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Numéros des enveloppes scellées

Ensemble de tours pour lesquels les mentalistes emploient des enveloppes scellées afin de donner l'illusion qu'ils possèdent des pouvoirs métapsychiques leur permettant de «lire» des écrits sans les voir ou de faire des prédictions à coup sûr. Dans ce dernier cas, le mentaliste fait ses prédictions, les scelle dans une enveloppe ou un autre contenant à fermeture hermétique, récupère ses prédictions au moment convenu dans une atmosphère de grand mystère, et les compare aux événements récents. Cette dernière variante étant beaucoup plus impressionnante que la première, examinons-la en premier.

Dans le site Examiner.com, on trouve sous la plume de Patricia Marin un article qui permet de constater à quel point ce tour donne l'illusion de la réalité. (L'article, Un médium canadien prédit le séisme et le tsunami au Japon, montre aussi qu'on n'exige sans doute pas de longues études en journalisme de ceux qui travaillent pour Examiner.com).

Le 8 mars 2011, le médium Blair Robertson a placé ses prédictions dans une enveloppe scellée qu'on ne devait rouvrir que pendant la collecte de fonds Relais pour la vie de la Société canadienne du cancer à Shawville, au Québec. L'enveloppe a été envoyée d'avance par service de messagerie à l'Hôtel de Ville local et placé dans le coffre-fort de la municipalité. Elle y est demeurée intouchée.

Le maire de Shawville a ouvert l'enveloppe devant près de 200 personnes «cette fin de semaine». «Robertson, écrit Marin, avait prédit qu'un séisme dévastateur suivi d'un tsunami allait frapper le Japon 'vendredi ou samedi'.» (Le tremblement de terre s'est produit à 14 h 26, heure de Tokyo, vendredi le 11 mars.) Comme si la chose ne suffisait pas, Marin ajoute que «Blair Robertson a également prédit le récent séisme en Nouvelle-Zélande, le fait que le pétrole atteindrait les 100 $ le baril, et la chute de Charlie Sheen». Autrement dit, Marin ne met absolument pas en doute les prétendus pouvoirs de Robertson. Elle ne soupçonne aucunement qu'on a employé un truc, et un très bon, d'ailleurs.

La première fois que j'ai vu ce tour, c'était au cours d'un spectacle organisé par le collège communautaire où j'enseignais. M. Stamm, le directeur des études, est monté sur scène avec un mentaliste. On a expliqué à l'assistance que le magicien avait demandé à M. Stamm d'inscrire une série de chiffres sur une feuille de papier. Il l'avait ensuite pliée et insérée dans une enveloppe qu'il avait scellée. Ce soir-là, on a produit l'enveloppe sur scène. Après avoir assuré aux spectateurs qu'il la voyait pour la première fois, le mentaliste avait effectué une manœuvre quelconque, je ne me souviens plus exactement laquelle, et avait écrit des chiffres sur un tableau. Après ouverture de l'enveloppe, à la surprise générale, les chiffres sur le tableau et ceux de la feuille de papier concordaient. Bravo.

Des années plus tard, le magicien américain David Copperfield a prédit, le 17 février 2001, quels seraient les numéros gagnants à la loterie nationale allemande le 13 octobre de cette même année. On avait annoncé au public que la prédiction avait été «mise sous scellés par un notaire et enfermée dans un coffre surveillé en permanence». Selon l'agence Reuters, «Une heure après le tirage des numéros gagnants, on a ouvert le coffre en direct à la télévision, et les chiffres de la prédiction étaient identiques à ceux qu'on venait de tirer: 2, 9, 10, 15, 25, 38, 4». Toujours selon Reuters, Copperfield aurait déclaré qu'il n'y avait pas de trucage. En fait, il a dit: «Il ne s'agit pas d'un trucage comme celui par lequel on fait disparaître la Statue de la Liberté». En effet: il s'agit d'un trucage différent. Quand j'ai parlé de l'événement dans mon blog, en 2001, j'ai écrit:

[D'après Reuters] quand on lui a demandé pourquoi il n'employait pas ses pouvoirs pour gagner à la loterie, Copperfield aurait répondu: «Tout cela m'ennuie, et je ne suis pas joueur»... Le journaliste de Reuters affirme également que Copperfield dit qu'il n'arrive à «voir» les numéros gagnants que lorsqu'il les garde secrets. Dès qu'il les révèle à ses amis, il se trompe. S'il les garde pour lui-même, il voit juste.

Autant la façon dont Reuters a parlé de l'événement que la réception de l'article ont mécontenté Copperfield.* Il a présenté un excellent numéro, et ne prétend aucunement posséder des facultés médiumniques.

Bob Steiner

J'ai demandé à un de mes amis qui se trouve être magicien s'il savait comment Copperfield s'y prend pour le numéro de l'enveloppe scellée. Bob Steiner est l'auteur de Don't Get Taken: Bunco & Bunkum Exposed - How to Protect Yourself, et le fondateur de Bay Area Skeptics. Il a consacré beaucoup de son temps à démasquer des «médiums» fraudeurs, et compte Peter Popoff à son tableau de chasse. Il est également ancien président de la Society of American Magicians. Lorsque je lui ai parlé du tour en question, il m'a envoyé des photocopies de deux articles du Contra Costa Times, l'un daté du 8 juin 1991, et l'autre, du 21 juin 1991. Dans celui du 8, il prédisait les grands titres du 20 juin suivant. Le premier article décrivait comment il avait mis ses prédictions sous scellés. Bob les avait remises lui-même à la direction du journal.

