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Combines pyramidales

Systèmes de fraude fondés sur la recherche constante de nouvelles victimes, qui doivent verser une somme à la personne qui les intègre au système, avant de chercher elles-mêmes de nouveaux adhérents censés leur verser à leur tour des sommes d’argent.

 On parle de vente pyramidale en raison de l’organigramme qui résulte de ce genre d’organisation. Si une personne lance une pyramide en convainquant dix personnes d’adhérer, et que ces dix adhérents convainquent chacun dix personnes à leur tour, et ainsi de suite, après dix niveaux seulement la pyramide comprendra l’ensemble de la population mondiale. À titre de curiosité, on a calculé qu’elle ferait quelque 18 mètres de hauteur, et qu’elle inclurait plus de 4,5 millions de personnes.

Un petit diagramme permet de mieux comprendre la chose:

1
10
100
1,000
10,000
100,000
1,000,000
10,000,000
100,000,000
1,000,000,000
10,000,000,000
 

Ainsi, très rapidement, par cascades de dix participants, on en arrive à dix milliards de personnes, ce qui dépasse de loin l’ensemble des humains de la planète. S’il y avait cinq milliards de personnes sur Terre et qu’elles adhéraient toutes à une telle combine, le dernier échelon comporterait environ 4,5 milliards de personnes; 500 millions se retrouveraient parmi les gagnants, les autres se feraient arnaquer. 

Dans le système pyramidal le plus simple, on demande à l’adhérent de verser une somme – disons 100 $ – à la personne qui l’intègre au système. Ce nouvel adhérent se trouve à son tour une dizaine de nouveaux adhérents, qu’il convainc de lui verser 100 $ chacun. Dans notre exemple, chaque personne conserve les 100 $ qu’elle reçoit des 10 nouveaux adhérents qu’elle convainc, en échange des 100 $ qu’elle-même a dû verser, ce qui lui fait 900 $ en tout. Afin que personne n’y perde, de nouveaux participants doivent sans cesse s’ajouter à l’entreprise. Sur une planète où le nombre d’habitants est fini, même si l’on compte six milliards d’adhérents potentiels, l’ajout de nouvelles têtes doit fatalement tourner court très vite. 

Il s’en suit que le résultat de ce genre de combines est invariablement le même: au mieux, quelques participants empochent de jolies sommes, tandis que la plupart des autres subissent une perte sèche. En fait, la seule façon de faire de l’argent par une combine pyramidale ou une chaîne de lettres, c’est de convaincre autrui qu’il va obtenir beaucoup d’argent en retour d’un investissement minime quand, au contraire, il est fortement possible qu’il se retrouve le bec à l’eau. Autrement dit, de telles échafaudages constituent toujours une arnaque, dans laquelle on trompe les participants pour leur soutirer de l’argent, et c’est justement pourquoi elles sont illégales. Rien n’interdit de convaincre des gens d’adhérer à un système, afin qu’ils convainquent à leur tour d’autres personnes de faire de même; la chose est parfaitement légale, et sous-tend, dans une certaine mesure, l’activité de beaucoup d’entreprises parfaitement légitimes. Les combines pyramidales ne sont pas illégales non plus parce qu’elles prévoient qu’on remette de l’argent aux participants. Il n’y a rien d’illégal à remettre de l’argent à des particuliers. Non, elles sont illégales parce qu’elles impliquent l’obtention d’argent par la tromperie, ce qui correspond à la définition même de la fraude. 

Dans les faits, aucune pyramide du genre ne tient debout longtemps, car on n’arrive jamais à y ajouter le nombre d’adhérents requis. L’édifice finit par s’écrouler tôt ou tard, quand les derniers arrivés n’arrivent pas à convaincre un nombre suffisant de personnes à leur tour. Il y aura toujours des gens qui penseront qu’il y a anguille sous roche, qui diront: «c’est trop beau pour être vrai». Il y a peut-être un bon nombre d’adhérents potentiels qui vont se dire que, même si convaincre dix personnes ne semble pas impossible à prime abord, on en arrive rapidement à des chiffres irréalistes. En outre, il suffit, pour mettre fin à toute l’entreprise, qu’une personne réussisse à persuader ceux qui cherchent à la faire adhérer au mouvement de leur malhonnêteté, ou qu’elle dénonce toute l’affaire à la police.

Goût du lucre et rêve éveillé

 La vente pyramidale est populaire parce que les gens en général sont avides, et que l’avidité affaiblit l’esprit critique. Chez celui ou celle qui désire gagner énormément d’argent à partir d’un très petit investissement et en très peu de temps, l’illusion prend souvent le pas sur l’esprit critique. On confond rêves et réalité. On range ceux qui expriment des doutes du côté des imbéciles. Toute remise en question semble inamicale, voire hostile. Les fraudeurs connaissent bien cet aspect de la nature humaine et savent l’exploiter.

 Pourquoi parier sur le système pyramidal, quand les risques sont si élevés? L’appât du gain ne forme qu’une partie de la réponse. La plupart des participants ne s’imaginent jamais au bas de l’édifice. Même la personne la plus obnubilée par l’envie comprendrait que se retrouver aux niveaux inférieurs du système signifie des difficultés supplémentaires à trouver de nouveaux adhérents. Elle doit nécessairement se voir près du sommet de la pyramide afin de pouvoir rêver à la fortune qu’elle va amasser en un éclair.

