Théosophie

Nous affirmons que puisque l'étincelle divine dans l'homme est, par essence, une avec l'Esprit universel, et identique à Lui, notre « Soi spirituel » est pratiquement omniscient, mais qu'il ne peut manifester sa connaissance en raison des obstacles que lui oppose la matière. En conséquence, plus on réduit ces obstacles - en d'autres termes, plus le corps physique est paralysé dans son activité et sa conscience indépendantes, comme cela se produit dans le sommeil ou dans une transe profonde, ou encore dans le cas d'une maladie - plus le Soi intérieur peut se manifester parfaitement sur ce plan. Voilà notre explication des phénomènes vraiment merveilleux d'ordre supérieur qui témoignent incontestablement de la présence d'intelligence et de connaissance.
Madame Blavatsky

 
"...nous sommes prisonniers du corps comme une huître, de sa coquille."
Le Socrate de Platon, dans Phèdre

 
Pour le philosophe, le corps est « un élément perturbateur qui freine chez l'âme l'acquisition de connaissances ... Qu'est-ce que la purification, sinon... la libération de l'âme des chaînes du corps?» 
Le Socrate de Platon, dans Phédon

 

Le terme théosophie, ou sagesse divine, désigne à la fois la pensée mystique des philosophes qui croient qu'on peut comprendre la nature de Dieu de façon directe, sans révélation, et l'ésotérisme syncrétique de ceux qui regroupent des doctrines mystiques et occultes en prétendant transmettre les grands secrets d'une sagesse ancienne.

Aux sources du mysticisme théosophique, on retrouve, entre autres, Platon (vers 425 - 347 avant notre ère), Plotin (vers 205 - 270) et autres néo-platoniciens, de même que Jakob Boehme (1575 - 1624). En philosophie occidentale, son dernier avatar a été l'Idéalisme allemand du dix-neuvième siècle. La tradition mystique reste bien vivante au sein de nombreux systèmes philosophiques non occidentaux, comme la philosophie indienne.

L'ésotérisme théosophique voit le jour sous l'impulsion de Helena Petrovna Blavatsky(1831 - 1891), mieux connue sous le nom de Madame Blavatsky, l'un des fondateurs de la Société théosophique, à New York, en 1875. Elle-même est redevable à plusieurs traditions philosophiques et religieuses : le Zoroastrisme, l'Hindouisme, le Gnosticisme, le Manichéisme et la Kabbale, entre autres.

Ses critiques les plus sévères considèrent Madame Blavatsky comme « l'un des imposteurs les plus accomplis, les plus ingénieux et les plus intéressants de l'Histoire. » Au contraire, ses disciples voient en elle une sainte et un génie. (Elle aurait, selon eux, découvert la véritable nature de la lumière par clairvoyance ou grâce à sa seule intuition, sans aucune formation scientifique et sans communication avec des chercheurs.) Comme il n'y a rien de contradictoire dans ces deux descriptions, il est fort possible qu'elle ait été un imposteur et une sainte de génie. Une bonne partie de ce que nous savons à propos de Madame Blavatsky nous vient d'elle-même, de ses disciples ou de ses ennemis. Néanmoins, certaines choses semblent moins douteuses que d'autres. Apparemment, elle a beaucoup lu et beaucoup voyagé. Elle prétendait avoir passé de nombreuses années au Tibet et en Inde, où elle avait été initiée à différents mystères occultes par des « maîtres » (des Mahâtmâs ou Adeptes), en particulier les maîtres Morya et Kout Houmi, qui possédaient des « corps astraux ». Ces Adeptes étaient censés habiter les Himalayas, l'égypte, le Tibet et d'autres lieux exotiques. Détenteurs de pouvoirs psychiques extraordinaires, ce sont les gardiens de quelque mystérieuse « sagesse ancienne ». Il ne s'agit pas de créatures divines, selon elle, mais d'êtres plus évolués que le reste des mortels. (D'après Madame Blavatsky, l'évolution est un processus spirituel.) Ils cherchent à unir l'ensemble de l'humanité au sein d'une Grande Loge Blanche, même s'ils habitent des régions très isolées du globe et qu'ils limitent le plus possible leurs contacts avec le reste du monde.

