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Urinothérapie

(Amaroli)

Bois les eaux de ta citerne, les eaux qui sortent de ton puits.
(Le livre des Proverbes 5 :15)*
Selon Xinhua, l'agence de presse officielle de la Chine, plus de trois millions de Chinois boivent leur propre urine en croyant qu'il s'agit d'une bonne hygiène de vie.

Utilisation de l'urine sous diverses formes à des fins préventives ou curatives, comme produit de beauté ou encore comme purgatif. La plupart des partisans de cette pratique boivent leur propre urine, prélevée en milieu de jet, le matin. Certains se la servent nature et bien chaude, d'autres la mélangent à du jus ou à des fruits. On recommande parfois la prise sublinguale de quelques gouttes d'urine dans cinq millilitres d'eau, plusieurs fois par jour. Se laver dans sa propre urine donne un bel épiderme, assure-t-on, et nombre de Japonaises en mettraient dans leur bain. Par contre, seuls les plus téméraires l'utilisent en lavement. L'urine ne fait pas encore partie du régime des athlètes olympiques, mais c'est la boisson numéro un de beaucoup de saints hommes, en Inde, où cette pratique est observée depuis des millénaires. C'est aussi le remontant que choisissent de plus en plus de naturopathes et de tenants des "cures naturelles". Le précieux distillat comporte de nombreux avantages, bien entendu, dont son faible coût et sa grande disponibilité. L'urine revient, en effet, considérablement moins chère que cette autre "eau de vie", le whisky (uisge beatha), dont on vante également les qualités médicinales. En outre, tout le monde porte sur soi sa petite flasque, et même les mineurs peuvent en consommer, puisqu'elle n'a aucun effet enivrant. Ajoutons qu'elle ne crée aucune accoutumance. On ne saurait en dire autant du Loch Lomond du capitaine Haddock.

Bien des mordus prétendent que l'urine est une véritable panacée, à laquelle pratiquement aucun mal ne résiste. On la dit efficace dans les cas de grippe, de rhume, de fractures, de maux de dent, de peau sèche, de psoriasis et d'une foule d'autres problèmes d'épiderme. On mentionne aussi le vieillissement et le sida, les allergies, les morsures d'animaux et de serpents, l'asthme, les cardiopathies, l'hypertension, les brûlures, le cancer, les intoxications aux produits chimiques, la varicelle, l'entérite, la constipation et la pneumonie. Elle combattrait la dysenterie, les oedèmes, l'eczéma, l'irritation des yeux, la fatigue, la fièvre, la gonorrhée, la goutte, la présence de sang de l'urine, la petite vérole, les troubles immunologiques, les infections, l'infertilité, la calvitie, l'insomnie, la jaunisse, l'hépatite, le sarcome de Kaposi, la lèpre, les troubles du système lymphatique, l'urticaire, les nausées matinales de la grossesse, la gueule de bois, l'obésité, le virus du papillome, les parasitoses, les ulcères gastriques, les rhumatismes, les taches de naissance, les accidents vasculaires cérébraux, la congestion, le lumbago, le typhus, la gastrite, la dépression, l'herpès simple, la tuberculose, le tétanos, la maladie de Parkinson, le pied d'athlète, le diabète, ainsi que d'autres maladies d'origine endocrinienne. Quelques enthousiastes voient dans l'urinothérapie une manifestation divine de l'intelligence cosmique. Il s'en servent pour libérer leur kundalini, l'envoyer directement à leur troisième œil et atteindre l'illumination instantanée*.

Devant de telles propriétés, comment ne pas s'étonner qu'on se soit donné tout ce mal pour créer et perfectionner la médecine, alors que nous sommes tous de véritables pharmacies ambulantes? Homer Smith (auteur de Man and His Gods) a déjà écrit que "l'homme est une machine à transformer le vin en urine". Il ne soupçonnait apparemment pas que l'homme pouvait aussi transformer tout ce qu'il ingère en tonique médicinal.

Selon les urinophiles, les autorités médicales conspirent afin de nous maintenir dans l'ignorance au sujet du remède-miracle qui se cache au fond de notre vessie. Un soi-disant expert dans le domaine prétend

(...) que la communauté médicale connaît les étonnantes propriétés [de l'urine] depuis des décennies, sans que le grand public en ait jamais eu vent. Pourquoi? Peut-être croit-on que le sujet prête trop à la controverse. Mais ce peut être aussi, plus vraisemblablement, parce qu'il n'y a aucun avantage pécuniaire à révéler au public ce que les scientifiques savent déjà à propos du plus efficace des remèdes naturels au monde*.

