Vampire

Vampire

Créature imaginaire qui défie la mort en suçant le sang des vivants. La variante la plus courante du mythe fait du vampire un mort qui quitte sa tombe la nuit pour se chercher une victime dans la foule des dormeurs. Le monde du cinéma l’a grandement popularisé en prenant comme point de départ le célèbre Dracula de Bram Stoker, thème auquel on a ajouté un certain nombre de variations, comme la capacité de voler (à la manière de la chauve-souris vampire), un vif désir pour les jolis femmes, qui deviennent à leur tour des vampires, une fois mordues, la peur du symbole de la croix, la crainte de l’ail ou de la fleur d’ail, et la mort provoquée par la lumière du jour ou par un pieu enfoncé dans le cœur, ce qui va comme un gant à un personnage censé avoir été inspiré par un guerrier du XVe siècle, Vlad l’Empaleur. Selon Elizabeth Miller, toutefois, l’auteure de Dracula: Sense & Nonsense (Desert Island Books, 2000), Bram Stoker n’aurait fait qu’emprunter le surnom de Vlad (Dracula) pour un personnage qu’il avait déjà conçu, et qu’il avait d’abord songé à nommer le Comte Wampyr).

On retrouve des légendes à propos de créatures buveuses de sang dans de nombreuses cultures au fil de l’histoire. L’une des plus populaires à notre époque est celle du chupacabra. Mais le vampire constitue également un sujet littéraire très riche, ce qui explique le grand nombre de descriptions existant sur son origine, sa nature et ses attributs. Le fil conducteur de ces histoires semble être la peur de la mort et le désir d’obtenir l’immortalité. Bien des peuples ont pratiqué un rituel consistant à boire du sang pour vaincre la mort. Les Aztèques, par exemple, mais aussi d’autres peuples amérindiens mangeaient le cœur des guerriers ennemis captifs et buvaient leur sang lors de cérémonies rituelles, probablement pour satisfaire l’appétit de leurs dieux et se gagner fertilité et immortalité. Dans les cultes de Mithra et de Dionysos, boire le sang d’un animal était un rite nécessaire dans la quête de l’immortalité. Encore aujourd’hui, les chrétiens croient à la transsubstantiation: leurs prêtres transforment du pain et du vin en corps et en sang du Christ, afin que les fidèles puissent les consommer et gagner la vie éternelle.

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On peut considérer que nous avons fait du progrès dans notre quête rituelle d’immortalité. Tout d’abord, nous avons sacrifié des êtres humains, dont nous avons bu le sang pour satisfaire les dieux ou les rejoindre dans l’Élysée. Ensuite, nous avons substitué des animaux aux humains pour atteindre notre objectif. Enfin, nous sommes passés à un menu végétarien fait de pain et de vin. Même alors, l’état fondamental des choses reste assez déprimant: pour qu’une créature vive, quelque chose ou quelqu’un d’autre doit mourir. La façon dont on perçoit cette idée dépend sans doute de la place qu’on occupe dans la pyramide alimentaire. Puisque nous jouons de la métaphore, on peut également remarquer que le vampire en est devenu une pour ceux qui se définissent et se créent aux dépens des autres. Les gens qui vivent pour détruire autrui en le réduisant à l’impuissance, qui font de leurs victimes des sujets sur lesquels ils règnent sans merci ont été appelé des vampires spirituels. On pourrait facilement attribuer un tel titre à certains des thérapeutes, ministres et gourous figurant dans le présent Dictionnaire.

Ce lien culturel entre le vampirisme et la quête de l’immortalité semble avoir été relégué au second rang dans la littérature et le cinéma, devant le désir de montrer du sang pour le simple plaisir de la chose ou celui d’exploiter à outrance le thème de l’occulte. L’un des signes de l’affaiblissement culturel de la noble quête de l’immortalité chez nos ancêtres, c’est un des sens modernes qu’on a plaqués sur l’image du vampire, celui de la vamp, la femme qui séduit et parasite son amant. Mais cet affaiblissement est également visible dans les nombreux sites Web sur le vampirisme où l’on fait référence à l’occultisme et au Nouvel Âge, au besoin de pénétrer le fameux côté sombre de la réalité, d’acquérir de la puissance, de s’établir une identité unique à titre de personne spéciale, ou encore, à certains produits commerciaux ou jeux.

Malheureusement, les jeux de rôle et les déguisements ne suffisent pas à satisfaire le goût du sang de certains, et des sectes de «vampires» ont fait leur apparition chez des adeptes de l’occultisme. Ils veulent du sang pour obtenir un sentiment de puissance, une certaine satisfaction de nature sexuelle, ou pour se constituer une personnalité unique et fictive fondée sur la possibilité de susciter la peur chez autrui. Leur recherche de pouvoir ne se fonde cependant pas sur des craintes résultant d’une ignorance ou d’une mauvaise compréhension de la nature, mais plutôt sur une ignorance de ce qu’ils sont eux-mêmes. Comme bien d’autres mouvements occultes, ils attirent les jeunes et les faibles.* Il y a encore quelques années, on aurait considéré leurs membres comme des fous ou des pervers. Aujourd’hui, on parle plutôt de «style de vie différent».

 

*«Cinq membres d’une secte de vampires appréhendés», annonce le titre d’un article du Sacramento Bee (du 29 novembre 1996, p. A28). Il s’agissait de cinq adolescents du Kentucky, membres de ce qu’ils appelaient eux-mêmes un «clan vampire». Ils étaient recherchés pour le meurtre de Richard et Naomi Wendorf, d’Eustis, en Floride. La fille de 15 ans des deux victimes est l’un des suspects, de même que son petit ami, qui, selon des camarades de classe, avait dit posséder l’immortalité des vampires.

 

Autres lectures:

 

De l’art de mâcher son linceul : enquête sur le vampire masticateur, par Richard Monvoisin.
Dossiers de lObservatoire Zététique

 


 

L'équipement complet du chasseur de vampires.
 

L'équipement complet du chasseur de vampires

Source: Skeptic's Dictionary Retour à l'index

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