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Hypothèse concernant le psi

¨ […] dans le cas d’expériences où on tente de reproduire des échanges d’informations entre des organismes vivants et leur environnement, le terme psi est utilisé pour indiquer qu’une différence statistiquement significative s’applique aux résultats obtenus par rapport à ce que l’on pourrait attendre en laissant jouer le hasard ; et ce, à la condition : (a) que des méthodes et des modèles statistiques appropriés soient utilisés pour évaluer la pertinence des résultats, et (b) que des précautions suffisantes soient prises afin d’éliminer tout indice sensoriel ainsi que d’autres travers expérimentaux.¨ 
John Palmer  (1983).
 
 
¨Le terme psi désigne des processus inusités d’échanges d’informations ou d’énergie tels que la télépathie ou d’autres modes de perception extrasensorielle que l’on ne saurait expliquer par les mécanismes physiques ou biologiques actuellement connus. Ce terme reste purement descriptif ; il n’implique pas que ces phénomènes inusités soient paranormaux ou quoi que ce soit d’autres concernant leurs modes de fonctionnement sous-jacents.¨
Daryl J. Bem et Charles Honorton
 

L’hypothèse concernant la réalité du psi voudrait que toute différence significative par rapport à ce que l’on obtiendrait en laissant jouer le hasard dans un test portant sur les capacités psychiques constitue une preuve que quelque chose d’inusité ou de paranormal s’est produit.

L’hypothèse concernant le psi a été adoptée par de nombreux parapsychologues dès que furent entreprises des recherches scientifiques formelles sur les phénomènes psychiques, lors de la création de la Society for Psychical Research, en 1882. Lors d’un premier test sur les capacités psychiques effectué pour cette société de recherche, Sir William Fletcher Barrett, un professeur de physique au Royal College of Science de Dublin, a déclaré qu’il disposait de preuves à l’effet que les candidats participant à son étude démontraient des habilités paranormales parce qu’ils obtenaient, en essayant d’identifier différentes cibles, des résultats nettement supérieurs à ce que l’on pourrait attendre du hasard. Il a réalisé un bon nombre d’expériences avec les sœurs Creery et leur gouvernante, expériences qui l’ont amené à déclarer que les chances qu’elles puissent obtenir une bonne réponse au cours d’une expérience étaient de ‘’une sur un million’’ ; que leur chance de deviner correctement une série de cinq cartes étaient ‘’au-dessus d’une sur 142 millions’’ et, ‘’incommensurablement plus grande’’, pour une série de huit cartes (Christopher 1970 :10). Évidemment, nous savons maintenant que ces demoiselles affichaient de telles performances parce qu’elles trichaient. On ne devrait toutefois pas faire l’erreur de penser qu’il n’y a que deux possibilités quand des événements bizarres se produisent lors d’expériences visant à identifier diverses cibles. Même si les sujets ne trichent pas, il ne s’ensuit pas pour autant qu’ils témoignent d’habilités psychiques. 

