| Radin, Dean |
La conscience invisible: Le paranormal à l'épreuve de la science.(HarperOne 1997, en français J'ai Lu: L'aventure secrète pour la version de poche, 2006)
Première partie ![]() Dean Radin a une maîtrise d'ingénieur électrique et un doctorat en psychologie de l'éducation de l'Université de l'Illinois. Il est le directeur du « Consciousness Research Laboratory » et de l' « Institute of Noetic Sciences ».Il fait aussi de la recherche pour le « Boundary Institute ». Il a été actif dans la recherche sur le Psi durant plusieurs décennies et a publié plus de 200 papiers dans le domaine de la parapsychologie. « La conscience invisible: Le paranormal à l'épreuve de la science » (1997) a reçu le prix du bestseller en parapsychologie de la part du site Amazon.com en 1998. Le docteur Brian Josephson, lauréat du prix Nobel et professeur de physique à l'Université de Cambridge, a dit au quotidien britannique « The Guardian » qu'il considérait la publication du livre de Radin comme « l'événement scientifique le plus important de 1997 » (Radin a publié un second livre en 2006, mais il s'agit grosso modo de la même chose, avec une faible tentative de lier le paranormal à un concept tiré de la physique quantique, l'enchevêtrement. J'ajouterai un commentaire à propos de son dernier livre à la fin de cette critique). Sur sa page de remerciements, Radin surnomme son cheminement « la route la moins parcourue », et pourtant dans un sondage Gallup datant de 2005, 75% des américains disent qu'ils croient au moins dans un phénomène paranormal. Le même sondage trouva que 41% croient dans les perceptions extrasensorielles (PES); seulement 25% ne sont pas certains à ce sujet. Radin adopte le rôle du martyr dans ce chapitre introductif, identifiant le Psi parmi les idées que la plupart des scientifiques écartent sommairement. Une enquête de 1992 au sein des membres de l'Académie Nationale des Sciences trouva en effet que 77% ne croyaient pas dans l'existence des phénomènes médiumniques. Malgré tout, le grand public est largement dans le camp de Radin lorsqu'il s'agit de la croyance au paranormal. Comme Radin l'explicite clairement dans sa préface, la plupart des gens croient dans l'existence des phénomènes médiumniques à partir de leurs expériences personnelles ou de leurs fois. La plupart ignore les preuves scientifiques de l'existence du Psi. Il dit « ce que la plupart des gens pensent savoir à propos des phénomènes médiumniques n'est pas nécessairement correct. ». Il prétend aussi que « les scientifiques ont essentiellement prouvé que le Psi existe. ». Ils auraient fait cela en utilisant « des méthodes expérimentales familières et acceptées par les scientifiques de nombreuses disciplines ». Ce qu'il ne dit pas aux lecteurs dans cette préface est que ces preuves scientifiques consistent, principalement, en des anomalies statistiques qui ont été interprétées comme étant des preuves de l'existence du Psi. Peut-être qu'il ne voulait pas s'aliéner le lecteur lambda tôt dans le livre, mais l'affirmation de Radin que « les scientifiques ont essentiellement prouvé que le Psi existe » repose sur son interprétation des données statistiques. Pour comprendre ces preuves le lecteur va devoir étudier les statistiques et les méta-études. Il faut mettre à son crédit que malgré le fait que la plupart des gens soit ignorant des mathématiques - et détestent les mathématiques compliquées - Radin a réussi à se faire une niche dans les médias populaires. L'introduction du livre de Radin débute par une citation de Carl Jung qui dit qu'il est impératif de considérer que l'esprit (la psyché) est indépendante du cerveau et des « limitations de l'espace-temps » des entités physiques. Cette position est connue en philosophie sous le terme de dualisme. Le dualisme s'oppose au monisme matérialiste et à la notion que la « conscience » est uniquement un terme utilisé pour désigner différentes fonctions et processus de cerveau physique, matériel. Le matérialisme, qui est la conception de la grande majorité des neuroscientifiques, nie au contraire que la conscience est une entité indépendante qui peut exister en dehors du corps physique. Le dualisme laisse la question ouverte de savoir si le Psi implique des capacités de la conscience de recevoir ou transférer de l'information sans aucun support physique ou si il y a des processus physiques qui se produisent que nous sommes encore incapables de détecter. Comme nous allons le voir, Radin essaie de tenir les deux idées en même temps. D'un côté, il croit que les preuves du psi apportent du crédit à l'hypothèse anti-matérialiste. De l'autre, il pense qu'un jour nous seront peut-être capable d'expliquer même les miracles sans avoir recours à des explications surnaturelles. Il croit qu'un jour, nous comprendrons les lois physiques et les mécanismes qui gouvernent les événements que nous nommons aujourd'hui paranormaux et surnaturels. Susan Blackmore, qui a travaillé comme parapsychologue pendant de nombreuses années, remarque dans son livre « Consciousness: An Introduction » (2004) que « la majorité de ce que nous avons appris jusqu'à présent (nda.: en étudiant la conscience)... semble indiquer la direction opposée » de l'existence d'un esprit qui serait séparé du cerveau et qui pourrait influencer de manière magique le monde. « La parapsychologie », dit elle, « semble s'éloigner continuellement des progrès et de l'excitation du reste des recherches sur la conscience. ». Radin