En outre, la première chose à faire pour convaincre quelqu’un de se lancer dans la mésaventure pyramidale, c’est de montrer qu’il ne s’agit pas d’une combine pyramidale. En effet, la poire ciblée sait peut-être que de telles combines sont illégales, ou que 90% des participants finissent par y perdre leur mise. On leur fait donc croire qu’ils joignent un club portant un nom invitant comme l’Amicale des investisseurs, organisme approuvé par le gouvernement et dirigé par un comptable agréé muni d’un doctorat, et ainsi de suite. Avec un peu d’habileté, les nouveaux adhérents n’y verront que du feu, ainsi que les agents de police, secrétaires, enseignants, ministres, etc., qu’ils vont persuader à leur tour de faire partie du club. Ces personnes honnêtes, intelligentes et respectables attireront d’autres personnes du même genre. En faisant preuve d’encore plus d’habileté, on pourra convaincre tout ce beau monde que leurs gains seront exempts d’impôt, car, conformément à la loi, les dons de moins de 10 000 $ sont exempts d’impôt, et c’est justement ce qu’ils vont faire, des dons...

Même la police

En 1995-1996, au moins 67 employés du service de police de Sacramento, aux États-Unis, ont fait l’objet d’une enquête pour leur participation présumée à une combine pyramidale (Sacramento Bee, 28 oct. 1995, 1er nov. 1995 et 15-16 nov. 1996). La fraude était semblable à cinq autres du genre, qui sévissaient dans le sud de la Californie, et dans lesquelles étaient impliqués des agents de différents services de police et des membres du personnel de soutien. À Sacramento, le principal suspect était l’épouse d’un capitaine de la police. Le chef du service a déclaré qu’il allait tenter de congédier au moins sept officiers et prendre des mesures disciplinaires contre 60 autres de ses employés. Neuf officiers ont été mis en congé administratif et ont dû remettre leur insigne et leurs armes. Selon un des procureurs, la pyramide regroupait quelque 200 personnes. Seuls trois des accusés ont cependant fait l’objet d’une condamnation. Certains des participants à la combine ont apparemment gagné des dizaines de milliers de dollars. Le montant minimal perdu par ceux qui se trouvaient au bas de la pyramide était de 500 $.

Les pyramides avaient été rebaptisées «clubs d’investissement» et portaient des noms attrayants comme «Club d’investissement de l’amitié», ou «Réseau de dons». On donnait aux investisseurs l’assurance que tout était parfaitement en règle avec la loi, approuvé par l’impôt ou un comptable agréé, et qu’il ne s’agissait pas du tout d’une combine...

La fraude de Sacramento se nommait le Club de la Liberté ou quelque chose du genre, et un agent de police insistait sur la légalité de la chose parce que chaque participant devait signer une déclaration selon laquelle il effectuait un don sans condition au club. Un journaliste local, Mike Boyd, a demandé à un employé du Internal Revenue Service des États-Unis si la chose était exacte. Le fonctionnaire lui a expliqué que comme les signataires de la déclaration s’attendaient à recevoir de l’argent en retour du supposé don qu’ils effectuaient, il ne s’agissait pas véritablement d’un don. Un avocat interviewé par Boyd a expliqué que le simple fait de signer un papelard disant qu’on effectue un don ne veut rien dire si l’intention manifeste du signataire est justement de recevoir quelque chose en retour. (Recevoir un don, bien entendu, est tout à fait légal et exempt d’impôt). Selon Boyd, les policiers et adhérents du Club de la Liberté se sont fendus de 500 $ dans l’espoir d’obtenir quelque chose comme 4000 $ en retour. Selon le Sacramento Bee, certains participants à la fraude ont obtenu plus de 10 000 $. Ces gagnants ont puisé leurs gains à même les «dons» effectués par les autres participants des niveaux inférieurs de la pyramide. De telles combines se poursuivent, si personne ne se fait prendre, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus assez de nouveaux adhérents pour payer leurs prédécesseurs, ce qui doit fatalement finir par arriver.

La combine de la police de Sacramento comprenait ce qu’on pourrait appeler des «groupes pyramidaux». Un organisateur (le Numéro Un) se trouvait six autres participants pour constituer un premier groupe. On suppose que ces six participants se voyaient décerner un grade selon le nombre d’adhérents qu’ils réussissaient à convaincre. Ces organisateurs ne payaient rien pour faire partie du groupe, mais ils devaient intégrer assez de nouveaux participants au sein de leur groupe pour s’acheter huit places au bas de la pyramide. Chaque place coûtait 500 $, et le Numéro Un empochait 4000 $. Le groupe se scindait alors en deux sous-groupes de sept personnes (ou places), avec à sa tête un Numéro Un (ainsi que des numéros 2, 3, 4, 5, 6, et 7). Dans chacun des groupes, on recrutait davantage de participants à 500 $ pour chacune des huit places de la pyramide. Les deux nouveaux Numéro Un empochaient leurs 4000 $, et les deux sous-groupes devenaient quatre sous-sous-groupes, et ainsi de suite ad infinitum. Pour gagner encore plus d’argent, certains participants joignaient plus d’un groupe.

Combien de participants ont su que dans une telle opération seuls 6,7 % d’entre eux obtiendraient un rendement de 700 % sur leur investissement (soit 3500 $ pour un investissement de 500 $) tandis que 93,3 % se retrouveraient à sec? Combien se sont fait dire d’adhérer le plus rapidement possible?

Le fait que des agents de police aient pris part à ce type d’activité ajoute du piquant à la chose. La police est une organisation hiérarchique; les supérieurs pouvaient fortement «encourager» leurs subordonnés à adhérer. Les officiers et ex-officiers sont en position d’autorité et jouissent de la confiance de leurs subordonnés. Ils sont donc capables de les influencer, surtout les plus jeunes. Les membres de la police sont censés faire respecter la loi. Lorsqu’ils l’enfreignent et qu’ils encouragent d’autres personnes à faire de même pour des gains financiers, le respect que le public voue à la loi et à ses agents se trouve mis à mal.

 

 

 

En français :

Source: Skeptic's Dictionary Retour à l'index

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