Accueil » Ressources » Dictionnaire sceptique » Carey Reams (1904-1987)

Carey Reams (1904-1987)

Carey Reams

Créateur de théories pseudo scientifiques en biophysique, et de conseils connexes en matière de soins de santé. Il affirmait détenir six doctorats, y compris une espèce de diplôme médical de quelque part en Angleterre, sans jamais s'être présenté comme docteur en médecine, ce qui n'a pas empêché qu'on l'arrête et qu'on le condamne pour pratique illégale de la médecine dans l'état de Géorgie. À ses yeux, la plupart des médicaments, toute utilisation de rayonnements à des fins médicales, et la majeure partie des opérations chirurgicales nuisaient à la santé. Il y préférait des traitements à base de varech des fjords norvégiens pour les tumeurs au cerveau et les cataractes.

En 1931, pendant une période de prière et de jeûne, Reams a reçu une révélation divine à propos des nombres parfaits pour la biochimie humaine: 1,5  6,4  6,4  7  1  3  3.

Reams enseignait que les cellules des êtres humains, des animaux et des plantes se constituent par un processus d'ionisation semblable à l'électro-plaquage. «L'ionisation, claironnait-il, c'est la loi de Dieu par laquelle Il crée ou défait toute chose ion par ion.» La Bible lui ayant révélé que Jésus voulait lui confier le mandat d'aider ses semblables à vivre en santé, il s'est constitué sa propre vision de la nature. Ainsi, il prétendait qu'il y a deux genres d'atomes et de molécules, les anions et les cations.  Les anions, disait-il, sont des atomes ou des molécules dont les électrons tournent dans le sens horaire, vus du haut. Le fait que les électrons ne «tournent» pas vraiment, et que les concepts de «haut» et de «bas», lorsqu'il est question de «regarder» un atome, n'ont vraiment aucun sens ne semble pas l'avoir inquiété outre mesure. Après tout, c'était un grand ami d'Einstein, ou du moins, c'est ce qu'on raconte. Évidemment, les cations seraient des atomes ou des molécules dont les électrons orbitent dans le sens antihoraire, vus du haut. Les anions et les cations possèdent des valeurs énergétiques différentes, mais on ne mesure pas cette énergie par des méthodes connues des physiciens. L'anion peut avoir une valeur de 1 à 499 unités Milhouse, avec une moyenne de 250 unités. Le cation va de 500 à 999 unités Milhouse, avec une valeur moyenne de 750 unités. On cherchera en vain la définition d'«unité Milhouse» dans les manuels de physique.

Reams insistait beaucoup sur la désintoxication du corps par le jus de citron. Le jus de citron, disait-il, est le seul aliment anionique. Qui donc irait le contredire? Lui-même était allergique au citron, mais la préparation pour collins de Canada Dry était un substitut acceptable (sic!)

Il croyait que les habitudes alimentaires constituaient la source de toutes les maladies. Revenons un peu à ces chiffres magiques, reçus d'en haut dans un moment d'inspiration divine. Les nombres sont les mêmes pour tous, mais le régime alimentaire doit varier selon l'individu. La série de chiffres sert à guider le patient vers un bon équilibre entre énergie et matière, c'est-à-dire vers la santé parfaite. La source d'inspiration divine de Reams lui a glissé à l'oreille que pour bien comprendre les besoins du corps, il fallait mesurer le pH de l'urine et de la salive, puisqu'on y trouve la trace de la résistance entre les anions et les cations, les anions et les anions, ainsi que les cations et les cations. C'est là le facteur clé dans la mesure de la quantité totale d'énergie du corps.

Ayant grandi sur une ferme, Reams s'y connaissait pas mal en agriculture. Son inspiration l'a apparemment mené à voir une analogie directe entre le sol et les fluides corporels. L'un de ses admirateurs écrit:

Le Dr Reams a compris que le terrain est tout, exactement comme Pasteur l'a dit sur son lit de mort: «Le terrain est tout; le germe n'est rien». [Il est fort peu probable que Pasteur ait jamais dit une telle chose. Voir la note ci-dessous à propos de cette histoire sur Pasteur, répandue par ceux qui nient la théorie des germes.] Il a découvert que toutes les variables du terrain humain peuvent être déterminées par l'urine et la salive. Son test comprenait sept paramètres (les valeurs optimales entre parenthèses). Degré Brix (1,5); pH de l'urine (6,4); pH de la salive (6,4); Conductivité (7); Débris cellulaire (1); Azote des nitrates (3); Azote ammoniacal (3)...
 
