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Rosemary Brown (1916-2001)

« Ce n'est pas parce qu'une pièce musicale est composée et jouée dans le style d'une personne quelconque qu'il faut conclure que c'est cette personne qui en est à l'origine. » - Harry Edwards
Rosemary Brown

Veuve et ménagère de South London qui, en 1964, a prétendu que le fantôme de Franz Liszt (mort en 1886) lui était apparu pour lui remettre une de ses nouvelles compositions. Elle a également raconté qu'à l'âge de sept ans, elle avait reçu la visite d'un esprit aux cheveux blancs portant une soutane noire, et qu'elle comprenait maintenant qu'il s'était agi de l'esprit de Liszt. Les croyances de Rosemary Brown à propos des revenants étaient sans doute vues d'un bon œil par sa mère et sa grand-mère, qu'on considérait comme des médiums (Rose).

Pendant plus de deux décennies, Brown a affirmé recevoir la visite des fantômes de nombreux compositeurs célèbres, dont Bach, Beethoven, Brahms, Chopin, Debussy, Grieg, Rachmaninoff, Schubert, Schumann et John Lennon. Tous venaient la voir, selon elle, pour lui transmettre des airs composés après leur mort et pour prouver l'existence d'une vie après la vie. Elle aurait également reçu la visite de Shakespeare, Van Gogh et Saint-Paul (Rose).

Les fantômes qu'elle voyait portaient des vêtements, bougeaient librement, parlaient anglais et se montraient capables de faire bouger ses mains. Dans l'un des quelques livres qu'elle a écrits, Brown raconte comment Liszt a fait tourner un fauteuil pivotant (Unfinished Symphonies: Voices from the Beyond, 1984, réimprimé chez Corgi. L'original a été publié en 1971 par William Morrow & Co.). Les revenants de Brown ont également laissé des commentaires sur la vie au vingtième siècle. Beethoven, selon elle, avait recouvré l'ouïe dans l'au-delà. Il avait appris l'anglais, et se montrait maintenant d'une très heureuse disposition.

Si vous êtes de ceux qui croient qu'il y a une vie après la mort, et que des êtres immatériels demeurent parmi nous après leur décès tout en se montrant dotés de certaines caractéristiques matérielles (ils occupent un espace, bougent, touchent des objets, parlent, entendent et ainsi de suite), et que parfois ces êtres communiquent avec des êtres vivants comme Mme Brown, de tels récits recevront sans doute un bon accueil de votre part.

 À l'opposé, si vous ne croyez pas à une vie après la mort ou à des fantômes qui portent des vêtements, apprennent de nouvelles langues et composent de la musique, les récits de Mme Brown ne sembleront pas porter le sceau de l'authenticité à vos yeux. Vous aurez plutôt tendance à croire les témoignages à propos de ses aptitudes musicales, témoignages qui vont à l'encontre de ses affirmations sur son absence d'éducation dans le domaine, sur le fait qu'elle ne s'y connaissait pas assez en musique pour avoir composé elle-même les pièces qu'elle attribuait à des revenants. Par exemple, vous vous montreriez sans doute favorable à ce qu'affirme le sceptique Harry Edwards:

Après avoir d'abord dit qu'elle ne possédait aucune formation musicale, elle a plus tard reconnu avoir suivi des leçons pendant quelques années. Récemment, elle a admis avoir fait partie d'une famille où l'on pratiquait la musique, et dit qu'elle était une musicienne et pianiste compétente.

Vous la soupçonneriez sans doute d'avoir un complice, même si aucun nom n'a circulé à cet égard. Et vous penseriez peut-être que si elle dit que les fantômes prouvent qu'il y a une vie après la vie, c'est pour faire mousser sa popularité, et vendre davantage de livres et de disques, pour obtenir davantage d'entrevues de la part des médias, plus intéressés à procurer des frissons aux masses crédules qu'à leur donner de l'information fiable.

