| Radionique |
Forme de médecine énergétique créée par le Dr Albert Abrams (1863-1924), «porte-étendard des charlatans du XXe siècle».* Abrams se disait capable de déceler les énergies ou vibrations caractéristiques (les radiations) émises par les tissus sains ou malades de toute créature vivante. Il a inventé des appareils censés mesurer cette énergie (ou ces vibrations, ou radiations), et créé un système d'évaluation de ces vibrations en tant que signe de santé ou symptôme de maladie. Voici une description de la façon dont fonctionnait une de ses inventions:
Abrams a exposé sa théorie dans New Concepts in Diagnosis and Treatment (1922).* Il a également écrit Human Energy (1919), ouvrage dans lequel il prétend montrer comment toute chose dégage de l'énergie. Il avait même, disait-il, inventé un appareil capable de transmettre des vibrations saines à des tissus ou organes malades, leur redonnant ainsi la santé. Son premier appareil a été le Dynamiseur:
En théorie, du moins. Placez une goutte de sang dans l'oscilloclaste, expliquait-on, et vous serez en mesure de voir quel mal frappe le patient en comparant l'énergie provenant de l'échantillon sanguin au sang d'une personne en santé. On a fini par surnommer «boîte noire» l'oscilloclaste, (Williams 2000, p. 2). Le traitement d'Abrams était simple: il s'agissait d'envoyer de l'énergie saine aux zones atteintes afin de contrer l'énergie négative. Il a baptisé cette façon de faire «électronique» ou «thérapie radio», et son système, ERA (Electronic Reactions of Abrams). Au début des années 1920, le président de la Watchtower Society [les Témoins de Jéhovah, Ndt] s'est pris d'enthousiasme pour le ERA et en a préconisé l'utilisation par les Témoins de Jéhovah au cours des 20 années suivantes.* L'un des membres de la secte a même inventé sa propre version de la boîte noire, le Electronic Radio Biola. Un autre témoin de Jéhovah, cependant, considérait l'utilisation d'appareils semblables comme du «démonisme». Quelques années après la mort d'Abrams, Ruth Drown (1891-1965) a repris le flambeau et créé sa propre thérapie, de même que sa propre boîte noire. Abrams était un médecin de San Francisco qui avait étudié sa discipline en Europe; Ruth Drown était naturopathe et ostéopathe. Elle a baptisé son œuvre Drown Radio Therapy. Sa boîte noire, censée capable d'adopter la longueur d'onde du patient, pouvait, à l'en croire, transmettre son énergie curative sur de grandes distances. Drown affirmait pouvoir prendre des «images photographiques et radio» des organes internes à partir d'une goutte de sang, et transmettre des radiations capables d'enrayer les hémorragies (Williams, p. 89). Au cours de tests effectués à l'Université de Chicago, la boîte noire n'a malheureusement pas donné les résultats escomptés. «Les chercheurs qui ont mis les affirmations de Drown et d'autres experts en radionique à l'épreuve n'ont pu les vérifier» (Williams, p. 2). Des praticiens contemporains comme Linda Lancaster se vantent d'avoir «traité avec succès» des milliers de clients par la radionique ou par toute une gamme de pseudo thérapies de même nature. Abrams diagnostiquait les problèmes de santé de ses patients en personne ou à distance. Dans le premier cas, il reliait son appareil (dans lequel il mettait une goutte de sang du patient) au malade même. En le frappant légèrement à l'estomac, il se disait en mesure d'envoyer une vibration le long de l'épine dorsale de son client, vibration qu'il pouvait ensuite mesurer et transformer en diagnostic. À distance, il comparait l'énergie du sang d'une personne en santé à celle du patient selon la procédure décrite précédemment. Des représentants de l'American Medical Association (AMA) lui ayant un jour envoyé à des fins d'analyse le sang d'un cochon d'Inde en parfaite santé, Abrams a déterminé qu'il provenait d'une personne atteinte d'un cancer, d'une infection à streptocoque et de problèmes sinusiens (Williams, p. 37). L'AMA a ensuite procédé à l'examen d'une des boîtes noires d'Abrams pour y trouver «un ohmmètre, un rhéostat, un condensateur et un interrupteur magnétique», rien qui permette de lire ou de transmettre une énergie quelconque. ![]() En Angleterre, un ingénieur civil s'est mis sur le rail de la radionique en inventant sa propre version de la boîte noire. George De La Warr (1905-1969) a vu à l'œuvre le «Homo Vibra Ray Instrument» de Drown au cours de la Seconde Guerre mondiale, et l'a cru utile dans le traitement de la pneumonie.* Après le conflit, il a mis au point son propre appareil. En faisant glisser les doigts sur la bande de caoutchouc intégrée à son modèle, on faisait osciller l'aiguille d'un ohmmètre, qui avait tendance à s'attarder sur différents points indicateurs de maladies» (Williams, p. 37).
