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Sophisme de régression

Le sophisme de régression est l'incapacité à prendre en compte les fluctuations naturelles et inévitables des choses quand on leur attribue des causes (Gilovich 1993,  26). Des choses telles les cours de la bourse, les scores de golf et le mal de dos chronique fluctuent inévitablement. Des périodes de cours bas, de mauvais scores et de douleur faible ou nulle sont suivies en fin de compte par des périodes de cours élevés, de bons scores et de grande douleur, etc. Ignorer ces fluctuations naturelles et ces tendances conduit à un aveuglement à propos de leurs causes et au raisonnement post hoc.

Par exemple, un joueur de golf professionnel avec un mal de dos chronique ou de l'arthrite pourra essayer de mettre un bracelet de cuivre au poignet ou des semelles intérieures magnétiques dans ses chaussures. Il essayera probablement ces grigris lorsqu'il ne joue pas bien ou qu'il se sent mal. Il remarque que son score s'améliore et que sa douleur diminue ou disparaît. Il en conclut que le bracelet de cuivre ou la semelle magnétique en est la cause. Il n'imagine jamais que les scores et la douleur puissent s'améliorer à cause de fluctuations naturelles auxquelles on peut s'attendre. Il ne lui vient pas à l'idée non plus de vérifier ses archives de scores de golf avant l'utilisation du grigri et de voir si le même genre de schéma s'est souvent reproduit dans le passé. S'il prend son score moyen comme base, il trouvera sûrement qu'après un score très bas, il a eu tendance à obtenir un meilleur score plutôt qu'un plus mauvais, vers la moyenne. De même, il trouvera qu'après un très bon score, il n'avait pas tendance à faire mieux, mais plutôt moins bien, vers la moyenne.

Cette tendance à se diriger vers la moyenne et s'éloigner des extrêmes a été appelé « régression » par Sir Francis Galton dans une étude des grandeurs moyennes des fils de parents très grands et très petits. (L'étude fut publiée en 1885 et appelée « Régression vers la médiocrité des statures héréditaires. ») Il trouva que les fils de parents très grands ou très petits avaient tendance à être respectivement grands ou petits, mais pas aussi grands ni aussi petits que leurs parents.

Le joueur de golf professionnel pourrait vérifier ses scores parce que tous les jeux sont enregistrés. Les joueurs de golf professionnels apparaissent fréquemment dans les recommandations de quelque grigri qui vous garantit d'améliorer votre score au golf. Le joueur de golf ne fait jamais référence à une étude correcte des scores de golf (une qui n'utiliserait pas le début et fin à la demande) qui démontrerait que l'amélioration, si elle existe, n'est pas due à une fluctuation naturelle et à la régression.

Beaucoup de gens sont amenés à croire à l'efficacité causale de remèdes inutiles à cause du sophisme de régression. L'intensité et la durée de la douleur de l'arthrite, du mal de dos chronique, de la goutte, etc., fluctue. Des remèdes comme la manipulation de la colonne vertébrale par chiropractie, ou une ceinture magnétique seront vraisemblablement recherchés lorsque la douleur sera maximale. La douleur commencera à diminuer dans la plupart des cas après avoir monté. Il est facile de nous convaincre nous-mêmes que le remède a soulagé notre douleur. C'est à cause de cette facilité à nous aveugler sur la causalité dans de telles affaires, que les scientifiques font des expériences contrôlées pour tester les affirmations causales.

Même si un remède de charlatan ne marche pas, il est rarement critiqué pour son inefficacité. Par exemple, lorsque le comique Pat Paulsen a suivi un traitement médical « parallèle » contre le cancer à Tijuana, sa fille n'a pas critiqué l'inutilité du traitement lorsque son père est mort. Paulsen a eu quelques bonnes journées alors qu'il suivait les traitements « parallèles », ce à quoi on pouvait s'attendre à cause des fluctuations naturelles. Sa fille a prétendu que le traitement marchait, mais qu'il avait échoué dans le cas de son père parce qu'il avait commencé à le suivre trop tard. Lorsqu'on lui avait diagnostiqué un cancer du cerveau et du colon, sa femme Noma fut citée dans les communiqués de presse disant que le docteur de Tijuana « était confiant dans les chances de guérison. Ici, les docteurs disent que ce n'est pas possible. Nous préférons de beaucoup ceux de là-bas. » Un communiqué de presse officiel sur sa mort a prétendu qu'il était mort d'une pneumonie et pas du cancer. Un porte-parole de la famille aurait dit : « Son cancer était sous contrôle après administration du traitement parallèle au Mexique. Il a succombé à 14h le mardi, après des complications dues à une pneumonie et à un arrêt rénal dû à une opération chirurgicale sans rapport avec le cancer. » Sa femme ne pensait pas que la thérapie parallèle était inutile. Elle a dit : « Nous voulons remercier l'équipe des médecins au Mexique qui ont traité mon mari avec humanité et respect, et qui étaient à son chevet 24 heures sur 24 pour tenter de sauver sa vie. »*

 

 


La régression vers la moyenne (les sous-titres en français sont disponibles).

Source: Skeptic's Dictionary Retour à l'index

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