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Acupuncture simulée

Mode de contrôle employé dans les études scientifiques portant sur l'efficacité de l'acupuncture dans le traitement de diverses maladies ou troubles. Dans l'étude contrôlée idéale, les sujets ignoreraient s'ils reçoivent un véritable traitement d'acupuncture ou un traitement simulé. Si les résultats obtenus grâce à l'acupuncture véritable ne sont pas supérieurs de façon marquée à ceux de l'acupuncture simulée, on pourrait en conclure que l'effet de l'acupuncture relève d'un conditionnement et de l'effet placebo. Au contraire, si l'acupuncture présente un effet beaucoup plus prononcé que l'acupuncture simulée, la chose pourrait indiquer qu'un mécanisme autre que le conditionnement et l'effet placebo entre en jeu. Notons ici que par «effet placebo», on entend de nombreux éléments non invasifs ou non interventionnels du traitement médical, y compris:

  • toute suggestion venant du thérapeute
  • la foi que le patient peut avoir relativement à son thérapeute et sa pratique
  • les attentes du patient et son espoir de guérison
  • l'attitude du thérapeute (l'attention qu'il accorde, la sincérité qu'il dégage, la chaleur humaine dont il fait preuve, ses connaissances)
  • les rituels et le déploiement extérieur associés à la prestation des soins, entre autres, le jargon technique qui s'y trouve associé, les uniformes spéciaux et l'équipement médical employés, l'organisation de l'endroit où se donne le traitement, etc.

D'autres facteurs peuvent sembler plus banals, mais néanmoins jouer sur les attentes du patient, par exemple, la couleur des murs de la salle où se donne le traitement, ou encore, la couleur des comprimés administrés.

D'autres facteurs (que G.S. Kienle et H. Kiene appellent de «fausses impressions d'effet placebo» peuvent compliquer la mesure de l'efficacité de traitements comme l'acupuncture, lorsqu'on tente de savoir si elle est due à l'implantation d'aiguilles à des points précis, selon une méthode traditionnelle ou idiosyncratique. Ces «faux placebos» peuvent inclure

  • une amélioration spontanée de l'état du patient
  • une fluctuation des symptômes
  • une régression à la moyenne
  • un traitement additionnel (pendant l'étude même)
  • la déférence du patient ou son esprit de subordination (le patient ne veut pas décevoir son thérapeute)
  • les réactions conditionnées
  • une erreur de jugement d'origine névrotique ou psychotique
  • un phénomène psychosomatique*

Il faut remarquer que les facteurs placebo et faux placebo constituent des difficultés pour les chercheurs dans tous les domaines de la science médicale, et non pas seulement pour ceux qui étudient les effets de l'acupuncture.

Parfois, l'acupuncture simulée est comparée à une autre thérapie, par exemple la prise d'aspirine pour les maux de dos. Si l'acupuncture simulée présente une supériorité significative par rapport à l'autre thérapie, ce pourrait très bien être parce que les sujets de l'étude ont des attentes élevées ou faibles à propos de l'efficacité des traitements en fonction de leurs croyances ou de leurs expériences passées. Le déroulement même de la séance d'acupuncture simulée pourrait contribuer à son efficacité. Être inclus au hasard parmi ceux qui bénéficieront du traitement d'acupuncture (où l'on ferait croire au sujet qu'ils vont recevoir ou qu'ils pourraient recevoir un véritable traitement d'acupuncture), peut accroître les attentes quant à l'efficacité au sein du groupe. Se voir inclus au hasard parmi ceux qui recevront de l'aspirine pourrait faire baisser les attentes relativement à l'efficacité au sein de ce groupe.

Il arrive qu'un troisième groupe, recevant un autre type de traitement, est utilisé dans les études sur l'acupuncture à des fins de comparaison avec l'acupuncture véritable et simulée. Certaines études particulièrement bien conçues ont ainsi montré que les deux formes d'acupuncture présentent une efficacité à peu près équivalente dans le cas de certains traitements, et dépassent le traitement conventionnel fondé sur la science. De tels résultats tendraient à montrer que les facteurs placebo expliquent en tout ou en partie l'efficacité de l'acupuncture.

Le contrôle à double insu idéal dans une étude sur l'acupuncture imiterait parfaitement le traitement réel, mais sans que se fasse l'insertion des aiguilles dans la peau du patient, ni que l'acupuncteur sache s'il est en train d'effectuer un traitement réel ou non. Jusqu'à présent personne n'a découvert une façon de cacher à un acupuncteur s'il est en train d'insérer véritablement une aiguille sous la peau, ou s'il est en train de le faire aux bons endroits. La chose peut paraître impossible, mais on a déjà vu plus étrange.

En pratique, l'acupuncture simulée comporte différentes variétés. Dans l'une d'elles, on insère les aiguilles à des emplacements non traditionnels tout en imitant l'acupuncture traditionnelle sur tous les autres points. Dans un tel cas, le sujet doit ignorer si les aiguilles sont insérées conformément à la pratique traditionnelle, ou alors, on doit lui cacher les points d'insertion (à l'aide d'un écran ou d'un produit anesthésiant?).

Pour un autre type d'acupuncture simulée, on emploie une méthode qui empêche les aiguilles d'être véritablement insérée sous la peau, que ce soit à des points traditionnels ou non. Si la simulation se fait à des points traditionnels, on n'a pas besoin d'empêcher le patient de voir où se déroule la simulation. Une étude suédoise sur l'acupuncture en tant que traitement contre la nausée a eu recours à cette méthode, qu'on décrivait ainsi: «le traitement simulé... employait une aiguille en tout point semblable aux aiguilles réelles, mais qui se rétractait dans son support aux contacts avec la peau». Pour cette méthode, il faut que le sujet pense qu'il a été piqué, même si ce n'est pas le cas.

Il est important que les patients qui font partie du groupe recevant le traitement simulé pensent qu'ils reçoivent un véritable traitement d'acupuncture. Idéalement, les patients du groupe d'acupuncture véritable ne doivent pas savoir si leur traitement à eux est réel ou non. Il est également important que les acupuncteurs mêmes ne donnent aucune indication à ce sujet aux personnes qu'ils traitent. La personne qui accorde un traitement d'acupuncture simulée doit être un acteur, et doit prendre soin de cacher son jeu soigneusement. L'étude dans laquelle un sujet peut facilement savoir s'il reçoit ou non un véritable traitement d'acupuncture se trouve compromise parce qu'elle ne peut mesurer l'effet placebo, à moins que, bien sûr, que l'on présume que la seule chose à mesurer quand on se penche sur l'efficacité de l'acupuncture, c'est un effet placebo.

 

Source: Skeptic's Dictionary Retour à l'index

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