Accueil » Ressources » Dictionnaire sceptique » Catalina Rivas

Catalina Rivas

Catalina (alias Katya ou Catia) Rivas (alias de Arze ou Arce)

Catalina Rivas

«Stigmatisée» et «visionnaire» catholique, selon ses partisans, mais plus vraisemblablement, auteur d’une fraude de nature religieuse. Mariée trois fois, Catalina Rivas est née à Cochabamba en Bolivie, mais elle vit maintenant au Mexique (à Mérida, au Yucatan). Sa grande piété expliquerait le fait qu’elle présente des stigmates et que Jésus, Marie et les anges lui envoient des «messages», non seulement en espagnol, mais aussi en grec, en latin et en polonais. (Pour une raison quelconque, Jésus et Marie ne dictent pas leurs messages à Catalina en anglais ni en français, ce qui fait que ses «messages» n’ont jamais été traduits dans ces langues. Bien d’entre eux sont reproduits dans Internet.) Rivas ne signe jamais ses «messages» de son propre nom; elle préfère se désigner comme «la sierva de Dios» (la servante de Dieu) ou «la secretaria de Dios» (la secrétaire de Dieu). Elle ne se dit pas l’auteure de ses livres, mais prétend plutôt qu’ils ont été canalisés par son intermédiaire («dictada a la sierva de Dios»). Elle n’a pas d’éditeur non plus; ses livres se vendent sous forme de feuilles photocopiées.

En raison de ses stigmates et de ses «messages», Rivas est considérée comme la mère spirituelle de divers mouvements religieux internationaux: les Apôtres de la nouvelle évangélisation (ANE, en espagnol, Apostolado de la Nueva Evangelización), et la Grande Croisade de l’amour et de la miséricorde (La Gran Cruzada del Amor y Misericordia). Elle possède des disciples partout au monde.

Quand on se voit accorder la grâce de souffrir des mêmes blessures que le Christ, comment peut-on être considéré comme un imposteur? En fait, les blessures de Rivas n’ont rien de divin, car, selon toute vraisemblance, elle se les inflige elle-même, comme on a pu le voir lors de l’émission spéciale du réseau Fox aux États-Unis: «Signs from God: Science Tests Faith». Mais alors, comment fait-elle pour rédiger des livres dans des langues qu’elle ne comprend même pas? Très simple: elle copie.

On l’a déjà surprise en flagrant délit de plagiat de l’œuvre de José Prado Flores et Salvador Gómez de Guadalajara au Mexique. Les messages qu’elle a reçus de Dieu en 1996, et qu’elle a regroupés sous le titre de «Renovación Evangélica» («Renaissance évangélique») ressemblent de manière étonnante à des extraits de Formación de PredicadoresFormation des prédicateurs»), ouvrage que Prado Flores et Gómez ont fait paraître plusieurs années auparavant. En fait, les deux auteurs avaient même rédigé l’ouvrage longtemps avant que Rivas se fasse «dicter» des messages remarquablement semblables et même identiques à leur écrit. Selon Prado Flores, Gómez et lui ont préparé la première version de leur livre en 1980. Ils l’ont présenté sous forme de cours en 1982, et l’ont fait publier en 1988 [ISBN 83-7224-026-4]. Il a ensuite été traduit en portugais (1990), en italien (1992) et en polonais (1999). Formación de Predicadores a été repris sous différents ISBN: 03-2001-0612 et 10-4933-00-01. L’auteur des présentes lignes possède l’édition de 1992, publiée par Kerygma. 

José Prado Flores est un auteur catholique respecté au Mexique. Il a publié de nombreux titres. Salvador Gómez, quant à lui, a signé Para Un Matrimonio Feliz (Pour un heureux mariage). Prado Flores nous a écrit que Rivas est allée jusqu’à conserver les exemples tirés de la vie mexicaine qu’il a inclus dans son livre, et que seuls des Mexicains peuvent vraiment comprendre. Par-dessus le marché, Rivas prétend dans un de ses «messages» que Jésus nous met en garde contre ceux qui écrivent des livres!

