Accueil » Ressources » Dictionnaire sceptique » Biais de sélection

Biais de sélection

  1. Autosélection des participants à une activité, des répondants à un sondage, ou des sujets dans le cadre d'une recherche expérimentale;
    ou
  2. sélection faite par un chercheur des seuls échantillons ou études qui vont dans le sens de son hypothèse.

Edzard Ernst, m.d., qui a été formé à différents traitements médicaux non conventionnels, donne un bon exemple de ce biais, dont il a été victime pendant qu'il étudiait les effets thérapeutiques d'injections d'une solution faite à partir de gui chez des cancéreux. On lui avait dit que le traitement devait atténuer les souffrances des patients.

Chaque fois que je faisais une injection, les résultats semblaient encourageants, mais les jeunes médecins sont facilement impressionnables, et je ne faisais pas exception à la règle. J'avais mal jaugé un phénomène relativement simple: l'hôpital où je pratiquais était renommé dans toute l'Allemagne par l'approche qu'il appliquait; les patients y affluaient parce qu'ils recherchaient ce type de traitement. Ils étaient prêts à tout essayer, et leurs espoirs étaient grands - assez pour déplacer des montagnes -, en particulier relativement à leurs expériences subjectives et leurs symptômes. C'est ce qu'on appelle le «biais de sélection»; il peut donner l'impression qu'un traitement amène de bons résultats quand, en fait, il n'agit même pas.*

Le biais de sélection explique en partie pourquoi les médiums, tireurs de cartes, chiromanciens et guérisseurs peuvent se vanter du nombre de leurs clients satisfaits: ces clients sont hautement motivés et désirent ardemment que la personne qu'ils consultent réponde à leurs attentes. Ils sont prêts à faire de grands efforts pour établir une correspondance entre ce qu'on leur raconte et leurs vies personnelles. Certains vont même jusqu'à valider des choses dont ils savent qu'elles sont fausses, comme l'un des sujets étudiés par Gary Schwartz, qui a reconnu devant un médium que son mari était décédé, alors qu'il était bel et bien en vie. (Malheureusement, Schwartz n'a pas compris qu'il s'agissait là du biais de sélection et de la validation subjective à l'œuvre. Il y a plutôt vu la preuve de la clairvoyance du médium lorsque le mari de la cliente est mort, peu de temps après, dans un accident d'auto.) D'ailleurs Schwartz lui-même a biaisé sa sélection quand il a fait paraître plusieurs articles démontrant la survie de la conscience après la mort dans le Journal of the Society for Psychical Research. Dans son livre The Afterlife Experiments, il décrit de nombreux sujets, dans ses expériences, qui ne figurent aucunement dans les articles publiés sur elles.

Sceptiques et parapsychologues se sont mutuellement accusés de biaiser le choix des études à inclure dans la méta-analyse des expériences de ganzfeld (Bem et Honorton 1994; C.E.M. Hansel 1989; Hyman 1989; Marks 2000; Radin 1997). Ray Hyman a effectué une première méta-analyse de 42 expériences et n'a découvert aucune preuve de perception extrasensorielle. Honorton, en revanche, a trouvé des preuves d'un «transfert anormal d'informations». En 1994, Bem et Honorton ont publié les résultats d'une méta-analyse de 28 études de ganzfeld et ont cerné de nouveau un transfert anormal d'informations. Julie Milton et Richard Wiseman (1999) ont conclu, pour leur part, que «la technique ganzfeld, pour le moment, ne constitue pas une méthode permettant de reproduire la perception extrasensorielle en laboratoire».

Biais de sélection dans les études sur la prière

L'étude d'Elisabeth Targ sur la guérison à distance grâce à la prière est «reconnue un peu partout comme la tentative la plus rigoureuse jamais faite par la science de découvrir si la prière peut guérir» (Bronson 2002) même si elle ne comptait que 40 sujets. Elle a pourtant été discréditée à cause de l'exploitation inappropriée qu'on a faite de ses données. À l'origine, l'étude devait déterminer si la prière avait un effet sur le taux de mortalité de sidéens, mais on a changé cet objectif après la fin de l'étude pour voir s'il n'y avait pas de corrélation significative entre la prière et une vingtaine de maladies associées au sida, comme la diarrhée et la candidose buccale. Le statisticien de l'équipe a pu découvrir une demi-douzaine de ces corrélations. On les a sélectionnées comme si elles constituaient l'objet principal de l'étude, une fois qu'il fut devenu apparent que la prière n'avait aucun effet sur le taux de survie.

Biais de sélection dans les enquêtes et les sondages

Norman Bradburn, directeur du National Opinion Research Center de l'université de Chicago, met en garde contre ce qu'il appelle les sondages aux répondants auto-sélectionnés, qu'il compare aux tribunes téléphoniques. Ils attirent une tranche de la population qui ne la représente pas dans son ensemble. «Ce genre de sondages sèment donc la désinformation et la confusion au sein des débats sociopolitiques sérieux, à peu près partout et en toutes circonstances» (Morin).

Le caractère inexact de tels sondages devrait sauter aux yeux. Ceux qui appellent pour donner leur opinion sont auto-sélectionnés plutôt que choisis au hasard. Il appert que les personnes prêtes à téléphoner pour donner leur opinion une fois vont renouveler l'expérience. Ainsi, pour un sondage du journal américain USA Today qui invitait le public à répondre, 81 % des plus de 800 répondants étaient d'avis que «Donald Trump symbolisait ce qui a fait des États-Unis un grand pays». Par contre, 72 % des appels favorables venaient de deux appareils téléphoniques situés dans les bureaux d'une compagnie s'assurance.
 
