Rick Simpson

(Guérir le cancer par le cannabis)

«Si on donnait aux enfants chaque jour une petite dose d'huile de haschich comme si c'était un supplément alimentaire, des maladies comme le cancer, le diabète, la sclérose en plaques et beaucoup d'autres problèmes de santé pourraient être entièrement éliminées.»

 

Rick Simpson

Rick Simpson (né en 1950) est surtout connu pour sa croisade en faveur du cannabis, dont il vante les vertus curatives contre le cancer. Plus précisément, Simpson prétend que l'huile de haschisch guérit toutes les formes de cancer et pas juste une douzaine des sortes de formations cancéreuses particulières! Il affirme que l'huile de haschisch les guérit toutes et beaucoup d'autres maladies également.

(Éléments de clarification : ce que Simpson entend par l'huile de haschisch n'est peut-être pas ce que d'autres entendent. Par exemple, Simpson utilise des bourgeons et non des graines de cannabis pour fabriquer son huile. Pour notre part, quels que soient les termes que nous utilisons dans cet article - huile de haschisch, cannabis, cannabinoïdes, marijuana, etc. - nous les utilisons toutes comme abréviations pour désigner les produits chimiques actifs issus des plants de marijuana, de leurs bourgeons et de leurs graines.)

 
Les cannabinoïdes sont un groupe de 21 composés organiques terpénophénoliques produits uniquement par des plants de l'espèce Cannabis (par exemple, le Cannabis sativa L.). Ces composés tirés de plantes peuvent être désignés comme des phytocannabinoïdes. Bien que le delta-9-tétrahydrocannabinol (THC) en soit l'ingrédient psychotrope primaire, d'autres composés tirés de ces plantes sont aussi connus pour avoir une activité biologique comme le cannabinol, le cannabidiol (CBD), le cannabichromène, le cannabigérol, le tétrahydrocannabivarine et le delta-8-THC.*
 

Quelle preuve Simpson fournit-il pour soutenir son affirmation voulant que l'huile de haschisch guérisse le cancer et des douzaines d'autres maladies ? Est-il un expert de formation médicale qui aurait mené plusieurs études contrôlées à double insu? Est-il est un analyste formé en statistique qui aurait passé en revue toutes les résultats de recherches faites sur la marijuana et le cancer pour établir que ces données soutiennent, avec un seuil de signification statistique adéquat, l'affirmation qui veut que l'huile de haschisch guérisse le cancer ? Non! Simpson est un défenseur enthousiaste qui ne base ses croyances ferventes au pouvoir miraculeux de la marijuana que sur son expérience personnelle et sur de nombreux témoignages anecdotiques.

Simpson a de nombreux partisans. Plus bas, je recompterai l'histoire des expériences personnelles de Rick en ce qui regarde son utilisation de l'huile de haschich et de ses autres observations. Je présenterai, ensuite, un aperçu des données scientifiques que d'autres ont soumis en preuve pour, prétendument, démontrer le pouvoir médicinal miraculeux de la marijuana. Soyez certains que je regrette profondément de ne pas pouvoir conclure que les affirmations de Rick sont totalement vraies. J'ai moi-même le cancer et je serais trop heureux qu'un remède miraculeux existe. Je suis désolé de conclure que le haschisch n'a pas les vertus démesurées que Rick lui prête. D'ailleurs, avec leur campagne enflammée pour faire légaliser la marijuana, Rick Simpson et ses partisans peuvent faire beaucoup de mal. Non seulement ils alimentent de faux espoirs et colportent de la désinformation à propos des pouvoirs médicinaux du cannabis, mais ils propagent des mensonges à propos de la chimiothérapie, de la radiothérapie et des autres formes de traitements scientifiques contre le cancer. Je ne suis pas assez idiot pour ignorer que certains malades souffrant du cancer ont perdu espoir dans les traitements scientifiques médicaux et utilisent la marijuana dans l'espérance d'être sauvé. Je ne leur reprocherai pas. Je ne reproche d'ailleurs à personne, ses derniers temps, d'utiliser quoi que ce soit (de légal ou d'illégal) qui leur mettent un sourire sur le visage. Par contre, je ne trouve pas du tout amusant que des partisans du cannabis mettent leur plaisir personnel au-dessus de la santé et du bien-être des gens souffrant de maladies que l'ont peut traiter, et parfois même curables, par la vraie médecine. Jouer ce jeu en prétendant vouloir aider les gens rend leur plaidoyer encore plus lamentable et méprisable.