Dans plusieurs de ses expériences, J. B. Rhine utilisait un jeu de cartes conçu par un de ses assistants dénommé Zener. Ce jeu comprend 25 cartes réparties en groupes de 5 cartes portant des dessins différents : une étoile, trois lignes verticales ondulantes, un signe plus, un cercle et un carré. Si un candidat désignait correctement 5 cartes à partir de l’ensemble du jeu des 25 cartes dûment mêlées, on considérait que seule la chance jouait. Certains sujets pouvaient désigner correctement et de façon persistante 6 des 25 cartes. Rhine et ses associés concluaient alors qu’un tel résultat, dépassant ce que l’on pouvait attendre de la simple chance, démontrait l’existence de perceptions extrasensorielles. Il prétendait même que des candidats qui pouvaient nommer correctement 4 des 25 cartes jouissaient d’une certaine habileté psychique. Il parlait alors d’absence de psi et attribuait cette lacune au fait que le sujet éprouvait une attitude négative à son égard et envers le paranormal. Il est possible que certains des sujets de Rhine trichaient. Nous savons par ailleurs que quelques-uns des jeux de cartes qu’il utilisait étaient composés de cartes transparentes, permettant aux télépathes récepteurs de réaliser quelle carte le sujet émetteur examinait. Il est aussi possible que la distribution des candidats qui obtenaient des résultats au-dessus, en-dessous ou au niveau du simple hasard correspondait en fait à ce qu’auraient prévu les lois de la probabilité. On peut trouver un autre exemple de cette hypothèse supposant l’existence du psi dans les travaux de S. G. Soal (1889-1975), un mathématicien au Queen Mary College de la London University. Celui-ci visait à améliorer les méthodes plutôt discutables de Rhine en éliminant systématiquement de ses expériences sur la perception extrasensorielle des failles de différentes natures et plus particulièrement ce que l’on désigne maintenant comme des ‘’débordements sensoriels’’ (communication non-télépathique). En 1939, il a effectué des tests sur la perception extrasensorielle impliquant plus de 128 000 tentatives d’identification de cibles avec 160 candidats. Il ne découvrit aucune forme de télépathie. En fait, ce qu’il trouva ne présentait aucun intérêt statistique. C’est-à-dire qu’il ne trouva rien de significatif statistiquement jusqu’à ce qu’il en vint à scruter plus profondément ses données pour y vérifier des effets de glissement. Soal a obtenu des statistiques intéressantes pour deux de ses 160 sujets lorsqu’il établit des corrélations portant sur les cartes précédant ou suivant les cartes cibles. Lui-même et d’autres chercheurs interprétèrent ces résultats comme démontrant l’existence de clairvoyance. Nous savons maintenanant que Soal n’a pas seulement creuseses données, il les a aussi changées. (Hansel 1989 : 111-116).

De toute façon, en plus de la tricherie par les candidats et les opérations frauduleuses des chercheurs, l’hypothèse psi soulève deux autres types de problèmes : un problème d’ordre logique et un autre d’ordre méthodologique. Sur le plan logique, les parapsychologues sollicitent la question (prenant pour acquis ce qu’ils devraient trouver) ou, encore, ils commettent l’erreur d'affirmer le conséquent(En présence de psi, les données indiquent une déviation par rapport à ce que l’on obtiendrait si on laissait jouer le hasard. Or, les données indiquent une déviation. Donc, il s’agit de psi. Ou : Si une personne est dotée de capacités psychiques, elle obtiendra en essayant d’identifier des cibles cachées des résultats supérieurs à ceux que l’on pourrait attendre du hasard. Or, cette personne obtient de tels résultats. Donc, cette personne est dotée de capacités psychiques.)

L’hypothèse concernant l’existence du psi est aussi discutable sur le plan méthodologique. Rien ne permet de croire que les lois de la probabilité, qui sont purement formelles et conceptuelles devraient s’appliquer directement à tout ensemble fini d’événements. Il peut être vrai que les chances qu’une pièce de monnaie tombe sur pile ou sur face soit d’une fois sur deux ; mais cela ne fournit aucune information sur ce qui se produira réellement si on procède à tel ou tel nombre d’essais. Idéalement, pour un grand nombre d’essais on devrait tirer face pour 50% des coups. Mais, en réalité, il n’y a aucun moyen de prévoir exactement combien de fois on obtiendra face si on tire, disons, dix millions de coups. On peut être certain que ce nombre sera de l’ordre de cinq millions (en supposant que la pièce de monnaie ainsi que les lancées soient correctes) ; mais il n’est pas possible de déterminer a priori exactement combien de fois on obtiendra face.

Des études comparant des séries aléatoires avec d’autres séries aléatoires, dans le but de simuler l’identification de nombres ou de cartes, ont montré des déviations importantes par rapport à ce que l’on pourrait obtenir théoriquement en laissant jouer la chance (Alcock 1981 : 159). Par exemple, Harvie a produit 50 000 chiffres en utilisant différents générateurs de séries aléatoires de nombres et il a utilisé ces chiffres comme s’ils représentaient des ‘’cartes cibles’’, comme s’il s’agissait d’une expérience sur la perception extrasensorielle. Au lieu d’utiliser des télépathes pour l’identification des cibles, il a généré une autre série de 50 000 nombres par ordinateur. Il a réalisé aini un taux de bonnes réponses qui était moindre que ce que l’on aurait pu prévoir en laissant jouer la chance (Alcock 1981 : 158-159).

