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Amy Eliza Tanner (1877-1964)

«Pas plus qu'un chien en laisse, les femmes ne pourront faire connaître
leurs véritables penchants que lorsqu'elles seront libres de choisir.»
Amy Tanner

 

Après l'obtention d'un doctorat en philosophie de l'université de Chicago en 1898 (avec mention magna cum laude), incapable de décrocher un poste en recherche ou en enseignement où que ce soit d'autre, Amy Tanner est demeurée pendant quatre ans auprès de son alma mater comme professeure agrégée de philosophie.

À cette époque, la dernière décennie du XIXe siècle, l'histoire des femmes aux États-Unis entrait dans une période tumultueuse, qui a vu l'émergence de ce qu'on a appelé la Nouvelle Femme: une représentante du sexe féminin de la classe moyenne, éduquée, et qui cherchait à se réaliser par la philanthropie ou le travail rémunéré.
 
Amy Tanner
Fondée en 1892, l'Université de Chicago devint rapidement un point focal important pour la Nouvelle Femme, par sa situation de centre important pour l'éducation supérieure féminine, surtout dans les sciences sociales. Contrairement à beaucoup d'institutions semblables, qui refusaient d'accorder des doctorats à des étudiantes, quand d'aventure elles permettaient à des femmes de s'inscrire et de poursuivre des recherches dans leurs laboratoires, non seulement l'Université de Chicago accueillait des femmes dans ses rangs, mais elle favorisait leur développement pédagogique. Bien que des femmes aient trouvé difficile d'obtenir des emplois permanents dans les facultés de l'Université, par rapport aux normes d'aujourd'hui, l'établissement offrait des occasions franchement uniques.*

La photo de Tanner ci-dessus est tirée d'un cliché du Club de philosophie de l'Université de Chicago datant de 1896. On peut y voir également John Dewey et George Herbert Mead, de même que quatre autres femmes (sur un total de 17 personnes). Malgré son diplôme en philo, Tanner travaillait en psychologie et en psychologie sociale. «Tout au long de sa carrière, ce sont presque exclusivement des journaux de psychologie qui ont publié sa recherche ou qui en ont parlé.»* En tant que discipline distincte, possédant sa propre faculté universitaire décernant des diplômes, la psychologie s'est séparée de la philosophie et de la physiologie à la fin du XIXe siècle. (Pour un survol de l'histoire de la psychologie, cliquer ici [en anglais].)

En 1902, elle fut nommée professeur de philosophie au Wilson College de Chambersburg, en Pennsylvanie. En 1904, elle publia The Child: His Thinking, Feeling and Doing [L'enfant: Pensée, sentiments et agissements]. En plus de ses travaux en psychologie du développement, Tanner mena des études sur le travail de serveuse, ainsi que sur la vie et les conditions de travail dans les mines de charbon de Pennsylvanie. Dans les deux cas, elle s'intéressait principalement à l'effet de ces occupations sur l'esprit et le corps. Elle devint une championne de la réforme du travail, mais sa propre activité professionnelle dans le domaine prit fin abruptement lorsqu'elle accusa publiquement le directeur du projet auquel elle travaillait de plagiat.

G. Stanley Hall

En 1907, déçue de ce que sa carrière n'allait nulle part malgré de brillantes études et des publications de premier rang, elle écrivit à G. Stanley Hall (à droite), président de l'Université Clark, à Worcester, au Massachusetts, pour lui demander une bourse de recherche en psychologie.* Elle n'avait pas choisi Hall au hasard. Il avait étudié sous la direction de Wilhelm Wundt, qui avait inauguré le premier laboratoire de psychologie expérimentale, en 1879, à l'Université de Leipzig, en Allemagne. En 1883, Hall avait établi le premier laboratoire du genre aux É.-U., à l'Université John-Hopkins. Le premier doctorat décerné en psychologie par une université américaine est allé à l'un de ses étudiants, Joseph Jastrow. En 1892, Hall fonda l'American Psychological Association (APA), dont il fut le premier président. Il fonda également l'American Journal of Psychology (1887) et le Journal of Applied Psychology (1917). Hall devint aussi le premier président de l'Université Clark, fondée en 1887, qui est la plus ancienne institution d'éducation des É.-U. dédiée exclusivement aux études supérieures. Avec Harvard et Yale, elle est l'une des trois seules universités de la Nouvelle-Angleterre qui est membre fondatrice de l'Association des universités américaines.

