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Konstantin Raudive (1909-1974)

Konstantin Raudive (1909-1974)

Letton bien connu des cercles parapsychologiques pour son étude du phénomène des voix électroniques, dans lequel il voyait la preuve d'une vie après la mort. Raudive s'est intéressé au phénomène après lecture du livre de Friedrich Jürgenson (1903-1987).

Jürgenson était un «chanteur d'opéra suédois devenu peintre qui a installé un microphone sur le rebord de la fenêtre de sa maison de campagne, à l'extérieur de Stockholm, afin d'enregistrer des chants d'oiseaux» (Roach, p. 183). En faisant rejouer ses bandes, il a cru y entendre des voix. Malheureusement pour lui, il croyait également en entendre même quand il n'écoutait pas ses enregistrements; d'après lui, il s'agissait de messages télépathiques. Il affirmait qu'au printemps de 1959, il avait «reçu un message au sujet d'une Station spatiale centrale de recherche, où l'on se livrait à de profondes observations sur l'être humain».*

Jürgenson, le mentor de Raudive, était né à Odessa d'une mère suédoise et d'un père danois. En 1925, il est allé vivre en Estonie, puis, en 1943, en Suède, pays dont il a fini par obtenir la citoyenneté. En 1964, il faisait part de ses découvertes dans le livre Voices in Space (Voix de l'Espace), que Raudive a lu et grandement admiré, à un point tel qu'il en a rencontré l'auteur. Tous deux ont effectué des enregistrements ensemble, mais bien vite, Raudive s'est mis à enregistrer des «voix» de façon indépendante.

[Raudive] a consacré la majeure partie des dix dernières années de sa vie à étudier le phénomène des voix électroniques. Avec l'aide de différents experts dans le domaine de l'électronique, il a procédé à quelque 100 000 enregistrements, la plupart dans ce qu'il disait être «des conditions de laboratoire strictes». À quelques reprises, il a collaboré avec Bender. Ont participé à ses recherches plus de 400 personnes, qui ont apparemment toutes entendu les voix. Ses travaux ont mené à la publication, en 1968, de Unhörbares wird hörbar (L'inaudible devient audible), publié en 1971 en anglais sous le titre de Breakthrough: An Amazing Experiment in Electronic Communication with the Dead.*

Jürgenson, qui rejetait l'idée qu'il recevait des fragments d'émissions radiophoniques, en est venu à croire que les voix venaient d'esprits qui cherchaient à communiquer avec lui et avec son caniche (Roach, 183). Raudive, quant à lui, s'est spécialisé dans l'enregistrement de bruits de friture radio, dans lesquels il croyait entendre des voix lui parlant en letton ou en français, même quand il vivait en Allemagne. «Plus tard au cours de sa carrière, Raudive a conçu une véritable fixation relativement aux galimatias d'un perroquet censé canaliser les communications des morts (de langue allemande)» (Roach, p. 187).

À l'instar de Jürgenson, Raudive rejetait la possibilité que ce qu'il entendait soient des fragments d'émissions radiophoniques. David Ellis s'est penché sur les affirmations de Jürgenson et Raudive dans The Mediumship of the Tape Recorder: A Detailed Examination of the Phenomenon of Voice Extras on Tape Recordings (1978). L'interprétation que faisait Raudive de ses enregistrements ne faisait pas nécessairement l'unanimité. Là où il entendait des messages personnels, d'autres identifiaient «des voix qui avaient fait partie d'émissions de radio» (Roach, p. 184). Fait encore plus significatif, quand Raudive a accepté d'effectuer ses enregistrements dans une pièce dont les murs empêchaient la réception d'émission radio, ses voix sont restées muettes. Comme Mary Roach fait remarquer non sans ironie dans son excellent chapitre consacré aux premières utilisations d'appareils électroniques dans la chasse aux esprits: «Peut-être qu'aucune entité désincarnée ne passait alors dans le coin» (Chapitre 8 de Spook: Science Tackles the Afterlife).