Dans les années 1930, Walter Pitkin de l’Université Columbia a imprimé 200 000 cartes, moitié rouges et moitié bleues, dont 40 000 pour chacune de ces deux couleurs présentaient les cinq symboles que l’on trouve habituellement sur les cartes servant à des tests de perception extrasensorielle. Ces cartes ont été mêlées mécaniquement et lues par une machine. On a obtenu ainsi deux listes de 100 000 symboles choisis au hasard. On a présumé qu’une de ces listes devait constituer une distribution aléatoire de symboles et l’autre le résultat de tentatives de deviner les symboles par un hypothétique candidat. Or, il s’avéra que le nombre de bonnes réponses était bien différent de ce à quoi on pouvait s’attendre en vertu des lois de la probabilité. Pour l’ensemble des résultats, ce nombre était de 2% inférieur à la probabilité calculée ; de 25% inférieur pour des séries de 5 bonnes réponses ; et, de 59 % supérieur pour des séries de 7 (Christopher 1970 : 27-28). La question n’est pas de savoir si ces résultats traduisent ce qui se produirait réellement dans une expérience si on laissait vraiment jouer le hasard ou s’ils expliquent quelque particularité de la machine qui a servi à mêler les cartes ou toute autre bizarrerie. En fait, il s’agit de réaliser qu’il n’est pas pertinent de supposer qu’une probabilité statistique basée sur le hasard et impliquant un très grand nombre d’événements s’applique sans autre considération à un nombre limité d’opérations concrètes ; qu’il s’agisse d’identifier des symboles sur un jeu des 25 cartes mêlées on ne sait trop ni quand ni comment, ou en lançant un dé, ou en essayant mentalement d’influencer le fonctionnement d’une machine générant des séries aléatoires de nombres. Comme l’indique Alcock : ‘’Si on peut obtenir des variations importantes en comparant des séries aléatoires avec d’autres séries aléatoires, on doit conclure que l’hypothèse qui veut que toute variation qui dépasse les probabilités relève du psi semble inacceptable (Alcock 1981 : 158-159).’’

Les tenants du psi pourraient fort bien suggérer qu’il y a lieu de s’interroger à savoir pourquoi certaines personnes obtiennent dans certaines expériences des résultats qui dépassent les probabilités ?   On sait d’une part que certains affichent de telles performances parce qu’ils trichent. Quelques tricheurs ont admis ce fait. Il est bien sûr possible que les sœurs Creery et autres tricheurs, qui ont admis avoir fraudé, aient menti à cet égard ; mais cela semble plutôt farfelu.   Pour d’autres, on n’en sait rien ; mais on a de bonnes raisons de croire qu’ils ont aussi triché. Par exemple, Hubert Pearce, Jr., un des meilleurs sujets de J. B. Rhune en matière psychique, obtenait des résultats exceptionnels lors d’expériences visant à identifier des cartes. Sur près de 700 tentatives, il a réussi dans près de 32% des cas, alors que la probabilité était de l’ordre de 20%. Mais lorsque Rhine soumettait Pearce à l’observation d’un magicien, les résultats de celui-ci tombaient au niveau des probabilités. ‘’On peut imaginer au moins une douzaine de façons que pourrait utiliser un sujet qui voudrait tricher dans un cadre tel que celui où Rhine conduisait ses expériences’’ (Christopher 1970 : 24-25). Au lieu d’admettre qu’il devient plus difficile de frauder quand les contrôles sont intensifiés, plusieurs chercheurs se penchant sur le psi en sont venus à la conclusion que les contrôles réduisent les capacités psychiques en érodant la confiance qui est nécessaire pour le fonctionnement de ces capacités. Les esprits critiques prétendent qu’il s’agit là d’une hypothèse ad hoc. Mais, comme on l’a mentionné plus haut, il n’est pas juste de prétendre que tous les Pearce dans le monde du psychique trichent effectivement. Donc, outre le fait de jouir réellement de pouvoirs psychiques, y a-t-il d’autres facteurs qui pourraient expliquer le fait que certaines personnes obtiennent des résultats qui dépassent le hasard ?