et de nombreux autres parapsychologues seraient en désaccord avec cette évaluation de Blackmore. Dans un chapitre consacré à l' « interaction entre l'esprit et la matière », Radin remarque que « l'idée que l'esprit est au-dessus de la matière a de profondes racines dans la philosophie orientale et les anciennes croyances à propos de la magie » (127). Cependant, au lieu de dire qu'il est maintenant temps d'aller de l'avant, et de s'éloigner de la pensée magique vers une pensée plus scientifique, il critique la « science occidentale » pour rejeter comme « simple superstition » les croyances des anciens philosophes orientaux. Il prétend que « des questions centrales (nda.: concernant la conscience) restent aujourd'hui un mystère total, telle qu'elle l'était déjà il y cinq milles ans ». A cela, je ne peux que suggérer de lire le livre de Blackmore, qui présente les différentes conceptions de la conscience débattue à l'heure actuelle par les philosophes et les neuroscientifiques, mais fournit aussi les preuves abondantes que de nombreuses questions sont aujourd'hui très bien comprises. Cependant, je suis d'accord que malgré tous les développements en neurosciences, la conscience est toujours un profond mystère et un sujet extrêmement intéressant. Nous ne sommes certainement pas arrivé aux réponses finales aux questions « qu'est-ce que l'esprit? » et « qu'elle est sa relation avec la matière? ». Mais de nombreux mystères se sont évaporés avec les progrès réalisés des neurosciences au cours du dernier siècle. Le poids des preuves scientifiques actuelles semblent favoriser la position de Blackmore, et non pas celle de Radin. Malgré tout, Radin et d'autres parapsychologues notables, tel que Charles Tart, considèrent que leur travail contribue aux études sur la conscience. Cependant, alors que nous allons discuter des preuves proposées par Radin en faveur du Psi, il est bon de se demander ce que les parapsychologues ont contribué à notre compréhension de l'esprit. En introduction de ce livre, Radin prétend qu'il existe une séquence prévisible de quatre stades en histoire des sciences qui dirige l'acceptation de nouvelles idées. Le premier stade implique que l'idée est proclamée de manière confiante par les sceptiques d'être impossible parce qu'elle viole les « Lois de la Science ». Durant le deuxième stade, les sceptiques concèdent que l'idée est possible, mais affirme qu'elle n'est pas très intéressante, et que « les effets allégués sont extrêmement faibles ». Selon Radin, c'est l'étape dans laquelle la recherche sur le Psi se trouve actuellement. Durant le troisième stade la science « mainstream » change de position et reconnait que l'idée est importante et que les « effets sont bien plus importants et plus significatifs qu'on ne l'imaginait auparavant ». Finalement, durant le quatrième stade, les sceptiques prétendent qu'ils avaient pensé cette idée en premier. Aucun exemple d'une idée qui serait passé par ces quatre stages n'est présenté par Dean Radin pour soutenir ce compte-rendu original de l'histoire des sciences. C'est probablement parce qu'il n'y en a aucun qui suit cette description. Prenons cinq idées scientifiques avec lesquelles la plupart des gens seront familiers:
A un certain moment, toutes ces idées étaient nouvelles en science. Est-ce qu'aucune d'entre elles a suivi les étapes décrites par Radin? Non, ni aucune des autres idées scientifiques dont j'ai connaissance. Il semble que Radin se soit inspiré, et ait transformé, cette citation de Shopenhauer: « Toutes les vérités passent par trois étapes: la première est le ridicule, durant la seconde on s'y oppose violemment, et enfin troisièmement, elle est acceptée comme étant une évidence ». Est-ce que cela fut vrai de la géométrie Euclidienne? Ou des principes à la base de la logique, comme par exemple le principe de contradiction? Cette citation de Shopenhauer est devenue un mantra commun à tout ceux qui ont des idées critiquables. C'est comme si quelqu'un pensait que parce qu'une idée a été ridiculisée et violemment opposée, il est inévitable qu'elle soit correcte et sera un jour acceptée. Dans tous les cas, il semble que ce modèle incorrect de l'histoire des idées scientifiques est pratique pour la position de Radin que le Psi est au milieu d'une transition du stade 1 au stade 2 et que le stade 3 « peut déjà être aperçu à l'horizon ». Du coup, bien entendu, ce n'est qu'une question de temps avant que nous n'atteignons le stade quatre dans lequel les sceptiques vont prétendre qu'ils ont découvert le Psi il y a bien longtemps. Je ne pense pas! Bien évidemment, ce qui compte réellement n'est pas la perception de l'histoire des idées de Radin mais la question de savoir s'il y a des preuves scientifiques solides de l'existence du Psi. Jusqu'ici, nous dit Radin, les croyants ont dû baser leurs croyances sur la foi, la pensée magique et les anecdotes. Mais maintenant nous avons des preuves scientifiques que le Psi existe. Ce sont ces preuves que nous devons examiner. Mais tout d'abord nous devons nous assurer que nous savons de quoi nous parlons. Donc Radin commence par expliquer que les phénomènes médiumniques tombent dans trois catégories: « Le premier implique percevoir des objets ou des événements au-delà des sens ordinaires ». A cette catégorie, connue sous le nom de PES (perception extra-sensorielle), appartiennent la clairvoyance, la clair-audience, le don de seconde vue, la vision à distance et la télépathie. La