Toute l'énergie du corps humain est créée par la RÉSISTANCE générée quand ces ions chargés de façon opposée, qui orbitent dans des directions opposées, se rencontrent. Pensez-y bien, vous, les diplômés en physique! À l'université, on nous enseigne - et c'est généralement vrai - que la RÉSISTANCE consomme de l'énergie. Mais dans la chimie de l'ionisation du corps humain, c'est en réalité la RÉSISTANCE entre les anions et les cations qui crée l'énergie! S'il n'y a pas de résistance, aucune énergie n'est créée. En chimie, la mesure de cette RÉSISTANCE est connue sous le nom de «pH». Mais le pH n'est une mesure ni quantitative ni qualitative. Ce n'est que de la résistance.

Vous voilà maintenant instruit en pata-histoire, -biologie, -physique et -chimie. Ne riez pas tout de suite; attendez d'avoir lu encore quelques perles de la sagesse du bon Dr Reams.

Le cancer, disait Reams, n'est rien d'autre que des cellules mortes qui restent dans le corps trop longtemps, qui ont perdu leur réserve d'énergie, et qui deviennent déconnectées des nerfs.
 
Toutes les maladies sont causées par un manque de minéraux.
 
Le corps humain peut fabriquer de la vitamine C.
 
Le citron n'est pas acide, parce que les acides sont des cations, et le citron, un anion.

Les idées de Reams n'obtiennent pas toutes une lecture aussi élevée sur le foutaisomètre. Bien de ceux qui favorisent la médecine scientifique pourraient accorder une certaine valeur à cette déclaration: La haine est le germe de cancer le plus efficace au monde.

 

 

Note sur la prétendue rétractation de Pasteur sur son lit de mort

Dans bien des sites Internet, on retrouve l'affirmation que, sur son lit de mort, Louis Pasteur (1822-1895) a renié sa théorie sur les germes, œuvre de sa vie. Il existe deux versions de cette fiction. L'une veut que Pasteur ait déclaré: Bernard avait raison. Le germe n'est rien, c'est le terrain qui est tout. D'après l'autre, il aurait plutôt dit que c'était Béchamp qui avait raison. Le Bernard en question est Claude Bernard (1813-1878), et Béchamp renvoie à Antoine Béchamp (1816-1908). C'est la seconde version qui est la plus sensée. Affirmer que Bernard avait raison semble étrange, puis sa théorie du milieu intérieur ne contredisait pas, de façon essentielle, la théorie du germe. Béchamp, pour sa part, croyait que les germes étaient créés dans le corps en réaction à «ce que l'on mange, respire et boit, ainsi qu'à ce dans quoi l'on se baigne», pour reprendre les termes d'un admirateur. Pasteur affirmait que les germes existent indépendamment du corps, et peuvent causer des maladies chez les hôtes qu'ils infectent. L'idée que le corps crée ses propres germes est attrayante pour ceux qui veulent croire que la nutrition et un mode de vie sain (le plus souvent, prendre des produits «naturels», manger «bio» et consommer divers suppléments vitaminiques et minéraux) suffisent pour prévenir toute maladie. L'idée que les germes existent indépendamment du corps, qu'ils peuvent l'envahir et l'infecter, peu importe à quel point on mène une vie saine et se nourrit bien, est confirmée par des décennies de recherche scientifique. Celle qui veut que les germes soient créés par le corps en réaction à une mauvaise nutrition ne l'est tout simplement pas.

Il importe de souligner que la théorie n'affirme pas que toutes les maladies sont causées par des germes ni que tous les germes causent des maladies. Il faut aussi rappeler qu'une bonne alimentation contribue de façon importante à la santé. Nous savons, par exemple, que quelques maladies résultent directement d'un manque de certains nutriments. Le scorbut est dû à un manque de vitamine C, pas à un environnement malsain, une surcharge de travail, la dépression ou l'exposition au froid et à l'humidité, comme voudraient le faire croire certains négationnistes.

Le mythe de la rétractation de Pasteur à l'approche de la Grande Faucheuse semble venir d'un livre de Léon Delhoume, De Claude Bernard à d'Arsonval (1939). Ce qu'un curieux a pu découvrir, c'est qu'en avril 1992, un article intitulé «To Be Or Not To Be? 150 Years of Hidden Knowledge» de Christopher Bird (1928-1996) a été publié dans Nexus Magazine. Bird y affirmait avoir rencontré une dame nommée Marie Nonclercq, qui avait écrit une dissertation doctorale dans laquelle elle louangeait Antoine Béchamp. La thèse avait paru sous le titre d'Antoine Béchamp, 1816-1908. The Man and The Scientist, the Originality and Productivity of His Work. Ce serait Nonclerq qui aurait dit à Bird qu'elle avait lu la déclaration de Pasteur mourant dans le livre de Delhoume. Cette histoire a été répétée en 1956 dans le livre de Hans Selye, Le Stress de la vie. On colporte maintenant ce ragot dans tout Internet, en présentant la chose comme une vérité soigneusement cachée par la famille et les disciples de Pasteur.

Source: Skeptic's Dictionary Retour à l'index

Haut de page
© 2017 Robert Todd Carroll (version anglaise)
© 2017 Les Sceptiques du Québec (version française)