesquels les choses pourraient mal tourner en ayant un garde armé dans une école. Le Times a également fait remarquer qu’il y avait un shérif adjoint armé dans les locaux du lycée de Columbine, en 1999, quand deux adolescents s’en sont pris à leurs camarades et aux enseignants, tuant 13 personnes et en blessant beaucoup plus. L’adjoint a tiré sur l’un des deux tueurs alors que 11 des 13 victimes étaient encore en vie. Il a raté sa cible à quatre reprises.

Quoi qu’il en soit, personne dans les médias ne semble avoir répondu selon la prévision de LaPierre. En revanche, beaucoup ont réagi à son affirmation selon laquelle les tueurs de masse sont en quelque sorte amenés à commettre leurs terribles actes par les médias et le laxisme de la justice. Le fait de reporter la faute sur les jeux vidéos a eu des défenseurs et des opposants.

Mise à jour : 1/1/2013

Des éditoriaux et des articles sur les armes et le contrôle des armes sont parus depuis la première publication de cette entrée la veille de Noël 2012. Il est difficile de trouver des personnes qui argumentent de la façon anticipée par LaPierre. Mais l’éditorialiste Eugene Robinson s’est retrouvé très près d’atteindre la cible de l’homme de paille de LaPierre.

Robinson ne prétend pas directement que les armes à feu sont mauvaises et n’ont pas leur place dans la société, mais il s’en rapproche beaucoup. Il commence son article « Cessez la folie des armes » par quelques statistiques de 2010. La majorité des 31076 Américains tués par arme à feu cette année-là l’étaient par suicide mais 11078 l’étaient par homicide. Juste pour le cas où vous n’auriez pas de point de référence pour ce chiffre, Robinson en donne un : « C’est presque deux fois le nombre d’Américains qui ont été tués pendant une décennie de guerre en Afghanistan et en Irak. » On peut supposer que cela est censé nous terrifier. Au cas où ça ne suffirait pas, il passe à la comparaison du taux de meurtres des Etats-Unis à celui de la Grande-Bretagne, où il y a eu 58 homicides en 2010. Pourquoi un chiffre si bas si on le compare à celui des Etats-Unis ? Selon Robinson, c’est parce que la Grande-Bretagne interdit la majorité des armes de poing et limite la possession des armes à feu à ceux qui peuvent arguer d’une bonne raison pour détenir une arme à feu. L’auto-défense ou la volonté de protéger des enfants face à de potentiels fous n’est pas une bonne raison en Grande-Bretagne. Robinson fait entendre que la Grande-Bretagne limite la possession d’armes à feu aux carabines à plombs, armes de chasse et certains pistolets pour le tir. Sont interdits toutes les armes semi-automatiques, armes d’assaut et, on peut supposer, tous les lanceurs de missiles individuels ou armes nucléaires personnelles.

Vient alors le pénultième coup de grâce. Les armes à feu détenues par les particuliers rendent leurs propriétaires « plus vulnérables. » Robinson cite une étude vieille de vingt-deux ans à l’appui de son argument selon lequel « les armes constituent une menace réelle pour les personnes du foyer. » Les gens qui détiennent des armes chez eux ont plus de risques d’être tués par ces armes qu’ils ne l’ont d’être sauvés d’un intrus par elles.

En guise de fameux dernier clou dans le cercueil ou dernier coup de grâce, Robinson propose ceci :

D’où la réponse incroyable du président de la NRA Wayne La Pierre aux meurtres de Newton. La solution n’est pas de retirer les armes d’assaut des mains des fous, a affirmé LaPierre, c’est de mettre des gardiens armés dans les écoles afin qu’il puisse y avoir une bonne grosse fusillade générale quand les fous homicides se pointent. Peu importe si des officiers armés ont tenté d’arrêter le massacre et ont échoué. Contentons-nous d’être paranoïaques. Combattons les armes avec plus d’armes. Il faut que ce soit l’année où l’Amérique dit : Plus jamais.

Vous voyez ? Bon, pour être honnête, Robinson ne demande pas ouvertement l’interdiction de toutes les armes à feu privées. Il limite son soutien à l’interdiction des armes d’assaut et celles ayant des chargeurs de grande capacité.

Les politiciens, à commencer par le Président, doivent avoir le courage de se lever face au lobby des armes. Ils doivent le faire pour les enfants de Newtown. Ils doivent le faire pour les 11000 hommes, femmes et enfants qui autrement ne vivront pas suffisamment longtemps pour voir le Nouvel An de 2014.

Observez la dernière phrase. Sans regarder les données, on peut parier gros sur le fait que les 11000 personnes qui ont été tuées par arme à feu en 2010 n’ont pas toutes été tuées par un fusil d’assaut ou par une arme sportive à chargeur de grande capacité. Robinson suggère-t-il que nous devrions limiter la possession d’armes à feu comme le fait la Grande-Bretagne ? Suggère-t-il que les armes sont mauvaises et que nous devrions interdire toutes les armes ? Il faudrait le lui demander. Son adresse mail : eugenerobinson@washpost.com.

 

Source: Skeptic's Dictionary Retour à l'index

Haut de page
© 2017 Robert Todd Carroll (version anglaise)
© 2017 Les Sceptiques du Québec (version française)