seconde catégorie, connue sous le nom de PK (psychokinèse) consiste à « causer mentalement une action à distance » et inclut non seulement l'utilisation de son esprit sur des objets matériels en dehors de son propre corps mais aussi les guérisons médiumniques. La théorie scientifique prédominante, selon Radin, dicte que l'esprit ne devrait pas être capable de faire ces choses parce que ceux-ci se produisent à cause de l' « intention, la volonté de l'esprit ». Il ne dit rien de plus à propos de cette notion de l'esprit que prétendument la science interdit, mais par contre il décrit ce qu'il considère comme étant la conception scientifique de l'esprit. La plupart des scientifiques, dit il, considère l'esprit comme un « simple amas de neurones traitant mécaniquement l'information » ou comme un « ordinateur fait de viande ». Radin trouve clairement la conception dominante répugnante. La question est: est-ce qu'il fournit des arguments convaincants que l'esprit réalise des choses qui peuvent être mieux expliquées en posant une entité supplémentaire, une conscience non-matérielle? Nous discuterons de cet argument ultérieurement. La troisième catégorie de phénomène Psi est la survie de la conscience. A cette catégorie appartiennent les sorties hors du corps, les expériences de mort imminente (E. M. I.), la médiumnité, la réincarnation, le phénomène de voix électronique (ndt.: ou la transcommunication instrumentale), les régressions dans les vies antérieures, les guérisons par la prière, ainsi que la recherche à propos des fantômes ou encore utiliser des choses comme un Ouija afin de contacter les esprits. Radin proclame: « le Psi a été prouvé comme existant dans des milliers d'expériences ». Cependant, il admet qu' « il y a des désaccords sur comment interpréter ces preuves ». Ce qu'il semble dire est que certaines personnes pensent que les preuves montrent que le Psi existent alors que d'autres non. Il affirme que même les « sceptiques purs et durs », qui ne sont pas convaincu que les preuves démontrent l'existence du Psi, admettent cependant que « quelque chose d'intéressant est en train de se produire et mérite une étude scientifique sérieuse ». Peut-être, mais il existe un énorme fossé entre dire que des preuves que le Psi existent et dire que quelque chose d'intéressant est en train de se produire. Les « sceptiques purs et durs » peuvent avoir des raisons bien différentes de celles de Radin pour penser que quelque chose en train de se produire. Les sceptiques peuvent être d'accord pour dire qu'il y a des anomalies statistiques qui ont été produites expérimentalement. Ce que ces statistiques signifient est discutable et les sceptiques ne présument certainement pas que celles-ci prouvent l'existence du Psi. Cependant, Radin ne semble pas avoir beaucoup d'intérêt pour ce que les sceptiques ont à dire. Lorsqu'il se lance dans une autre reconstruction historique à propos des « attitudes graduellement changeantes des proéminents sceptiques », il déforme par exemple sérieusement les idées de Carl Sagan et de Ray Hyman en les citant hors contexte. Voici une partie du passage de Carl Sagan que Radin cite:
Radin nomme cela une « extraordinaire acceptation », et s'en va s'extasier à propos du fait que d' « autres signes que les opinions changent à propos de la réalité du phénomène Psi » apparaissent de plus en plus régulièrement dans la littérature scientifique. Cependant, Radin échoue à remarquer que Sagan continue en écrivant: « Je ne prends pas ces exemples parce que je pense qu'il y ait des chances qu'ils soient valides (je ne le pense pas), mais comme exemple de choses qui pourraient être vraies ». Ils « ont au moins, même si douteux, quelques résultats expérimentaux pour les soutenir. Bien entendu, je pourrais avoir tort ». Il explique alors comment durant les années 1970 il se trouva incapable de signer un manifeste nommé « Objections à l'astrologie », non pas parce qu'il pensait que l'astrologie avait la moindre validité, mais « parce que je sentais (et je sens toujours) que le ton de l'affirmation était trop autoritaire ». Sagan n'admettait rien à propos de la réalité des phénomènes Psi. Il était simplement prudent dans son scepticisme: aucune hypothèse ne devrait être écartée sommairement ou rejetée simplement parce qu'elle semble absurde ou stupide, ou à cause des motivations, du manque de qualifications scientifiques, ou de la moralité de ces tenants. Une hypothèse se doit d'être acceptée ou rejetée en fonction des preuves. Sagan défendait simplement l'idée qu'un bon sceptique doit avoir l'esprit ouvert. Il ne disait absolument pas qu'un de ces trois phénomènes étaient vrais, probablement vrais, ou même qu'il était plausible qu'il soit vrai. Il présentait ces hypothèses exactement comme les tenants les auraient présentées et il dit qu'elles demandent « une étude sérieuse », c'est-à-dire qu'elles ne devraient pas être écartées sommairement. Il dit la même chose à propos de l'astrologie. Radin cite Hyman correctement lorsque celui-ci dit que les « parapsychologues devraient se réjouir » parce qu'un comité gouvernemental a dit que leurs travaux devraient être pris sérieusement. Ce que Radin échoue à remarquer est qu'Hyman était très critique de ces recherches gouvernementales et qu'il est resté ferme dans son rejet de l'idée que le Psi a été prouvé par des milliers d'expériences. D'un autre côté, c'est vrai que les parapsychologues ont fait beaucoup de progrès dans leurs réponses