L'Histoire de Rick Simpson

En 1974, Simpson conduisait sa voiture dans sa Nouvelle-Écosse natale quand un reportage à la radio a fait mention d'une recherche qui constatait que la marijuana avait réduit des tumeurs cancéreuses chez des souris. Plus précisément, des chercheurs de l'Université de Virginie avaient constaté que plusieurs produits chimiques contenus dans la marijuana agissaient aussi bien "in vitro" sur des tissus cancéreux extraits de souris que "in vivo" sur le tissu cancéreux de souris vivantes*. Simpson n'a jamais lu l'étude : "Antineoplastic activity of cannabinoids" qui a été publiée dans Journal of the National Cancer Institute (Vol. 55, No. 3, September 1975)". Les auteurs de l'article ont écrit, entre autres choses :

La croissance d'adénocarcinome de Lewis au poumon a été retardée par l'administration orale de delta-9-tétrahydrocannabinol [THC], de delta-8-tétrahydrocannabinol [THC] et de cannabinol (CBN), mais pas par l'administration de cannabidiol (CBD)...
 
Les cannabinoïdes (delta-9-THC, delta-8-THC et CBN) actifs "in vivo" contre les cellules de tumeurs du poumon de Lewis sont également actifs dans les systèmes "in vitro".
 

Je ne spéculerai pas sur les raisons pour lesquelles, 40 ans plus tard, il n'y a pas eu d'étude ou de séries d'études publiées qui ont prouvé au-delà d'un doute raisonnable que n'importe lequel des ingrédients actifs de la marijuana arrête la croissance des tumeurs chez les humains, et encore moins que n'importe lequel d'entre eux guérit le cancer chez les humains. Les défenseurs de la guérison du cancer par le cannabis croient autrement, et plus loin dans cet article j'aborderai les preuves qu'ils brandissent pour soutenir leur position. Certains, dont Simpson, pensent qu'il y a une conspiration réunissant le gouvernement, les institutions médicales et les grandes pharmaceutiques [Big Government/Big Medicine/Big Pharma] pour faire disparaitre les recherches et étouffer les progrès médicaux. Balayons immédiatement de notre chemin cette idée absurde. Les grandes pharmaceutiques ne manqueraient pas une occasion de faire des milliards de dollars avec la vente de produits de classe pharmaceutique tirés du cannabis. Les lobbyistes des grandes pharmaceutiques pourchassent partout les politiciens, qu'ils ont dans leur poche, pour que se produisent les choses qui sont susceptibles d'être profitables à leurs employeurs. Et ici, ce qui serait profitable pour les pharmaceutiques serait justement de montrer, par des essais cliniques, que le cannabis arrête la croissance de tumeur cancéreuse chez les humains. Les données probantes indiquent jusqu'ici qu'il est très peu probable que le cannabis soit la panacée que les partisans de Simpson voudraient qu'il fût. Par ailleurs, il n'y a pas de médecin souffrant lui-même d'un cancer qui voudrait se passer d'un remède efficace. Si le cannabis rencontrait autant de promesses que l'affirment ses défenseurs, tous les laboratoires du monde feraient des essais cliniques auprès de sujets humains. Le cannabis est actuellement très loin dans la liste des médicaments qui attendent de faire l'objet d'essais cliniques parce qu'il se montre moins prometteur que d'autres produits chimiques auxquels il est comparé. Bien sûr, je pourrais avoir tort. Peut-être y a-t-il une conspiration ou peut-être la peur d'abus potentiel entretenue par les prophètes de malheur du monde entier contrecarre-t-elle la recherche sur la marijuana. Je laisserai l'examen de cette question à d'autres que nous verrons plus loin. Retournons à Rick Simpson, l'homme qui croit que l'huile de haschisch est un remède pour le cancer et beaucoup d'autres maladies.