Les tromperies de Madame Blavatsky

Madame Blavatsky possédait sans aucun doute une personnalité irrésistible. Elle connaissait les tours des spirites, ayant travaillé pour l'un d'entre eux en égypte, et il semble bien que dans les premiers temps de la Société théosophique, elle s'en soit servi pour faire croire qu'elle possédait des pouvoirs paranormaux. Il est certain qu'elle a simulé la matéralisation d'une tasse de thé et d'une soucoupe, ainsi que de messages provenant de ses Maîtres, probablement pour se donner plus de crédibilité. Elle s'est attribué des expériences paranormales, mais il est impossible de dire si elle se croyait vraiment clairvoyante ou détentrice de pouvoir psychiques.

En 1875, elle fonde la Société théosophique à New York, en collaboration avec Henry Steele Olcott, avocat et auteur, et W.Q. Judge. Elle avait fait la connaissance d'Olcott en 1874, tandis qu'elle enquêtait sur les activités de spirites des frères Eddy, au Vermont. Ils continuèrent de se réunir avec un petit groupe de gens partageant leurs vues et fondèrent leur société. Quelques années plus tard, Olcott et elle se rendirent en Inde pour y établir le siège central de leur mouvement. Elle dut quitter le pays en 1885, sa réputation entachée par des soupçons après qu'on l'eut accusée de simuler la matérialisation des enseignements de ses Maîtres. De retour en Europe, en 1888, elle publia son oeuvre principale : La Doctrine secrète. Le livre constitue « une tentative […] de réconcilier la science, la Sagesse ancienne et la culture par […] la cosmologie, l'histoire, la religion et le symbolisme » (Ellwood). D'après Blavatsky même, « le principal objectif de la Société théosophique [est] de réconcilier toutes les religions, sectes et nations au sein d'un système commun d'éthique fondé sur des vérités éternelles ».

Madame Blavatsky ne rejetait pas les religions comme le Christianisme ou l'Hindouisme, mais enseignait que chaque religion possède une tradition exotérique et ésotérique. Les traditions exotériques sont uniques et distinctes pour chacune; la doctrine ésotérique est la même pour toutes. Elle affirmait transmettre l'essence même de la doctrine ésotérique commune. Malgré son association initiale avec le spiritisme, elle finit par soutenir que « les esprits des morts ne pouvaient revenir sur terre, sauf en des cas rares et exceptionnels […] ».

Si la théosophie était si ancienne et universelle, on peut se demander pourquoi elle est demeurée inconnue jusqu'en 1875. Madame Blavatsky avait la réponse. C'est par « ignorance volontaire ». Les êtres humains ont perdu « toute véritable intuition spirituelle » pour s'être trop attachés « à tout ce qui touche aux sens », et pour être demeurés trop longtemps les esclaves « de la lettre morte du dogme et du ritualisme ». « Mais la raison première, soutenait-elle, est que la véritable théosophie a toujours été maintenue secrète. » Et ce, pour plusieurs raisons : Premièrement, la perversité de la nature humaine, en général, et son égoïsme, poussant les hommes ordinaires à la satisfaction de leurs désirs personnels au détriment de leurs semblables et de leurs proches, il était impossible de jamais confier des secrets divins à de tels individus. Deuxièmement, on ne pouvait pas non plus se fier à eux pour préserver de l'avilissement la connaissance sacrée et divine. C'est cette dernière cause qui fut d'ailleurs à l'origine de la perversion des vérités et des symboles les plus sublimes, comme aussi de la transformation progressive des choses spirituelles en de grossières représentations anthropomorphes et concrètes; c'est elle, en d'autres termes, qui a conduit à rapetisser l'idée du divin et ouvert la porte à l'idolâtrie [La Clef de la Théosophie].