aux critiques des sceptiques et que leurs travaux ont été publiés dans plusieurs publications scientifiques reconnues. Il est cependant important de souligner que ces recherches scientifiques ont uniquement montré que leurs résultats statistiques ne sont pas ce à quoi l'on s'attendrait en fonction des lois du hasard et sont « statistiquement significatives ». Les chercheurs sur le Psi présupposent que si on ne peut pas prouver qu'il y a eu une fraude, des erreurs ou un hasard extraordinaire, alors la seule explication raisonnable pour leurs données est que le Psi existe. Là encore, Radin utilise une citation de Hyman pour faire comme si Hyman était d'accord avec l'idée que les données statistiques supportent l'hypothèse du Psi. Et pourtant, la seule chose que dit Hyman est que les données n'ont probablement pas été générées par hasard. Tart, Radin, et d'autres parapsychologues savent qu'une seule étude ici ou là ne vont pas être suffisantes. La reproductibilité, remarque Radin, est essentielle en science. Évidemment, la reproductibilité ne veut pas simplement dire faire la même expérience de la même façon et obtenir les mêmes résultats. Si la première expérience présente un certain type d'erreurs ou de défauts inhérents à celle-ci, la répétition des résultats répète uniquement l'erreur. Radin affirme clairement qu'il y a de très nombreux cas de répétition de recherches qui ont trouvé des preuves de l'existence du Psi. En fait, il va même plus loin et prétend que « la plupart des chercheurs sur le Psi aujourd'hui ne réalisent plus d'expériences cherchant à fournir des preuves ». Il prétend qu'au contraire au lieu de chercher à trouver des preuves de l'existence du Psi, les chercheurs aujourd'hui se concentrent sur des questions comme qu'est-ce qui influence les performances Psi? Et aussi comment le Psi fonctionne-t-il? Il remarque aussi que les preuves pour l'existence du Psi incluent des expériences sur l'« esprit collectif » ou l' « effet de conscience global », utilisant le Psi dans les paris des casinos ou les loteries, et d'autres applications. Si les scientifiques ont déjà prouvé l'existence du Psi et travaillent maintenant sur expliquer comment le Psi fonctionne et appliquent le Psi à des pratiques de paris, comment cela se fait-il que le reste du monde n'en a pas entendu parler? En effet, pourquoi la communauté scientifique n'a-t-elle pas entendu parler de ces extraordinaires développements? Radin prétend que la plupart des scientifiques ne sont pas au courant de l'existence du Psi parce que cela a été « oppressé et ridiculisé par un relativement petit groupe de philosophes et scientifiques très sceptiques ». Ces conspirateurs, dit-il, prétendent que les scientifiques qui étudient le Psi s'illusionnent ou sont incompétents. Il ne fournit malheureusement aucun exemple ou preuve pour ces affirmations. Au lieu de cela, il remarque que la plupart des sceptiques considèrent que « la propagation de la croyance dans le Psi reflète un déclin dans l'habileté du grand public à penser de manière critique ». Il promet cependant au lecteur que dans le chapitre 15 (« Métaphysiques ») il examinera les origines de la science. Cela, dit-il, éclairera pourquoi le grand public accepte généralement le Psi alors que la communauté scientifique non. Nous reviendrons sur cette discussion plus tard. Certains sceptiques peuvent faire remarquer à Radin que les chercheurs du Psi semblent étudier le Psi de la même manière que ceux qui précédemment croyaient dans le phlogiston et passèrent leur temps à expliquer comment l'éther et le phlogiston fonctionnaient. Il critique la science pour avoir un préjugé, pour évaluer de manière préjudiciable les résultats statistiques inattendus trouvés par les chercheurs du Psi. Mais Radin a aussi un préjugé: il présuppose que toutes les anomalies statistiques trouvées par les parapsychologues sont des preuves que l'ensemble de la science moderne est basée sur une mauvaise compréhension de la nature de la science et de l'univers. Parce que, si les parapsychologues ont raison, alors tout ce que les scientifiques pensent savoir à propos du monde est faux. Cependant, Radin n'a aucun doute. Il écrit que « l'acceptation scientifique des phénomènes médiumniques est inévitable ». Il nous dit au chapitre 16 qu'il va nous expliquer comment le Psi fonctionne. Il croit que les recherches sur le Psi vont profondément affecter nos notions d'espace, de temps, d'esprit et de matière. Il pense même que les miracles vont devenir explicables en terme de Psi, et du coup profondément affecter la théologie. Il se lamente que la science ne nous a pas aidé à comprendre des concepts tel que « l'espoir » ou le « sens ». Il veut que la science inclue une métaphysique dualiste et surmonte le dualisme. En clair, il pense que la recherche sur le Psi va fournir des preuves scientifiques qui vont nous forcer à accepter des croyances métaphysiques mystiques, qui considèrent que tout est connecté d'une manière holistique à travers une dimension spirituelle (imaginée comme composée de conscience désincarnée) fonctionnant selon la volonté. Comme beaucoup d'autres dans ce domaine, Radin essaie de pousser à un retour du vitalisme et à une certaine forme d'idéalisme philosophique en opposition au matérialisme mécaniste. Comme beaucoup d'autres parapsychologues, il prétend qu'il s'agit d'un fantastique saut en avant au lieu d'une nostalgie vis-à-vis d'un passé magique.
Fin de la première partie.