Environ vingt ans après qu'il a entendu à la radio le reportage soulignant que les cannabinoïdes ralentissaient les développements de tumeurs chez les souris, Simpson a subi un traumatisme crânien alors qu'il travaillait dans la chambre des chaudières d'un hôpital. Il a subi une commotion cérébrale et pendant des années il a souffert de maux de tête, d'acouphènes et de troubles du sommeil. En 1998, il a vu le film Reefer Madness II (ou était-ce plutôt un épisode The Nature of Things du docteur David Suzuki ?) à propos des promesses de la marijuana comme médicament. Il a alors décidé d'essayer la marijuana pour ses problèmes médicaux. On peut d'ailleurs facilement le comprendre étant donné que le médicament qui lui était prescrit ne l'aidait pas. Son médecin ne pouvant prescrire de la marijuana, Simpson en a fait pousser lui-même. Il a ensuite commencé à expérimenter avec de l'huile de haschisch qu'il a fabriquée à partir des bourgeons de ses plants. Après avoir utilisé l'huile de haschisch, dit-il, ses maux de tête ont disparu, les acouphènes sont devenus tolérables, son sommeil s'est amélioré et son arthrite a disparu. «En l'espace de quelques mois,» dit-il, «les gens ont vu la différence. L'huile a maîtrisé ma douleur, ma pression artérielle et m'a permis de dormir. J'ai perdu du poids et mon apparence a rajeuni de 20 ans.» *.

Quelques lecteurs pourraient trouver intéressant d'apprendre que l'homme qui affirme que l'huile de haschich guérit le cancer a fini par développer lui-même un cancer de peau après plusieurs années de consommation d'huile de haschisch. Quoi qu'il en soit, en 2003, Simpson s'est fait exciser une tache au visage qui a été soumise à une biopsie. Avant même d'avoir reçu les résultats de la biopsie, Simpson s'est autodiagnostiqué une infection à l'endroit où la tache avait été enlevée et y a appliqué de l'huile de cannabis. Il a aussi appliqué l'huile sur deux autres taches qui n'avaient pas été chirurgicalement enlevées. Quelques jours plus tard, dit-il, l'infection et les deux autres taches avaient disparu. Puis, Simpson a auto-diagnostiqué que le cancer était revenu et, de nouveau, il a appliqué du cannabis pour ensuite conclure que le cannabis avait guéri son cancer. La biopsie aurait ensuite confirmé, dit-il, que la tache enlevée était bien un cancer basocellulaire de la peau. Les deux autres taches n'ont pas été évaluées avant qu'elles n'aient disparu. Simpson semble avoir conclu que puisque la tache enlevée était un cancer de peau, les deux autres taches devaient aussi être cancéreuses.

Son médecin, bien sûr, a contesté la croyance de Simpson voulant qu'il ait guéri son cancer avec de l'huile de haschisch, mais Simpson ne parvenait pas à comprendre pourquoi son médecin ne le croyait pas. Ne venait-il pas de vivre une expérience qui prouvait son affirmation? Pourquoi le médecin n'admettait-il pas que ce n'était pas l'excision de la tache cancéreuse qui l'avait guéri, mais plutôt la friction d'huile de haschisch? Par la suite, après avoir utilisé son huile de haschisch pour guérir plusieurs personnes de différentes maladies (y compris le psoriasis de sa mère), il ne pouvait pas comprendre pourquoi les experts médicaux et les hommes de loi ne le prenaient pas au sérieux. Il avait son expérience personnelle du remède et il avait maintenant les témoignages de plusieurs autres personnes pour le soutenir. Il avait guéri des cas de cancers, de diabète, d'arthrite, de glaucome et d'autres maladies. Combien de guérisons supplémentaires fallait-il encore pour les convaincre ?

