Runes

Berkana

Caractères de différents alphabets anciens : l’alphabet teuton (24 lettres), l’alphabet anglo-saxon (32 lettres) et l’alphabet scandinave (16 lettres). Les runes ressemblent aux lettres de l’alphabet latin, mais sans courbes, car elles se composent surtout de lignes droites, faciles à graver au couteau. On les a utilisées pendant plus de mille ans, jusqu’à ce qu’elles disparaissent, quelque part entre le XIIIe et le XVIe siècle. Par contre, pour les adeptes du Nouvel Âge, qui ont un pied dans le monde du secret et un autre dans celui des mystères, les runes servent à une forme de divination.* 

Les anciens Scandinaves réservaient aux runes des usages avant tout pratiques, comme l’identification de tombes et de biens divers, ou encore la dégradation des monuments de leurs ennemis à l’aide de graffiti, comme à Maes Howe, dans les Orcades. Les amateurs du nouvel âge ne s'intéressent pas à ces pratiques, cependant, mais plutôt à une superstition des Scandinaves du XIIe siècle selon laquelle des caractères alphabétiques gravés dans le bois ou la pierre permettaient de prédire l'avenir. On ne peut s’empêcher de trouver incongrue l'image de farouches guerriers vikings, adorateurs de Thor et d'Odin, à genoux par terre en train de lancer des runes pour savoir s'ils doivent ou non l'Europe à sac.

Runes

Le mot «rune» vient du vieux norrois run, qui signifie «mystère». En effet, il est bien mystérieux de croire qu'écrire les lettres d'un alphabet sur des petits bouts de bois ou des cailloux, les tirer au hasard d’un sac, les lancer, ou les placer dans un certain ordre répondra aux questions que l'on se pose, conseillera sur la direction à donner à sa vie, permettra de voir l'avenir, ou aidera à prendre de bonnes décisions. Les runes ont peut-être obtenu leur réputation d’instrument de divination quand l’Église chrétienne s’est mise à affirmer qu'elles servaient à jeter des sorts ou à communiquer avec le diable. Bien des partisans du Nouvel Âge semblent affectionner Tolkien, et le fait que ses hobbits utilisent un alphabet runique pourrait avoir raffermi le lien qu'on a créé entre les runes et la magie.

Comment est-ce que le choix au hasard de cailloux portants des marques pourrait vous apprendre quoi que ce soit à propos de vous-même? Peut-être que la lecture des runes est tout bonnement si évocatrice que chacune contient une ou plusieurs affirmations accidentellement pertinentes à propos de ce qui se passe aux limites de la conscience individuelle à un moment donné. C'est la possibilité la plus facile à accepter d'un point de vue strictement scientifique.
 

Le bon médecin qui a écrit ces lignes donne une nouvelle signification non seulement à sa vie mais à la science également. Il affirme néanmoins que, selon lui, la lecture des runes est «transformationnelle» et qu'elle mène à la «découverte» de soi, ce qu’on recherche avidement dans le Nouvel Âge.

Comment un alphabet gravé sur des cailloux peut-il être si utile? La réponse est évidente. N'importe quoi peut-être de source de transformation et de découverte, pour peu qu'on décide que ce le soit. Les runes, le tarot, le Yi-king, l'ennéagramme, le système Myers-Briggs... N’importe quoi peut stimuler le retour sur soi. N'importe quoi peut servir à justifier une décision à propos d'une question non résolue. En arriver à une décision procure du soulagement, fait baisser l'anxiété et peut très bien ressembler à une découverte et une transformation. Recourir à quelque chose comme des runes pour prendre une décision retire à la personne qui le fait une bonne partie de sa responsabilité. Le choix a été fait pour vous par les pierres et votre inconscient, vous n'êtes donc pas responsable si les choses tournent au vinaigre. En outre, comme il n'y a pas d'interprétation standard pour ce genre de choses, vous pouvez toujours changer votre interprétation initiale conformément aux faits nouveaux ou à vos changements d’humeur.

Lorsqu'on est son propre oracle, on ne peut pas perdre.

 

 

Note: Tacite, dans son Mœurs des Germains, décrit le type de divination qu'emploient les tribus germaniques.
Il n'est pas de pays où les auspices et la divination soient plus en crédit. Leur manière de consulter le sort est très simple : ils coupent une baguette à un arbre fruitier, et la divisent en plusieurs morceaux qu'ils marquent de différents signes, et qu'ensuite ils jettent pêle-mêle sur une étoffe blanche. Le prêtre de la cité, si c'est l'État qui consulte, le père de famille lui-même, si ce sont des particuliers, invoque les dieux, et, regardant le ciel, il lève trois fois chaque morceau, et fait son pronostic d'après le signe dont il est empreint.

Tacite ne dit pas que ses signes étaient des runes, mais quelques adeptes du Nouvel Âge interprètent ce passage comme étant la preuve de l'existence des runes dès le premier siècle et de leur usage à des fins divinatoires, ce que le passage qui précède seule ne semble pas justifier.

Il y a toutefois des éléments de preuve que les Scandinaves utilisaient les runes à de telles fins avant le XIIe ou le XIIIe siècle.

Source: Skeptic's Dictionary Retour à l'index

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