Psychanalyse

"En réalité, je ne suis pas du tout un homme de science, un observateur, un expérimentateur ni un penseur. Par tempérament, je ne suis rien de moins qu'un conquistador - un aventurier, si vous préférez, avec toute la curiosité, la témérité et la ténacité caractéristiques de ce genre d'hommes. "
Sigmund Freud, lettre à Wilhelm Fliess, 1er février 1900
 
"Dans les années 1950 et 1960, le choeur des voix enthousiastes couvrit les mises en garde du maître. Psychanalystes et psychiatres prétendirent pouvoir guérir jusqu'à la schizophrénie, la maladie mentale la plus crainte de toutes, simplement en parlant à leurs patients."
Dolnick, 12
 
Sigmund Freud

La psychanalyse est l'ancêtre de toutes les psychothérapies pseudo-scientifiques, et ne cède qu'à la scientologie le titre de principale source d'affirmations fallacieuses au sujet de l'esprit, de la santé mentale et de la maladie mentale. Par exemple, en psychanalyse, on ne considère pas la schizophrénie et la dépression comme des troubles neurochimiques, mais comme des troubles narcissiques. À l'origine de l'autisme et de certaines autres maladies mentales, on ne trouve pas une origine biochimique, mais des problèmes de maternage. Pas besoin d'un traitement pharmacologique pour ces affections; tout ce qu'il faut, c'est une thérapie verbale. Il en va de même pour l'anorexie mentale et le syndrome de Gilles de la Tourette (Hines 1990, 136). Y a-t-il la moindre preuve scientifique pouvant servir de fondement à cette façon de voir la maladie mentale et son traitement? Non, il n'y a en a pas du tout.

Freud croyait comprendre la nature de la schizophrénie: plutôt que d'une maladie mentale, il s'agissait d'un trouble de l'inconscient causé par des tendances homosexuelles non résolues. Il affirmait cependant que la psychanalyse était inutile dans un tel cas, parce que les schizophrènes ne peuvent tenir compte des avis de leur thérapeute, et résistent au traitement (Dolnick 1998, 40). Plus tard, des psychanalystes ont affirmé, avec autant de certitude et toujours en l'absence de preuves scientifiques, que la schizophrénie est causée par une affection maternelle étouffante. En 1948, Frieda Fromm-Reichmann a créé le terme "mère schizophrénogénique", pour désigner les mères responsables de l'apparition de la maladie chez leur enfant (ibid. 94). Cette idée mal inspirée s'était formée auparavant, peu à peu, chez certains analystes; au cours des vingt années suivantes, bien d'autres l'ont refoule.

Traiterait-on une fracture ou le diabète par une thérapie verbale ou l'interprétation des rêves du patient? Jamais de la vie. Imaginez la réaction du diabétique qui apprendrait que sa maladie est due à un "conflit masturbatoire" ou à un "érotisme déplacé". Autant dire à l'infortuné patient qu'il est possédé par le démon, car il n'y a aucune différence entre l'exorcisme exécuté par un chaman ou un prêtre et la résolution des conflits remontant à la petite enfance par un psychanalyste. Pourquoi, dès lors, continuer d'affirmer que des problèmes physiologiques ou neurochimiques sont le fait d'expériences sexuelles traumatiques sublimées ou refoulées durant l'enfance? Probablement pour les mêmes raisons qui font que les théologiens s'accrochent à leurs systèmes hautement sophistiqués de croyances malgré des preuves accablantes montrant qu'ils reposent sur des bases métaphysiques purement imaginaires. La collectivité accorde un renforcement considérable au rôle social qu'ils assument de même qu'à leurs idées, dont la plupart ne résisteraient pourtant pas à un examen fondé sur des critères empiriques. Malheureusement, ce qui ne peut être soumis à un tel examen ne peut être infirmé, et ce qui ne peut être infirmé, lorsqu'il bénéficie d'un soutien collectif puissant, peut demeurer valable et respecté pendant des siècles aux yeux du monde, peu importe si ce dont il s'agit est essentiellement vide de sens, erroné ou même nuisible.

Livres de Freud

L'inconscient comme lieu où s'accumulent tous les souvenirs refoulés d'événements traumatiques qui continuent d'influencer la vie consciente constitue l'un des tenants fondamentaux de la psychanalyse. Or, les preuves scientifiques manquent à propos de ce refoulement inconsciente, bien qu'on sache que les pensées et comportements conscients subissent l'influence de souvenirs inconscients.

En relation avec cette hypothèse problématique, la psychanalyse utilise deux méthodes également douteuses pour accéder aux souvenirs que l'on suppose cachés au fond de l'inconscient: l'association libre et l'interprétation des rêves. Ni l'une ni l'autre n'a pu faire l'objet d'une formulation rigoureuse ou de vérifications empiriques. Dans les deux cas, il s'agit de chèques en blanc métaphysiques permettant toutes les spéculations, sans le moindre contrôle.

