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Thérapie du champ de pensée

Psychothérapie nouvelle-âgeuse présentée comme une forme de médecine chinoise traditionnelle. Elle a été créée en 1981 par le Dr Roger Callahan, psychologue de la cognition. Un jour, pendant qu'il traitait une patiente souffrant d'une phobie de l'eau:

Il lui a demandé de penser à de l'eau, et de taper du bout de deux doigts sur le point relié au méridien de l'estomac. À sa grande surprise, la peur de l'eau de sa patiente a complètement disparu.*

Callahan attribue cette guérison aux coups donnés du bout des doigts, qui, selon lui, ont débloqué l'«énergie» du méridien de l'estomac de sa patiente. On ignore où Callahan a pris l'idée que taper un point précis pouvait avoir un effet quelconque sur les phobies, mais il prétend avoir mis au point de tels mouvements pour à peu près n'importe quelle maladie, y compris la malaria (Entrevue au réseau NPR).

La thérapie par champ de pensée est censée procurer «un soulagement immédiat du syndrome de stress post-traumatique, de la toxicomanie, des phobies, des peurs et de l'anxiété en s'attaquant directement aux blocages dans la circulation de l'énergie causés par les schèmes de pensées perturbateurs».*

La théorie qui sous-tend la thérapie est simple: les émotions négatives causent des blocages d'énergie; débloquez l'énergie, et les peurs disparaîtront. Taper sur des points d'acupression constitue apparemment un moyen de débloquer l'énergie. Il ne faudrait que cinq à six minutes pour obtenir la guérison. Le Dr Callahan se vante d'obtenir un taux de succès de 85 %. Grâce à sa «technologie de la voix», il guérit même de tout jeunes enfants et des animaux par téléphone. En analysant la voix du patient, il se dit capable de déterminer sur quels points celui-ci doit taper pour son traitement.

Pour 145 $ et une journée, le personnel du Dr Callahan vous montrera comment traiter des gens souffrants du syndrome du stress post-traumatique, de traumatismes, de phobies et de toxicomanies diverses. Cette formation est réservée aux «professionnels en soins de santé mentale licenciés ou agréés, aux travailleurs sociaux, aux massothérapeutes, aux acupuncteurs ou aux homéopathes travaillant dans ce domaine de façon active».

Pour 280 $ et deux jours de votre précieux temps, on vous montrera également comment traiter les gens souffrant de névroses obsessionnelles, de dépression et de crises de panique.

Pour 100 000 $, la formation en technologie de la voix vous permettra de recruter votre clientèle dans le monde entier.

Il s'agit d'une formation individuelle spécialisée de trois journées complètes au centre de formation de Thérapie des champs de pensée de La Quinta, en Californie, donnée par le Dr Roger Callahan, créateur de la thérapie et de la révolutionnaire technologie de la voix. Elle aborde les outils et la technologie nécessaires pour pratiquer la thérapie et utiliser la Technologie de la voix, et inclut un suivi de trois ans. La thérapie des champs de pensée par la Technologie de la voix met à votre portée une clientèle mondiale.

Selon le Dr Callahan, les pensées possèdent des champs qui ont un effet sur le corps. Il dit également qu'il y a correspondance directe (isomorphisme) entre les perturbations causées par les émotions négatives et certains points précis des méridiens d'énergie du corps. Il affirme connaître l'algorithme exact (l'endroit où taper, autrement dit) pour chaque type de perturbation. Comment a-t-il appris tout ça? On ne le sait trop, mais il semble qu'il ait concocté sa théorie de façon à ce qu'elle corresponde aux anciennes croyances chinoises à propos du chi et des méridiens. Quant à ses algorithmes, il aurait procédé par essais et erreurs. Rien n'indique qu'il ait effectué des études contrôlées pour écarter l'effet du préjugé de confirmation et de l'aveuglement. Comme il se fie à des anecdotes pour étayer ses croyances, rien ne l'assure que les effets observés ne sont pas dus aux techniques standard de thérapie cognitive (y compris celle qui consiste à amener le patient à réfléchir à ce qui lui fait peur) plutôt qu'au tapotement de certains points de pression.

Monica Pignotti a suivi la formation donnée par Callahan et en est ressortie convaincue. Par la suite, elle a mené une expérience contrôlée durant laquelle elle a traité la moitié de ses patients en tapant sur les points prescrits par son mentor, et l'autre moitié en tapant au hasard. Elle a obtenu les mêmes (bons) résultats pour les deux groupes, ce qui laisse penser que c'est le pouvoir de suggestion (l'effet placebo) qui est véritablement déterminant ici.

Selon le psychologue Scott O. Lilienfeld, «il n'existe à peu près aucune recherche sur la thérapie des champs de pensée dans les magazines scientifiques. Presque toute la supposée recherche fait état d'anecdotes, d'études de cas, de témoignages, ou, parfois, d'études de contrôle menées que leurs résultats sont quasi non interprétables». James Herbert, professeur de psychologie à l'université Drexel est d'avis que «le statut de scientifique de la thérapie des champs de pensée est fondamentalement inexistant» et qu'il n'y a «aucune preuve qu'elle permet accomplir ce qu'elle est censée faire».

Callahan semble avoir découvert ce que les chamanes et les sorciers savent depuis la nuit des temps. Bob Park explique très simplement et clairement comment l'effet placebo agit dans des contextes comme celui de la thérapie des champs de pensée:

Nous allons voir le médecin lorsque nous ressentons un certain inconfort ou lorsque nous croyons que quelque chose ne va pas à l'intérieur de nous, autrement dit, quand nous éprouvons de la douleur ou de la crainte. La réaction du cerveau à la crainte et à la douleur, cependant, n'est pas de mobiliser les mécanismes de guérison du corps, mais de le préparer à faire face à quelque menace extérieure. Il s'est agi d'une adaptation évolutive qui accorde la plus haute des priorités à la prévention de souffrances additionnelles. Les hormones de stress relâchées dans le sang intensifient la respiration et accroissent la tension artérielle et le rythme cardiaque. Tous ces changements peuvent, dans les faits, nuire au rétablissement. Le cerveau prépare le corps à réagir; le rétablissement doit attendre.

Le premier objectif d'un bon médecin, par conséquent, est de faire baisser le stress de son patient. Il y arrive le plus souvent en le rassurant, en lui disant qu'il existe un traitement efficace pour sa maladie, et que son pronostic est excellent - pour peu qu'il suive les conseils de son médecin. Comme la plupart des maladies qui nous atteignent finissent par guérir spontanément, le cerveau apprend à associer rétablissement et visite chez le médecin. La plupart d'entre nous commençons à nous sentir mieux avant même de quitter le cabinet de consultation (Park 2000, pages 50-51).

Comme les guérisseurs d'autrefois, Callahan croit que c'est sa propre magie qui permet d'obtenir des guérisons à la vitesse de l'éclair. On peut douter que l'effet de sa thérapie dure puisqu'il n'y a aucune étude de suivi capable de le montrer. Une dame interviewée par la chaîne NPR a vu son anxiété diminuer temporairement grâce à la thérapie, mais elle se blâmait elle-même pour la brièveté de la paix d'esprit qu'elle avait acquise. Elle ne tapait pas assez ses méridiens, croyait-elle.

 

Source: Skeptic's Dictionary Retour à l'index

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