La feuille était placée dans une petite boîte de plastique d'environ six centimètres de long, elle-même enroulée dans un sachet de plastique mis au fond d'un sac de papier refermé par des agrafes, sur lequel le reporter avait apposé ses initiales.

Le tout avait ensuite été inséré dans un pot de mayonnaise, lui-même placé dans un autre sachet de plastique.

Steiner avait ensuite préparé du plâtre de Paris, dont il avait versé une partie dans un contenant en carton de jus d'orange. Il avait déposé le pot de mayonnaise au fond du contenant, avant de verser le reste du plâtre de Paris dessus. Le reporter avait inscrit ses initiales sur le contenant, et l'avait remis à Mike Farnam, représentant de la sécurité chez Burns International Security Services. Farnam lui-même avait placé le tout dans le coffre-fort d'une banque de la Wells Fargo.

Dans l'article du 21 juin (qui narrait le dévoilement des prédictions la veille), on précisait que Bob avait vu juste pour deux des grands titres, mais sa troisième prédiction - Giants/25 - ne correspondait à rien de la première page. Dans la section des sports, en revanche, on trouvait la photo d'un joueur de base-ball qui glissait vers un but lors d'un match des Giants. Le joueur portait le numéro 25.

L'article du 21 précisait que pour le dévoilement des prédictions, «Steiner avait fait appel à quatre volontaires, y compris le maire de Concord, Byron Campbell. Chacun d'entre eux avait, tour à tour, démantelé le dispositif qui protégeait les prédictions, que Campbell avait ensuite lues». Comment Bob s'y est-il pris? Pas question qu'il révèle quoi que ce soit, mais il m'a assuré que «quiconque s'adonne à la prestidigitation peut faire de même». Le tour n'en demeure pas moins spectaculaire.

L'autre variante est peut-être moins impressionnante, mais elle fait partie intégrante du répertoire du mentaliste. Celui-ci demande à un groupe de personnes d'écrire des questions sur des fiches ou des bouts de papier, placés ensuite dans des enveloppes que l'on scelle. Le mentaliste ou le faux médium (pardonnez le pléonasme) pige l'une des enveloppes, réunies dans une corbeille, et la plaque contre son front en feignant un intense effort de concentration. James Randi décrit le déroulement du tour:

Tout repose sur le fait qu'avant de recevoir la corbeille contenant les enveloppes, le médium en a déjà subtilisé une, l'a ouverte et en a mémorisé le contenu avant de la détruire. Il pige ensuite une première enveloppe, fait comme s'il s'agissait de celle dont il a subrepticement pris connaissance, et l'ouvre pour confirmer l'exactitude de sa prédiction. Ce faisant, il a tout le loisir d'en mémoriser le contenu, et de répéter le processus pour chaque enveloppe. Il s'agit simplement d'être en avance d'une enveloppe.*

Assez simple, en définitive, mais très efficace.

Il y a aussi le numéro où le médium décrit un dessin qu'on vient tout juste de tracer, et qu'on a placé dans une enveloppe scellée. Dans certains cas, il suffit de tenir l'enveloppe face à une source de lumière pour voir le dessin en transparence, mais il faut parfois faire preuve de plus de subtilité.

Lors d'une des premières épreuves scientifiques en télépathie, en 1882, le pseudo médium [pléonasme, à nouveau] G.A. Smith et son complice, Douglas Blackburn, ont réussi à tromper les chercheurs de la Society for Psychical Research. Plus tard, Blackburn avouera, et décrira comment son complice et lui durent parfois faire preuve de vivacité d'esprit et improviser des façons inédites de feindre la communication télépathique. À une occasion, par exemple, on avait enveloppé Smith dans des couvertures pour l'empêcher de faire le moindre signe à Blackburn. Smith devait deviner la teneur d'un dessin que Blackburn avait fait en secret sur une feuille de papier à cigarette. Quand Smith s'était exclamé «Je l'ai» et avait soulevé la main droite sous les couvertures, Blackburn était prêt. Il avait enroulé le papier à cigarette autour du piston en laiton du porte-mine qu'il utilisait. Quand Smith avait demandé de quoi écrire, il lui avait passé son porte-mine. Sous les couvertures, Smith avait caché une ardoise couverte de peinture phosphorescente, qui donnait suffisamment de lumière, dans l'obscurité, pour qu'il puisse voir le dessin sur le petit bout de papier. Il n'avait plus eu qu'à le copier.*

Parfois la créativité du mentaliste est mise à rude épreuve, et il doit se débrouiller, comme l'a fait James Randi en substituant les enveloppes, dans une histoire racontée par Massimo Polidoro.

Si votre auditoire est du type à croire n'importe quoi, vous pouvez le tromper à l'aide d'une empreinte d'affranchissement datant de quelques jours. Il vous suffira d'insérer une feuille de papier vierge dans une enveloppe dont vous ne collerez pas le rabat, de mettre l'affranchissement approprié, et de la poster à votre adresse. Quand vous le recevrez, vous pourrez y mettre tout ce que vous voudrez avant de la sceller.

Ou alors, procurez-vous un tour préparé d'avance comme celui-ci, ou celui-ci. Ça devrait faire l'affaire pour les spectacles de charité ou les soirées entre amis.

 

Voir également: Prestidigitation.

 

Source: Skeptic's Dictionary Retour à l'index

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