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Matthias Rath

Matthias Rath

Selon le site Web de la Dr. Rath Health Foundation (RHF), «médecin et scientifique à l’origine d’importantes percées dans le domaine de la lutte naturelle contre le cancer, les maladies cardiovasculaires et d’autres maladies chroniques». Toujours selon le site, ces percées «se classent parmi les plus importantes découvertes médicales de tous les temps». Malheureusement, les médecins et scientifiques au courant de l’œuvre de Rath sont quasi unanimes à rejeter cette affirmation.

Matthias Rath prétend avoir découvert que

  • l’athérosclérose, les crises cardiaques et les accidents vasculaires cérébraux constituent une forme précoce de scorbut causé par une carence vitaminique de la paroi vasculaire;  
  • les carences vitaminiques à long terme constituent la cause principale de l’hypertension artérielle, de l’insuffisance cardiaque, des problèmes circulatoires du diabète et d’autres maladies cardio-vasculaires apparentées;  
  • les tumeurs cancéreuses et les métastases peuvent être évitées par une prise optimale de lysine et d’autres substances naturelles bloquant la digestion enzymatique des tissus conjonctifs par les cellules cancéreuses.

Mais la réussite la plus impressionnante de Rath demeure sans aucun doute la médecine cellulaire, l’étude «du rôle des micronutriments à titre de biocatalyseurs dans une multitude de réactions métaboliques au niveau cellulaire».* En bref, la médecine cellulaire définit «la prise optimale de vitamines et d’autres molécules bio-énergétiques... qui permettront la prévention, le traitement et éventuellement l’éradication des maladies les plus répandues de nos jours».*

Rath prétend que sa vitaminothérapie peut même guérir le cancer. Après la mort d’un de ses patients, un tribunal berlinois l’a enjoint de cesser toute publicité contenant de telles affirmations, sous peine de devoir payer une amende de 250 000 euros.* La cause portait sur la mort d’un garçon de neuf ans, Dominik Feld, qui avait interrompu ses traitements anticancéreux conventionnels pour passer à la vitaminothérapie de Rath. La mère du garçon continue de soutenir Rath et nie même que son fils souffrait du cancer.* Elle accuse plutôt la médecine conventionnelle et l’industrie pharmaceutique de l’avoir tué. «En novembre 2003, les services sociaux allemands ont obtenu une ordonnance de la cour pour qu’on retire le garçon de chez ses parents parce qu’ils agissaient contrairement à son intérêt».* Rath donne sa propre version de l’histoire dans son site Web. À l’en croire, sa thérapie fonctionne vraiment, et quiconque affirme le contraire est la dupe de l’industrie pharmaceutique.

Malgré tout ce que peut raconter Rath, plusieurs pays interdisent la vente de ses produits parce que les doses de vitamines qu’il préconise sont trop élevées pour être considérées comme des suppléments nutritifs, et qu’ils n’ont pas été soumis aux tests scientifiques requis pour qu’on puisse dire qu’il s’agit de médicaments. Comme on affirme qu’elles ont des propriétés curatives, on ne peut pas non plus les faire passer pour des aliments.*

Rath est bien connu pour sa guerre contre les entreprises pharmaceutiques, qu’il accuse de perpétrer un génocide contre l’humanité par leur goût du lucre.* Qui plus est, lorsqu’elles ne produisent pas des médicaments qui tuent ou rendent malade, elles mettent en marché des produits inutiles. «Quatre-vingt pour cent des médicaments actuellement prescrits n’ont aucune efficacité prouvée», dit Rath. «Au mieux, elles ne font qu’atténuer les symptômes, sans s’attaquer à la cause profonde de la maladie.»* Quand on y réfléchit bien, pourtant, ce n’est tout de même pas si mal! Bien sûr, nous aimerions tous avoir le comprimé miracle qui éliminerait les allergies, le diabète, l’hypertension et la schizophrénie, mais en attendant, atténuer les symptômes reste un bon prix de consolation.

