Subliminal

Adjectif signifiant «sous le seuil de la conscience».

Le stimulus véritablement situé en deçà du seuil de la sensation ne peut, par définition, être perçu d'un sujet, mais on emploie souvent ce terme en référence à la perception consciente. Il existe une croyance répandue, quoique sans véritable fondement empirique, voulant que le comportement d'un sujet puisse être modifié de façon significative par des messages subliminaux dont le contenu et la présence vont pourtant demeurer indécelables. Il serait donc possible d'influencer autrui en manipulant subrepticement son inconscient à l'aide de mots ou d'images. Si la chose était vraie, les publicistes pourraient orienter le comportement des consommateurs en leur faveur en dissimulant des messages subliminaux dans leurs publicités. Le gouvernement - ou tante Bérengère, pourquoi pas? - pourraient devenir maître de nos corps et nos esprits à notre insu. D'un autre côté, on pourrait étudier plus facilement en écoutant de la musique dans laquelle seraient dissimulés des messages subliminaux. Malheureusement, «... des années de recherche ont démontré que la stimulation subliminale n'avait que des effets très limités» et qu'elle n'est guère efficace lorsqu'il s'agit de modifier le comportement (Hines, 312).

Cette conclusion n'a pas empêché de nombreuses entreprises de produire et de mettre en marché des enregistrements censés communiquer directement avec l'inconscient de l'«auditeur» pour le décourager de voler, pour l'inciter à faire preuve de courage ou à croire en ses capacités d'accomplir de grandes choses. Le public américain consacre jusqu'à 50 millions de dollars chaque année à des produits de croissance personnelle à contenu subliminal (Journal of Advertising Research, repris par Dennis Love, Sacramento Bee, 14 sept. 2000). Une de ces entreprises, Hypnotictapes.com, offre une vaste gamme de tels enregistrements, développés par James H. Schmelter, hypnothérapeute, titulaire d'une maîtrise en administration des affaires et soi-disant expert en science synergique. Si vous n'aimez pas les produits de Schmelter, essayez plutôt ceux de Mindwriter Subliminals, entreprise d'experts en «reprogrammation humaine».

Il est exact que nous percevons des choses sans en être toujours conscients, mais il pourrait être bon de rappeler à ceux qui enregistrent des messages sur un support quelconque et qui ajoutent ensuite une trame musicale assez forte pour les enterrer que la seule chose qui demeure audible - et par conséquent perceptible - dans leur enregistrement, c'est la musique. Rien ne montre qu'il est possible d'entendre un message masqué par des sons plus forts. Évidemment, si le message en question n'était pas masqué, il n'aurait rien de subliminal.

Il semble qu'on croie au pouvoir des messages subliminaux depuis 1957, lorsqu'un publiciste américain, James Vicary, a raconté qu'il avait réussi à faire grimper les ventes de maïs soufflé de 58 % et celles de Coca-Cola de 18 % dans une salle de cinéma du New Jersey en faisant paraître très brièvement à l'écran les messages «Buvez Coca-Cola» et «Faim? Maïs soufflé». Il ne s'agissait que d'une pure fabulation, mais même si personne n'a été capable de reproduire ce supposé exploit, la légende est demeuré vivante. Elle a été reprise par Vance Packard dans La persuasion clandestine (The Hidden Persuaders, 1957), ouvrage qui a fait partie des lectures obligatoires de générations de collégiens.

La croyance a atteint un sommet surréaliste en 1980 à la suite de la publication de The Clam-Plate Orgy and Other Subliminals the Media Use to Manipulate Your Behavior (Partouze chez les moules - Les méthodes subliminales qu'emploient les médias pour manipuler votre comportement) de Wilson Bryan Key. L'ouvrage a connu une réédition sous un titre encore plus titillant: Subliminal Adventures in Erotic Art (Aventures subliminales dans le monde de l'art érotique). L'auteur affirmait que les publicistes utilisent des messages subliminaux de nature profondément sexuelle afin de manipuler le comportement des consommateurs, en cachant, par exemple, des silhouettes suggestives et le mot «sexe» dans des images de choses comme des glaçons ou des plats divers. En examinant avec attention le menu d'un restaurant Howard Johnson, Key a ainsi déterminé que le plat de moules représenté sur le menu était en fait une véritable partouze à laquelle prenaient part diverses personnes et un âne. Entre autres choses absolument non fondées, Key affirme que l'inconscient traite les messages subliminaux à la vitesse de la lumière. En fait, les processus cérébraux les plus rapides font à peine du 60 km/h (Hines).

Malgré le fait qu'il n'y a aucun corpus de preuves solides au sujet de l'efficacité de la publicité subliminale, la Federal Communications Commission des États-Unis (FCC) a publié en 1974 une ordonnance dans laquelle on pouvait lire que les diffuseurs qui présentent sciemment des publicités subliminales agissent «à l'encontre de l'intérêt public». En septembre 2000, les sénateurs Ron Wyden de l'Oregon et John Breaux de la Louisiane se sont plaints auprès de la FCC à propos d'une publicité du Parti républicain qui montrait le mot «RATS» (ou «BUREAUCRATS») au petit écran pendant 1/30 de seconde. «Nous avons des raisons de croire que les diffuseurs présentent des publicités télévisuelles contenant des messages subliminaux de façon contraire à l'intérêt public», ont-ils déclaré, apparemment sans tenir compte du fait que ce qui n'est pas capté par le cerveau est peu susceptible d'avoir le moindre effet sur la personne, et que c'étaient leurs craintes qui étaient contraires à l'intérêt public.

 

Source: Skeptic's Dictionary Retour à l'index

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