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Lecture rapide

Prétendue capacité de lire 10 000 à 25 000 mots la minute. À titre d'exemple, Howard Berg affirme pouvoir lire 25 000 mots la minute en parcourant "15 lignes à la fois dans un mouvement de va-et-vient", ce qui donnerait 80 à 90 pages la minute environ. De la sorte, Berg ne mettrait qu'un quart d'heure pour lire Guerre et Paix de Tolstoï.

George Stancliffe prétend avoir montré à une femme souffrant d'une incapacité de lecture à lire 18 000 mots la minute. Un tel exploit, précise-t-il, se voit fréquemment chez les enfants, mais demeure rare chez les adultes.*

Selon Anne Cunningham, professeur en Éducation à l'université de Californie à Berkeley et spécialiste de la lecture, les tests mesurant les saccades (mouvements synchrones des deux yeux permettant la vision des détails) pendant la lecture montrent qu'on peut lire avec exactitude 300 mots la minute au plus. "Ceux qui prétendent lire 10 000 mots la minute font ce qu'on appelle du survol", ajoute-t-elle. C'est avant tout la vitesse à laquelle on peut reconnaître et comprendre les mots et expressions figurant sur la page qui détermine la vitesse de lecture. Le lecteur rapide possède un excellent "vocabulaire de reconnaissance", qui lui permet de voir et de déchiffrer les mots plus vite que le lecteur moyen. Pour améliorer sa vitesse de lecture, dit-elle, il faut chercher à appliquer des stratégies de compréhension et d'études (Robertson).

D'après d'autres sources, "au collégial, l'étudiant moyen lit 250 à 350 mots la minute lorsqu'il s'agit d'oeuvres de fiction ou de textes non techniques", et une "bonne" vitesse de lecture se situerait entre 500 et 700 mots la minute.* À première vue, il semble logique de penser qu'on puisse lire plus vite a) en passant moins de temps entre les mouvements oculaires; b) en englobant davantage de mots à chaque regard; et c) en continuant toujours au lieu de revenir en arrière pour relire des détails. Un bon vocabulaire de reconnaissance permet sûrement d'aller dans ce sens, tout comme le fait de chercher consciemment à lire plus vite.

Berg a transformé quelque peu un ancien cours de lecture rapide (Reading Dynamics), populaire aux États-Unis il y a quelques dizaines d'années auprès de gens célèbres comme John F. Kennedy. Un journaliste ayant assisté au cours de Berg rapporte qu'en cinq heures, il n'a pas beaucoup parlé de compréhension, sinon pour promettre vaguement qu'elle viendrait avec le temps. Plusieurs des 35 étudiants présents, qui avaient déboursé 51 $ US chacun pour suivre le cours, ne s'en procurèrent pas moins les cassettes qu'on leur proposait pour 65 $ (Robertson).

Ceux et celles qui désirent lire plus vite auront davantage intérêt à suivre des cours portant sur les techniques d'étude, le vocabulaire et la compréhension de textes. Il leur en coûtera moins cher, et ils ne perdront pas leur temps à tenter de lire dix lignes à la fois dans un mouvement de va-et-vient. Il s'éviteront également la frustration de découvrir que, s'il est possible d'aller beaucoup plus vite en survolant un texte, ce truc ne sert pas à grand-chose (sinon à parcourir la plupart des articles de journaux; pour ce qui est d'un manuel de physique ou d'un bon roman, c'est autre chose). Comprendre et goûter des mots, ou juger des idées de cette manière est à peu près impossible. Or, pourquoi lire de la fiction, sinon pour en goûter les mots et en juger les idées? Et qui voudrait recourir aux services d'un médecin ou d'un avocat qui survole ses textes au lieu de les lire?

 


 

* Apparemment, il n'y a qu'une seule personne capable de lire à de telles vitesses avec une compréhension quasi parfaite. Il s'agit de Kim Peek, qui peut lire deux pages à la fois en utilisant ses deux yeux séparément, tout en retenant 98% du sens du texte. Personne ne sait comment il s'y prend, mais il est né sans corps calleux, cette zone du cerveau qui relie les deux hémisphères. On trouve cependant d'autres cas de personnes nées sans corps calleux, où dont le corps calleux est devenu inopérant à la suite d'une opération chirurgicale, et on n'a pas constaté chez elles d'augmentation de leur capacité à lire ou à retenir ce qu'elles ont lu. Kim se souvient de la majeure partie des 7600 livres qu'il a lus, mais comme personne ne sait comment il fait, il est impossible d'enseigner sa méthode à qui que ce soit.

Kim Peek a servi en partie de modèle pour Raymond, l'idiot savant du film Rain Man.
 

Source: Skeptic's Dictionary Retour à l'index

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