Matthias Rath

Rath s’est fait connaître encore davantage lorsqu’il s’est réservé une pleine page de publicité dans le New York Times* et d’autres journaux, dans laquelle il traitait les entreprises pharmaceutiques de «cartel» faisant la promotion de médicaments antirétroviraux «afin de conserver la mainmise sur les marchés mondiaux des produits contre le sida». L’efficacité de ces produits est établie depuis longtemps, mais Rath n’en affirme pas moins non seulement que leurs fabricants connaissent leur inutilité, mais qu’ils cherchent aussi à répandre la maladie. Tous les efforts entrepris pour enrayer l’épidémie de sida en Afrique, qui menace de décimer des populations entières, serait une conspiration de l’industrie pharmaceutique et de ses sbires, George Bush, Tony Blair, Paul Wolfowitz et compagnie. Rath s’adresse même à Bush en ces termes: «Avez-vous délibérément permis cette tragédie [les attentats du onze septembre 2001] pour créer une diversion médiatique afin d’assurer la survie de l’industrie pharmaceutique, dont les investissements périclitent?»* Il se permet ensuite de lui donner des «instructions»: «Vous ne lancerez pas une troisième Guerre mondiale pour empêcher la chute des fraudeurs de l’industrie pharmaceutique».* Bush est désigné comme «le principal exécutant politique des exigences du cartel pharmaceutique et pétrochimique»*. Le moins qu’on puisse dire, c’est que Rath a une dent contre «la mafia des médicaments».

Sa solution à l’épidémie de sida en Afrique est la même que pour presque tous les autres problèmes de santé: les «micronutriments», c’est-à-dire les vitamines, les minéraux et autres suppléments. En effet, les micronutriments «peuvent prévenir ou guérir la plupart des maladies». Pour la modeste somme de 16 £ (29 $ US) par mois, on peut se protéger contre virtuellement toutes les pathologies.* Apparemment, la vente de vitamines rapporte au bon Dr Rath des millions chaque année.*

Rath s’est trouvé une alliée dans son combat contre «la mafia des médicaments» en la personne de Manto Tshabalala-Msimang, ministre de la Santé de l’Afrique du Sud jusqu'en septembre 2008, «qui a dit clairement qu’elle préférait les propriétés de l’ail, du citron, de la betterave et de l’huile d’olive pour la santé, et qu’elle n’appuyait pas l’utilisation des antirétroviraux, qui ont pourtant réussi à faire baisser le nombre de décès [dus au sida] en Occident»* On estime à 5 millions le nombre de personnes atteintes du sida en Afrique du Sud. Selon le Guardian:

Médecins sans Frontières, qui a ouvert trois cliniques de traitement du VIH à Khayelitsha où l’on offre des médicaments anti sida à quelque 2000 personnes, a déclaré hier qu’après trois ans, quatre personnes ayant reçu le traitement sur cinq étaient encore vivantes. Sans ces médicaments, la moitié seraient mortes à l’intérieur d’une année. Les personnes décédées en étaient à un stade avancé de la maladie avant même le début du traitement. Seuls quatre décès ont pu être attribués directement à la toxicité des médicaments.

Quiconque critique les théories de Rath sur les micronutriments se retrouve bien vite relégué aux rangs des valets de l’industrie pharmaceutique. Parmi ces critiques, on retrouve le Groupe suisse d'étude des méthodes parallèles et complémentaires en cas de cancer (SKAK).

À propos des nutriments de Rath et du cancer, le Groupe a écrit:

Après examen des publications dans le domaine et des autres sources d’information disponibles, le SKAK et la Ligue suisse contre le cancer n’ont trouvé aucune preuve que les préparation vitaminées du Dr Matthias Rath ont le moindre effet sur le cancer chez l’homme...
 
Jusqu’à maintenant, il n’y a eu que peu d’études indiquant un lien causal entre les micronutriments et le cancer. Aucun effet n’a été prouvé pour la moindre de ces substances. Il n’y a aucune preuve non plus que les préparations vendues par Matthias Rath, et dont certaines comportent des dosages élevés, sont utiles dans la prévention du cancer – et encore moins dans sa guérison. Rath doit encore prouver la véracité de ce qu’il avance. On ne peut fournir de preuves d’efficacité par analogie avec des expériences in vitro, sur des modèles animaux ou des cellules. En l’absence de preuves d’efficacité ou d’innocuité, le SKAK ne recommande pas l’utilisation de ces préparations.

La thérapie anticancéreuse du Dr Rath coûte 350 à 770 francs suisses par mois, soit 285 à 627 $ US.