Personne ne devrait douter de la sincérité de Simpson. Il croit passionnément dans les vertus médicinales de l'huile de haschisch. Il a cultivé ses propres plantes et a fabriqué sa propre huile. Il a fourni gratuitement son huile aux personnes dans le besoin jusqu'à ce que la police lui ait saisi ses plants de marijuana et qu'il ait dû ensuite en acheter pour fabriquer son huile. Même aujourd'hui (2014), alors qu'il est une espèce de célébrité mineure, l'auteur d'un livre et qu'il donne des séminaires en Europe, il ne semble pas agir par appât du gain ou par quête de gloire. J'ai plus de réserve, par contre, en ce qui regarde le fils de la Rick, Mike, qui accepte des donations par PayPal, carte de crédit, chèque ou argent comptant. (voir: «faire un don», dans le menu déroulant en bas de n'importe quelle page du site http://phoenixtears.ca)

Le livre de Rick Simpson

Rick Simpson est probablement un homme brillant et je ne pense pas que nous devrions lui tenir rigueur de n'avoir aucune formation médicale ou d'avoir arrêté l'école en 9e année. Ce qu'il faut retenir c'est que, comme beaucoup d'hommes brillants, Simpson n'a pas essayé de contre-vérifier son expérience personnelle à la lumière de preuves scientifiques. Il a fait ce que la plupart des gens font habituellement: il a simplement cherché des confirmations à ce qu'il croyait. Son raisonnement s'est subordonné à son intuition spontanée. En effet, il est contre-nature de faire ce que les scientifiques font : essayer de réfuter ou d'infirmer des croyances. Pour Simpson, sa croyance voulant que le cannabis guérisse le cancer était une question de bon sens. Cela lui aurait semblé étrange d'agir comme si sa croyance dans les vertus du cannabis était une hypothèse à mettre à l'épreuve. Qu'aurions-nous pu espérer de lui? Qu'il donne de la fausse huile de haschisch à certains de ses amis pour voir si une sorte d'effet placebo se produisait? Les scientifiques et les experts en biais cognitifs savent que le biais de confirmation s'ajoutant aux pensées irréalistes est la recette parfaite de l'autoaveuglement. Rick Simpson n'est pas un scientifique. Il est un néophyte qui a suivi son intuition et a tiré des conclusions qui ont semblé assurément vraies pour lui et ses partisans.

Avant de conclure cet article par une revue de l'état actuel des données scientifiques probantes portant sur le cannabis et le cancer, je recommande au lecteur de jeter un coup d'œil sur plusieurs essais et un livre que j'ai écrits à propos des problèmes qui peuvent survenir lorsque nous suivons aveuglément notre intuition spontanée. Nos premières intuitions nous servent assez bien dans plusieurs situations de la vie quotidienne, mais elles ne sont pas très fiables lorsque s'agit d'évaluation de la causalité d'événements complexes comme de déterminer ce qui provoque ou guérit le cancer. Pour cela, nous avons besoin des tests bien conçus qui minimiseront nos biais naturels et diminueront notre risque d'autoaveuglement. Les collectes d'anecdotes, comme celle de Simpson, ont une certaine importance, mais elles ne peuvent pas se substituer aux recherches contrôlées sur des humains. Et ce n'est pas du tout ce que fait Simpson avec ses amis pour fonder ses affirmations à propos de l'huile de haschisch. Déjà, un défaut très évident de sa méthodologie est que Simpson semble oublier la nécessiter d'isoler les composés chimiques qui pourraient avoir un effet médicinal. Il semble aussi oublier la nécessité d'établir un dosage des composantes actives. Par exemple, Simpson mélange ce qu'il cultive ou achète sans faire l'analyse des concentrations de THC ou un d'autres composés chimiques qu'il utilise. Il voit tout ça comme uniforme et n'a aucune idée de la dose qu'il donne à quelqu'un. Le dosage de n'importe quel médicament est absolument essentiel pour la détermination de son efficacité et de son innocuité. Il ne tient pas non plus de notes sur ce qu'il fait. Un scientifique noterait le moment, la partie du corps et la quantité d'huile de haschisch qui aurait été ingérée ou appliquée. Des notes méticuleuses seraient enregistrées sur la durée du traitement, sur les autres traitements administrés en conjonction avec l'huile de haschisch, etc. Autrement, à la fin, tout qui vous reste est une ribambelle d'histoires qui ont peu de valeur pour découvrir s'il y a un lien causal entre l'huile de haschisch et n'importe quelle sorte d'effet curatif.

