Accueil » Ressources » Dictionnaire sceptique » Vision à distance prédictive

Vision à distance prédictive

Clairvoyance appliquée au futur, ou précognition dirigée. La vision à distance prédictive (VDP) a été inventée par quelques membres de l'Australian Psychics Association (APA).

En 2003, un groupe se désignant sous le nom d'Associés de la VDP a présenté dans son site web les résultats d'une expérience de vision à distance prédictive, accompagnés de la promesse suivante: «Une seconde série de tests est prévue pour bientôt». Un coup d'œil à la façon dont le groupe a conçu et mené sa première série montre sans doute pourquoi cette seconde série ne s'est pas encore matérialisée.

Les Associés sont partis de l'hypothèse qu'«il devait être possible de voir à distance le comportement quotidien d'un titre en bourse». La chose était concevable, selon eux, étant données les années d'expérience qu'avaient dans le domaine certains grands noms de la vision à distance comme Ingo Swann, Skip Atwater, Joe McMoneagle, Paul H. Smith, Lyn Buchanan et Mel Riley.

Les Associés ont «décidé de suivre les mouvements quotidiens de titres boursiers entre le début du mois mai et la fin de juillet 2003. La vision à distance se ferait pour la journée suivant immédiatement l'exercice». Au lecteur de deviner ce qu'on veut dire par là. Nous savons cependant que le groupe a choisi trois titres «au hasard» à partir des vingt les plus importants de la Bourse d'Australie, et qu'il «ferait des prédictions pour la journée suivante» à leur propos, la nature des «prédictions» comme telle n'étant pas précisée.

Le groupe a ensuite créé une base de données de 3000 photographies numérotées. Six d'entre elles, tirées au hasard, on été attribuées par paires à chacun des titres boursiers. (Les Associés ont commencé le test avec 120 photos. Le huitième jour, ce chiffre a été porté à 500, puis à 3000 encore plus tard.) Une des photos indiquerait que le titre était à la hausse, l'autre, qu'il était à la baisse. (Aucune précaution n'a été prise pour les cas où le cours du titre demeurerait inchangé.) Sans décrire exactement ce que devait être le test de VDP, ils déclaraient ensuite: «Si la vision à distance n'est pas concluante, elle sera considérée comme nulle».

Les Associés ajoutaient: «L'expérience devait se faire à double insu». Le terme revêtait un sens spécial pour eux - ni les chercheurs ni la personne effectuant la vision à distance ne sauraient à l'avance quelles photos seraient utilisées. «Ainsi, personne ne pourrait deviner la bonne réponse, tricher ou faire preuve de biais.» Pas vraiment... Le biais, on le constate clairement durant la phase d'évaluation, lorsque les chercheurs ont eu à décider si la vision à distance était réussie ou ratée (ou nulle, peut-être?). Mais un instant... Les chercheurs n'allaient pas simplement parler d'échec ou de réussite. Ils devaient tout d'abord comparer les deux photos correspondant au dessin fait par le voyant (ah oui, on oublie de mentionner que les voyants devaient faire un petit dessin de ce qui leur était apparu) et décider laquelle y correspondait le plus. C'est à partir de cette photo, qu'ils devaient noter l'exactitude du dessin, sur une échelle de un à quatre. Combien de zéros les chercheurs ont-ils accordés? Si vous avez dit zéro, vous gagnez un morceau de robot! Les juges ignoraient peut-être quelles photos avaient été choisies avant la séance de vision à distance, mais ils savaient ce qu'ils testaient au juste, et ils étaient hautement motivés à trouver un lien quelconque entre les dessins et les photos. Voilà pour le biais!

Enfin...

Les cibles étaient mises sous clé, chaque vendredi, avant midi, pour la semaine suivante. Ainsi, quinze titres étaient choisis, et trente photos - les cibles -  étaient mises sous clé afin d'être vues à distance du lundi au vendredi.

Le groupe n'a utilisé qu'un seul voyant, le grand maître du tarot, Simon Turnbull. Il devait

fournir les données brutes par télécopieur sur des formulaires spécialement conçus à cet effet au plus tard à midi le jour précédant celui où les titres devaient être relevés. Les données brutes pouvaient provenir de n'importe quel protocole de vision à distance choisi par Simon: Vision à distance contrôlée; Vision à distance étendue; Vision à distance associative; ou toute forme intermédiaire.
 
Simon désirait utiliser sa propre approche pour faire les prédictions, en vertu d'une carrière de plus de 30 ans comme médium professionnel. Il a ajouté au processus quelques techniques apprises en étudiant les méthodes de vision à distance les plus avancées, et nous avons pensé nommer le nouveau protocole Vision à distance prédictive (VDP).

Les données brutes dont on parle sont les dessins faits par Turnbull; ils avaient l'air de ceci, ceci et cela. Apparemment, Turnbull a fourni en tout 59 dessins. «Jusqu'à trois juges regarderaient les deux photos choisies au hasard, afin de juger à laquelle le dessin de Simon ressemblait le plus... et accorderaient une note au dessin.» Un 4 serait la note la plus élevée, et un 0, la plus basse. Les chances qu'un dessin reçoive un 0 étaient à peu près nulles. Les juges ayant déjà décrété que le dessin qu'ils examinaient ressemblait davantage à une photo qu'à l'autre, ils lui avaient accordé une certaine valeur au départ. Les Associés ont considéré toute note au-dessus de 2 «assez bonne pour servir de base à un investissement la journée suivante». Pas avec du véritable argent, bien sûr!

