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Avertissement et charlatanisme

Dans les domaines de la médecine parallèle, de la chiropractie, de la nutrition et de la massothérapie nouvelâgeuses, des plantes médicinales, de la naturopathie, et de l'acuponcture, on croit généralement que ces personnes [qui dénoncent les charlatans] et les organisations dont ils font partie ne sont que les prostituées des grandes multinationales pharmaceutiques.

 

Mise en garde que les charlatans appliquent à leurs propres produits.

Un grand nombre de sites Web proposent à des fins commerciales des remèdes pour toutes sortes de problèmes de santé, du rhume le plus banal au cancer ou aux maladies cardiaques. On n'a soumis ces produits à aucun essai véritable, et il n'existe aucune preuve de leur efficacité, ce qui n'empêche pas leurs fabricants de faire valoir une foule de témoignages sur leurs bienfaits réputés. En marge de ce concert de louanges, on peut souvent lire un avis d'exonération de responsabilité rappelant que tout ce qu'on raconte à propos du produit miracle en question n'est donné qu'à titre «informatif» et ne doit pas être considéré comme de l'information médicale. Certains charlatans vont jusqu'à préciser qu'ils n'affirment nullement que le remède en question guérit ou prévient quoi que ce soit. Ils tiennent à ce qu'on achète leur poudre de perlimpinpin, bien sûr, mais se faire poursuivre pour fausse publicité ne les tente guère, pas plus qu'ils ne cherchent à se faire accuser de fraude ou de pratique illégale de la médecine. Aux États-Unis, beaucoup s'empressent de se conformer aux exigences de la Food and Drug Administration à propos des suppléments alimentaires par l'ajout, sur l'emballage de leurs produits, de mises en garde standardisées du genre

Affirmations non évaluées par la Food and Drug Administration. Ne sert pas au diagnostic, au traitement ni à la prévention de maladies.

De tels avertissements montrent en général assez bien que les produits qu'ils accompagnent relèvent de la patamédecine. Malheureusement, c'est justement ce que certains consommateurs recherchent.

Ceux qui luttent contre le charlatanisme soulignent à juste titre que ce genre de manœuvre n'est fondamentalement pas destinée à protéger le public contre lui-même. Le vendeur du produit tente plutôt de prévenir le client potentiel que ce pour quoi il paie n'est pas un produit de la médecine scientifique. Par ce qui rappelle curieusement les droits dont on informe les citoyens mis en état d'arrestation, on prévient le client que ce qu'affirme le charlatan à propos de son produit ne pourra être retenu contre lui en cour de justice. Dans les faits, il est question de protéger le charlatan, pas sa victime. Rappelons que lorsqu'on s'adresse à un vrai médecin, celui-ci propose franchement un diagnostic ou un traitement, et s'en porte responsable à l'avance.

Pourquoi les avertissements donnés par les charlatans ne font pas fuir leurs clients potentiels? On sait que des millions de personnes soucieuses de leur santé se procurent et utilisent des produits et services inefficaces, même si des études scientifiques ont montré à répétition que des trucs comme l'acuponcture, l'homéopathie, la chiropractie, la naturopathie, la phytothérapie et les suppléments, la médecine holistique et la médecine énergétique ne vont jamais au-delà de l'effet placebo pour la plupart des problèmes qu'ils sont censés traiter. Pour ceux qui ne peuvent lire les études scientifiques ou qui ne désirent pas le faire, il y a d'autres sources: les sites Web et blogues scientifiques ou sceptiques, et autres.

Le citoyen moyen est probablement en mesure de comprendre la majeure partie de l'information scientifique qui devrait le rendre méfiant à propos des remèdes charlatanesques, mais beaucoup de facteurs empêchent la démystification des produits inefficaces d'avoir leur plein impact sur la société en général. Dans un grand segment du marché potentiel pour la fausse médecine, on voit la médecine scientifique avec la plus grande suspicion. Les traitements «alternatifs» sont reçus bien plus favorablement, surtout s'ils sont «naturels» ou «énergétiques». Bien des gens ont eu de mauvaises expériences avec la médecine scientifique. Beaucoup n'accordent pas foi aux publications médicales ou aux communiqués de presse des chercheurs scientifiques, parfois avec raison. Nombreux sont ceux qui ignorent comment fonctionne la médecine placebo. Bien du monde croit que la médecine parallèle est systématiquement moins chère et plus sûre que la médecine scientifique. Nombreux sont ceux qui se méfient du gouvernement et qui considèrent les agences de réglementation en matière de santé comme des ennemis publics. Beaucoup soupçonnent les grandes entreprises pharmaceutiques et croient à une conspiration pour maintenir les gens en mauvaise santé par la promotion de la médecine scientifique. Bien des gens placent le témoignage au-dessus de l'étude scientifique, surtout si le témoignage vient d'une vedette médiatique. En outre, les médias de masse déforment les résultats des études, provoquant au sein du public une profonde incompréhension à la fois des résultats obtenus et de la façon dont se fait le travail scientifique. Souvent, autant les représentants des médias que les membres du public ignorent du tout au tout les mécanismes biologiques fondamentaux.  On avale sans se poser de questions des histoires de cancer causé par un trop-plein d'oxygène dans les cellules, ou de cellules communiquant entre elles par des vibrations comme signe de bonne santé. Autant les médias que le public aiment l'idée qu'il existe des remèdes «miracles» et des électrons libres rejetés par le système, qui découvrent comment guérir tout et n'importe quoi grâce à des méthodes non orthodoxes. Enfin, nous sommes légions à ne pas savoir comment jauger les preuves qu'on nous présente. On prend l'expérience personnelle pour l'aune véritable, sans comprendre l'objectif ni la valeur des études scientifiques. Les avertissements bidon deviennent un code pour ceux qui veulent éviter la médecine scientifique. Ce qu'ils y voient, c'est : Psst! Par ici! Nous ne faisons pas partie des méchants...

 

Source: Skeptic's Dictionary Retour à l'index

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