Inconscient

L’inconscient ou subconscient est, selon la psychanalyse freudienne classique, une "partie" de l'esprit qui stocke des souvenirs refoulés. La théorie de la répression (ou du refoulement) stipule qu’il est trop douloureux de se souvenir de certaines expériences et que, par conséquent, l'esprit les relègue dans le cellier. Ces souvenirs refoulés douloureux se manifestent dans les comportements névrotiques ou psychotiques et dans les rêves. Cependant, il n'y a pas de preuve scientifique tant pour le refoulement inconscient des expériences traumatisantes que pour leur rôle d’agent causal dans les comportements névrotiques ou psychotiques.

Certains, comme par exemple Jung et Tart, pensent que l’inconscient est également un réservoir des vérités transcendantes. Il n'y a aucune preuve scientifique indiquant que ce soit le cas.

Il serait absurde de rejeter la notion d’inconscient simplement parce que l’on rejette la notion freudienne de l’inconscient défini comme réservoir de souvenirs refoulés d’expériences traumatisantes. Nous devons reconnaître que c'est Freud plus que tout autre qui nous a forcés à identifier des facteurs inconscients en tant que causes déterminantes significatives du comportement humain. En outre, il semble évident qu’une grande partie, sinon la majeure partie, de l'activité de notre cerveau se produit sans que nous en ayons conscience. Il n'y a pas de doute que nous ressentons beaucoup de choses sans nous en rendre compte consciemment (voir le Phénomène de Hans le malin, par exemple). Il ne fait également aucun doute que des facteurs inconscients peuvent affecter le comportement ou l'action motrice (voir l'action idéomotrice, par exemple). Il est incontestable que beaucoup de facteurs inconscients conduisent des phénomènes complexes tels que les capacités de langage. Evidemment, la conscience ou la conscience de soi est, comme on dit, la partie visible de l'iceberg. Mais l’essentiel de l'intérêt pour l'inconscient a été limité aux souvenirs potentiellement nocifs qui pourraient y être stockés ou s’y agiter, souvenirs de mauvaises expériences qui influencent notre comportement conscient bien que nous soyons inconscients de leur impact. D'autres ont montré un intérêt pour l'inconscient en tant que réservoir des vérités universelles ou en tant que siège du « vrai moi ». Ni l'une ni l'autre de ces vues ne semble bien soutenue par une preuve empirique.

On suppose que l’inconscient se distingue du conscient par le fait que nous nous rendons compte d'une expérience consciente, mais que nous ignorons nos expériences inconscientes. Cependant, il y a largement assez de données scientifiques pour établir comme un fait qu'une certaine perception consciente continue sans que nous en ayons conscience. Il est possible d'ignorer avoir éprouvé quelque chose et d’être incapable de se rappeler l'expérience, mais encore d’apporter la preuve que quelqu’un a eu cette expérience. Plusieurs exemples devraient suffire pour établir ce point.

  1. déni de cécité. Il y a des cas des personnes atteintes de dommages cérébraux qui sont aveugles mais qui l’ignorent.
  2. jargonaphasie. Il y a des cas de personnes atteintes de dommages cérébraux qui parlent de façon inintelligible sans s'en rendre compte.
  3. vision aveugle. Il y a des cas de personnes atteintes de dommages cérébraux qui voient certaines choses mais qui l’ignorent.
  4. dissociation oral/verbal. Il existe des cas des personnes atteintes de dommages cérébraux qui ne peuvent dire oralement ce que vous venez juste de dire, mais elles peuvent l’écrire correctement. En outre, elles ne peuvent pas se rappeler ce qu'elles ont noté ou ce à quoi cela se rapporte.
  5. la sensation visuelle sans voir. Il y a beaucoup de cas des personnes dont le cerveau n’est pas endommagé qui apportent la peuve qu'elles ont vu ou entendu quelque chose alors même qu’elles ne sont pas conscientes d’avoir vu ou entendu la chose en question

De toutes façons, il ne semble pas approprié de parler des quatre premiers cas énumérés ici comme impliquant l'inconscient, bien que les percepteurs (perceivers) ne se rendent pas compte de ce qu'ils perçoivent. Abandonner la référence à l'inconscient dans ces cas-ci pour se référer à la place à la « mémoire perdue », à la « mémoire fragmentaire » ou à la « mémoire implicite » (un terme inventé par Daniel Schacter et Endel Tulving) engendrerait moins de confusion. Ce n'est pas un refoulement (repression) des expériences traumatiques qui cause la perte des souvenirs. Les souvenirs sont perdues en raison d’inattention lors de l'expérience originale et parce que l'expérience originale s'est produite à un âge où le cerveau n’était pas entièrement développé. Des souvenirs sont également perdus parce que nous n'avons aucun besoin reconnaissable de faire référence à l'expérience originale. (beaucoup de fragments d’expériences agréables, telles que le nom d'un endroit ou d'un produit, peuvent influencer nos choix actuels sans que nous nous en rendions compte.) Des souvenirs sont perdus en raison de dommages cérébraux, d’une perte de conscience lors d’une expérience, d’un déséquilibre neurochimique, d’une restructuration cognitive et d’une surcharge sensorielle, émotive ou hormonale. D'autre part, toutes les preuves empiriques indiquent que plus une expérience est traumatisante, plus on est susceptible de s’en souvenir. Les images visuelles de roman, qui accompagneraient fréquemment des traumas, stimulent l’ hippocampe et le cortex préfrontal inférieur gauche et deviendront généralement un morceau de mémoire à long terme.