Les Associés ont cru aider Turnbull dans ses prédictions en lui envoyant

immédiatement la photo choisie, de même que la photo rejetée. Ainsi, il pourrait renvoyer par télécopieur son propre jugement à propos de son travail. On l'aiderait ainsi à améliorer sa vision à distance en lui permettant de constater, pendant que son souvenir était encore frais, à quel point il était passé près de la photo cible.

C'est là un point intéressant, pourtant on ne trouve pas de signe que le groupe air tenté d'évaluer la performance de Turnbull en cours d'expérience. C'est bien dommage, car on aurait pu voir son pointage s'améliorer avec le temps, s'il a vraiment été capable de quoi que ce soit de paranormal.

Le jour suivant celui où Turnbull avait remis un de ses dessins, les cours d'ouverture et de fermeture du titre étaient consignés. Ces données reposent sans doute au fond d'un coffre-fort secret, car les Associés ne donnent aucun chiffre du genre dans leur site. On peut lire ensuite:

C'est alors seulement que nous pouvions voir quelle photo était exacte, pour vérifier si la prédiction était une réussite ou un échec.

On ne nous révèle pas comment ils s'y prenaient pour le savoir.

Voici les notes des juges pour les 59 essais:

Aucune note n'a été accordée pour les 35 premiers.
 
À l'essai 36, les Associés écrivent: «La VDP a marché, mais on l'a mal notée (1)». Le dessin représentait trois arbres près d'une route. La photo, quant à elle, montrait une île avec des arbres et un bateau à droite.
 
L'essai 38
L'essai 38 a reçu un 2. Le dessin représentait une vis ondulée, et voici la photo.
 
L'essai 39 a reçu un 2,5. Le dessin représentait un bateau et un truc carré. Sur la photo, on voyait un mur rempli d'appareils électroniques.
 
L'essai 40 s'est mérité un 1,5.
 
L'essai 41 valait 2,5. Le dessin représente quelqu'un en train de faire du travail de bureau, et la photo, un coureur cycliste. «Le résultat a été gagnant.» On veut sans doute dire par là que le titre en bourse a pris de la valeur.
 
L'essai 42 a reçu 1,5.
 
L'essai 43 a obtenu 1,5, et la mention «l'un des résultats les plus faibles». (Alors, avait-on raison de prédire qu'il n'y aurait pas de zéro? Mmmh?)
 
L'essai 44 aussi a obtenu 1,5, mais en y réfléchissant bien, les juges ont vu qu'il s'agissait en fait d'une réussite.
 
Même chose pour l'essai 45.
 
Rien pour 46, mais 47 obtient 1,5.
 
L'essai 48 a reçu un 2,5, et «s'est avéré une prédiction réussie», ce qui veut peut-être dire que le cours de l'action a monté, quoiqu'on ne le précise pas.
 
L'essai 49 a reçu un 1,0, mais on l'a estimé réussi à la révision.
 
L'essai 50 a obtenu un 2,5, mais on ne mentionne pas ce qui est arrivé au titre.
 
L'essai 51 a obtenu un 3,0, mais on ne mentionne pas non plus ce qui est arrivé au titre.
 
Aucune note n'a été accordée à l'essai 52.
 
L'essai 53 a reçu un 2,0.
 
L'essai 54 a obtenu un 3,0 - rien au sujet du cours des actions.
 
L'essai 55 a reçu un 2,0.
 
Pour l'essai 56, on écrit: «Faible note (0,5), mais tout de même assez d'élan pour qu'on y arrive». D'accord, mais pour qu'on arrive où?
 
Rien pour l'essai 57.
 
L'essai 58 reçoit un 1,0, mais se fait néanmoins qualifier de réussite.
 
À propos de l'essai 59: «Le résultat a reçu un 3,5, un des plus élevés de la série. Nous avons senti un fort potentiel pour celui-ci, et nous avions raison». Ce qui veut peut-être dire que le cours de l'action a monté.

Il est intéressant de voir comment les juges en sont venus à croire que Turnbull avait raison, et que leurs faibles scores étaient erronés. C'est la faute des juges si les résultats n'ont pas été meilleurs! Encore plus intéressant, aucune mention n'est faite des titres étudiés, et on ne nous dit pas si leurs cours ont monté ou baissé, tel qu'on l'a prédit. Plus de 60 % des essais n'ont pas reçu de note.

Doit-on ajouter que ces données n'ont pas été analysées outre mesure dans une publication examinée par des pairs? Elles restent là, affichées dans un site Web qui semble inchangé depuis des années, exposées à l'admiration du monde entier...

Le lecteur aura compris ce que cela signifie: les Associés ont gagné tellement d'argent en bourse grâce à leur méthode infaillible de prévision des cours qu'ils ont tout laissé tomber pour passer le reste de leurs jours sur leur île privée, quelque part sous les tropiques.

 

 

Source: Skeptic's Dictionary Retour à l'index

Haut de page
© 2016 Robert Todd Carroll (version anglaise)
© 2017 Les Sceptiques du Québec (version française)