Deuxième Partie Chapitre 1: Qu'est-ce que le Psi?Radin remarque que des gens ont rapporté des « expériences étranges et accompagnées parfois d'une signification profonde » à travers les âges et les cultures. Il croit que ces « expériences paranormales » suggèrent la présence d'une relation profonde, invisible, entre les gens, et entre les objets et les gens. La plupart des psychologues seraient certainement d'accord avec Radin. Cependant, ils ne seraient certainement pas d'accord pour dire que « l'aspect le plus curieux des expériences Psi est qu'elles semblent transcender les limites habituelles du temps et de l'espace ». La plupart des psychologues reconnaissent que ce type de pensées magiques - qui a dominé la pensée de nos premiers ancêtres à propos d'eux-mêmes et de l'environnement dans lequel ils vivaient - a été remplacé par une manière plus fiable de comprendre le monde. En particulier, la plupart des psychologues ferait probablement la remarque que la pensée magique est une malédiction plutôt qu'une bénédiction pour l'humanité. Par exemple, Zusne et Jones (Anomalistic Psychology: A Study of Magical Thinking, 2 Ed., 1989, p. 13) définissent la pensée magique comme étant la croyance dans
Pour Radin, ce type de pensée est admirable et se doit d'être poursuivie comme étant un élément essentiel de la parapsychologie. Pour la plupart des scientifiques dans d'autres domaines, la pensée magique est un retour à une pensée pré-scientifique, typique de la période durant laquelle les méthodes logiques et rigoureuses de la science, n'avaient pas encore été développées. Les méthodes modernes nous ont permis d'éviter les erreurs qui se produisent généralement lorsqu'on essaie de découvrir des interactions causales. Curieusement, Radin prétend que les scientifiques n'aiment pas les anomalies et les paradoxes parce qu'ils ont « construit leurs carrières sur les théories conventionnelles ». Je ne connais rien qui pourrait promouvoir plus une carrière que de découvrir ou d'expliquer une anomalie, un paradoxe. Les scientifiques adorent les énigmes et résoudre les problèmes. Il dit que les anomalies sont « des défis agaçants pour la manière établie de penser ». Pour un authentique scientifique les anomalies sont stimulantes, et non pas agaçantes. Cependant, quand quelqu'un se penche sur la manière dont Radin définit le concept d'« anomalies », il devient plus facile de comprendre pourquoi il pense que les scientifiques ne les aiment pas. Pour Radin, les anomalies sont les phénomènes paranormaux. Il dit que les anomalies « tombent dans trois grandes catégories: « Perception extra sensorielle... Psychokinèse... et les phénomènes qui suggèrent la survie après la mort du corps » (14). Dans les autres sciences, une anomalie est un phénomène qui ne s'intègre pas dans le paradigme actuel ou qui semble violer une loi de la nature. Clairement, les phénomènes paranormaux sont des anomalies, mais ils ne sont pas le seul type d'anomalies. Par exemple, quand William Hershel découvrit la planète Uranus en 1781 via des observations dans un téléscope, on ne tarda pas à constater que l'orbite de la nouvelle planète était différent de ce qu'il était prédit par les lois de Newton. L'orbite d'Uranus était une anomalie: un phénomène qui apparemment ne s'intégrait pas dans le paradigme newtonien. Certains scientifiques auraient pu s'exclamer « Vous voyez, Newton a tort! Ah! », d'autres ont peut-être pensée que l'orbite anormale était la preuve de la main de Dieu à l'œuvre dans l'univers; qu'Uranus a une orbite différente des autres planètes parce qu'il s'agit d'un miracle de Dieu - d'une suspension des lois de la nature - afin de démontrer son pouvoir. Mais la plupart des scientifiques décidèrent de tenter de résoudre le mystère. La solution la plus simple fut de postuler l'existence d'une autre planète au-delà de l'orbite d'Uranus dont la force gravitationnelle affecterait l'orbite de la planète. Cela fut fait et, en fait, une autre planète fut découverte: Neptune. Cependant, même si l'existence de Neptune faisait que maintenant les calculs pour Uranus étaient en accord avec les lois de Newton, l'orbite de Neptune était une anomalie! Le mystère fut aussi résolu en posant l'existence d'une autre planète au-delà de l'orbite de Neptune. L'objet connu sous le nom de Pluton donna aux astronomes les données qui montrent que Neptune, finalement, orbite en accord avec les lois de Newton. Radin est suffisamment prudent pour remarquer qu'il n'y a pas de théories acceptées de comment le Psi fonctionne. Du coup, quand il donne des définitions des termes clés en parapsychologie, ceux-ci ne sont pas liés à une théorie, ce qui est très différent de beaucoup d'autres sciences. Des termes comme « gravité » et « électrons » prennent profondément racines dans des théories établies. Des concepts tel que la télépathie, la psychokinèse, et esprit n'ont pas de telles fondations théoriques. Du coup, ils peuvent être quelque peu problématiques. Des personnes différentes peuvent utiliser les mêmes termes de manières significativement différentes. Du coup, Radin nous avertit de ne pas prendre trop littéralement le modèle de la « radio mentale » pour expliquer la télépathie, et nous rappelle que «nous savons que la télépathie ne fonctionne pas comme les signaux électromagnétiques conventionnels » (16). Son rappel que la science ne fait pas d'affirmations absolues vaut aussi la peine d'être remarqué. Radin prétend qu'une grande partie de la controverse autour de la parapsychologie provient de la confusion autour du terme « paranormal », qui est souvent pris dans