| Petite Souris |
(Science de la Petite Souris et des contes de fées.1)
« La science de la Petite Souris » est une expression inventée par Harriett Hall, docteur en médecine, connue aussi sous le nom de SkepDoc, en référence aux recherches effectuées sur un phénomène avant d'en avoir établi la réalité. La science de la Petite Souris appartient à un domaine plus vaste que l'on pourrait nommer la science des Contes de Fées : des études qui visent à valider une anecdote tirée par les cheveux à laquelle vont ajouter foi des millions d'esprits dépourvus de culture scientifique. Cette science utilise des résultats de recherche pour expliquer quelque chose dont la réalité n'est pas prouvée. Les chercheurs de cette discipline pensent à tort que si le recueil de données est compatible avec leurs hypothèses, alors ils ont réuni des données qui vérifient ces hypothèses. La science de la Petite Souris cherche à expliquer des choses avant d'en avoir établi la matérialité. Par exemple :
En outre, il est possible qu'il existe une interprétation plus simple et plus plausible de ces données. (La plupart des lecteurs ne trouveront pas difficile d'imaginer une explication à l'échange des dents, placées sous l'oreiller, par des cadeaux.)2 La plupart des gens aiment les récits d'êtres magiques qui sont capables de voler, font apparaître des objets à partir de rien, guérissent les malades, réveillent les morts, ou semblent faire revivre le passé. Ian Stevenson, psychiatre et chef du département de psychiatrie à l'université de Virginie, a consacré des années à recueillir des récits de personnes qui affirmaient être réincarnées. Il a employé cet abondant matériau comme argument pour expliquer les événements malheureux du présent en fonction des expériences de la vie antérieure. Ian Stevenson offre l'exemple du raisonnement circulaire de nombreux chercheurs de la science des Contes de Fées : utiliser ses données pour confirmer sa croyance dans la réalité de la réincarnation, et faire appel à celle-ci pour interpréter ses données. Un autre domaine de recherche qui tend vers la science des Contes de Fées, c'est l'OVNIologie3. Quelqu'un aperçoit un étrange motif de nuages ou des lumières dans le ciel, ou des cicatrices sur sa jambe qu'il n'avait pas remarquées jusque-là, et les interprète en les rapportant à des incursions d'extra-terrestres. John Mack, par exemple, a colligé des récits (ses données) de patients qui prétendaient avoir été enlevés par des extra-terrestres. Il affirmait que cette aventure était semblable à celles associées au « Peuple des Étoiles » (extraterrestres) racontées par de nombreuses tribus amérindiennes et d'autres cultures*. John Mack était un psychiatre qui a risqué sa situation de professeur de psychiatrie à la faculté de médecine de Harvard en raison de sa croyance à l'authenticité des enlèvements par les extraterrestres. Il exploitait ses données pour appuyer sa conviction que des enlèvements par des extraterrestres étaient réels, et il recourait à cette idée pour interpréter ses données. Néanmoins, il a laissé une abondante documentation pour ceux qui seraient portés à faire une analyse moins spéculative de ces récits. Il est possible que son recours à l'hypnose ait altéré beaucoup des données recueillies, en influençant la mémoire de ses patients. Quel que fût par ailleurs le crédit que John Mack accordait à ses victimes d'enlèvements, il considérait leur aventure comme étant d'ordre spirituel et s'accordant à ses propres croyances