On retrouve ici l'argument commun à nombre de partisans des thérapies parallèles: l'avidité des médecins les pousse à comploter contre les chiropraticiens, les thérapeutes par chélation, etc. Avant de crier haro sur le bidet, souvenons-nous qu'une bonne partie du public pense que l'urine est toxique. En règle générale, c'est tout à fait faux, et personne ne va pâtir en commençant sa journée avec une bonne rasade de sa petite commission, mais il semble passablement injuste de blâmer le corps médical pour cette méconnaissance. En revanche, ce qui n'est pas empoisonné n'est pas nécessairement bénéfique. Les cheveux n'ont rien de toxique non plus, et même s'ils constituent sans doute une bonne source de fibres, on n'aime pas nécessairement en retrouver un dans sa soupe.

En outre, même s'il est vrai que certaines composantes de l'urine sont utilisées en médecine pour leur valeur thérapeutique ou font l'objet de recherches à ce sujet, il ne s'en suit pas que boire sa propre urine est hygiénique. Dans l'éventualité où, par exemple, on découvrirait qu'une substance présente dans l'urine est efficace contre le cancer, consommer sa propre urine serait peu susceptible d'en fournir une quantité suffisante. Il est également vrai que certains éléments constituants de l'urine sont bénéfiques pour l'être humain. Par exemple, si l'on ingère plus de vitamine C (soluble dans l'eau) que le corps peut traiter ou qu'il lui est nécessaire, le surplus passera dans l'urine. Cela ne signifie pas pour autant que boire son urine est une bonne façon d'obtenir sa vitamine C. Une orange ou un même un comprimé sembleront sans doute plus appétissants. De toutes manières, si on se débarrasse de sa vitamine C excédentaire en urinant, que fera le corps de celle qu'on reprend avec son urine? Si vous avez répondu qu'il va l'éliminer de nouveau, vous gagnez un bon point. S'il y a présence de vitamines et de minéraux dans l'urine, c'est parce que le corps qui l'a produite n'en avait pas besoin ou ne pouvait pas les utiliser. Aussi bien reprendre cette quantité excédentaire avec un grand verre d'eau. Même l'urée, toxique à fortes doses, ne se retrouve qu'en quantité infinitésimale dans l'urine d'un sujet moyen, si bien que le risque d'empoisonnement de cette manière n'est que fort peu probable.

Malheureusement, ce n'est pas tout le monde qui peut se taper une bonne vessie pression sans effet indésirable. L'Association chinoise d'urinothérapie met en garde les amateurs:

Les symptômes les plus fréquents incluent la diarrhée, les démangeaisons, des douleurs, de la fatigue, une sensation de poids sur les épaules, de la fièvre, etc. Ils sont plus fréquents chez les personnes qui souffrent de maladies chroniques ou graves, et peuvent se répéter plusieurs fois. Chaque épisode peut durer trois à sept jours, et parfois jusqu'à un, voire six mois. Malheureusement, beaucoup abandonnent la thérapie à cause de ces inconvénients. De telles réactions, cependant, ne représentent que les ténèbres avant l'aurore. Il faut persister et vaincre ces difficultés pour jouir des avantages que procure une bonne santé.

De cette même source, on apprend que "Toutes sortes de maux de gorge peuvent être traités par un gargarisme d'urine auquel on ajoute une touche de safran", et que "boire une once d'urine vaut mieux, dans la plupart des cas, que les traitements d'un centre médical de plusieurs millions de dollars". L'auteur du présent article n'a pu trouver de preuves susceptibles d'étayer ces affirmations. Mais peut-être les a-t-on présentées lors de la première conférence internationale d'urinothérapie, en Inde, en 1996. Ou alors, en février 1998, en Allemagne, lors de la deuxième conférence internationale.

Religion et urine

L'ingestion de sa propre urine semble s'apparenter à certains rites religieux hindous qu'on appelle amaroli dans la tradition tantrique. Ceux qui se conforment à cette tradition font fi des comportements conventionnels pour prouver leur supériorité morale. Il est également possible qu'elle tire sa source de superstitions fondées sur une forme de pensée magique. Comme l'urine vient de l'organe qui sert à l'acte sexuel, on a peut-être cru qu'elle constituait une espèce d'élixir de vie. Quoi qu'il en soit, il est peu probable que les Indiens d'il y a 4000 ans consommaient leur propre urine pour des raisons scientifiques.

