| Détectives extralucides |
Médiums qui prétendent assister la police dans ses enquêtes criminelles. Dans leur ouvrage The Blue Sense: Psychic Detectives and Crime, Arthur Lyons et Marcello Truzzi dressent la liste des nombreuses raisons pour lesquelles des gens qui ne présentent pas le moindre pouvoir surnaturel réussissent à faire croire qu'ils ont contribué à résoudre des énigmes criminelles. Dans la plupart des cas, les preuves fournies aux journaux et à la télévision en faveur de médiums viennent de médiums eux-mêmes plutôt que de sources indépendantes. Les médias de masse font rarement preuve de scepticisme ou d'esprit critique dans de tels cas. Par exemple, à plusieurs reprises la présumée détective extralucide Sylvia Browne a déclaré qu'elle avait utilisé ses pouvoirs pour résoudre des affaires criminelles, ce qui n'a été que rarement contesté, sinon par le magazine américain Brill's Content.
Browne a également lancé de nombreuses affirmations à la télé américaine, au «Larry King Show», au sujet de ses talents de limier surnaturel. Elle a ainsi prétendu qu'elle avait trouvé ceux qui avaient perpétré le premier attentat contre le World Trade Center, en 1993. Toujours à la même émission, elle a expliqué qu'elle collaborait avec Stephen Xanthos, de la police de Rumson, au New Jersey, et qu'elle approchait du but dans l'affaire en question. Cette fois, par contre, James Randi veillait au grain.
D'autres facteurs que la vantardise des détectives extralucides auprès des médias trop crédules expliquent leur réputation imméritée. En premier lieu, il leur arrive de voir juste. Dire, au départ, d'une personne disparue qu'elle est morte ou vivante, c'est avoir 50 % de chances de faire mouche. Par ailleurs, au moment où un médium commence à s'intéresser à un de ces cas, il est malheureusement probable que la personne soit morte. Ce que «voient» les détectives extralucides ne diffère en rien des faits bien terre à terre que «prédisent» des milliers de médiums chaque année. (Toute personne disparue est soit vivante, soit morte; si elle est morte, on l'a sans doute enterrée, probablement dans un endroit isolé comme un bois, dans un trou peu profond, car combien de tueurs vont se donner la peine de creuser une fosse convenable? Pourtant le médium qui prédit qu'une personne disparue est morte et qu'on la retrouvera dans un trou peu profond au milieu d'un bois étonnera certains par l'incroyable précision de sa voyance, si les événement confirment ses affirmations, bien entendu.) Autrement dit, les détectives spirites s'arrangent pour que leurs visions soient «exactes» assez souvent pour tromper les crédules. Ce qui semble une prédiction juste est souvent un salmigondis d'énoncés délibérément vagues, du genre «Je vois des arbres» ou «Je sens la présence d'eau», qu'on interprète avec assez de latitude pour qu'il paraisse surnaturel. De l'avis de Piet Hein Hoebens, l'un des collaborateurs de Truzzi, certains détectives spirites cultivent l'ambiguïté et l'imprécision avec une telle adresse que leurs prédictions deviennent «l'équivalent verbal d'un test de Rorschach». Lyons et Truzzi ont remarqué qu'avec le temps, les succès des médiums deviennent exagérés et déformés. Les prédictions floues deviennent ultraprécises. Les erreurs se métamorphosent en prédictions correctes. Des événements qui n'ont jamais eu lieu acquièrent tout d'un coup le statut de «faits». Souvent, c'est le spirite lui-même qui est à l'origine de cette reconstruction historique. Parfois, la prédiction est formulée après coup, comme l'a fait Sylvia Browne lorsqu'elle a prétendu, après les attentats du 11 septembre 2001, qu'elle les avait anticipés. Parfois, ce sont les clients mêmes des détectives extralucides, la police et les familles des victimes qui exagèrent leurs exploits, en voyant des prédictions extraordinaires dans ce qui n'est qu'un processus d'essais et d'erreurs. Par exemple, Browne a dit à une dame que son mari était mort «d'un caillot», alors qu'il avait été victime d'une hémorragie. La cliente a par la suite affirmé que Browne avait vu juste, bien que la différence entre une embolie et une hémorragie soit semblable à celle entre un drain qui se bouche et un tuyau qui explose. Il n'est pas rare que des clients voient comme des prédictions exactes de simples coïncidences. Comme Lyons et Truzzi le soulignent, le médium ne fait quelquefois que