quant à l'évolution spirituelle et plus largement aux problèmes environnementaux. (« Nous devons modifier nos habitudes matérialistes et destructrices », disait-il). Les penchants de John Mack envers le paranormal et le spirituel ont à la fois servi et entravé ses recherches. D'un côté, ses croyances lui ont permis d'approcher ceux qui avaient « fait l'expérience d'un enlèvement » (quoi qu'il en fût réellement). Ces derniers lui ont fait confiance et lui ont révélé tout ce qu'ils pouvaient de leurs aventures. Des sceptiques n'auraient pu espérer une telle approche, mais possèdent à présent une grande quantité de données que l'on peut analyser et expliquer à l'aide de notions comme la paralysie du sommeil et les états hypnagogiques, ou en termes de fraudes ou de canulars. Des exemples typiques de la science de la Petite Souris abondent dans les études concernant les MAC4 et le psi, où sont conjecturées les notions de chi, de méridiens et de transfert d'énergie. De telles études expliquent comment recouvrer la santé en manipulant l'énergie selon les méridiens et en libérant le chi, ou comment le choix d'une image sur quatre possibilités avec un pourcentage supérieur au hasard démontre la télépathie. Un épicier prétend avoir guéri la surdité d'un portier en lui manipulant la colonne vertébrale et voilà la chiropratique inventée, mais avant tout chose, l'homme était-il vraiment sourd ? Et s'il était-il vraiment sourd, ne l'est-il pas demeuré ?* On recueille des données et on réalise beaucoup d'études pour montrer comment les manipulations vertébrales, en agissant sur l'énergie vitale, guérissent non seulement la surdité, mais tout aussi bien de nombreuses autres affections. Un guérisseur affirme avoir guéri un cancer en psalmodiant et en ayant consulté un grand corbeau dans l'Himalaya, mais tout d'abord, le patient avait-il vraiment un cancer ? On effectue des études et on parvient à des résultats statistiquement significatifs qui montrent que le fait de psalmodier et consulter un corbeau est supérieur au hasard. Quand les études démontrent que la prière ne guérit pas, que la kinésiologie appliquée ou que la sourcellerie ne fonctionnent pas dans des conditions contrôlées, leurs partisans rejettent-ils la croyance dans les esprits ou l'énergie ? Non. Ils savent que leurs fées existent. C'est leur histoire personnelle et ils y adhèrent quelle que soit l'évidence. Ils possèdent une profusion de témoignages truffés d'anecdotes qui l'emportent sur toutes les études scientifiques qui ne confirment pas leur croyance. La science de la Petite souris agit comme un aimant pour ceux qui pensent qu'une multiplicité d'anecdotes constitue des données scientifiques. D'autres exemplesL'acupuncture, le toucher thérapeutique et l'homéopathie supposent l'existence du chi ou de la mémoire de l'eau (entre autres choses) et ignorent de plus simples explications qui rendent compte des données par les différents effets placebos ou pseudo-effets placebos5. Certains partisans des MAC les nomment « effets non spécifiques » et prétendent qu'ils sont la preuve que l'acupuncture et l'homéopathie « fonctionnent ». Ainsi, si les résultats montrent que les thérapies des MAC ne fonctionnent pas mieux qu'un placebo, leurs partisans prétendent que leur remède est efficace ! Comme le note le Dr Steven Novella6, cela crée un nouveau standard pour apprécier la valeur thérapeutique des MAC, un standard qui « en réalité élimine le critère curatif de la norme du traitement ».
