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Appel irréfléchi à la tradition

Erreur de raisonnement consistant à affirmer qu'une pratique ou croyance est justifiable uniquement parce qu'elle remonte à loin dans l'histoire. Un récent article de Valerie Reiss sur la façon de se choisir un médium illustre bien la chose.

Le christianisme est hostile à la divination, car selon la Bible, rechercher les conseils de devins serait faire preuve d'un manque de foi en un dieu omnipotent et omniscient. Pourtant, on pratique la divination dans nombre de religions et de cultures un peu partout sur la planète. L'hindouisme a recours à l'astrologie védique pour trouver des époux compatibles. Dans la culture chinoise, on consulte un expert pour toutes sortes de questions, des plus ordinaires aux plus cruciales - à quel moment se marier et où aller vivre, par exemple. Le désir de savoir ce qui nous attend ne résulte pas que de la volonté du cerveau moderne de tout contrôler et d'avoir des réponses pour tout, il fait partie de la condition humaine depuis des millénaires. Déjà à l'époque de la Grèce antique, on venait de très loin de consulter l'oracle de Delphes.
5 Things to Know Before Going to a Psychic (Cinq choses à savoir avant de consulter un médium) [traduction libre].

D'après Reiss, la divination étant pratiquée par diverses cultures depuis des millénaires, ce doit être une pratique positive, même si certains chrétiens affirment que la Bible l'interdit. Le fait que certaines cultures s'adonnent à la pensée magique et à la superstition depuis des milliers d'années ne justifie pas ces pratiques, pas plus que des milliers d'années d'esclavage ou de violence envers les femmes ne rendent ces crimes recommandables. Les humains se font la guerre depuis des milliers d'années sans qu'on voie en quoi cette pratique est positive.

Que l'astrologie védique ait encore cours dans l'hindouisme n'est pas une bonne raison de penser qu'il s'agit d'une pratique recommandable. Dans les faits, elle est condamnable. Il n'y a aucune preuve véritable qu'une forme d'astrologie quelconque est utile pour prédire l'avenir, et cette croyance superstitieuse favorise la fraude et la corruption en Inde (voir le site Guru Busters pour un exemple. On y voit un de ces astrologues que leurs adeptes divinisent réclamer sur les ondes de la télévision nationale la tête de ceux qui y ont révélé ses mensonges). Que penserait Mme Reiss si on lui offrait un mariage arrangé par un astrologue? Il y a sans doute de meilleures façons de faire les choses.

Elle ne mentionne pas quels experts sont consultés dans la culture chinoise, mais de toute évidence elle fait allusion à différents types de devins. De tels «experts» profitent de l'ignorance et de la superstition de leurs clients. A-t-on vraiment besoin d'un expert pour savoir quand se marier et où vivre?

Mme Reiss ne va quand même pas conseiller à des gens du XXIe siècle de retourner aux façons de faire des Grecs de l'Antiquité. Il est peu probable que beaucoup de Grecs d'aujourd'hui aillent dans des temples consulter des oracles pour obtenir des conseils sur quoi que ce soit, et ceux qui agiraient ainsi pourraient s'arrêter à réfléchir sur de meilleures façons d'obtenir de l'information à propos de l'avenir. Après tout, l'humanité a appris une chose ou deux ces derniers milliers d'années. Employer ces connaissances pour raisonner de façon inductive à propos de ce qui nous attend, en se fiant sur des techniques perfectionnées au cours de nombreux siècles, s'est révélé infiniment supérieur à n'importe quelle forme de divination venant de médiums, de personnalités intuitives ou autres types de devins.

Le nombre d'années depuis lequel se poursuit une pratique ne la justifie aucunement. Le fait que la pensée magique persiste dans bien des domaines de la vie moderne ne signifie pas qu'elle est supérieure à d'autres méthodes de raisonnement. Au lieu de nous fier aux coutumes inférieures de nos ancêtres, nous ferions mieux de tenter de comprendre pourquoi ces façons d'évaluer l'expérience persistent, et comment nous devons nous y prendre pour vaincre cette tendance à réfléchir comme nos prédécesseurs. Au lieu de nous complaire dans des erreurs révolues, mieux vaudrait nous efforcer de dépasser notre tendance au sophisme.

Enfin, on se demande comment Mme Reiss ne comprend pas que même si les chrétiens fondent leur aversion envers les devins sur un appel à l'autorité, leur contre-tradition vaut bien son propre appel à la tradition. À moins qu'elle ne pense que trois traditions l'emportent sur une seule? Dans ce cas, elle commet également le sophisme de l'appel au peuple.

Source: Skeptic's Dictionary Retour à l'index

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