le sens de « n'importe quoi de bizarre, d'occulte, ou de mystérieux ». Il nous donne sa propre définition de « paranormal » qui est « au-delà du rayon des phénomènes acceptés actuellement par la plupart des scientifiques ». Il ne semble pas vouloir dire par « au-delà du rayon » que les phénomènes se trouvent au-delà du temps et de l'espace, ou qu'ils transcendent les limites du monde naturel et donc sont au-delà de la limite des phénomènes considérés comme appropriés pour l'étude scientifique. Plutôt, il semble vouloir dire que le paranormal regroupe des choses qui ne sont pas actuellement explicables par la science. Pourtant, beaucoup de critiques de la parapsychologie pensent que les parapsychologues essaient de trouver des choses inexplicables. Ils n'essayent pas d'expliquer des choses inexplicables. Radin a bien conscience que la plupart des scientifiques ne vont pas étudier le paranormal. Du coup, il aime pointer que beaucoup de « sujets qui sont maintenant considérés comme des domaines parfaitement légitimes de recherches scientifiques, comme par exemple l'hypnose, les rêves, les hallucinations ou encore les perceptions subliminales, furent regardés comme les domaines les plus bizarres à la frontière du paranormal à la fin du 19e siècle(18). Cela implique que la parapsychologie peut sembler bizarre à la plupart des scientifiques aujourd'hui, mais comme ces autres sujets, elle va devenir légitime avec le temps. Franchement, je ne vois pas où se trouve la connexion ici. Il y a de très nombreuses raisons pour lesquelles l'hypnose ou les rêves, par exemple, ont du attendre jusqu'à récemment avant d'être sérieusement étudiés par les scientifiques. Les avancées dans les connaissances et les méthodes de recherche y ont joué un rôle important. Il ne semble pas y avoir de raisons pour lesquelles la parapsychologie n'aurait pas dû faire le même type de progrès que, disons, la psychologie ou les neurosciences durant les 150 dernières années si en fait il y avait quelque chose à découvrir pour la parapsychologie. Radin trouve du soutient pour sa définition du paranormal dans l'affirmation de Marcello Truzzi que le terme « fut créé pour désigner des phénomènes considérés comme naturel - et non surnaturels - qui devraient ultimement trouver des explications scientifiques mais qui jusqu'à présent ont échoué à être expliqués... ». Truzzi était peut-être correct à propos de ne pas confondre le paranormal avec le surnaturel, bien que beaucoup de parapsychologues considère qu'il y a un recouvrement entre les deux domaines. Radin semble accepter que pour qu'une étude scientifique du paranormal soit possible il faut, par définition, exclure le surnaturel, qui - remarques-t-il - est au-delà de la science et incompatible avec elle. Pour le dire autrement, les phénomènes surnaturels sont au-delà de la science si on suppose que le surnaturel comprend des choses qui transcendent la nature. C'est le sens classique du concept « surnaturel ». Radin, cependant, semble d'accord avec l'ancien astronaute Edgar Mitchell pour dire qu' « il n'y a pas de phénomènes non naturels, ou surnaturels » (19). Radin dit: « il est entièrement raisonnable de s'attendre à ce que les soit-disant miracles soient simplement des indicateurs de notre ignorance présente » (19). Du coup, il n'exclut pas le surnaturel de l'examen scientifique, mais est ouvert à l'idée que ce que nous considérons comme surnaturel ne soit pas réellement au-delà de la nature; c'est simplement au-delà de nos connaissances actuelles de la nature. Comme Radin le fait remarquer: « il y a quelques siècles de cela nous pensions que pratiquement tous les phénomènes naturels étaient des manifestations d'agents ou d'esprits surnaturels » (19). Néanmoins, Radin prétend que « les plus célèbres scientifiques ont écrit dans des termes qui sont pratiquement impossible à distinguer des mystiques ». Cependant, sa notion de mysticisme n'est pas claire. Il dit que le mysticisme est « de manière surprenante fortement similaire à la science » - quoi que cela veuille dire. Il ne donne aucun exemple. Il n'essaie pas non plus d'expliquer les similarités, mis-à-part en disant que les deux utilisent « une méthode systématique d'exploration de la nature du monde ». Les méthodes des mystiques, cependant, sont fort peu similaire aux méthodes des scientifiques, si ce n'est d'une manière très superficielle. Le mysticisme n'a aucun intérêt dans la manière dont les choses fonctionnent, ou dans découvrir comment les phénomènes naturels fonctionnent. Le mysticisme est intéressé par le fait de se retirer du monde de la nature dans un état qui me semble être une préparation à la mort: un état de non-jugement, de silence totale, et d'absence de perturbations (mysticisme contemplatif). Ou bien il est intéressé d'atteindre une sorte d'expérience qui l'élève au-delà de ce monde dans une sorte de béatitude, ou d'union orgasmique avec l'Esprit ou le Cosmos (mysticisme extatique). Aucune des deux versions ne semble avoir en commun grand chose avec la science. Radin exprime peut-être son accord avec l'idée que l'ancien mysticisme hindou est uniquement de la physique quantique emballée dans un discours métaphysique. Cette idée semble être née du livre de Fritjof Capra « The Tao of Physics: An Exploration of the Parallels Between Modern Physics and Eastern Mysticism » (1975). Les deux premières parties de ce livre sont une excellente présentation des anciennes religions et de la physique moderne. La troisième partie, qui tente de connecter les deux, est par contre un échec complet. Cependant, c'est cette troisième