Avant de proposer d’autres explications, je me dois d’indiquer qu’il n’existe aucun moyen par lequel on pourrait savoir pourquoi moi-même, ou n’importe qui d’autre, puisse afficher de telles performances. J’accepte le fait que si une personne jouissait de pouvoirs psychiques, elle devrait obtenir des résultats qui dépassent les probabilités. Je conviens aussi que la clairvoyance et la télépathie peuvent être considérées comme une explication. Et que la psychokinésie pourrait expliquer le fait que certaines personnes semblent pouvoir influencer le fonctionnement d’appareils servant à générer des séries aléatoires de nombres. Finalement, j’affirme que si, à l’exception du psi, on en venait à démontrer que toutes autres explications devraient être rejetées ou considérées comme très improbables, on devrait alors conclure que le psi constitue la seule explication valable lorsque l’on obtient des résultats qui dépassent les probabilités dans des expériences impliquant l’identification de cibles ou la génération de séries aléatoires.

D’autres explications plausibles

Voici d’autres explications pouvant justifier l’obtention de résultats qui dépassent les probabilités dans le cas d’expériences sur le psi : interprétation forcée des données, mauvaise programmation de l’expérience, nombre insuffisant de sujets participant à l’expérience, nombre insuffisant de tests, trop peu d’expériences (c’est-à-dire tirer des conclusions définitives à partir de seulement quelques études), effet tiroir (pour des meta-études), fraude délibérée, erreurs de calibrage, procédures d’échantillonnage inapropriées, mauvais logiciel et divers types d’erreurs statistiques. Si on se trouve devant une ou l’autre de ces situations, il est bien évident que les données vont indiquer une performance qui dépasse les probabilités et justifier un transfert d’informations quand en fait rien de tel ne s’est produit. Il est aussi possible qu’un échange d’informations se soit produit, non pas par télépathie, mais plutôt par un "filtrage sensoriel". Ou, encore, on peut supposer que certaines personnes jouissent d’une capacité subconsciente d’identifier des modèles sousjacents.

En effet, il existe d’autres approches applicables à l’étude de ce genre de phénomènes ; approches qui ne présument pas qu’une déviation par rapport aux probabilités implique nécessairement que quelque chose de paranormal se produise. Par exemple, la recherche de Peter Brugger et Kirsten Taylor (2003) qui étudient ces phénomènes dans une perspective neuroscientifique. Brugger, qui est neuropsychologue à l’hôpital universitaire de Zurich, et Taylor, qui poursuit des études post-doctorales à l’Université de Cambridge, ont développé l’argumentation suivante. Les données de plusieurs études sur la perception extrasensorielle qui indiquent que certaines personnes obtiennent des résultats qui dépassent les probabilités lors de tentatives de deviner des cartes ou des dés tirés au hasard peuvent tout simplement démontrer que certaines personnes jouissent d’une capacité subsonsciente d’identifier des séquences ou des modèles sousjacents. Il n’est pas nécessaire de faire appel au paranormal pour expliquer ce genre de capacité. Brugger a reçu une subvention lui permettant d’étudier ‘’l’apprentissage de séquences implicites’’ ; ce qui est une autre façon de désigner cette habileté subconsciente. La Cogito Foundation, qui finance cette étude, a exigé qu’un parapsychologue y participe. John Palmer, qui agit actuellement comme directeur du Rhine Research Center, passera une année à Zurich pour réaliser cette recherche avec Brugger. (Source : correspondance personnelle.)