Selon le Guardian:

Ni l’interdiction, par l’Advertising Standards Authority, au Royaume-Uni, et la Food and Drug Administration, aux États-Unis, de ses dépliants publicitaires regorgeant d’anathèmes et les affirmations grandiloquentes de son site Web, ni les critiques fouillées et accablantes du SKAK et du British Medical Journal n’ont adouci son ton messianique.

D’après le Dr Stephen Barrett, «en 2005, l’Advertising Standards Authority de l’Afrique du Sud a ordonné à la Dr. Rath Foundation Africa de cesser de dire dans sa publicité que les suppléments alimentaires sont plus sûrs et plus efficaces que la chimiothérapie contre les infections au VIH».

Rath est peut-être un charlatan, mais il a de la classe. Son site Web nous apprend qu’il est né à Stuttgart, en Allemagne, en 1955. Il ne dit malheureusement rien de l’école médicale où il a obtenu son diplôme, mais tout de suite après, il a été embauché à la Clinique universitaire de Hambourg et au Centre cardiaque de Berlin. Il s’est lié d’amitié avec Linus Pauling, qui s’est montré impressionné par le travail de Rath sur le lien entre la déficience en vitamine C et la lipoprotéine(a). En 1990, il est devenu le premier directeur de la Recherche cardiovasculaire au Linus Pauling Institute de Palo Alto, en Californie. Comme on le sait, Pauling préconisait des doses massives quotidiennes de vitamine C (10 000 mg). Ayant reçu deux fois le prix Nobel, Pauling, l’un des plus grands scientifiques du XXe siècle, a entraîné à sa suite de nombreux adorateurs au pied de l’autel de la vitamine C. Ce que bien des gens ignorent ou feignent d’ignorer, c’est que bien des scientifiques croient que les études sur lesquelles il fondait sa croyance étaient erronées. «La Clinique Mayo a mené trois études à double insu sur un total de 367 patients présentant une forme de cancer à l’état avancé. Ces études, qui ont fait l’objet de rapports en 1979, 1983 et 1985, ont établi que les sujets à qui l’on administrait 10 000 mg de vitamine C chaque jour ne présentaient par d’amélioration supérieure à ceux qui avaient reçu un placebo. En outre, des doses élevées de vitamine C peuvent avoir des effets indésirables importants. Par voie orale, elles peuvent causer de la diarrhée. Par voie intraveineuse, elles peuvent provoquer une insuffisance rénale due à l’engorgement des tubules rénaux par des cristaux d’oxalate» (Barrett, 2000). Les défenseurs de la vitamine C font valoir que dans les études de la clinique Mayo, on n’a pas administré la vitamine de façon intraveineuse, ce qu’il faut faire si l’on veut qu’elle présente un effet toxique sur les cellules cancéreuses. (Apparemment, les preuves de la toxicité de la vitamine C sur les cellules cancéreuses sont basées sur des études in vitro; ce qui fonctionne in vitro ne se reproduit pas nécessairement in vivo.) Stephen Lawson, du Linus Pauling Institute, dit que la vitamine C administrée par intraveineuse ne provoque pas de diarrhée, et que «la débat relatif à la valeur des doses élevées de vitamine C comme traitement anticancéreux auxiliaire demeure ouvert» (correspondance personnelle avec l’auteur).

Pauling a déjà dit que pour avoir de bonnes idées, il faut d’abord avoir des tas d’idées, pour ensuite rejeter les mauvaises.* Encore faut-il savoir faire le tri. Il est ironique, dès lors, de constater que Pauling considérait Rath comme son successeur.*

 


 

* Note: Le site Web de la Dr Rath Health Foundation ne dit aucunement que Rath s’est payé une page de pub dans les journaux. Il laisse plutôt entendre que le New York Times a fait un papier sur Rath. Dans l’une de ses diatribes contre l’industrie pharmaceutique, il affirme: «Grâce au New York Times et d’autres grands journaux, l’information que la pandémie de sida vient d’une déficience immunitaire contre laquelle on peut lutter par des vitamines et d’autres moyens naturels a fait le tour du monde». Le site Web ne mentionne pas qu’on avait payé pour que soit transmise cette «information».

 

Voir également: Déni du sida.

Source: Skeptic's Dictionary Retour à l'index

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