Hall fut clairement impressionné par les titres et les travaux de Tanner. Plutôt que de démissionner carrément, elle demanda à son employeur un congé prolongé et accepta le poste de chercheur boursier honoraire à Clark. Deux ans plus tard, Tanner fut nommée chef du département de pédagogie expérimentale de l'Institut d'étude sur l'enfance de Clark. Durant cette période, elle rédigea de nombreux comptes-rendus d'ouvrages pour l'American Journal of Psychology de Hall, en se concentrant sur l'éthique et l'examen critique de la recherche métapsychique. Elle y publia également des articles comme «Spinoza et la psychologie moderne» (1907) et «Certains aspects sociaux de l'invention» (1915).* En 1911, on la nomma au poste d'assistant à la recherche de l'Institut d'étude sur l'enfance. Tanner présenta fréquemment à des groupes communautaires des conférences sur la pensée des enfants en matière de moralité.* Incapable d'obtenir un poste permanent, Tanner quitta Clark, la psychologie et le monde universitaire en 1918. Elle fit l'achat du cinéma Majestic de Worcester, qu'elle exploita plusieurs années.

L'établissement de 350 places avait été ouvert par un machiniste en 1909; rapidement, il était devenu un des lieux privilégiés de la classe laborieuse et immigrante de la ville. Au moment où Tanner en fit l'acquisition, la salle de cinéma en tant qu'institution sociale se transformait et passait d'une forme de loisir destiné principalement aux travailleurs à un endroit s'adressant à un public plus étendu. La salle de Tanner continua d'accueillir avant tout un auditoire composé d'hommes mal dégrossis, fait qu'elle illustra dans un profil publié dans un journal local dans le cadre d'une série d'articles sur les femmes au travail de Worcester. Elle y rappelait au lecteur que son cinéma était fait «avant tout pour ces messieurs», et qu'elle en décidait la programmation à l'avenant. Malgré tout, elle était convaincue que ses clients étaient mieux servis par une femme, et rappelait comment les spectateurs ivres qui chahutaient se montraient plus polis envers une dame réclamant le silence. D'après son expérience, quand un homme s'acquittait de ce rôle, les choses dégénéraient rapidement. Elle concluait en rappelant qu'elle demeurait une psychologue, même si elle avait abandonné sa première vocation. Le cinéma lui offrait «une chance d'étudier les gens et d'appliquer des idées dans une certaine mesure». En ce sens, Tanner était retournée à l'ethnographie, quoiqu'elle ne publia rien d'autre à propos de ses expériences avec le cinéma. Au début des années 1920, la direction de la salle de cinéma avait remplacé l'observation de la vie psychologique en tant que principale occupation.*

En 1909, Hall eut l'occasion d'assister à six séances données par Mme Leonora Piper (1859-1950), la plus célèbre médium de son temps. Il choisit de s'y faire accompagner par Tanner pour qu'elle lui serve d'assistante. Le résultat de leur enquête parut en 1910 sous le titre de Studies in Spiritism [Études sur le spiritisme], avec le seul nom de Tanner comme auteur, Hall se limitant à la rédaction de l'introduction ainsi que d'un chapitre avec ses notes et commentaires. Le travail demeure un des classiques du scepticisme scientifique relatif aux médiums. Contrairement à nombre d'observateurs qui s'étaient convaincus des facultés médiumniques de Mme Piper, ni Hall ni Tanner ne trouvèrent nécessaire de formuler l'hypothèse d'une forme de communication avec les esprits ou de télépathie pour expliquer ce que faisait la dame. Plutôt, Hall et Tanner considéraient que leur travail contribuerait à dissiper l'obscurantisme de la superstition et à diffuser la lumière de la science.

Les séances

Leonora Piper

Pendant plus de 25 ans, de nombreux scientifiques, «parmi les plus sérieux d'Angleterre» et des États-Unis avaient examiné les activités de Mme Piper. Celle-ci s'était rendue célèbre par ses séances, au cours desquelles, habituellement, elle entrait en transe et canalisait un esprit qui écrivait ou parlait par son intermédiaire. Elle s'était ainsi gagné de nombreux partisans, dont William James (1842-1910), mais aussi Richard Hodgson (1855-1905), Oliver Lodge (1851-1940), et le Dr James Hyslop (1854-1920).