La recherche sur la mémoire ne corrobore pas les théories psychanalytiques sur l'inconscient comme réservoir de traumatismes ou d'expériences sexuelles refoulés à l'enfance ou à l'âge adulte. De nombreuses preuves existent, cependant, quant à l'existence de souvenirs dont nous ne sommes pas conscients, mais que nous conservons néanmoins, et que les scientifiques désignent sous le nom de souvenirs implicites. On sait que l'acquisition de souvenirs est impossible sans un développement avancé des lobes frontaux du cerveau, qui n'a pas encore eu lieu chez les nourrissons et les jeunes enfants. Par ailleurs, seuls les souvenirs codifiés demeurent longtemps. L'absence de codification entraîne l'amnésie, qui se vérifie souvent dans le cas des rêves. Si elle est affaiblie, les souvenirs résultants peuvent n'être que fragmentés ou implicites. Voilà pourquoi il est fort peu probable que des nourrissons conservent des souvenirs de sévices sexuels ni de quoi que ce soit d'autre, d'ailleurs. S'il est effectivement possible de retrouver des souvenirs implicites d'événements traumatisants chez un sujet, ce n'est pas dans les conditions que l'on suppose constitutives du mécanisme de refoulement. Supposons, par exemple, qu'un viol a lieu dans un parc, le long d'un sentier pavé. Sous les coups qu'on lui porte, la victime s'évanouit, et ne conserve aucun souvenir des sévices qu'elle a subies, mais les mots "sentier" et "parc" lui viennent constamment à l'esprit, sans relation avec les événements antérieurs. Quand on la ramène sur les lieux du crime, elle se sent gravement perturbée, mais sans savoir exactement pourquoi (Schacter, 232). Il est peu probable que l'hypnose, l'association libre ou une thérapie quelconque lui permettra de se rappeler ce qui lui est arrivé. Comme elle était inconsciente, il lui a été impossible de codifier pleinement les événements et d'en tirer des souvenirs explicites. Tout ce que parviendra à faire un psychanalyste, ou quiconque se prétend capable de rappeler à la conscience les souvenirs refoulés, sera sans doute de créer de faux souvenirs chez la victime, ce qui constitue en soi une autre espèce de viol.

En relation directe avec le concept psychanalytique de refoulement, on postule que de nombreux problèmes chez l'adulte (sinon de la majorité d'entre eux), allant des troubles de la personnalité et des perturbations affectives aux maladies mentales, s'expliquent par le comportement des parents envers l'enfant, principalement celui de la mère. Sans aucun doute, l'enfant qu'on traite avec cruauté s'en ressentira profondément à l'âge adulte, mais de là à affirmer que toutes les expériences sexuelles à l'enfance vont causer des problèmes mentaux plus tard dans la vie, ou que tous les problèmes mentaux dont les adultes peuvent souffrir, y compris les problèmes de nature sexuelle, viennent des expériences de la petite enfance, il y a toute une marge conceptuelle. Encore une fois, les preuves scientifiques à ce sujet brillent par leur absence.

Sigmund Freud

De bien des façons, la thérapie psychanalytique est fondée sur la recherche de quelque chose qui n'existe probablement pas (les souvenirs refoulés de l'enfance), sur des hypothèses apparemment fausses (le fait que les expériences de la petite enfance constituent la source des problèmes chez l'adulte), et sur des formes de traitement qui n'ont pas grand chance d'être justes (l'idée qu'il faut ramener à la surface les souvenirs refoulés pour obtenir la guérison). À partir de ces préceptes, on a élaboré un ensemble apparemment sérieux de concepts sur les mystères insondables de l'esprit et du comportement, mais le tout est illusoire, et quel peut être l'avenir d'une illusion?

La psychanalyse, que Sigmund Freud (1856-1939) a créée il y a un siècle à Vienne, n'a pas eu que des effets pervers, cependant. On devrait considérer Freud comme l'un des grands bienfaiteurs de l'humanité, ne serait-ce que parce qu'il a joué un rôle de pionnier dans le traitement de la maladie mentale, en préconisant une meilleure compréhension de ceux et celles dont le comportement va à l'encontre des conventions imposées par la société et la culture. On ne peut plus, de nos jours, condamner ou ridiculiser ceux qui souffrent de problèmes de comportement ou de troubles mentaux, en bonne partie grâce à la tolérance prônée par la psychanalyse. En outre, ce qui reste d'intolérance, d'ignorance, d'hypocrisie ou de pruderie dans nos sociétés relativement à nos comportements sexuels ne peut être attribué à Freud. Les psychanalystes modernes ne font aucunement honneur à leur maître à penser quand ils adhèrent de façon absolue à sa doctrine, dans ce domaine comme dans n'importe quel autre. Enfin, comme l'a dit le psychiatre Anthony Storr: "La technique de Freud consistant à prêter longuement l'oreille à ceux et celles qui souffrent au lieu de donner des conseils ou des ordres a mené à la création de la plupart des formes modernes de psychothérapie, et a été bénéfique à la fois aux patients et aux praticiens" (Storr 1996, 120).

 

 

 

 

Peut-on critiquer la psychanalyse ?, par Jean-Louis RACCA
Dossiers de lObservatoire Zététique

 

Vidéo:

Conférence de Jacques Van Rillaer : Bénéfices et préjudices de la psychanalyse.
Ressources de lObservatoire Zététique


Source: Skeptic's Dictionary Retour à l'index

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