Les urinophiles semblent aussi croire que l'urine est de même nature que le sang, puisqu'elle est un sous-produit du filtrage du sang par les reins. On peut cependant douter de la pertinence qu'il y aurait à transfuser de l'urine à un accidenté de la route…

Certains tenants de la thérapie par l'urine sont également convaincus que le liquide amniotique n'est rien d'autre que de l'urine fœtale. Évidemment, ce qui est bon pour le fœtus est bon pour tout le monde. Martha Christy, experte en urinothérapie, explique:

(...) le liquide amniotique dans lequel baigne le fœtus est avant tout de l'urine. En fait, le bébé "inhale" ce liquide de façon continue; sans lui, ses poumons ne se développeraient pas. Les médecins pensent également que la douceur de la peau des bébés et leur capacité de cicatriser rapidement après les opérations chirurgicales in utero viennent des propriétés thérapeutiques de l'urine présente dans le liquide amniotique.

Il est peu probable qu'on retrouve certains des éléments chimiques du liquide amniotique dans l'échantillon d'urine moyen. Il est trompeur, pour dire le moins, de prétendre que le liquide amniotique est composé "avant tout d'urine". En fait, tout ce que l'on peut dire c'est qu'autant l'urine que le liquide amniotique sont constitués principalement d'eau. On peut se demander de quels médecins on parle ici, mais la plupart des parents, même les plus fiers de leur progéniture, disent que quand leurs enfants sont venus au monde, ils étaient loin d'être beaux. Le plus souvent, on les compare à des pruneaux ridés, comme la peau des nageurs restés à l'eau trop longtemps. Les nourrissons ne prennent leur peau de bébé qu'après avoir été tirés du milieu liquide dans lequel ils baignaient. La raison en est, selon Kim Kelly, naturopathe et infirmière de Seattle, que les glandes sébacées des nouveaux-nés ne se mettent à produire que quelques semaines après la naissance. Entre temps, leur épiderme semble souvent sèche et squameuse. Selon Kelly, ce n'est pas le liquide amniotique qui donne une peau douce aux bébés, mais plutôt le vernix caseosa, un enduit sébacé qui constitue une barrière entre le bébé et le liquide amniotique. À moins de posséder une urine riche en vernix, il ne servira probablement à rien de l'employer comme émollient.

La nature de l'urine

Qu'est-ce que l'urine? Il s'agit d'un liquide habituellement jaunâtre ou clair, selon l'état de santé et le régime de celui qui la produit. Son odeur d'ammoniaque provient des déchets azotés qu'elle contient, et qui constituent environ 5% de son contenu, le reste étant de l'eau. À noter que certains aliments peuvent avoir un effet sur l'odeur. Par exemple, les asperges se décomposent en plusieurs composés soufrés, qui donnent au liquide une odeur putride à l'excrétion*.

L'urine est un liquide légèrement acide qui débarrasse l'organisme des déchets produits par les reins. Les reins contiennent des millions de néphrons qui filtrent les toxines, les déchets, l'eau et les sels minéraux qui passent par le sang. Ils règlent l'acidité du sang en excrétant, si nécessaire, l'excès de sels d'alcali. Les déchets azotés sont surtout constitués d'urée, sous-produit de la décomposition des protéines. Entre autres propriétés, l'urée est diurétique. La production moyenne d'urine chez l'adulte est d'un à deux litres par jour. La vessie, où l'urine est conservée avant son évacuation, contient en moyenne 500 à 600 ml de liquide, bien que la mixtion moyenne ne représente que la moitié de cette quantité environ. Outre l'acide urique, l'ammoniaque et la créatine, l'urine contient des traces d'autres déchets.

Qu'une substance soit un déchet ne signifie pas nécessairement qu'elle est toxique ou mauvaise pour la santé. Il peut simplement s'agir d'un élément que le corps n'est pas en mesure d'absorber immédiatement. On peut considérer bien des composantes de l'urine comme des restes de table. Il est toujours possible de jeter la nourriture en trop, ou de la recycler en la mélangeant à de l'eau qu'on passe ensuite au mélangeur. Avec l'urine, toutefois, il est impossible d'ingérer les produits rejetés dans leur forme d'origine.

L'urine est peu susceptible d'être préjudiciable à la santé de la plupart des gens. Il y a également peu de chance qu'elle soit salutaire, sinon dans les cas exceptionnels où on se retrouve coincé dans les débris d'un immeuble, après un tremblement de terre, ou perdu en mer, dans une embarcation de sauvetage, pendant une semaine ou deux. Dans de telles circonstances, boire sa propre urine pourrait être véritablement salvateur. Mais il y a sans doute de bien meilleures façons d'avoir une bonne hygiène de vie.

 

Voir également: Médecines parallèles

 

* Oui, je sais, c'est pris hors-contexte. Je ferais n'importe quoi pour une blague. Apparemment, la véritable signification concerne l'adultère. Autant que je sache, même le Deutéronome ou le Léviticus ne conseillent de boire de l'urine. Aucun n'appelle ça une abomination, par contre.

 


 

Amaroli : l'elixir de vie...

Source: Skeptic's Dictionary Retour à l'index

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