James avait rencontré Mme Piper en 1885, peu après la mort de son fils, sur une recommandation de sa belle-mère. Il avait été assez impressionné pour croire, pendant un temps, que la médium était véritablement en contact avec le monde des esprits, mais son enthousiasme allait s'amenuiser par la suite. Comme bien de ceux et celles qui se montrent élogieux envers les médiums, James avait été trompé par ce qu'il croyait être des connaissances, de la part de Mme Piper, à propos de la famille de sa femme. Il voyait en elle le «corbeau blanc» qui infirmait la phrase «Tous les corbeaux sont noirs». Il voulait dire par cela que même si la plupart des médiums sont des fraudeurs, il suffit d'un seul véritable médium pour infirmer l'idée qu'ils mentent tous. Ce genre de raisonnement comporte pourtant un problème de taille, puisqu'il se fonde sur l'hypothèse que les médiums sont soit des fraudeurs, soit des personnes atteintes de troubles mentaux, soit de véritables intermédiaires avec le monde des esprits. Les deux premiers cas se rencontrent souvent, mais beaucoup ne sont ni l'un ni l'autre, sans pour autant que leurs pouvoirs apparents ne puissent s'expliquer sans recourir à l'hypothèse d'une communication réelle avec l'âme des défunts. Ce que nous savons de la lecture à froid et de la validation subjective  peut nous aider à comprendre comment bien des hommes de science ou des intellectuels ont pu être dupés par Mme Piper sans qu'elle soit une fraudeuse, qu'elle ait des problèmes psychologiques, ou qu'elle soit en contact avec des esprits.

Hodgson a été l'un des premiers membres de la Society for Psychical Research (SPR), et il a réussi à dévoiler les subterfuges de plusieurs médiums fraudeurs, dont Madame Blavatsky. Il avait fini par concevoir une opinion plutôt défavorable des médiums, et avait écrit que «presque tous les médiums professionnels forment une association de malfaiteurs plus ou moins complices». En 1887, Hodgson s'est établi à Boston, où il est devenu secrétaire exécutif de la section américaine de la SPR (ASPR). Il reprit alors l'enquête sur Mme Piper qu'avait commencée James. Les premières années, il se montra sceptique à propos des pouvoirs paranormaux de la médium, mais il se convertit brusquement:

Je n'avais qu'un but, découvrir la fraude et la tricherie... la démasquer. Aujourd'hui, je suis prêt à déclarer que je crois en la possibilité de recevoir des messages de ce qu'on appelle le monde des esprits. Je suis entré chez elle profondément matérialiste, sceptique quant à la continuité de la vie après la mort; aujourd'hui, j'affirme y croire. La vérité s'est imposée à moi d'une façon telle qu'aucun doute ne peut subsister.

Le chemin de Damas de Hodgson a apparemment été la performance qu'a faite Mme Piper en 1892, à la suite du décès de George Pellew (George Pelham), membre associé de l'ASPR. Pellew appartenait à une importante famille de New-York, et il avait publié six livres, dont un recueil de poésie, au moment de sa mort à 32 ans. Quand Hodgson a pris le relais de James, Piper canalisait un médecin français appelé «Finny» (Phinuit). William James s'était dit impressionné par la quantité de détails que Finny pouvait obtenir à propos de ceux qui consultaient Mme Piper et son esprit. Il ne s'arrêtait pas, toutefois, sur le fait que Finny ne semblait pas connaître le français, et qu'on ne pouvait retrouver aucune trace de son passage sur terre. Hodgson, pour sa part, attribuait Finny à une «personnalité secondaire» vivant dans l'inconscient de la médium. Hodgson savait que Pellew avait existé et, comme James, les détails que Mme Piper produisait l'impressionnaient. Les deux hommes ont peut-être sous-estimé les connaissances, la mémoire et les capacités intellectuelles de Mme Piper. Quand elle n'était pas en transe, la médium était un modèle de réserve et de placidité. Il est également évident que ni James ni Hodgson n'avaient la moindre idée de ce qu'est la validation subjective, élément essentiel de la relation entre le médium et son client.

Après la mort de Hodgson, Hyslop prit la relève de l'organisation des séances de Mme Piper. Hyslop était professeur de philosophie à l'Université Columbia. Dans son ouvrage, Life After Death (1918), il exprimait clairement son opinion sur le sujet de la vie après la mort et de ceux qui doutent des médiums.

