Accueil » Ressources » Dictionnaire sceptique » État propice au psi

État propice au psi

 

État de conscience dont on croit qu'il permet de faire l'expérience du psi. Selon Daryl J. Bem et Charles Honorton, il existe de bonnes preuves que l'état méditatif, le rêve, la transe hypnotique et la privation sensorielle, de même que certains états de conscience obtenus sous l'effet des drogues sont propices au psi (1994).

Tous ces états, selon les deux auteurs, ont comme caractéristique commune une «activité sensorielle réduite». Dean Radin (1997) fait écho à leur propos et pense lui aussi que dans de tels états, l'esprit est plus alerte et réceptif au psi. Bem et Honorton écrivent que «l'information transmise par le psi peut être représentée comme un signal faible, normalement noyé dans le "bruit" interne (somatique) et externe (sensoriel). En faisant taire l'activité sensorielle ordinaire, ces différents états sont censés modifier le rapport signal/bruit, permettant au sujet de détecter l'information transmise par le psi». En d'autres termes, les données ordinaires produites par les sens bloquent celles du psi. Bloquer les données sensorielles, c'est permettre aux données psi d'atteindre la conscience. Il s'agit là d'une affirmation intéressante, d'autant plus que ses auteurs, quelques paragraphes auparavant, mentionnent que le terme «psi» n'est assorti d'aucune connotation «relative à... des mécanismes sous-jacents».

La parapsychologue Susan Blackmore pense, pour sa part, qu'on n'a jamais réussi à prouver l'existence d'états favorables au psi (2003, p. 298). En fait, comme on ignore le fonctionnement du psi, tout ce que l'on peut dire, c'est que certaines expériences de télépathie où le transmetteur et le récepteur se trouvaient plongés dans un état de privation sensorielle, comme l'expérience de télépathie onirique Maimonides, ont apparemment eu de bons résultats. Ces données ont cependant essuyé de sérieuses critiques (Hansel 1989; Hyman 1989; Marks 2000). Il se peut que les états de privation sensorielle ne soient pas propices au psi comme tel, mais qu'ils favorisent plutôt la suggestibilité ou qu'ils produisent des hallucinations auditives ou visuelles. On sait que l'hypnose trouve un terreau fertile chez les imaginations vives ou suggestibles. Ce qu'on perçoit dans des conditions supposées propices au psi vient sans doute davantage de l'imagination ou du cerveau lui-même que d'hypothétiques stimuli externes, portés par une force surnaturelle.

Au contraire, disent Bem et Honorton:

Au cours de l'histoire, le psi a souvent été associé à la méditation, à l'hypnose, au rêve et à d'autres états de conscience altérée, spontanés ou provoqués. Par exemple, l'idée que la méditation permette l'expression du psi se retrouve dans la plupart des textes classiques sur les techniques méditatives. La croyance que l'état hypnotique est propice au psi remonte au mesmérisme (Dingwall 1968). Des enquêtes interculturelles ont montré que la plupart des expériences psi «réelles» dont on fait état passent par les rêves (Green 1960; Prasad et Stevenson 1968; L.E. Rhine 1962; Sannwald 1959). Nous avons maintenant des rapports sur des preuves expérimentales conformes à ces observations de nature anecdotique. Par exemple, plusieurs chercheurs en laboratoire ont rapporté que la méditation facilitait l'expression du psi (Honorton 1977). Une méta-analyse de 25 expériences sur l'hypnose et le psi menées de 1945 à 1981 dans dix laboratoires différents laisse entrevoir qu'il pourrait en être de même pour l'hypnose (Schecter 1984). Enfin, une série d'expériences menées au Maimonides Medical Center à New York, et dont les résultats ont été publiés entre 1976 et 1972, ont rapporté des manifestations du psi durant des états oniriques (Child 1985; Ullman, Krippner et Vaughan 1973) (Bem et Charles Honorton 1994).
 