On peut bien se demander en quoi le dix-neuvième siècle était si différent des époques antérieures? Les êtres humains d'alors y auraient été moins pervers, égoïstes, matérialistes, profanes, etc. qu'auparavant? Quel choc pour les historiens!

Sagesse ancienne

Quelle est donc cette « sagesse ancienne » que les théosophistes partagent si généreusement? Il s'agit d'une compilation franchement éclectique d'écrits et d'enseignements traditionnels hindous, égyptiens, gnostiques et néo-platoniciens, mêlés à des légendes comme celle de l'Atlantide. Ce sont des traditions et récits qui attirent particulièrement ceux que transportent des termes comme secret, spécial, spirituel, illumination, transformation, ésotérique, occulte, divin, sagesse ancienne, cosmique, vision, dynamiques, Isis, mystères et maîtres. Tous parlent d'échapper aux maux de ce monde, en particulier ceux qu'éprouvent notre enveloppe charnelle, tout en donnant une explication à l'existence du Mal. Ils attribuent la lenteur des progrès spirituels de l'humanité à la présence dans l'Univers de cette chose horrible qu'on appelle la « matière ». Ils promettent des pouvoirs divins tout en donnant une explication des miracles qui les soustrait au domaine du surnaturel et qui place le croyant au centre de l'univers spirituel. Ils offrent au néophyte la possibilité d'adhérer à un idéal élevé, tout en devenant membre d'une société d'êtres à part. Il y a cependant un avantage décisif à faire partie d'une société ésotérique : pas besoin de faire son bac ni de se taper l'oeuvre complète de Kant!

Le seul préalable, c'est un penchant pour l'occulte. Or, s'il faut en croire Madame Blavatsky, il s'agit d'une arme à double tranchant. Heureusement, la théosophie est là.

Lorsqu'il ignore le vrai sens des symboles ésotériques divins qu'on retrouve dans la Nature, l'homme est susceptible de mésestimer la puissance de son âme. Au lieu de communier spirituellement et mentalement avec les êtres célestes du plan supérieur, les bons esprits (les dieux des théurgistes de l'école platonicienne), il invoquera inconsciemment les puissances des ténèbres qui rôdent autour de l'humanité - le sombre et immortel produit de nos vices et de nos crimes - et tombera ainsi de la théurgie (la magie blanche) à la goétie (la magie noire ou la sorcellerie).
 

Selon Madame Blavatsky, « […] personne ne peut être un véritable occultiste sans être en même temps un véritable théosophe; autrement [on] est tout simplement un magicien noir, qu'[on] en ait conscience ou non. » Elle croyait même que le mesmérisme et l'hypnotisme faisaient partie des arts occultes.

Les sciences occultes ne sont pas, comme les encyclopédies les décrivent, « des sciences imaginaires datant du Moyen âge, et traitant de l'action de l'influence supposée des qualités occultes, ou des pouvoirs surnaturels, telles que la magie, l'alchimie, la nécromancie et l'astrologie ». Ce sont, au contraire, des sciences réelles, véritables et très dangereuses. Elles enseignent la puissance secrète des choses de la Nature, en développant et cultivant les pouvoirs cachés, « latents dans l'homme », en lui conférant ainsi de formidables avantages sur les mortels plus ignorants que lui. L'hypnotisme, aujourd'hui si répandu et devenu l'objet de recherches scientifiques sérieuses, en est un bon exemple. Le pouvoir hypnotique a été découvert presque par accident, une fois que le mesmérisme lui eût préparé la voie. Maintenant un habile hypnotiseur peut l'employer presque à n'importe quelle fin, en obligeant un homme à un comportement inconscient pour lui-même, depuis la simple suggestion d'une conduite ridicule jusqu'à celle de l'accomplissement d'un crime - souvent à la place de l'hypnotiseur et à l'avantage de celui-ci. Un tel pouvoir n'est-il pas terrible si on le laisse entre les mains de personnes sans scrupules? Et cependant, souvenez-vous que l'hypnotisme n'est qu'une des branches mineures de l'occultisme.

