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Pseudo-symétrie de l’autorité scientifique

Fausse impression donnée par les médias qu’il y a absence de consensus sur une question donnée au sein de l’ensemble des scientifiques. Dans un effort d'objectivité, ou pour ajouter du relief dramatique à une nouvelle, les médias peuvent donner au public l'impression qu'une personne seule ou un groupuscule de contradicteurs représentent un nombre important de scientifiques opposés à un groupe également important d’experts. Ce souci mal placé d'«équilibre» peut donner l'impression erronée qu'il n'existe pas de consensus scientifique sur une question, et qu’elle demeure controversée auprès des autorités.

Pour autant que l'on sache, le terme a été inventé par l'anthropologue culturel Christopher Tourney dans son livre Conjuring Science: Scientific Symbols and Cultural Meanings in American Life (1996). [Le terme est aussi utilisé en cristallographie, ce qui ne cadre pas avec notre propos.]

On trouve des exemples de pseudo-symétrie dans la façon dont les médias étatsuniens couvrent des sujets comme l'acupuncture, les changements climatiques, la fusion à froid, l'utilisation du maïs dans les biocarburants, l'évolution, la fluoration de l'eau, l'envoi d'êtres humains sur Mars, et l'énergie libre (le mouvement perpétuel).

La pseudo-symétrie de l'autorité scientifique peut, dans certains cas, jouer de façon importante sur l'opinion publique. Elle a certainement eu un effet relativement à la vaccination, au point que beaucoup de personnes intelligentes et éduquées ont refusé de faire vacciner leurs enfants contre des maladies comme la rougeole. D'un autre côté, les créationnistes n'ont pu remporter que quelques escarmouches dans leurs tentatives d'infiltrer les cours de biologie au pays. Malgré la campagne visant à ce qu’on «enseigne la controverse» menée par le camp du dessein intelligent, ils ont perdu leurs principales batailles devant les tribunaux. En outre, ils n'ont pas réussi à convaincre le public des États-Unis que l'évolution représente l'anarchie morale et à peu près tout ce qui est mal. Les campagnes contre la fluoration de l'eau, en revanche, ont débouché sur la tenue de référendums au cours desquels le public s'est prononcé contre cette mesure, malgré l'insuffisance des données scientifiques correspondant aux craintes évoquées. La méfiance générale du public américain à l'égard du gouvernement a constitué un facteur décisif, dans ce cas donné, comme pour le mouvement de déni du sida et celui des conspirationnistes du 11 septembre. Au sein de ces mouvements, la méfiance envers le gouvernement est évidente, mais les médias ne font pas grand cas de ces groupes, et n'ajoutent rien à leur crédibilité. Également, même si de nombreux critiques croient que ceux qui nient les changements climatiques ont reçu de la part des médias autant d'attention que les scientifiques qui pensent que les faits nous montrent au-delà de tout doute raisonnable que la température de la Terre est à la hausse, et que les humains y contribuent par leurs émissions de gaz carbonique, le public croit à 85 % que le réchauffement climatique est un fait, et qu'il menace les générations à venir (Sondage TIME magazine/ABC News/Université Stanford, mars 2006). Enfin, si plus de la moitié des adultes des États-Unis rejettent l'évolution, on doit plutôt y voir à l'œuvre l'éducation religieuse qui prévaut au pays.

Les journalistes possèdent rarement une formation scientifique. On ne doit pas s'étonner, dès lors, qu'ils aient couvert toute cette histoire de fusion à froid par Pons et Fleischmann en accordant énormément de crédibilité aux deux chimistes (et à quelques autres scientifiques qui se sont déclarés intéressés par leur expérience), même s'il était évident qu'ils ne comprenaient pas assez la physique pour savoir ce qui se passait. Par contre, les journalistes auraient dû faire preuve de scepticisme relativement à la façon dont l'université s'est occupée de toute cette histoire et a fait des pressions pour obtenir des fonds de Washington avant même la présentation de la moindre étude scientifique. Les journalistes ont beau ne pas comprendre la science, ils devraient au moins comprendre ce qui en est de l'ambition, de la compétition qui existe en matière de brevets lucratifs, et de la capacité de chacun de s'illusionner. Quoi qu'il en soit, de nos jours, seuls quelques marginaux accordent de l'attention à la fusion à froid.

Malheureusement, les marginaux et les lunatiques qui s'accrochent à des idées rejetées par la vaste majorité des scientifiques sont parfois des politiciens influents dont les déclarations, même non fondées, finissent par faire la nouvelle.

 

Source: Skeptic's Dictionary Retour à l'index

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