Hyslop
Je considère l'existence des esprits désincarnés comme prouvée scientifiquement et ne reconnais plus le droit aux sceptiques de s'exprimer sur le sujet. Quiconque n'accepte pas le fait que constituent ces esprits et la preuve réunie à cet égard est ignorant ou coupable de lâcheté morale. Je ne tiens plus compte des avis venant de ce côté, et ne débats plus de cette question avec ceux qui ont adopté cette position, puisqu'il est clair qu'ils ne connaissent rien du sujet.

L'avis d'Amy Tanner à propos de Mme Piper n'avait rien pour plaire à Hyslop. Tanner et Hall considéraient que l'hypothèse de la personnalité secondaire était la meilleure explication pour les résultats de la médium. Selon eux, Piper assimilait inconsciemment les données recueillies de diverses sources et les retransmettait au cours de ses séances comme si elles provenaient de différents esprits (qu'on appelait «contrôles»). Ils étaient d'avis que Piper n'était pas une fraudeuse, même si elle avait occasionnellement recours à la tromperie. Ce qui les a particulièrement convaincus, c'est qu'ils pouvaient manipuler facilement la spirite en lui transmettant de faux renseignements que ses «contrôles» répétaient par la suite.

Certains croyaient que les personnalités secondaires de Piper étaient capables de télépathie, et qu'elles pouvaient lire dans l'esprit d'autrui. Mais Tanner et Hall écartèrent l'idée justement à partir des faux renseignements qu'ils lui avaient fait répéter. Hall souligna en particulier la façon dont Piper avait cru que Hall et Hodgson étaient en relation étroite en fonction des mensonges que Hall lui avait dits à ce sujet. Autant Tanner que Hall disaient aborder l'enquête d'un esprit ouvert. Tanner a d'ailleurs écrit qu'elle entamait son travail «dans un esprit de doute tendant à la croyance». À la fin, elle a plutôt écrit qu'il lui semblait «incompréhensible... que des hommes soient prêts à mettre en jeu leur réputation professionnelle pour des inexactitudes et des balivernes qu'on fait passer pour des faits "scientifiques"». Hall, quant à lui, écrivit qu'«invoquer l'aide des esprits pour expliquer de tels cas est une forme de folie de notre part...» Hall s'est montré si écœuré par l'incompétence et la négligence des gens de l'ASPR en matière d'enquête sur les médiums qu'il a reconnu qu'il était devenu pour lui «absolument impossible, psychologiquement parlant, de traiter ce sujet avec sérieux».

«Le spiritisme», écrit Hall, «est la honte de la culture moderne, l'ennemi à la fois de la vraie science et de la vraie religion...» Les deux auteurs espéraient que leur livre détournerait le public de la superstition et l'orienterait vers la science et le scepticisme. De toute évidence, il n'en a rien été. Notre âge est aussi pétri de superstition qu'auparavant, même si nos connaissances scientifiques se situent à des années-lumière de celles du passé. Peu importe le savoir que l'on peut acquérir à propos de l'univers, la croyance aux esprits et à la possibilité de communiquer avec eux demeure bien ancrée au sein de la population. Les médiums d'aujourd'hui balancent à leurs clients le même genre d'affirmations banales, inutiles et souvent clairement fausses qu'ils le faisaient du temps de Tanner. Le contenu des messages semble sans importance pour ceux qui aspirent à un contact continu avec les morts. Tout ce qui compte, c'est qu'on nourrisse leur foi dans une vie après la vie, peu importe la qualité de l'aliment dispensé.

Tanner pouvait appliquer sa théorie de la personnalité secondaire à tout ce qui entourait les médiums tant quelle présumait que ce qui échappait à cette théorie avait été décrit de façon imparfaite. De nos jours, les psychologues seront plutôt d'avis qu'on n'a pas besoin de supposer que les médiums agissent de façon inconsciente pour prêter vie aux «esprits».  La lecture à froid ou à chaud et la validation subjective semblent suffire pour expliquer les succès des médiums et la satisfaction de leurs clients. Ce qui reste à faire pour la science, dans ce domaine, c'est découvrir les mécanismes psychologiques qui rendent tant de gens incapables de se débarrasser de la superstition et d'opter pour la rationalité. Selon Tanner, la réponse résidait dans la volonté de vivre. Cette idée correspond du moins assez bien à la constatation que beaucoup de ceux qui croient aux esprits pensent également que la vie serait absurde si elle prenait fin à la mort.