Ajoutons que Simpson sait que ce ne sont pas tous les utilisateurs d'huile de haschisch qui guérissent. Lui et ses défenseurs, comme les gens de High Times, expliquent les échecs, mais leurs explications se bornent à de pauvres rationalisations :

«Malheureusement, tous les malades ne sont pas sauvés par l'huile. Au moment où le photographe de High Times prenait des photos pour ce reportage, Simpson a reçu des nouvelles d'un patient qui venait de mourir après seulement deux jours de traitement. À ce sujet, Simpson estime que son taux de réussite avec des patients cancéreux en phase terminale est d'environ 70%. «Ceux qui ne peuvent pas être sauvés sont habituellement ceux qui ont reçu la plupart des traitements de chimiothérapie et de radiothérapie, ou ceux qui attendent trop longtemps pour commencer le traitement,» dit-il. «Les patients doivent être capables de rester en vie assez longtemps pour que l'huile commence à agir.» En fait, la plupart des patients qui ont subi une chimiothérapie meurent de ce traitement et pas de la maladie. Mais, parce que la chimiothérapie est une industrie de plusieurs milliards de dollars que soutiennent certaines des plus grandes sociétés pharmaceutiques du monde, il est peu probable que ces sociétés renonceront à cette source de bénéfices sans lutter, peu importe combien de cadavres elles laisseront derrière elles.»

Simpson ne fournit aucune preuve sur son taux de réussite allégué. High Times ne fournit pas non plus de preuve pour soutenir ses affirmations ahurissantes relatives aux cancéreux qui meurent plus fréquemment de la chimiothérapie que du cancer ni à propos des Grandes Pharmaceutiques qui empêcheraient le monde de profiter d'un remède bon marché qui soigne à peu près tout ce qui peut inquiéter quelqu'un. Dans leur monde de fantaisie, Simpson et ses défenseurs semblent penser qu'ils peuvent présenter les choses comme il leur convient.

Cannabis : les données probantes actuelles

Plusieurs personnes ont examiné les données scientifiques probantes relatives aux allégations voulant que le cannabis guérisse le cancer. Dans Cannabis Does Not Cure Cancer, le docteur David Gorski, un spécialiste de cancer du sein, examine la page Web d'Arjun Walia : «20 Medical Studies That Prove Cannabis Can Cure Cancer». Ce que le docteur Gorski a trouvé est identique à ce que d'autres critiques ont trouvé, comme le Skeptical Raptor (Marijuana and cancer-what are facts and what's just smoke), qui a examiné les recherches avancées comme preuves que le cannabis guérit le cancer.

  1. Plusieurs des études avancées dans la liste ne portent même pas sur le cancer;
  2. La plupart des autres études étaient des recherches précliniques portant sur des cultures cellulaires ou sur des animaux (souris);
  3. Certaines des études ont paradoxalement trouvé de manière probante que les cannabinoïdes, dans certaines circonstances, peuvent en réalité stimuler la croissance de cellule cancéreuse et contribuer probablement à la progression de tumeurs;
  4. Beaucoup d'études de la liste impliquent des essais éprouvant les effets des cannabinoïdes dans le traitement des symptômes périphériques du cancer ou des effets secondaires des traitements, et non sur le cancer lui-même;
  5. Finalement, les études retenues suggèrent dans l'ensemble que quelques agonistes des cannabinoïdes purifiés peuvent êtres assez actifs pour mériter de faire l'objet de plus de recherches, mais aucune ne fournit de résultats consistants qui montreraient que le cannabis guérit quelque sorte de cancer que ce soit.

Le docteur Gorski conclut :

«Il y a beaucoup de recherche intéressante à propos du rôle des récepteurs des cannabinoïdes dans le cancer et sur notre capacité à les cibler avec des agonistes des cannabinoïdes de la marijuana ou d'autres sources naturelles, avec des agonistes synthétiques ou des endocannabinoïdes. Ces molécules pourraient éventuellement devenir des outils utiles à ajouter à l'arsenal des thérapies anticancers. Mais, de ce que nous savons maintenant est qu'il est tout à fait clair que le cannabis ne guérit pas de cancers par lui-même, en tout cas certainement pas par ingestion ou inhalation de marijuana ou par ingestion ou application topique d'huile de haschisch. Même sous forme purifiée, les agonistes des cannabinoïdes dérivés de produits naturels ou synthétiques montrent une activité antitumeur relativement modeste dans les modèles précliniques, ce qui signifie qu'ils devront être combinés avec des traitements chimiothérapiques existants. S'ils trouvent vraiment un jour leur place dans le traitement clinique ordinaire du cancer, ce sera à la suite d'études pharmacologiques et d'essais cliniques rigoureux. Pour le moment, ces études et essais manquent cruellement.» (C'est moi qui souligne)