Brugger et Taylor n’ont pas exploré ce sujet, mais il est possible que l’apprentissage de séquences implicites puisse expliquer pourquoi Rupert Sheldrake pouvait obtenir des résultats statistiquement significatifs dans son étude sur le ‘’staring’’ (le fait de fixer quelqu’un du regard, intensément et à son insu) ; étude qui semblait démontrer que certaines personnes peuvent sentir que quelqu’un les observe. Selon Marks et Colwell (2000), cette étude était déficiente parce qu’on y utilisait une façon ‘’aléatoire’’ de procéder qui reposait sur une fréquence particulière. Les résultats obtenus par le sujet ne se reproduisaient que lorsque l’on utilisait cette démarche aléatoire particulière. Mais Marks et Colwell ne pouvaient pas amener Sheldrake à performer aussi bien lorsque le processus était vraiment aléatoire.

Brugger et Taylor ont suggéré (2003) que les lettres PES correspondaient mieux à une Perception Extrêmement Subjective plutôt qu’à une Perception Extra-Sensorielle. En d’autres mots, ils suggèrent que ces études peuvent vraiment indiquer que certaines personnes sont vraiment dotées d’une capacité qui n’est pas donnée à tout le monde, mais que cette capacité implique des façons de faire qui sont explicables par les connaissances et les théories scientifiques actuelles.

Des chercheurs, comme Peter Brugger, tentent de découvrir des fondements physiologiques pouvant expliquer ces soi-disant expériences paranormales. Par exemple, lui et ses associés ont publié des études où ils recherchent ce qui pourrait expliquer physiquement des expériences comme les maisons hantées, les voyages astraux, l’impression d’une présence, le "doppelganger experience" ainsi que la perception d’un membre amputé. Une des expériences, que lui et Palmer envisagent de réaliser, impliquerait que l’on donne du L-Dopa à un groupe expérimental afin d’accroître le niveau de dopamine dans le cerveau de ces sujets. Ils veulent examiner l’influence de la dopamine sur l’apprentissage de séquences aléatoires, la capacité de deviner ou d’identifier des cibles cachées et les réactions de feed-back. Les recherches de Brugger indiquent que : ‘’ la dopamine semble induire certaines personnes à percevoir des séquences’’ (2002 : New Scientist). Les personnes dont le niveau de dopamine est élevé sont plus susceptibles de découvrir diverses connotations dans ce que l’on qualifie de coincidences ou encore de découvrir des éléments pertinents ou des séquences là où il n’y en a pas. Il pense que la chimie du cerveau pourrait expliquer plusieurs phénomènes paranormaux, même en l’absence d’un stimulus extérieur.

On peut tout aussi bien suggérer d’autres explications, bien que certaines d’entre elles semblent farfelues. Par exemple, il se pourrait bien que les déviations que révèlent certaines expériences portant sur le psi soient provoquées par Zeus, les extra-terrestres, les anges, les fantômes, Jehova, jinni, ou par une ou plusieurs de ces entités qui existeraient dans d’autres dimensions. Ces entités pourraient fort bien se jouer des parapsychologues, comme le suggère James Alcock dans son hypothèse concernant Zeus. Ou bien il s’agirait de circuits de transmission insoupçonnés. Il est possible que des dauphins reçoivent des messages transmis par les extra-terrestres et transmettent ceux-ci aux sujets qui sont soumis à des expériences sur le psi. Comme je l’ai mentionné, certaines de ces explications sont plutôt farfelues, mais elles sont possibles et, à mon sens, elles sont aussi valables que l’hypothèse du psi.