Le Dr Novella dénonce The Kings Fund (institution caritative britannique pour l'amélioration du système de santé du Royaume-Uni) comme un exemple de ceux qui soutiennent un nouveau standard pour la science de la Petite Souris : ils défendent la prise en compte des effets placebos comme preuve de l'efficacité des MAC ! Cette institution a l'audace de publier en gros caractères :
Ils donnent le nom de « nouvelle méthode de recherche » à une tricherie. L'idée-force des études en double insu, avec tirage aléatoire contre placebo est d'éviter de se laisser abuser. Les partisans des MAC veulent apparemment que l'on se berce d'illusions pour pouvoir continuer de croire aux fées. C'est une façon très pernicieuse et non scientifique d'aborder la recherche. Parmi ceux qui transgressent manifestement les règles en adoptant un autre standard pour les MAC, il y a les partisans de la médecine énergétique, dont les études relèvent souvent de la science de la Petite Souris. Les pires de ceux qui transgressent les règles sont probablement les chercheurs qui spéculent sur les effets observés en les expliquant par la « physique quantique ». Bien entendu, la physique quantique existe, mais c'est pure spéculation que de concevoir les processus biologiques, telle la guérison, régis par des phénomènes au niveau particulaire. Toutefois, une exposition excessive à des photons de haute énergies - les rayonnements ultra-violets par exemple - peut induire, au niveau atomique ou moléculaire, des processus biologiques comme le cancer. La parapsychologie est tristement célèbre pour ses études avançant l'hypothèse du psi : l'hypothèse que tout écart significatif des lois du hasard dans une épreuve évaluant les facultés psychiques est une preuve de la survenue de quelque chose d'anormal ou de paranormal. En réalité, les parapsychologues supposent l'existence de mystérieux phénomènes se produisant indépendamment des lois de la physique, remettant en cause la connaissance de l'espace et du temps, et ils présentent leurs données, habituellement de nature statistique, comme une confirmation de l'existence de leur Petite Souris, le psi. Le psychologue Jim Alcock s'est intéressé à ce que le Dr Hall nomme science de la Petite Souris dans son article concernant ceux qui ne donnent pas de chance à l'hypothèse nulle10 : ils supposent que la survenue de X est la preuve du psi, puis quand X est survenu ils soutiennent qu'ils possèdent la preuve du psi. Il peut y avoir une explication plus simple. Peut-être que le psi n'existe pas. Il est possible que, dans une expérience, les écarts par rapport au hasard soient l'indication de quelque chose d'intéressant, mais qui ne serait pas le psi. Peut-être qu'en réalité aucune information n'est transmise. Les parapsychologues pourraient aussi bien faire l'hypothèse que Zeus arrange les événements pour produire des données destinées à les induire en erreur :
Un autre domaine d'investigation porté vers la science de la Petite Souris et des Contes de Fées est la prétendue science de la création. Elle affirme que tout événement s'explique par l'intervention d'une entité magique aux pouvoirs étendus. Elle interprète des données pour justifier des récits puisés dans la mythologie juive ancienne. À l'époque où ont été élaborés les récits des groupes des nomades du désert, les tribus d'Israël considéraient Yahweh comme une divinité locale qui les avait choisis pour être « le peuple élu ». Ils ont inventé des histoires où Yahweh insuffle la vie à une forme d'argile et crée une femme à partir de la côte d'un homme, où des serpents parlent et où des animaux, chargés dans un gigantesque bateau, échappent à la mort des mains de leur créateur et protecteur. Au cours des siècles, des théologiens chrétiens ont développé ces histoires et proclamé Yahweh seul et unique Seigneur de l'Univers, omnipotent et omniscient, ayant créé toute chose à partir de rien. Ainsi maintenant nous devons croire qu'une entité toute-puissante a créé des milliards de galaxies avec des milliards d'étoiles et qui sait combien de planètes, mais qui, par une particulière attention, a choisi sur la Terre les Juifs de l'antiquité. Les chercheurs créationnistes se réfèrent à ces histoires et à d'autres semblables pour interpréter des données, celles-là mêmes qu'ils utilisent pour soutenir l'authenticité de ces histoires. On se demande, avec Carl Sagan, pourquoi Yahweh n'a pas révélé à son peuple élu la nature profonde de l'univers.* Certaines versions sont meilleures que d'autresQuand on entend un bruit des sabots à New York, il faut envisager qu'il s'agisse de chevaux, non pas de zèbres ou de gnous. Il est possible que le père Noël vole réellement autour du monde dans un traîneau tiré par des rennes et distribue des présents à des millions de foyers en une seule nuit, mais il se peut qu'il existe une explication plus simple quant à la survenue de tous ces cadeaux le matin de Noël. Évidemment, c'est Zeus qui les distribués, avec l'aide des fées.
Notes du traducteur.
Source : skepdic.com |
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