Personne ne peut songer avec sérénité qu'un jour notre vie s'éteindra comme une chandelle qu'on souffle, et l'esprit recule devant pareil sort à tel point que si nous devions le tenir pour certain, il nous faudrait condamner l'univers et son Créateur pour la plus grave des injustices. Nous devons croire que nos réalisations individuelles, nos élans et notre personnalité vont garder une place permanente dans l'univers, sinon nous n'aurons pas le cœur de poursuivre nos efforts. (Tanner 1910, p. 382)

Tout ce qui vit possède peut-être la volonté de vivre, mais nous sommes seuls parmi tout le vivant à vouloir vivre pour toujours et bien.

Tanner voyait son époque passablement comme nous voyons la nôtre: nous avons assisté au «spectacle extraordinaire du progrès sans précédent de l'invention et de la science en même temps que de la superstition la plus grossière...» De son temps, le mot superstition recouvrait le mormonisme, l'occultisme, le Dowieisme, la Science chrétienne et le spiritisme. Rien n'a changé, aujourd'hui, sinon que le Dowieisme a cédé la place aux sectes protestantes ultra fondamentalistes qui veulent imposer un gouvernement théocratique conforme à leurs propres croyances. Tanner n'a pas mentionné l'homéopathie, mais il faudrait l'ajouter, avec quelques autres pseudo médecines, à la pléthore actuelle de croyances et de pratiques superstitieuses.

Pour Tanner, l'avènement du genre de superstitions représentées par le spiritisme était dû à l'échec du protestantisme à satisfaire les besoins de ses adhérents, entre autres le besoin de réconfort et d'encouragement face aux coups du sort que la vie finit toujours par asséner. Quand on ne peut faire face à la vie, on se tourne vers la religion, mais si la religion s'avère inutile, il ne reste que les cartomanciennes ou les médiums. Si Tanner a raison, le succès de personnages comme Sylvia Browne, James Van Praagh, John Edward et Allison Dubois s'explique en partie par leur capacité d'offrir du réconfort à des gens qui n'en trouvent pas auprès des sources traditionnelles comme les religions. Non pas qu'elles possèdent des réponses à propos de la vie qu'auraient repiquées les médiums, mais simplement que ces réponses sont jugées de plus en plus fades par les croyants. Le médium donne à ceux qui rejettent la théologie ou les études bibliques compliquées la chance de trouver un sens dans le souvenir du plat favori d'un chien ou la préférence d'un être cher pour les roses ou les lys.

Tanner fait remarquer que tout autant que la religion, le spiritisme et la superstition ne rendent pas plus fort mais favorisent plutôt une dépendance accrue envers le médium, sans conférer davantage de courage et de force pour surmonter les épreuves.

Le client du médium revient sans cesse pour obtenir des conseils sur la façon de mener ses affaires, de soigner ses maladies, pour n'importe quel prétexte, en fait. On lui balance des niaiseries, des idées grotesques et inutiles sur le monde spirituel, qui ne servent qu'à le rabaisser, au lieu d'élargir ses horizons religieux, de renforcer son sens de la justice et toute sa nature par des concepts généreux et nobles. Son sens de l'équité est irrémédiablement rompu, sa vision du monde moral et intellectuel devient semblable à celle qui régnait au Moyen-âge.

Les paroles de Tanner, vieilles de cent ans, n'en sonnent pas moins justes aujourd'hui. La popularité des médiums continue de s'affirmer. Les fanatiques religieux se taillent une place au soleil en rejetant la science. On continue de mêler la médecine et la superstition dans la bouillie de la médecine intégrative. Et l'étude du paranormal affiche encore une division profonde entre ceux qui affirment qu'il n'y a rien de véritable à étudier et ceux qui affirment avec Hyslop que ce sont les sceptiques qui ignorent de quoi ils parlent, que les preuves existent et qu'on a prouvé la réalité de toutes les formes de psi.

Studies in Spiritism de Tanner nous rappelle que la science, la pensée critique et le rejet des superstitions du passé vont à l'encontre de notre nature profonde.

Source: Skeptic's Dictionary Retour à l'index

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