partie qui a influencée de nombreux défenseurs des médecines énergétiques du Nouvel Age, qui prétendent que la physique quantique prouve la réalité de tout et n'importe quoi, depuis le chi et le prana jusqu'au perceptions extra-sensorielles (PES) ou la kinésiologie appliquée. L'idée qu'il existe une telle relation est infirmée par la plupart des physiciens, mais des livres tel que celui de Capra ou encore celui de Gary Zukav « The Dancing Wu Li Masters: An Overview of the New Physics » (1976) continuent à rester populaire chez les penseurs alternatifs. Radin termine son premier chapitre avec une discussion sur la science. Il dit que la science peut être définie comme « un ensemble bien accepté de faits et de méthodes pour obtenir ces faits » (19). Rien n'est dit à propos du rôle des théories, des hypothèses et d'autres choses similaires. La seule notion qu'il aborde est la notion de méthodes scientifiques (au pluriel). Il remarque que des observations contrôlées et disciplinées sont importantes en science, mais ne sont pas suffisantes. Il remarque aussi que des mesures précises sont importantes en science, particulièrement des mesures indépendantes et répétables. Il affirme: « Les scientifiques du dix-septième siècle n'avaient pas encore développés des méthodes qui permettaient de clairement distinguer des effets réels du hasard » (20). Cependant, il suffit de simplement citer les recherches de Gilbert sur les aimants, de Boyle sur les gaz ou encore les expériences de Newton sur les corps en mouvement pour se rendre compte que les scientifiques du 17e siècle avaient au contraire des méthodes pour distinguer les effets réels du hasard. Il est vrai qu'ils n'avaient pas les méthodes que les statistiques modernes fournissent aux scientifiques aujourd'hui. Mais c'est une exagération de dire que les scientifiques du 17e siècle n'avaient aucun moyen de distinguer les événements dûs au hasard. Et, même si c'est vrai que, comme Radin le dit, les scientifiques du 17e siècle étaient incapables d'étudier la grande majorité des sujets qui sont abordés aujourd'hui par les sciences, ce n'était pas à cause d'un manque de méthodes mais à cause d'un manque de connaissances et de technologies. Même s'il y a de nombreuses méthodes d'observations et de mesures que les scientifiques peuvent utiliser, Radin dit qu'il n'y en a qu'une seule qui est essentielle pour la science: la répétabilité. Comme le dit Radin: la répétabilité est devenue « grosso modo équivalente à un test de la stabilité » des phénomènes (20). La répétabilité est une questions particulièrement sensible dans le domaine de la parapsychologie à cause de l'histoire des scientifiques faisant des affirmations extravagantes à propos des résultats de l'une ou l'autre recherche, uniquement pour être ensuite incapable de répéter ces résultats. Les sceptiques ont généralement attribué cette incapacité à répliquer à des défauts dans la recherche originale. Robert Jahn, dont le laboratoire à l'Université de Princeton a fait des recherches sur la micro-PK durant plus de deux décennies, prétend que le Psi n'est pas répétable parce qu'il est « sensible à une variété de facteurs psychologique et environnementaux qui sont difficiles à spécifier, et encore plus à contrôler ». Un autre parapsychologue, J. G. Pratt, croit que le Psi est un événement spontané, et qu'une « répétabilité prévisible est impossible à atteindre ». Charles Honorton, dont le travail sur les études Ganzfeld est considéré comme une des plus importantes contributions aux recherches sur le Psi, maintient que les phénomènes Psi sont affectés par si les personnes impliquées dans l'étude sont dans « un état relax » ou non. Freeman J. Dyson, cependant, croit que les évènements paranormaux se produisent uniquement lorsque les gens sont dans une situation de stress et qu'ils ont des émotions fortes. Certains croient que le fonctionnement médiumnique peut être amélioré par des états modifiés de conscience et plus difficile dans les états normaux. Certains parapsychologues défendent l'idée que la seule chose qui a été répliquée de manière répétée dans les recherches sur le Psi est que les sceptiques obtiennent des résultats négatifs et les croyants des résultats positifs (un effet surnommé l'effet mouton-chèvre). Certains affirment que les pouvoirs médiumniques diminuent au fur et à mesure qu'ils sont testés (l'effet déclin). Adrian Parker défend l'idée que le Psi dépend de la nouveauté du design de l'expérience et de la motivation des chercheurs. Aucun autre sujet d'investigations scientifiques ne semble avoir autant de variables qui peuvent potentiellement affecter sa répétabilité que le Psi. « Si un phénomène est extrêmement instable », remarque Radin, « nous ne pouvons pas être certain que nous mesurons un effet réel, un autre effet, ou juste des variations aléatoires » (20). En résumé, il sera très difficile d'avoir une science du Psi si celui-ci est hautement instable. Malgré l'insistance de Radin qu'il existe une abondance de preuves scientifiques en faveur de l'existence du Psi, il se pourrait que les sceptiques aient raisons lorsqu'ils défendent l'idée que ces preuves sont des illusions. La raison pour laquelle le Psi reste un sujet controversé est que ou bien il s'agit de quelque chose qui n'existe pas ou bien il s'agit de quelque chose qui existe mais qui est trop instable pour être observé de manière minutieuse et mesuré par des moyens scientifiques. Dans ce cas, la seule manière adéquate de procéder est de regarder les preuves scientifiques et de laisser les données s'exprimer.
Fin de la seconde partie.