Si Raudive a effectivement capté des voix d'outre-tombe, sa découverte confirmerait celles d'autres chercheurs du domaine du spiritisme, tel Gary Schwartz, qui ont montré que les morts n'avaient pas grand-chose d'intéressant à raconter. Raudive entendait des choses comme «Je te suis ce soir», «Veuillez interrompre» ou «Pourrait être Mary-bin».

Il y a au moins trois explications possibles derrière les «voix» que Raudive et Jürgenson entendaient, et aucune ne se fonde sur l'existence d'esprits, hypothèse hautement spéculative qui ne repose que sur des idées préconçues et des espoirs inavoués. Les explications plausibles ne renvoient qu'à la capacité que chacun à s'illusionner, de même qu'à des phénomènes tout à fait naturels.

On sait que les deux hommes cherchaient à prouver la possibilité d'une vie après la mort, mais le fait de prendre ses rêves pour la réalité ne suffit pas à expliquer les voix électroniques. Rien n'indique non plus qu'ils aient cherché à tromper autrui. Il est bien plus probable qu'une partie des «voix» étaient des fragments d'émissions radiophoniques ou des enregistrements de bruits naturels. Dans bien des cas, toutefois, les voix n'étaient rien du tout: les auditeurs se trompaient à propos de ce qu'ils entendaient et transformaient du bruit blanc en sons intelligibles. Autrement dit, ils avaient des hallucinations auditives. Comment la chose est-elle possible? Dans une expérience menée par Ellis sur le sujet, on a demandé à un groupe de personnes d'écouter une bande contenant du bruit blanc en leur faisant croire qu'il s'agissait d'une conférence très mal enregistrée. Les participants devaient s'évertuer d'en reconstituer le contenu. «Les sujets nous ont donné des dizaines de fragments, et même des phrases complètes, qu'ils avaient réussi à reconstituer» (Roach, p. 186). Il y a sans doute des gens qui entendent des paroles intelligibles en écoutant le bruit d'une cascade d'eau ou le sifflement du vent dans les arbres. La chose n'a rien d'extraordinaire. On ne saurait proposer une telle explication si les messages résultants étaient complexes et profonds, mais ce n'est pas le cas. La plupart d'entre eux sont simplistes, tout à fait ordinaires, et peuvent facilement être attribués à une simple illusion de l'esprit.

Roach donne des détails sur la seconde explication: l'effet de transformation verbale. Le terme est né sous la plume d'un chimiste et professeur de psychologie, Richard M. Warren, dans une étude de 1961 sur les changements illusoires perceptuels produits par des auditeurs normaux qui s'astreignent à écouter des enregistrements de stimuli répétés («Illusory changes of distinct speech upon repetition - The Verbal Transformation Effect») British Journal of Psychology, 52, 249-258). Raudive a sans doute entendu des «voix» parce qu'il écoutait ses enregistrements à répétition, et qu'il créait inconsciemment un contenu. Par exemple, lors de l'une des expériences de Ellis, ce qui ressemblait à «Lénine» aux oreilles de Raudive a sonné comme «gloubboo», «boudouloo» ou «voum-voum» pour d'autres sujets, quand ils n'entendaient pas le chant d'un crapaud ou le barrissement d'un éléphant (Roach, p. 187).

La troisième explication veut que Raudive ait enregistré de véritables voix, transmises sur une distance considérable par conduits ionosphériques.

En 1997, le psychologue Imants Barušs a mené une série d'expériences pour tenter de refaire le travail de Raudive. Le Journal of Scientific Exploration a publié ses résultats en 2001. En tout, il a effectué 80 enregistrements de bruit blanc. Lui aussi s'est retrouvé avec quelques fragments d'émissions radio ou d'autres sons qu'on aurait pu interpréter comme intelligibles, mais «aucun des phénomènes découverts... n'était véritablement anormal et l'on pouvait encore moins les attribuer à des entités désincarnées».* Bref, la seule tentative importante de refaire le travail de Raudive n'a pas permis d'obtenir les mêmes résultats. Au cas où le lecteur ne l'aurait pas deviné par le titre de la publication à laquelle il s'était adressé, Barušs croit aux esprits et porte aux nues le travail de Gary Schwartz et d'Ian Stevenson (Roach, p. 187).

 

Source: Skeptic's Dictionary Retour à l'index

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