Un admirateur explique ainsi le raisonnement derrière les théories d'Abrams:
L'utilisateur d'une boîte noire peut sûrement produire des lectures mesurables avec les ohmmètres et rhéostats, mais rien ne porte à croire que la mesure de la résistance électrique présente un rapport quelconque avec d'éventuelles vibrations pathologiques des électrons ou d'une énergie quelconque. Toutefois, les partisans de la radionique n'identifient pas nécessairement énergie et radiations ou champs électromagnétiques, comme le faisait Abrams. Ils peuvent aussi bien voir dans cette énergie des auras, le chi ou l'orgone. Ainsi,
L'œuvre de Rife se poursuit par la pratique de Diane Spindler, Renewal Enterprises, Hulda Clark et bien d'autres. Lorsque les tests ne permettent pas d'établir si les boîtes noires fonctionnent comme elles sont censées le faire, ou si elles ne font que mesurer la résistance électrique, leurs partisans avancent qu'un élément paranormal quelconque «est intimement lié à la radionique, et que les radiations mesurées ressemblent à celles que ressentent les radiesthésistes»; la personne qui utilise l'appareil doit posséder des pouvoirs paranormaux (Williams, p. 37). Les praticiens parlent volontiers de leurs nombreux clients satisfaits, mais il s'agit là de la seule preuve qu'ils peuvent avancer de l'efficacité de la radionique. Bien entendu, les morts ne laissent pas de témoignages.* Sans doute, Abrams et De La Warr ont fait fortune en louant leurs boîtes noires. Drown, qui vendait les siennes, en a elle aussi tiré un profit considérable. Encore aujourd'hui, un grand nombre de guérisseurs emploient des appareils électroniques pour «traiter» des plantes, des animaux, des êtres humains, le sol ou à peu près tout ce qui leur vient à l'esprit.* Ils affirment savoir quelles vibrations ou fréquences sont bonnes ou mauvaises, et connaître le secret pour les détecter et les utiliser. Ils peuvent par conséquent à la fois diagnostiquer et traiter à l'aide de leur boîte magique. Un partisan de la radionique décrit la chose ainsi:
Un autre ajoute ce curieux élément d'information:
Le lecteur se demande sans doute comment ce qui ne soigne pas au niveau physique peut avoir un effet sur la santé ou la maladie. Il se demande peut-être comment il est possible de guérir l'ensemble sans toucher aux parties constituantes. Il se demande sans doute pourquoi on appelle radionique toute cette pata-médecine. Malheureusement, il n'y a pas de réponse. On peut également se demander si les praticiens de la radionique sont des fraudeurs. Dans certains cas, sûrement, mais il y en a sûrement aussi beaucoup qui vivent dans un monde d'illusions. Ils n'ont pas compris qu'ils posent inconsciemment les gestes susceptibles de leur donner des résultats faussement précis. Ils croient que les boîtes noires répondent à d'obscures énergies, alors qu'en fait, ce sont leurs propres attentes inconscientes qui les font réagir. Leurs préjugés métaphysiques et leurs croyances à propos des vibrations, des fréquences, et de choses semblables se trouvent confirmés chaque fois que l'appareil fonctionne comme ils s'y attendent, et chaque fois que leur patient semble satisfait. Par contre, quiconque cherchera des preuves objectives montrant que ces appareils marchent comme on le prétend sera grandement déçu. On ne les teste que rarement sous de bonnes conditions, et lorsque c'est le cas, le test est négatif. Les charlatans employant des appareils qui sont censés détecter et guérir des maladies à l'aide de «fréquences» ou de «vibrations» sont légions. (On en trouvera des exemples ici, ici, ici, ici, et ici.) L'attrait de cette forme de médecine est double: le patient évite la chirurgie et les médicaments, tout en se faisant traiter par un appareil magique d'autant meilleur que la médecine scientifique cherche à le «cacher» à tout le monde. Inutile de dire que si ces appareils fonctionnaient vraiment, les médecins seraient les premiers à y recourir. Certains charlatans affirment qu'ils peuvent diagnostiquer des allergies à l'aide du biofeedback (réaction galvanique de l'épiderme, exactement comme pour le polygraphe!) Ils prétendent lire les fréquences numériques des allergènes. Mais les allergènes n'ont pas de telles fréquences, et même si c'était le cas, un appareil mesurant la réaction galvanique de la peau n'aiderait en rien, puisqu'il ne fait que mesurer la résistance épidermique à un micro-courant électrique. Une entreprise, AllegiCare Relief Centers, fait plus qu'utiliser l'appareil à biofeedback bidon que tout le monde connaît, elle emploie également un laser pour stimuler des points «bioméridiens» imaginaires (dans le style de l'acuponcture), ce qui est censé renforcer les organes pour qu'ils cessent de réagir aux allergènes. Par un autre bidule, le PAP-IMI, on promet même aux cancéreux qu'ils pourront éviter la chimiothérapie. Le représentant au Congrès américain Jay Inslee a demandé que le Congrès fasse enquête sur les appareils de «médecine énergétique» après le décès d'un garçonnet de cinq mois qu'on avait soumis à un traitement parfaitement inutile au PAP-IMI.* D'autres boîtes noires emploient, nous raconte-t-on, la physique quantique pour diagnostiquer et guérir. C'est le cas du EPFX, inventé par William Nelson, recherché par la police fédérale étasunienne. Nelson n'est malheureusement pas le seul à offrir la guérison par la physique quantique.
Source : skepdic.com |
Accueil » Ressources » Dictionnaire sceptique » Radionique

