| Ardoise spirite |
![]() Vieux tour de passe-passe par lequel des médiums faisaient croire à leurs clients que des esprits traçaient à la craie des messages «métapsychiques» sur des ardoises d'écolier. De façon typique, on commençait par montrer au client une ardoise vierge qu'on dissimulait ensuite à son regard, puis qu'on ressortait couverte d'un message d'origine apparemment surnaturelle. On attribue l'invention de ce tour à Henry Slade (1840-1905), qui l'a incorporé dans son arsenal médiumnique. Slade se faisait également passer pour un médium guérisseur, ce qui fait qu'on lui donne encore du docteur de nos jours. Bien qu'il soit impossible de dire avec certitude s'il est véritablement le créateur du tour, il l'a sans aucun doute popularisé, ce qui lui a valu plusieurs condamnations pour fraude. La manœuvre pouvait s'accomplir de différentes façons, soit par la substitution de l'ardoise vierge par une autre contenant un message écrit d'avance, soit par écriture subreptice sur l'ardoise vierge, à l'aide d'un bout de craie que le médium dissimulait sur lui. On pouvait agir avec ou sans l'aide d'un complice, mais quoi qu'il en soit, bien exécuté, le tour devait être assez spectaculaire.
Délaissé par la chance, il est mort dans la pauvreté dans un sanatorium de Battle Creek, au Michigan. L'idée qu'un esprit puisse gribouiller des platitudes sur une ardoise dissimulée à la vue peut sembler de nos jours tout aussi absurde que tirer un bout d'étamine de sa manche en décrétant qu'il s'agit d'un ectoplasme venu de l'au-delà, mais il y eut une époque où de tels exploits étaient pris très au sérieux par ceux et celles qui cherchaient des preuves d'une vie après la vie. Le fait que la science avançait à pas de géant et en découvrait de plus en plus long sur l'univers, confirmant ainsi une vision de plus en plus matérialiste du monde, a dû en déconcerter plus d'un et affaiblir les capacités, autant de profanes que de scientifiques, à penser de façon critique. Peu importe la raison, ce qui nous semble aujourd'hui carrément entaché de fraude (les séances dans des pièces plongées dans l'obscurité, les bruits mystérieux venus de nulle part, les apports et déports, la photographie métapsychique, etc.) a déjà été accepté par des gens pourtant éduqués, parfois d'éminents scientifiques, comme autant de preuves d'une vie après la mort. Ainsi, le physicien Johann Zollner, pourtant expert en matière d'illusions, s'est laissé avoir par Slade et a même écrit un livre (Transcendental Physics) dans lequel il déclarait que son tour de passe-passe était en fait carrément une preuve du surnaturel.
Sir William Fletcher Barrett, professeur de physique au Royal College of Science de Dublin et l'un des fondateurs de la Society for Psychical Research, encore existante de nos jours, a écrit à propos de Slade:
Alfred Russell Wallace, codécouvreur de la sélection naturelle, était convaincu que les ardoises spirites démontraient l'existence des esprits. Il en était convaincu, disait-il, malgré le procès établissant la fraude de Slade. Il en était convaincu parce qu'il avait vu le phénomène de ses propres yeux! En 1876, le célèbre prestidigitateur J.N. Maskelyne fut l'un des principaux témoins à charge contre Henry Slade quand on l'accusa de fraude au Royaume-Uni. Le procès attira beaucoup l'attention, et même si le grand physicien Lord Rayleigh (1842-1919) avait publiquement déclaré que les exploits de Slade étaient réels, Maskelyne put facilement démontrer à la satisfaction de la cour que c'était bel et bien l'Américain qui faisait parler les ardoises (James Randi). Wallace écrivit la lettre suivante à l'éditeur du Spectator du 6 octobre 1877:
En 1886-1887, les chercheurs en physique Richard Hodgson (1855-1905) et S.J. Davey «ont révélé la fraude des ardoises spirites, mettant ainsi virtuellement fin à l'emploi de cette technique par les médiums». Wallace a donc été pour ainsi dire le dernier des fidèles. En 1887, Hodgson est devenu secrétaire de la toute nouvelle American Society for Psychical Research. Il est demeuré sceptique à propos de la plupart des médiums et de leurs tours, jusqu'à ce qu'il s'entiche de Mme Leonore Piper. Le récit de sa conversion peut montrer pourquoi bien des gens avertis, y compris des scientifiques de formation, finissent par se laisser berner.
Il est facile de se tromper quand on éprouve un besoin irrésistible de survivre à la mort et de retrouver les personnes que l'on aime - quand on veut croire, malgré toutes les preuves du contraire, que l'univers n'est pas indifférent à notre présence. Même la survie de la conscience et d'une intentionnalité n'étanche pas la soif cosmique de certains. Il leur faut, comme Hodgson, un univers d'amour et de sagesse ineffables. Leur mysticisme ne peut se contenter ni du fait qu'ils existent, contre toutes probabilités, en tant qu'êtres conscients ni de ce que leur apprend la science. Ajoutez à cette exigence la conviction qu'on est trop malin pour se faire arnaquer par le premier médium venu, et vous avez l'explication de la crédulité de certains érudits.
Source : skepdic.com |
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