La neurologie nous indique qu’un souvenir est un ensemble de connections parmi des groupes de neurones qui participent au processus de codage. Le codage peut avoir lieu dans plusieurs parties du cerveau. Les connections neuronales traversent diverses parties du cerveau ; plus les connections sont robustes, plus le souvenir est fort. Le souvenir d'un événement peut être produit par un stimulus de n'importe quelle partie du cerveau où une connection neuronale pour le souvenir se produit. Si une partie du cerveau est endommagée, l’accès à n'importe quelle donnée neuronale qui s’y trouvait est perdu. D'autre part, si le cerveau est sain et une personne entièrement consciente lorsqu’elle est l’objet d’un certain trauma, la probabilité d’oublier l'événement est proche de zéro, à moins qu’elle ne soit très jeune ou que son cerveau ne soit plus tard l’objet de dommages.

La mémoire à long terme exige un codage élaboré dans la partie intérieure des lobes temporaux. Si le lobe préfrontal inférieur gauche est endommagé ou peu développé, il y aura de graves difficultés avec le codage élaboré. Cette zone du cerveau est peu développée chez les enfants en très bas âge (avant l'âge de trois ans). Par conséquent, il est très peu probable qu’une quelconque histoire de souvenir de la vie dans le berceau ou dans l'utérus soit exacte. Cependant, le cerveau des nouveaux-nés et des enfants en très bas âge est capable de stocker des souvenirs fragmentés. De tels souvenirs ne peuvent pas être explicites ou profondément encodés, mais ils peuvent néanmoins avoir de l'influence. En fait, il y a de nombreuses situations -telle que la cryptomnésie- où un souvenir peut se manifester sans que l’on soit conscient qu’il s’agit d’un souvenir. Mais de tels souvenirs inconscients, quoiqu’omniprésensents, ne sont pas tout à fait ce que Freud ou Jung entendaient par l’inconscient. « Dans la vision de Freud, les souvenirs inconscients sont des entités dynamiques embrouillées dans un combat contre les forces du refoulement (repression) ; elles proviennent d’expériences spéciales reliées à nos conflits et désirs les plus profonds… [Les souvenirs implicites]… surgissent comme conséquence normale d’activités quotidiennes telles que la perception, la compréhension et l’action. » (Schacter 1996, 190-191) La mémoire implicite est peut être bien plus banale que « l’inconscient » dynamique de Freud , mais elle a une plus grande portée que celui-ci puisqu'elle atteint chaque aspect de nos vies. Comme le note Daniel Schacter : « si nous ignorons que quelque chose influence notre comportement, nous ne pouvons pas faire grand chose pour la comprendre ou la contredire." (191)

La plupart des souvenirs perdus le sont parce qu'ils n’ont jamais été minutieusement codés. La perception est la plupart du temps un processus qui filtre et fragmente. Nos intérêts et nos besoins affectent notre perception, mais la majeure partie de ce qui est à notre disposition en tant que donnée sensible potentielle ne sera jamais traitée. Et la majeure partie de ce qui est traité est oubliée. L'amnésie n'est pas rare, elle est même l'état standard des espèces humaines. Nous n'oublions pas afin d'éviter que des choses désagréables se rappellent à nous. Nous oublions soit parce que notre perception n’a pas été forte, soit parce que nous n'avons pas codé l'expérience dans les lobes pariétaux de la surface corticale (pour la mémoire à court terme ou la mémoire de travail) ou dans le lobe préfrontal (pour la mémoire à long terme).

Le psychologue Jim Alcock rapporte deux anecdotes personnelles qui illustrent la sensation visuelle sans voir (Alcock 1981), mentionnée ci-dessus dans la liste d’exemples où l’on peut éprouver quelque chose sans s’en rendre compte. Dans la première, il faisait la queue au snack-bar d'un théâtre « et pour passer le temps, je me rappelais une conversation que j'avais par le passé eue avec le frère d'un collègue. Je n’avais rencontré le frère qu’une ou deux fois par le passé et ne l'avais pas vu depuis des mois. » Alcock se retourne et devinez qui était là : le frère ! L'homme a une voix très facile à reconnaître et Alcock l’a entendu sans s’en rendre compte. D'autres pourraient penser que cette expérience est un exemple de PES. L'autre histoire le voit ramener un ami de l'aéroport et il se trouve qu'Alcock et son ami pensaient simultanément à un camarade de classe d'université. Ils ont retracé leur itinéraire et ont découvert qu'ils étaient passés devant une vitrine de magasin dans laquelle se trouvait une horloge. Ceci les a incités à réaliser que, bien qu'ils ne se soient pas rendus compte d’avoir vu la pendule au cours de leur trajet, ils l’avaient tous deux perçue. Le camarade dont ils se sont souvenus se distinguait des autres parce qu'il se promenait toujours avec un podomètre en forme d’horloge ou un dispositif semblable. Là encore, d'autres pourraient interpréter cette expérience comme paranormale. À ceux dont les vies sont consacrées à pénétrer l'inconscient, soit pour y découvrir pourquoi ils ont des problèmes, soit pour trouver une certaine vérité transcendante, je dis que vous chercherez un long, long temps. Vous auriez meilleur compte à passer votre temps à lire un ouvrage sur la mémoire ou les neurosciences.

 

 

Traduit par Jean-Louis Racca 

Source: Skeptic's Dictionary Retour à l'index

Haut de page
© 2016 Robert Todd Carroll (version anglaise)
© 2017 Les Sceptiques du Québec (version française)