reprendre à son compte les renseignements obtenus d'autres sources, souvent d'un représentant peu méfiant de la police. Ou alors, il recycle ce que lui a dit le client lui-même. Certains des succès remportés par les limiers du surnaturel ne sont que des prophéties qui s'exaucent elles-mêmes. Des clients se donnent beaucoup de mal pour réarranger les faits autour des visions vagues et ambiguës qu'on leur balance. La pensée sélective leur permet de garder en tête ce qui était correct tout en reléguant les erreurs aux oubliettes. En outre, les médias s'étendent sur les succès obtenus par les spirites tout en taisant leurs erreurs ou leur supercheries. C'est ainsi que s'édifient des réputations, à partir d'éléments de preuve aussi peu spectaculaires que possible et, par conséquent, non concluants. Toujours d'après Lyons et Truzzi, certains spirites ratissent large quand ils fournissent des renseignements: ils lancent des détails de toutes sortes avec la certitude de finir par faire mouche pour certains d'entre eux. En agissant ainsi, ils comptent sur le préjugé de confirmation et la lecture à froid, de même que sur l'effet Forer et l'effet Barnum. Le policier qui en est victime, lui, réagit aux données correctes en laissant de côté celles qu'ils ne le sont pas, donnant ainsi des réponses implicites au médium, lequel continue de débiter toutes sortes de détails plausibles. Enfin, certains détectives du surnaturel s'adonnent tout bonnement à la fraude. Quelques-uns d'entre eux utilisent des complices ou paient ceux qui détiennent des renseignements véritables -- parfois des membres de la police -- pour ensuite faire croire qu'ils les ont obtenus de façon surnaturelle. On peut quelquefois rencontrer des policiers qui croient au surnaturel, mais beaucoup d'entre eux vont plutôt se servir des spirites à leurs propres fins. Lyons et Truzzi racontent l'histoire d'un policier qui considérait que le dessin d'un cercle fait par la voyante Noreen Reiner constituait un indice dans une affaire criminelle parce que le suspect qu'on avait arrêté conduisait une bétonneuse. Un autre affirmait que la voyante Dorothy allison avait vu juste quand elle avait prédit que la personne disparue qu'on recherchait était morte. En fait, cette personne s'était retirée dans une secte religieuse, mais s'agissait-il vraiment d'une erreur? Comme l'a expliqué le policier, de quelle manière était-elle morte? « Biologiquement? Cliniquement? Était-elle morte de fatigue?» Il faut dire que de telles formes d'illusions et d'auto-duperies sont rares dans les rangs des forces de l'ordre. La police est plus susceptible d'employer des médiums pour couvrir ses sources véritables, pour protéger un mouchard ou pour cacher qu'elle a obtenu des preuves illégalement. Enfin, certains policiers emploient des médiums ou prétendent en être d'eux-mêmes pour effrayer des suspects superstitieux. Lyons et Truzzi affirment que beaucoup de détectives spirites utilisent simplement leur intelligence, raisonnent de façon inductive et déductive, suivent leur intuition, examinent les preuves, observent avec soin, ouvrent grand leurs oreilles, soupèsent toutes les possibilités -- bref, ils agissent en véritables détectives. Il peut même arriver qu'un médium possède plus d'expérience sur certains types de crimes que les policiers avec lesquels il travaille. Malgré des preuves très claires que la plupart des Hercules Poirot de l'au-delà se trompent ou trompent autrui, Lyons et Truzzi les répartissent en deux catégories: les médiums et les pseudo médiums. Cette dernière catégorie comprend à son tour les authentiques (ceux qui ignorent qu'ils utilisent des trucs ou des moyens ordinaires de collecte des renseignements, de raisonnement, etc.) et les faussaires (ceux qui fraudent carrément). À l'appui de leur thèse selon laquelle au moins quelques détectives médiums possèdent de véritables pouvoirs, les deux auteurs font valoir que
Les deux auteurs voient là la preuve de pouvoirs hors du commun (la reconnaissance des sillons), mais l'explication du Dr Lintgen était plus compliquée: il étudiait la construction physique de l'enregistrement et la durée relative de chacun des mouvements de la pièce musicale (Seckel). Voir également: Clairvoyance, Enquêteur paranormal, James Van Praagh, Jeane Dixon, Médiums et Uri Geller.
Source : skepdic.com |
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