Troisième Partie
Le deuxième chapitre de la « La conscience invisible » est intitulé « Expérience ». Le point le plus important fait par Radin dans ce chapitre est qu'il y a un problème sérieux avec les anecdotes en tant que preuves. Les deux problèmes principaux concernent la mémoire et le témoignage humain (p. 32). La mémoire « est bien moins fiable que ce que pensent la plupart des gens », dit Radin. Et le témoignage humain « est facilement altéré ». Cependant, il y a aussi deux profondes erreurs faites par Radin dans ce chapitre. Premièrement, il indique son inclination en ignorant complètement deux catégories d'explications pour les expériences alléguées du Psi: la fraude/contrefaçon et les coïncidences. Deuxièmement, il ne discute des biais émotionnels, cognitifs et perceptuels qui entravent notre capacité à évaluer de manière adéquate nos propres expériences qu'après ce chapitre sur les expériences, et après que toutes les données en faveur du Psi aient été présentées. Discuter de ces problèmes avant de discuter de l'évaluation des anecdotes et des expériences scientifiques était pourtant essentiel afin de les appréhender adéquatement. Il y a, selon Radin, trois possibilités lorsque quelqu'un est confronté à une expérience qui lui semble paranormale: soit elle est authentiquement paranormale, soit il existe une explication psychologique, ou bien encore il existe une explication physique (p. 23). Il va ignorer à travers tout ce livre les nombreuses contrefaçons et fraudes qui parsèment l'histoire de la recherche sur le Psi. Il va aussi s'abstenir de discuter de l'idée que de nombreuses expériences qui apparaissent comme étant paranormales sont en réalité juste des coïncidences. Radin attend jusqu'au chapitre 14 avant de discuter en détail des biais perceptifs, affectifs et cognitifs qui peuvent affecter l'interprétation des expériences personnelles et des expériences scientifiques. En clair, il ne discute de ces problèmes qu'après avoir présenté les données en faveur du Psi et juste après un chapitre fustigeant ceux qui sont sceptiques des études scientifiques qu'il a passées en revue précédemment. Il suggère de cette manière au lecteur - d'une manière fort peu subtile - que tous les biais dont il discute dans le chapitre 14 s'appliquent en fait aux sceptiques qu'il a ridiculisés dans le chapitre 13. Apparemment, ces biais ne sont pas un gros problème pour les magnifiques scientifiques qui pensent que leur travail prouve l'existence du Psi. Il fournit un grand nombre de détails quand il raconte des anecdotes vivaces en faveur du paranormal, mais il écarte sommairement, en une phrase, les nombreux problèmes liés à la mémoire, à la perception et aux témoignages qui conduisent les gens à mal comprendre ou à mal interpréter leurs propres expériences. Ces biais perceptifs, affectifs et cognitifs ne devraient pas être pris autant à la légère. Comme l'écrit James Alcock: « nos cerveaux et nos systèmes nerveux... produisent des croyances sans aucun rapport avec ce qui est réel ou vrai... » (Alcock, 1995). De nombreux psychologues sont d'accord avec Alcock que « nous aspirons en général à réduire l'anxiété » et que nous nous accrochons à de nombreuses croyances principalement parce qu'elles satisfont certains besoins ou réduisent ou éliminent la dissonance cognitive. Nous percevons aisément quelque chose qui va dans le sens de nos croyances, mais il est difficile de percevoir des choses qui infirment ou réfutent nos croyances. Comme en discute Shelly Taylor dans Positive Illusions: Creative Self-Deception and the Healthy Mind (1989), « les croyances fallacieuses peuvent souvent être plus fonctionnelles que celles basées sur la vérité ». Nous ne naissons pas en étant d'emblée des penseurs critiques et même si nous sommes formés par la suite à penser de manière critique, nous éteignons souvent notre « unité de pensée critique » quand nous faisons face à des croyances qui nous semblent essentielles pour satisfaire nos besoins. Nous ne sommes pas intuitivement doués pour appréhender lorsque les évènements peuvent être associés de façon causale. La grande majorité d'entre nous sommes fort peut doués avec les maths et nous tendons à surestimer énormément les probabilités que des évènements se produisent. En clair, la plupart d'entre nous ne sont pas bons à faire des jugements probabilistes ou à comprendre quelle signification, s'il y en a une, nous devons donner aux probabilités*. Nous avons évolué pour faire des associations causales rapides et cela fonctionne parfaitement pour nous la plupart du temps, mais parfois nous sautons à pieds joints sur une conclusion erronée et percevons des relations de cause à effet inexistantes. Même quand nous savons qu'il n'existe pas de relation causale entre deux choses qui se produisent simultanément dans l'espace ou consécutivement dans le temps, il se peut que nous croyons toujours que les deux ne se sont pas produits par hasard et sont reliés d'une manière inconnue. Nous avons évolué pour voir des patterns et cela nous est utile la plupart du temps, mais souvent nous échouons à percevoir des patterns qui sont là. Encore plus souvent, cependant, nous percevons des patterns, de la signification ou du sens là où il n'y en a pas. Nous donnons une importance disproportionnée à nos propres interprétations des expériences qui ont une forte composante émotionnelle. Nous sommes fortement influencé par les suggestions et les opinions des autres, particulièrement des gens que nous admirons et que nous respectons. Le cerveau lui-même est « capable de générer des expériences perceptuelles extraordinaires et fantastiques pour lesquelles nous sommes rarement préparés » (Alcock, 1995). Et la mémoire n'est pas uniquement peu fiable, c'est un « processus de construction plutôt qu'une transcription littérale de nos expériences passées » et donc « les souvenirs sont sujets à de sérieux biais et transformations » (ibid.). Donc, il vaudrait la peine de considérer chacune des choses suivantes avant de discuter d'anecdotes poignantes et de recherches scientifiques du paranormal.
Chacune d'entre-elles est abordée dans le « Dictionnaire Sceptique ». Je ne vais pas répéter ici ce que j'y ai écrit. Il me suffit de dire qu'il y a de nombreuses raisons en plus du fait que la mémoire, tout comme le témoignage humain, ne soit pas fiable pour ne pas prendre les anecdotes pour argent comptant.
Fin de la troisième partie.
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Traduit par Jean-Michel Abrassart (auteur du blog "Scepticisme scientifique" et du "balado de la Science et la raison"). Source : skepdic.com |
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