La chaîne de télévision CBS s'est laissé tenter par les sondages de ce genre pour son émission «America on the line», pour deux sondages effectués immédiatement après le discours sur l'état de l'Union par le président Bush père. Dans un premier sondage, 314, 786 répondants auto-sélectionnés ont appelé; dans un deuxième, mené de façon plus scientifique, 1241 adultes ont été choisis à l'avance. Ce dernier sondage devait en quelque sorte servir de contrôle pour le premier. La chaîne a plus tard souligné la similitude des résultats, ce qu'a repris le Washington Post le lendemain: «en gros, les deux sondages ont produit les mêmes résultats». L'affirmation ne correspond nullement aux faits. «Pour deux des neuf questions posées dans les deux sondages, les résultats différaient par plus de 20 points de pourcentage. Pour cinq autres, la différence était de 10 points ou plus» (Morin, cité par Carroll 2005, p. 147).

Certaines enquêtes célèbres ont été entachées par le biais de sélection. Le travail d'Alfred C. Kinsey, par exemple, est la source d'un chiffre très souvent cité à propos de l'homosexualité, à la fois dans les publications scientifiques et les médias de masse, même s'il a été obtenu à partir d'échantillons biaisés. On reprend souvent les célèbres travaux effectués dans les années 1950 par Kinsey sur le comportement sexuel pour affirmer que 10 % de la population dans son ensemble est homosexuelle. En fait, dans de nombreuses études, le pourcentage des adultes qui se décrivent comme exclusivement homosexuels est bien en-deçà du 10 %, et tombe parfois entre 1 et 2 %.* Il faut toutefois souligner que «la méthodologie des recherches-sondages produit souvent une sous-déclaration des comportements dépréciés».*

Kinsey a obtenu ses données, en partie, en distribuant des questionnaires à des détenus et aux personnes qui assistaient à ses conférences sur la sexualité; il ne s'agissait guère d'un segment représentatif de l'ensemble de la population étatsunienne (Carroll 2005, p. 140). Pour ses études sur la sexualité masculine, «il a interviewé uniquement des homme de race blanche, surtout de classes socio-économiques inférieures».*

Une étude qui utilisait comme critère d'homosexualité l'attirance envers les représentants du même sexe a conclu que «8,7, 7,9 et 8,5 % des hommes et 11,1, 8,6 et 11,7 % des femmes aux États-Unis, au Royaume-Uni et en France respectivement faisaient état d'une forme d'attirance homosexuelle, mais d'aucun comportement homosexuel depuis l'âge de 15 ans».*

En 1994, le sociologue Edward Laumann et son équipe de sociologues se sont penchés sur le comportement sexuel des Américains. Ils ont interviewé un échantillon représentatif de la population américaine âgé de 18 à 59 ans. Laumann a découvert qu'au cours d'une période de cinq ans, 4,1 % des américains et 2,2 % des américaines avaient eu des activités sexuelles avec une personne du même sexe que le leur. Si l'on étend la période étudiée à leur vie entière, les totaux passent à 7,1 % pour les hommes et 3,8 % pour les femmes.*

Paul et Kirk Cameron ont écrit, en 1998: «L'étude "définitive" de l'Université de Chicago, en 1994, a estimé la prévalence de l'homosexualité chez les adultes à 2,8 % chez les hommes et 1,4 % chez les femmes. Si l'on exclut les plus de 59 ans, les estimations devaient se situer autour de 2,3 % et 1,2 %»*. Une étude menée en Grande-Bretagne en 2000 révélait qu'environ 2,6 % des hommes et des femmes signalaient avoir eu un partenaire du même sexe au cours des cinq années précédentes, et que 8,4 % des hommes et 9,7 % des femmes signalaient avoir eu au moins une expérience sexuelle avec un partenaire du même sexe.*

On peut bien se demander, cependant, s'il est réellement possible d'obtenir des données non biaisées pour déterminer quel pourcentage d'une population humain quelconque est homosexuel. Étant donnés les interdits religieux qui ont longtemps existé à propos de l'homosexualité, et le rejet plus ou moins violent qu'on a très souvent opposé à cette forme de comportement, ainsi que les persécutions dont il a fait l'objet, on peut penser que ceux qui abordent le sujet sont motivés par autre chose que la simple recherche de la vérité. Les résultats vont différer selon la façon dont chacun définit des termes comme «gay», «lesbienne» et «homosexuel». Les méthodes de collecte de données peuvent varier grandement, et les participants à de telles études pourraient ne pas vouloir outre mesure révéler grand-chose à propos de leur vie sexuelle.

Il est quelque peu ironique de constater qu'on se fie autant à cette statistique de 10 %, tirée des travaux de Kinsey. Comme l'a fait remarquer Michael Shermer, le chercheur avait clairement dit ne pas croire qu'on pouvait scinder l'ensemble des hommes «en deux groupes distincts, les hétérosexuels et les homosexuels». Il affirmait que «la taxonomie montre bien comment la nature ne comprend que rarement des catégories distinctes. Seul l'esprit humain invente de telles catégories et tente ensuite de réduire les faits à elles» (Shermer 2005, p. 246). La nature présente un biais en faveur de la variété. L'idée que chacun devrait entrer dans de belles petites cases comme «gay» ou «hétéro», ou même «masculin» ou «féminin» ne tient pas compte des leçons tirées de l'évolution. Toute étude qui crée de telles fausses dichotomies est sans doute trompeuse.

 

Source: Skeptic's Dictionary Retour à l'index

Haut de page
© 2016 Robert Todd Carroll (version anglaise)
© 2017 Les Sceptiques du Québec (version française)