Si vous ne croyez pas que Brown obtenait vraiment des messages de l'autre monde, vous trouverez sûrement suspect que John Lennon se soit adressé à elle de là-bas juste au moment où elle faisait de la publicité pour son quatrième livre, Look Beyond Today (Edwards). Lennon, disait-elle, lui avait transmis de la musique et un message pour ses fans. Et tandis qu'un vrai croyant serait satisfait d'apprendre qu'un compositeur respecté (Richard Rodney Bennett) n'a pu prouver que les compositions de Brown n'étaient pas comme celles de Bach ou de Beethoven, le sceptique, lui aura probablement davantage tendance à croire un expert sur John Lennon (Bill Barry), qui a déclaré: « John n'a jamais écrit quoi que ce soit d'aussi mauvais ». Curieux, n'est-ce pas, que les grands compositeurs de l'histoire n'ont aucunement évolué malgré toutes ces années à fréquenter d'autres collègues illustres. En tous cas, ils n'ont rien transmis de remarquable, qu'on serait susceptible d'entendre à la salle de concert, sinon comme curiosité.

Le sceptique trouverait hautement amusant que selon Brown, Liszt lui soit apparu pendant qu'elle était à l'épicerie pour lui demander quel était le prix des bananes? Chopin, quant à lui, s'est invité chez elle pour regarder la télé à ses côtés. (Apparemment, il n'a pas aimé.) (Martin 2001) Brown avait-elle des problèmes de santé mentale? Aimait-elle lancer de telles sornettes juste pour s'amuser de la réaction des naïfs?

Tant les sceptiques que les vrais croyants se demanderont pourquoi les grands compositeurs d'autrefois ont choisi Brown pour se manifester. Les vrais croyants choisiront peut-être de penser, un peu à la manière de leurs frères évangélistes, que les voies des morts sont impénétrables. Les sceptiques feront remarquer qu'il est aussi sensé pour les morts de s'adresser à une ménagère de South London que de communiquer avec un ancien professeur de danse sociale (John Edward), un ancien téléphoniste (George Anderson), un ancien séminariste (James Van Praagh), une polyandre en série (Sylvia Browne), et une ancienne prostituée (Rosemary Althea). (Si, si, prostituée... dans une vie antérieure.)

Brown avait ses partisans et ses détracteurs. D'accord, il est possible qu'il existe un cercle des compositeurs de l'au-delà dont les membres ont choisi une veuve de South London pour s'exprimer. D'accord, il est possible que les morts portent des vêtements, chantent, dansent la claquette, passent à travers les murs, flottent au chevet des gens ou au-dessus de leurs pianos, ou fassent toutes sortes de choses habituellement réservées aux vivants. Toutes ces choses sont possibles en ce sens qu'on peut y penser sans y voir de contradiction. Mais sont-elles plausibles? Sont-elles probables? Uniquement pour les vrais croyants. Une saine dose de scepticisme devrait empêcher qu'on prenne de telles fariboles au sérieux.

Le sceptique devrait se demander si Brown se prenait au sérieux ou si elle cherchait à arnaquer autrui. Nous en sommes réduits aux conjectures, mais tout laisse penser qu'elle croyait véritablement à l'existence de ses fantômes. Elle donnait tous les signes de la sincérité. Beaucoup de ceux qui la croient soulignent un fait qui leur paraît important: elle n'avait rien à gagner en racontant des mensonges. Cette idée est si évidemment fausse qu'il est inutile de se donner la peine de la réfuter, sinon en rappelant qu'elle a écrit des livres comme Immortals by My Side, et qu'elle a endisqué les nouvelles compositions de ses immortels. On peut supposer que ce n'est qu'une question de temps avant que quelqu'un raconte qu'il est entré en dialogue avec l'esprit de Rosemary Brown, et qu'on le fasse passer à la télé aux heures de grande écoute.

 

 

Source: Skeptic's Dictionary Retour à l'index

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