Madame Blavatsky avait peut-être percé les secrets de l'essence divine, mais on peut douter qu'elle ait su ce qu'étaient l'hypnotisme et le mesmérisme. Elle avait sans doute raison lorsqu'elle soutenait que « […] la transe extatique des mystiques et celle des mesméristes et spirites des temps modernes sont de nature identique, quoique variées dans leurs manifestations » (Qu'est-ce que la théosophie?) Sans doute, aucune de ces « transes » ne correspond à des états de conscience unique, bien qu'il s'agisse d'états d'esprit qui obéissent à des règles sociales, position adoptée par de nombreux psychologues contemporains, y compris Nicholas P. Spanos.

 

théosophie

 

Et alors?

Le lecteur se demandera peut-être pourquoi la théosophie n'est pas considérée universellement comme la voie du salut. Pour certains, ce n'est pas le message qui est en cause, mais son « médium ». Nombreux sont ceux qui ne peuvent prendre au sérieux une femme de la noblesse russe qui prétend avoir eu dès l'enfance des visions d'un grand Hindou qui a fini par se matérialiser sous ses yeux dans Hyde Park, pour devenir son guide spirituel et conseiller. Bien des sceptiques comparent avec dérision les origines aristocratiques de Madame Blavatsky et son emploi subséquent dans un cirque, ou sa participation à des séances médiumniques, mais prennent très au sérieux les accusations de fraude portées contre elle, que cette fraude ait était motivée par des idéaux élevés ou non. D'autres s'interrogent sur la doctrine elle-même. à côté d'objectifs moraux élevés et de voeux de paix sur Terre aux hommes de bonne volonté, on retrouve un discours étrange sur les corps astraux, l'évolution des races spirituelles, les Aryens, les pouvoirs paranormaux, l'Atlantide, la fameuse Sagesse ancienne, etc. Tout cela peut paraître plus convainquant que le mystère de l'Incarnation, la transsubstantiation et la Trinité, mais, pour les sceptiques, ce n'est rien de moins qu'un tissu de calembredaines. Enfin, d'autres seront rebutés par l'auto-discipline qu'impose la théosophie.

[…] la première et la plus importante de toutes les règles est le complet renoncement à la personnalité - ce qui signifie qu'un membre assermenté doit devenir un altruiste parfait, sans jamais penser à lui-même; il lui faut oublier sa vanité et son orgueil en pensant au bien de ses semblables, comme à celui de ses frères-compagnons du cercle ésotérique. S'il veut profiter des enseignements ésotériques, il doit mener une vie d'abstinence en toute chose, d'abnégation, de moralité la plus stricte, tout en accomplissant ses devoirs envers tous. […] chaque membre doit être soit un philanthrope, soit un érudit, un spécialiste en littérature aryenne et autres littératures anciennes, soit encore un chercheur dans le domaine des phénomènes psychiques.

Ce n'est pas une sinécure que de suivre la voie des mahâtmâs et de la Sagesse ancienne, de s'efforcer d'unir tout le genre humain au sein de la Grande Fraternité des êtres évolués, qui partagent le secret de ce Club Med pour entités astrales qu'est l'Atlantide. En outre, la doctrine secrète de Madame Blavatsky devait présenter son lot d'insuffisances et d'incohérences, puisque peu après sa mort, la Société a commencé à se fragmenter. Le rêve d'une grande fraternité humaine demeure un rêve, mais on retrouve tout de même des Sociétés théosophiques partout au monde.

 

 

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Source: Skeptic's Dictionary Retour à l'index

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