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Statues pleureuses

Statue pleureuse hors-service

Effigie, en général de Marie, mère de Jésus, censée verser des larmes d'eau, de sang ou d'une huile quelconque.

Pour de nombreux chrétiens, surtout catholiques ou orthodoxes, Marie est également la «Mère de Dieu» et la «Sainte Vierge», directement accueillie au ciel à la fin de sa vie terrestre, qui revient périodiquement nous voir, pauvres pécheurs, pour effectuer quelques miracles et lancer des messages d'une surprenante banalité. Apparemment, l'une des façons qu'elle emploie pour communiquer avec nous consiste à faire s'écouler du liquide des yeux de statues ou de tableaux spécialement choisis à cette fin. Ce serait sa façon de nous laisser savoir qu'elle pleure sur nos péchés ou quelque chose de semblable, et que les statues appartenant à certaines personnes sont plus dipognes que d'autres de sa présence.

Les statues qui pleurent montrent soit que les dieux sont tombés sur la tête, soit qu'il y a un certain nombre de fraudeurs pieux qui s'imaginent faire œuvre pie en trompant le public. Bien sûr, il se peut qu'une vierge ayant donné naissance à un bébé qu'elle a nommé Jésus il y a 2000 ans redescende du ciel où elle s'est envolée pour, de temps en temps, faire couler goutte à goutte de l'huile d'olive d'une effigie de calcaire ou de céramique. Il faut quand même reconnaître que le canular est franchement plus probable, à moins que n'agissent des causes naturelles comme la condensation, l'usure, des réactions chimiques à l'air ambiant, etc.

Des huiles non siccatives comme l'huile d'olive ont été employées dans le passé pour saturer des statues et leur donner l'apparence de pleurer ou de saigner. Les fraudeurs religieux comptent sur leur apparence d'honnêteté et d'intégrité, de même que sur le désir des pèlerins d'assister à un miracle. Peut-être se justifient-ils en se disant qu'ils gagnent des gens à Dieu, mais quelle espèce de divinité a besoin qu'on trompe les gens pour qu'ils croient en elle? Joe Nickell explique plus en détail l'utilisation frauduleuse d'huile.

Le sceptique italien Luigi Garlaschelli donne une bonne méthode pour se créer sa propre statue miraculeuse:

Il faut une statue creuse faite d'un matériau poreux comme du plâtre ou de la céramique, recouverte d'une glaçure ou d'un revêtement imperméable quelconque. Si l'on remplit l'effigie d'un liquide (en secret, par un minuscule trou pratiqué au sommet, par exemple) le matériau poreux l'absorbera, et le revêtement empêchera qu'il ne ressorte. Grattez de façon imperceptible la glaçure près des yeux, cependant, et des gouttelettes semblables à des larmes se formeront, comme par miracle. Si la cavité derrière les yeux est assez petite, il n'y restera virtuellement aucune trace du liquide une fois qu'il sera épuisé. Quand j'ai mis ce dispositif à l'épreuve, tout s'est déroulé de façon très satisfaisante, à la grande stupéfaction des spectateurs.*

Évidemment, il est plus simple d'enduire carrément la statue d'huile ou de sang.

Certains récits à propos de statues qui pleurent peuvent n'être que le fruit d'hallucinations collectives, un état sensoriel provoqué par le pouvoir de suggestion du groupe. De telles hallucinations se produisent en général dans des contextes fortement empreints d'émotion, au sein d'assemblées de dévots. La longue attente et l'espoir d'assister à un miracle, combinés à la contemplation d'un objet ou d'un lieu durant de longues heures, rendent certaines personnes susceptibles de voir des statues pleurer, des icônes remuer, ou des Vierges Marie trôner sur les nuages.

On peut dire que de tels cas de fraudes ou d'hystérie collective sont bêtes à pleurer.

 

Source: Skeptic's Dictionary Retour à l'index

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