On devrait aussi tenir compte du fait que la notion de significativité statistique reste une notion arbitraire et qu’elle n’a rien à voir avec ce que l’on désigne dans la vie courante comme quelque chose d’important.  Cette notion nous indique tout simplement que la probabilité qu’un événement se produise n’est pas factice ou causée par un accident statistique. Les statisticiens mesurent l’éventualité qu’un résultat soit l’effet du hasard par sa valeur P. Par exemple, P<0,01 signifie qu’il y a une chance sur cent que l’événement soit fortuit. Dans les études en sciences sociales et en médecine, la valeur de P la plus fréquemment utilisée correspond à P<0.05, signifiant que l’on aurait une chance sur vingt que le résultat soit fortuit. Cette norme a été adoptée dans les années trente, notamment par R. A. Fisher. À cette époque, les statistiques que pouvait produire une étude scientifique impliquaient des centaines, des milliers ou des dizaines de milliers de données. De nos jours, certaines études sur le psi développent plus de dix millions de données. Devrions-nous prendre pour acquis qu’une méthode statistique qui a été développpée, de façon plus ou moins arbitraire, pour des études impliquant un nombre relativement limité de données puisse être utilisée, sans modification, à des études impliquant des millions d’informations ?

La parapsychologie n’est pas la seule discipline à porter aux nues la règle du P<0,05, mais c’est cette discipline qui nous importe ici. Un bon exemple de cette erreur qui consiste à confondre pertinence statistique et réalité est bien documentée par Dean Radin et Roger Nelson dans leur évaluation des données produites par Robert Jahn, Nelson et Brenda Dunne dans leurs expériences PEAR sur la psychokinésie. Ces expériences impliquaient des sujets qui tentaient d’utiliser leurs capacités mentales pour influencer des machines. Pour 14 millions d’essais réalisés par 33 sujets sur une période de sept ans, ils ont constaté que leurs sujets obtenaient des résultats de 50.02% par rapport à 50.00% si on avait laissé jouer le hasard. Avec un nombre aussi important d’essais, ces données, en se fondant sur un protocole de validité statistique, indiquent que la possibilité qu’un tel résultat ne résulte pas du hasard est de un sur un "trillion" (Radin 1997 : 140). Pourquoi ne suis-je pas impressionné ?

Conclusion

Ainsi, quand on se trouve devant des données qui indiquent que des sujets soumis à des expérience sur le psi obtiennent des résultats qui dépassent ce à quoi on pourrait s’attendre en laissant jouer le hasard, pourquoi devrions-nous conclure en la réalité d’un effet psi ? On ne devrait pas, à moins de pouvoir exclure tout autre possibilité. Évidemment, on ne saurait y parvenir avec une certitude absolue. Mais, à moins de pouvoir démontrer qu’il est tout à fait probable que toutes les autres possibilités s’avèrent fausses, nul ne peut s’autoriser de conclure que le psy constitue une explication pouvant justifier de tels résultats. 

On peut exclure quelques-unes de ces possibilités en invoquant le fait qu’elles sont trop farfelues pour être prises en considération. Par exemple, je peux considérer comme incroyables des interventions comme celles de Zeus, de Jehova, des dauphins, des anges, des fantômes, de jinni ou des extra-terrestres. Il reste toutefois que ce que je considère comme incroyable devrait être évalué. Il s’ensuit donc que ces idées saugrenues devraient être prises en considération par tout parapsychologue qui voudrait réaliser une recherche satisfaisante.

D’autres possibilités ne m’apparaissent pas aussi farfelues, simplement parce que nous sommes certains qu’elles se produisent à diverses occasions. On connaît de nombreux exemples de tromperies par les candidats, de fraudes par les opérateurs scientifiques, de contrôles insuffisants, de protocoles inadéquats, de compilations erronnées, d'effets tiroir, de grandes conclusions obtenues à partir d’études trop restreintes, de distortions statistiques, et ainsi de suite. Et, encore, ces exemples ne concernent pas seulement les parapsychologues ; on les trouve dans tous les domaines scientifiques.

On peut s’interroger sur le nombre d’habilités psychiques dont nous sommes doté ? Aucune, jusqu’à maintenant.

Dès lors, il semble que, dans les expériences portant sur le psi, des déviations dépassant des résultats attribuables au hasard ne puissent justifier que peu ou pas du tout l’idée que l’on ait affaire à des phénomènes inusités ou paranormaux.

 

 

 Traduit par Robert Robert

Source: Skeptic's Dictionary Retour à l'index

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