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Reconnaissance de sillons

Capacité de reconnaître les dessins au sein des sillons des disques vinyle et d'identifier des enregistrements musicaux sans en voir l'étiquette. Une seule personne semble posséder cette amusante faculté: le docteur Arthur B. Lintgen, qui en a fait la démonstration, au cours des années 1980, devant nul autre que James Randi. Randi s'était engagé à verser 10 000 $ US à quiconque pourrait faire la preuve qu'il possédait des capacités paranormales (le prix s'élève désormais à 1 million de dollars), mais comme le talent de Lintgen était tout bonnement inhabituel, il n'a reçu qu'une gloire passagère en récompense.

Lorsqu'on apprit que Lintgen n'utilisait que sa vue, sa vaste connaissance de la musique orchestrale, de Beethoven à nos jours, et des enregistrements qui en ont été faits, ainsi que des inductions procédant de règles générales à propos de cette musique, les médias et le public se sont désintéressés de lui. Un petit nombre d'irréductibles continuent de croire qu'il possède des pouvoirs métapsychiques, cependant, qui lui ont permis, entre autres exploits, d'identifier la Cinquième Symphonie de Beethoven sans même jeter un coup d'œil au disque, situé à l'autre de bout de la pièce où il se trouvait, mais la plupart des gens considèrent maintenant Lintgen comme un type foncièrement honnête, qui n'a pas cherché à tromper qui que ce soit. Ainsi, il a expliqué que la Cinquième de Beethoven était l'œuvre qu'on lui présentait le plus souvent (Seckel). Il n'a fait qu'utiliser son flair, et non quelque pouvoir surhumain, quand on lui a demandé d'identifier un disque sans le regarder.

Lintgen n'a jamais prétendu qu'il pouvait lire les notes individuelles dans les sillons du disque. "En fait, il examine la construction physique de l'enregistrement, de même que la durée relative de chaque plage, ou les intervalles qui les séparent" (Seckel).

Les sillons varient légèrement dans leur espacement et leurs contours, d'après les dynamiques et la fréquence de la musique qu'ils reproduisent. Lintgen explique que les sillons contenant des passages plus doux paraissent noirs ou gris foncé. Lorsque la musique devient plus forte ou plus complexe, les sillons prennent une teinte argentée. Les attaques prononcées sont marquées par des "morsures minuscules et irrégulières". Lintgen établit une corrélation entre ce qu'il voit et ce qu'il connaît en musique, en faisant correspondre le dessin des sillons aux formes musicales (Time, 4 janvier 1982).
Lingtgen souligne que les symphonies de Beethoven comportent des premiers mouvements légèrement plus longs que les seconds, tandis que Mozart et Schubert faisaient en sorte que chacun des mouvements, dans la plupart des cas, présentent le même nombre de mesures. Beethoven, pour sa part, a créé un changement de direction qui a transformé la dynamique des enregistrements. En outre, quand le début d'une pièce est lent et sonore, on peut voir sur le disque un long sillon ondulant, dépourvu de pics acérés caractéristiques des attaques des instruments de percussion. (Seckel)

En 1981, Lentgen passa à l'émission "That's Incredible" de la chaîne ABC. Stimson Carrow, professeur en théorie musicale à l'université Temple, le mit à l'épreuve devant un public rassemblé dans l'auditorium de l'hôpital Abington, près de Philadelphie. Par la simple étude de leurs sillons, Lintgen identifia correctement les vingt enregistrements qu'on lui présentait (Holland).

Il expliqua par la suite qu'il n'avait utilisé que ses connaissances, son expérience et son raisonnement pour accomplir cet exploit. "Je connais bien les structures de la musique classique et la littérature musicale, dit-il, et je peux établir des correspondances entre la structure de la musique et ce que je vois. Les passages très sonores reflètent la lumière d'une façon différente(…) Les compagnies d'enregistrement espacent davantage les sillons pour ces passages, qui présentent un aspect plus irrégulier, en dents de scie. Je sais aussi de quoi ont l'air les pressages des différentes étiquettes, ce qui me permet souvent de deviner qui dirige l'orchestre" (Holland). Sa capacité de reconnaître, à l'occasion, la nationalité de l'orchestre a même impressionné James Randi. Quand le célèbre magicien soumit Lintgen à une épreuve de son cru, celui-ci fit plus qu'identifier l'enregistrement; il annonça que l'orchestre était allemand. Il expliqua que le bord du disque était relevé, caractéristique unique à l'étiquette Deutsche Grammophon. L'absence de parasites entre les sillons montrait aussi que l'enregistrement était numérique. Lintgen savait également que, jusqu'à cette époque, "la Deutsche Grammophon n'avait enregistré que des orchestres allemands selon le procédé numérique" (Seckel).

Lintgen a découvert qu'il possédait cette faculté exceptionnelle lors d'une soirée, au milieu des années 1970. En plaisantant, certains de ses amis avaient dit qu'il en savait tellement long sur la musique qu'il pourrait sans doute lire les sillons des disques. Lintgen fit un essai, et se rendit compte que tant qu'il s'agissait de musique qu'il connaissait - la musique orchestrale de Beethoven à notre époque -, il y parvenait avec un taux de succès élevé.

Les choses ont dû changer avec l'avènement du disque laser.

Source: Skeptic's Dictionary Retour à l'index

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