Le Skeptical Raptor écrit :

  • «Rappelons qu'il y a de 100 à plus de 200 types différents de cancer chez l'humain (le nombre réel dépend de la façon dont les auteurs subdivisent les types). À chacune de ces différentes formations cancéreuses correspond une physiopathologie différente, une génétique différente, un pronostic différent, des causes et des traitements différents. Autrement dit, le cancer n'est pas une maladie unique avec un traitement unique. Demeurez toujours sceptique lorsque quelqu'un affirme que "XYZ guérit ou prévient le cancer", parce que cela est ontologiquement presque impossible. Chaque cancer est si différent dans sa physiologie propre, qu'il n'y aura jamais de pilule magique unique pour les guérir tous.
  • La première étape à laquelle je me contrains avant d'examiner une allégation sur Internet est une vérification dans la base de données Cochrane. C'est mon outil de recherche primaire pour trouver les revues systématiques à propos de traitements médicaux chez l'humain. Elle donne accès à la meilleure information disponible en ce qui concerne la médecine fondée sur des données probantes. Une recherche des recensions Cochrane montre qu'il n'y a aucune revue systématique portant sur le THC ou sur le cannabis dans le traitement des cancers ... [probablement parce que] ... il n'y a pas assez d'études de bonne qualité pour alimenter une revue systématique. C'est un indice, mais c'est plus un manque de preuve qu'une solide preuve de manque. [Michel Kruse de Skeptic North a aussi consulté les Revues de Cochrane et a trouvé que : « Cochrane présente 3 revues concernant le cannabis. Aucune des trois ne montre une preuve qui soutienne ou réfute l'effet du cannabis dans le traitement de la schizophrénie, du syndrome de Tourette ou de la Démence. Cochrane ne rapporte que des recherches sur l'efficacité du cannabis dans le traitement de la nausée lors de cancers et pour soulager les symptômes des patients présentant un VIH/SIDA. En conséquence, aucune conclusion n'a été tirée. » Pour en savoir plus sur ce qu'est la base de données Cochrane clic ici.]
  • [Skeptical Raptor fait la revue des données probantes et conclut :] « Il y a peu de données probantes qui montrent un effet préventif et peu de données probantes qui montrent qu'il peut guérir le cancer. Par ailleurs, ces résultats sont très préliminaires, limités à des essais "in vitro" ou chez des animaux et absolument pas des résultats d'essais cliniques contrôlés. » (C'est moi qui souligne)

CancerResearchUK a aussi examiné les études citées pour soutenir l'idée que le cannabis guérit le cancer.

«Il n'y a aucun doute que les cannabinoïdes - tant naturel que synthétique - sont des molécules biologiques intéressantes. Des centaines de scientifiques examinent dans le monde entier leur potentiel dans le traitement du cancer et d'autres maladies, aussi bien que pour les autres problèmes qu'ils peuvent causer. Ces scientifiques sont regroupés sous l'égide de la The International Cannabinoid Research Society.
 
En remontant jusque dans les années 70, on constate que les chercheurs ont d'abord regardé les propriétés anticancer de cannabinoïdes et des centaines de papiers scientifiques considérant l'effet des cannabinoïdes dans le cancer ont été publiées depuis. Ce séminaire Wellcome Witness est aussi d'une lecture fascinante pour ceux qui s'intéressent à l'histoire de l'utilisation médicale du cannabis et aux controverses scientifiques, politiques et juridiques qu'il a suscitées.
 
Mais les allégations voulant que ce corps de recherche préclinique soit une "preuve" solide que le cannabis ou des cannabinoïdes peuvent guérir le cancer sont un grave mensonge à l'adresse des patients et de leurs familles. Ces allégations les conduisent à se faire une fausse idée de l'état des progrès dans ce domaine. Par exemple, nous avons jeté un coup d'œil à plus de 30 papiers scientifiques qui sont souvent cités comme "preuve" que le cannabis guérit divers types de cancer... » (C'est moi qui souligne)

Pouvez-vous deviner ce que CancerResearchUK a trouvé quand ils ont examiné ces articles scientifiques? Il n'y a pas assez de preuves qui montrent que les cannabinoïdes peuvent efficacement guérir le cancer chez l'homme.