Lors de l'étude Maimonides, deux sujets - un «récepteur» et un «transmetteur» - passaient la nuit dans un laboratoire du sommeil. Les ondes cérébrales et les mouvements oculaires du récepteur, qui dormait dans une pièce isolée, étaient contrôlés à l'aide d'appareils électroniques. Quand le récepteur entrait dans une phase de sommeil paradoxal, un chercheur déclenchait une sonnerie qui signalait au transmetteur - placée sous la supervision d'un autre chercheur - d'entamer la phase de transmission. Il se concentrait alors sur une image choisie au hasard (la «cible») dans le but d'influencer le contenu des rêves du récepteur.
 
Vers la fin de sa phase de sommeil paradoxal, on réveillait le récepteur afin qu'il raconte son rêve. Cette démarche se répétait toute la nuit avec la même cible. Une transcription des récits du transmetteur était ensuite remise à des juges extérieurs qui accordait une note à l'aveugle à la similitude entre les rêves de la nuit précédente et plusieurs images différentes, dont la cible.

L'espace manque pour réfuter toutes ces affirmations, mais concentrons-nous sur l'étude Maimonides. Les expériences y étaient menées de façon telle qu'il était facile de faire correspondre des données ambiguës à l'hypothèse de la télépathie. Par exemple, pour l'une des expériences, la cible était la Descente de croix de Max Beckman. Les chercheurs, tout comme Dean Radin, considèrent qu'il y a eu transmission de pensée parce que le récepteur a rêvé deux fois à Winston Churchill. Radin écrit: «Notez la pertinence du symbole» (church hill: la colline de l'église) (Radin 1997, page 70). «Le taux de réussite globale est établi à 63 %... L'intervalle de confiance de 95 % exclut clairement un taux des succès dus au hasard de 50 % (Radin 1997, page 71). Pourtant, le taux de succès semble devoir davantage à l'imagination des chercheurs qu'aux capacités métapsychiques des sujets.

Max Beckman - Descente de Croix
"Descente de Croix", par Max Beckman.

Le ganzfeld et les états propices au psi

Les expériences de ganzfeld ont été conçues en fonction des états propices aux psi. Ils se prêtent moins au type d'interprétations vagues de ce qu'est une «réussite» dans les expériences de télépathie, mais certains chercheurs se sont laissés impressionner par des ambiguïtés de nature semblable.

Voici, à titre d'illustration, la transcription d'une description verbale faite par le récepteur d'une expérience d'autoganzfeld. Elle est tirée de la page Web (aujourd'hui défunte) de Rick Berger sur le ganzfeld. Berger est l'inventeur de l'autoganzfeld.

Je vois le Monument commémoratif de Lincoln...
Et la statue d'Abraham Lincoln qui s'y trouve...
C'est le 4 juillet... Des feux d'artifice...
Maintenant, je suis à Valley Forge... Des feux
d'artifice... Et je pense aux bombes qui éclatent
dans le ciel... Et à Francis Scott Key... Et à Charleston... *

Beaucoup d'images pourraient «correspondre» à une telle description, puisqu'elle-même est constituée d'au moins huit images distinctes, auxquelles on pourrait facilement en ajouter d'autres, comme le drapeau étatsunien, et, bien entendu, George Washington, qu'on a choisi comme image ressemblant le plus à la description verbale. Berger pense que ces impressions ont été générées par l'image de George Washington sur laquelle le transmetteur se concentrait. Il pourrait pourtant y avoir une bonne dizaines d'autres raisons pour lesquelles le récepteur a pensé comme il l'a fait.

 

 

* Pour un équivalent de ces images très américaines, imaginons que le récepteur évoque l'Arc de Triomphe, le Monument du Soldat inconnu, Clemenceau, un cimetière militaire... et que l'image transmise soit une photo de De Gaulle.

Source: Skeptic's Dictionary Retour à l'index

Haut de page
© 2017 Robert Todd Carroll (version anglaise)
© 2017 Les Sceptiques du Québec (version française)