Rivas n’a pas toujours été une sainte femme. Elle n’était qu’une «brebis égarée» en 1993, lorsqu’elle a vu et entendu Nancy Fowler en Bolivie. Par la suite, elle s’est rendue à Conyers en Georgie, aux États-Unis, afin de revoir Fowler, qui a prétendu de nombreuses années que la Vierge lui apparaissait le 13 de chaque mois (à la mode de Fatima). (Les apparitions ont pris fin sans qu’on sache pourquoi, et pour diverses raisons, Fowler s’est dissociée des gens de Conyers.) C’est à Conyers que Rivas dit avoir reçu les stigmates pour la première fois. Pendant quelque temps, elle est demeurée dans le cercle de Fowler, mais elle a fini par le quitter, comme on l’a déjà mentionné, pour devenir la mère spirituelle d’un autre mouvement religieux. (Fowler elle-même a pris ses distances par rapport à Rivas et un groupe qui a tenté de publier quelques-uns de ses «messages». Selon elle, Rivas n’était pas à Conyers au moment où Dieu lui a envoyé un de ses messages, comme elle le prétend, en raison d’une grève des transporteurs aériens.)*

La crédibilité de Rivas vient en partie de l’approbation de son évêque, René Fernández Apaza, qui a accordé son imprimatur à ses «messages». Il a également béni une statue de laquelle s’écoulaient du sang et des larmes, en la proclamant digne d’être vénérée. Il a même demandé au Vatican d’en faire un signum dei, un signe de Dieu. Miguel Manzanera, théologien jésuite et membre de la commission Foi et doctrine de la Bolivie, joint sa voix à celle de l’évêque.

Rivas reçoit également l’appui du Dr. Ricardo Castañón Gómez de La Paz en Bolivie, que l’on décrit comme un athée converti et un grand détecteur de fraudes de nature religieuse. Or, il a également participé à la création des Apôtres de la nouvelle évangélisation, qui possède des centres en Bolivie et au Mexique, entre autres pays. Il est en outre l’auteur du livre Père de toute l’humanité. Dans le chapitre 13 de ce livre, diffusé dans Internet, il cite Rivas et déclare à son sujet: «Catalina est une stigmatisée originaire de Cochabamba en Bolivie. Le Dr. Castañón a étudié son cas en détail. L’archevêque de Cochabamba a accordé son imprimatur aux huit livres qu’elle a écrits, mais qu’elle attribue à Jésus et à la Sainte Vierge». Rivas et Castañón devraient songer à attribuer une partie des «messages» à José Prado Flores et Salvador Gómez, car les citations qu’on retrouve dans le chapitre 13 (en anglais) correspondent de façon troublante à l’original espagnol qu’on peut lire dans Formación de Predicadores [Voir le document 1].

Le conseiller spirituel de Rivas, le père Renzo Sessolo Chies, S.D.B., de Bolivie, est fondateur et président de l’ANE*, ainsi qu’un ardent partisan de La Gran Cruzada. Selon Prado Flores, il a été expulsé de son ordre religieux.

Heureusement, ce n’est pas tout le monde qui s’est laissé duper. Outre ceux que Rivas a plagiés, elle a été démasquée par Juan Cardenal Sandoval Iñiguez, évêque de Guadalajara, qui a annulé une visite de Rivas dans cette ville l’été de 2001, après que Prado Flores lui a montré à la fois son livre et les «messages». Comme Prado Flores l’a raconté à l’auteur des présentes lignes:

Catia devait venir à Guadalajara, où je vis maintenant. Vous comprendrez ma surprise lorsque j’ai fini par faire le rapport entre la «célèbre visionnaire et stigmatisée» et la dame qui avait plagié mon livre. Un ami m’a montré une série de livres que l’on devait vendre durant le rallye. Nous sommes alors allés voir l’évêque de Guadalajara, Monseigneur Juan Cardenal Sandoval Iñiguez, qui, après avoir pris connaissance de ce que nous avions à lui révéler, a immédiatement annulé sa participation. Bien entendu, Rivas m’a tout de suite accusé, dans une lettre, d’avoir «volé» ses visions afin d’écrire mon livre.

Toujours selon Prado Flores, Rivas a envoyé une lettre au père Argulo, qui l’avait invitée à Guadalajara, au sujet du «vol» de ses visions. Comment la chose serait-elle possible, ces fameuses visions s’étant produites plusieurs années après la parution du texte original? Nous laissons au lecteur le soin de trancher.

 

Voir aussi: Mensonge religieux.

 

Source: Skeptic's Dictionary Retour à l'index

Haut de page
© 2016 Robert Todd Carroll (version anglaise)
© 2017 Les Sceptiques du Québec (version française)