Le manque de preuves cliniques consistantes que le cannabis guérit le cancer signifie-t-il qu'il n'y a aucun bénéfice possible à tirer du cannabis pour ceux d'entre nous qui présentent un cancer ? Bien sûr non! Beaucoup de personnes utilisent la marijuana pour prévenir la nausée, l'anorexie et les vomissements. Il y a, cependant, quelques médicaments plus sûrs, meilleur marché et qui agissent très efficacement pour traiter ces problèmes. J'ai constaté que Zofran (ondansétron) m'a aidé énormément. Cela dit, j'ai demandé une autorisation de consommer de la marijuana et j'utiliserai le cannabis si Zofran cesse d'agir sur moi. Je peux même essayer du cannabis pour améliorer mon sommeil. Je n'ai pas de douleur significative actuellement, donc je n'essayerai pas le cannabis pour le traitement de la douleur. Les études sont en cours et un jour il pourrait y avoir des preuves cliniques consistantes montrant que le cannabis est non seulement bénéfique pour soulager certains des effets secondaires les plus irritants des cancers et des traitements contre le cancer, mais pour le traitement de quelques formations cancéreuses elles-mêmes. Cependant, pour le moment, les allégations sur les pouvoirs de guérison miraculeuse du cannabis sont excessivement exagérées et reposent plus sur la pensée magique et l'aveuglement que sur de solides preuves. Aussi, je vous conseille de ranger votre marijuana miraculeuse sur la tablette à côté de votre dichloroacétate (DCA)...

 

 

Lecture postérieure:
 

Saviez-vous que le gouvernement a enregistré un brevet d'invention daté de 2003 intitulé « Les Cannabinoïdes comme antioxydants et neuroprotecteurs. » Eh oui! Ce brevet d'invention a été accordé par les États-Unis d'Amérique par l'entremise de son représentant, le Department of Health and Human Services. Le brevet affirme :

«Les cannabinoïdes ont montré des propriétés d'antioxydants, sans lien avec l'antagonisme du récepteur NMDA. La découverte de cette nouvelle propriété rend les cannabinoïdes utiles dans le traitement et la prophylaxie d'une large variété de maladies associées à l'oxydation, comme les maladies ischémiques, liées à l'âge, inflammatoires et auto-immunes. Les cannabinoïdes ont montré avoir une application particulière comme neuroprotecteurs, par exemple dans la limitation de dégâts neurologiques découlant de traumatismes ischémiques, comme les chocs et les traumatismes crâniens, ou dans le traitement de maladies neurodégénératives, comme la maladie d'Alzheimer, la maladie de Parkinson et la démence secondaire au VIH.»

On en apprend tous les jours!

Critical appraisal of the potential use of cannabinoids in cancer management par Belinda J Cridge et Rhonda J Rosengren dans Cancer Management and Research. 2013; 5: 301-313.  « Les Cannabinoïdes affectent de plusieurs façons la division et la viabilité de la cellule. Cependant, nos connaissances dans ce secteur restent incomplètes.... En général, les cannabinoïdes affectent des voies multiples de signalisation cellulaire ce qui signifie qu'ils ont le potentiel de diminuer le développement et la croissance du cancer ainsi que ses métastases. Cependant, il aura probablement des éléments spécifiques à cet effet aussi bien du côté du cancer que des cannabinoïdes.... Les cannabinoïdes montrent un potentiel significatif comme agents antiangiogéniques et cela pourrait être la clef de leur succès dans une thérapie clinique, mais le rôle des récepteurs des cannabinoïdes dans cette réponse doit encore être entièrement élucidé. » À cause du préjugé et de notre longue histoire d'opposition à la liberté de consommer des drogues comme la marijuana, il est peu probable que dans un proche avenir les États-Unis patronneront n'importe quelle recherche sur les cannabinoïdes qui pourraient conduire à des traitements bénéfiques contre le cancer.

Source: Skeptic's Dictionary Retour à l'index

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